Rencontre avec Mr Lazarous M. CHEWE, Dread and Works

Du biogaz dans les ghettos

Lorsque nous avons entendu le nom de l'entreprise pour la première fois, nous avons cru ne pas avoir bien compris. Mais lorsque Mr Chewe s'est présenté, nous avons compris que c'était bel et bien ça. « Dread and Works », toute une philosophie dans une entreprise au service des plus pauvres.

Lazarous comprend l'importance de l'énergie et les conséquences de l'utilisation du bois de chauffe sur la nature lors d'une séance de formation organisé par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Dès lors, il en fait son cheval de bataille et se lance dans la construction de foyers améliorés, il décide de poursuivre sa formation en technologie propre, et part en Tanzanie pour apprendre à construire des biodigesteurs. Il réalise que cette technique pourrait résoudre bien des problèmes dans les ghettos de la ville de Lusaka. Il décide d'en faire la preuve et se lance dans la construction d'un exemplaire adapté aux familles défavorisées. C'est ainsi qu'il nous emmène au cœur d'un des ghettos de Lusaka, comme il l'appelle. Loin des avenues goudronnées et des immeubles du centre ville, un quartier périphérique insalubre que les « autres » appellent « quartier à très haute densité de population ».

 

Les maisons de moellons mal entretenues se touchent, les égouts à ciel ouvert serpentent au milieu des rues de terre, les enfants jouent ou traînent dans les mêmes rues, les mamans vendent les produits de premières nécessité sur des étalages bancales en bois ou en tôle et parfois a même le sol. Il nous montre quelques latrines et nous explique que lorsqu'elles sont pleines et se mettent à déborder, les gens creusent un nouveau trou un peu plus loin à quelques mètres de là. Son idée est de remplacer ces fosses insalubres par des biodigesteurs, et ainsi « convertir » les déchets humains en méthane puis en énergie pour la cuisson ou l'éclairage. Nous entrons dans la cour d'un de ses amis auquel il lui offre le 1er biodigesteur du quartier et peut-être de la ville, celui qui servira à convaincre les bailleurs de fonds que c'est possible. Le chantier a été interrompu par la saison des pluie, mais aussi parce que Lazarous finance tout sur ses fonds propres et que, même s'il n'a pas un gros train de vie, organiser des concerts reggae de quartier ne rapporte pas tant que ça. Lorsque nous demandons aux femmes qui vivent dans la maison si elles ne prennent pas Mr Chewe pour un fou, cela déclanche un grand éclat de rire, elles nous répondent que non il n'est pas fou et qu'il sait bien ce qu'il fait…

Nous repartons à pied à travers le ghetto jusqu'à la gare routière, les gens nous salue avec le sourire. Lazarous semble connu et très apprécié. Nous passons devant le marché du charbon, « presque vide aujourd'hui », le charbon constitue la seule énergie du quartier avec l'électricité pour ceux qui peuvent encore se l'offrir et les bougies pour les autres. Si Mr Chewe arrive à convaincre quelques bailleurs, il pourrait grâce à ces biodigesteurs résoudre une partie des problèmes d'insalubrité et d'accès à l'énergie dans ce quartier de Lusaka laisséà l'abandon.

Le biodigesteur en contruction dans le Ghetto