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Lundi 21 avril 2008 (Notre première frontière en vélo, MULANJE - GURUE) : Ce matin, nous laissons le mont Mulanje et le Malawi. Nat est partagée entre l'excitation de découvrir cette ancienne colonie portugaise qu'est le Mozambique et l'inquiétude ou plutôt la flemme d'avoir à passer la frontière, faire le change et trouver des transports qui nous a t-on dit difficiles. On rejoint la frontière assez facilement. Elle n'est qu'à 30kms de Mulanje que nous avons quitté assez tôt vers 6h30. Nous traversons toujours des plantations de thé. Les couleurs du matin sont magnifiques et la brume flottant en petits nuages éparses sur les cultures embellit la scène. Les travailleurs sont déjà dans les champs, hottes sur le dos. Le mont Malanje surplombe le tout et semble regarder tout cela d'un oil distrait. Il nous faut à peine 30 minutes avant d'atteindre le poste d'immigration. Nous ne sommes pas encore sorti du minibus que les taxi-bike (les taxis vélo) se bousculent à la porte. Il y a 5kms entre la frontière et Milanje, le premier village côté Mozambique, et le seul moyen de transport disponible à part la marche, est le vélo. Nous les ignorons tous dans un premier temps et filons faire les papiers. Côté Malawi pas de problème, côté Mozambique pas de problèmes non plus. Heureusement que le douanier parle anglais car nos premiers essais en Portugais ne sont pas très concluants.

On paye quand même une taxe de frontière qui sort un peu de nul part et on pense que l'on s'est fait avoir car sur le joli timbre il y a une voiture de dessinée, et nous on n'a pas de voiture ! Nous n'avons pas été vigilant et réactif, tant pis pour nous ! Le plus long est de négocier la course avec les taxis bike qui propose leur prix en Métical (Mtc, la monnaie mozambicaine). Difficile de s'y retrouver car on n'a pas réussi à avoir une info claire sur les taux de change. On décide de les payer en kwachas malawiens et on négocie un prix 6 fois moins cher que le prix annoncé mais c'est encore 6 fois trop (900KM, env. 5€ pour 3 vélos). En cours de route ils nous arrêtent près des changeurs pour que l'on puisse écouler les derniers kwacha qu'il nous reste. Après un bon quart d'heure de négoc. et de discussion, on laisse tomber parce qu'on n'y comprend rien et qu'ils ont l'air d'avoir l'attention de nous escroquer et qu'en plus ils sont une bonne dizaine qui s'agglutine autour de nous. Finalement on fera le change dans le centre de Milanje. Le taux est exactement le même mais on a pu aller se rassurer à la banque qui connaît les taux mais ne fait pas de change. On comprend, pendant que nous attendons notre prochain transport, que le système monétaire a changé il y a peu (en 2006) et que 1000 Mtc c'est maintenant 1 Mtc. La ville est un peu poussiéreuse. Le vent n'arrange rien et des nuages de poussière balayent la principale avenue. Nous trouvons refuge sur la terrasse d'une pensao (pension), c'est l'hôtel au Mozambique. Nous voulons rejoindre Mocuba à quelques 200 kms de là où passe la grande route qui mène à Nampula plus au nord. On nous dit que les minibus habituels sont tous partis et depuis longtemps (entre 3h et 6h du mat). Il nous faut donc saisir une occas' auprès des routiers qui font le trajet ou attendre le transport prévu peut être à midi. Il est 9h. Après 2 ou 3 essais infructueux et 3 heures d'attente, on commence à perdre espoir.

Ecrit le Mardi 22 avril 2008, 21h00, Gurué

Lundi 21 avril 2008 (suite) : Le temps passe. Midi approche. En plus de quelques jeunes qui viennent nous parler en anglais, un petit chat plaintif vient nous tenir compagnie.

Assis sur les 2 marches de la pension, nous regardons les gens passer,

il y a un jeune fou qui sautille et qui courrate, le sourire aux lèvres, d'ombre en ombre le long de l'avenue. Les écoliers en uniformes rentrent pour le déjeuner, les quelques véhicules à 4 roues semblent faire des tours de ville, il y a beaucoup de vélos ou de motos qui circulent. De temps en temps, Fab court après un camion toujours sans succès. Un camion annonce qu'il part en direction de Gurué. Nat avait repéré cette ville qui semblait très difficile d'accès dans le lonely. Finalement pourquoi ne pas saisir la chance ? Fab tente de retrouver le camion mais celui part sur la route de Gurué sans y aller. Fausse joie mais 2 minutes plus tard nous rencontrons un jeune homme d'affaire, acheteur de tabac, qui doit aller à Gurué. Il est prêt à nous embarquer dans son pick-up. On prend ça comme un signe du destin et grimpons à l'arrière. Gurué est à l'opposé de Mocuba plus au Nord. C'est sans doute le transport le plus rapide que nous ayons pris sur ce genre de piste. Le gars roule bien vite, le véhicule soulève un nuage de poussière après notre passage.

Les nombreuses silhouettes que nous croisons disparaissent dans ce nuage jaune qui nous suit de partout. La piste est très étroite, ça monte et ça descend. Bien que nous soyons loin d'un centre urbain, il y a beaucoup de villages et beaucoup de gens le long de la route à pied ou à vélo. Le pick-up klaxonne pour ouvrir sa voie, les paysages sont verts et montagneux, c'est vraiment beau, on ne regrette pas d'avoir pris cette option même s'il faut bien s'accrocher à l'arrière de ce pick-up qui avale la piste à toute allure. Les derniers kms jusqu'à Gurué sont les plus beaux. Nous sommes au pieds des montagnes et au milieu des champs de thé. Il nous a quand même fallu 3h30 pour parcourir 200kms. Un autre véhicule aurait sans doute mis le double. On se dit que nous avons vraiment eu de la chance de trouver ce transport car la route est vraiment très peu utilisée. On décide donc de rester la journée du lendemain ici. Il n'y a que 2 endroits pour dormir. Nous allons dans le premier hôtel. Fab a interrogé le gérant. Super c'est 60Mtc / nuit (env. 2€). Au moment de payer et alors que Nat est déjà prête à aller sous la douche, le gérant explique à Fab que en fait «  non c'est 600  ». Incompréhension de langage, dommage pour la douche. La deuxième option est beaucoup moins chère mais aussi beaucoup plus rustique. On retrouve les joies de la douche froide au seau. P'tit tour en ville avant le coucher du soleil. Il fait chaud et c'est propre mais le vent soulève là aussi de la poussière dans les rues. Le petit marché est encore actif. On trouve difficilement à manger dans un snack. Le poulet frite coûte 2€ (environ 4 fois plus cher que ce qu'il valait au Malawi) puis retour à la residencia . La musique hurle dans le bar et dans les chambres qui l'entoure. Malgré tout, nous nous couchons vers 20h30 et nous endormons vite fait. Après cette première journée au Mozambique, on se dit que ça va vraiment nous plaire, que les transports vont être difficiles et fatigants, que la vie va être chère et que se faire comprendre en portugais ne va pas être facile.

Ecrit le Jeudi 24 avril 2008, 11h31, Nampula, Half bus pour Nacala

Mardi 22 avril 2008 (Tranquilou au milieu du thé, GURUE) : Après 10h de sommeil et un p'tit dèj' café-pain, nous partons à la découverte des environs de Gurué. Il est 8h du mat quand nous mettons un pied dans la rue. Quelques gros nuages sont accrochés aux montagnes qui entourent la ville. Gurué est en fait un grand carrefour où 2 grandes avenues poussiéreuses se croisent et autour desquelles s'organisent les quartiers. Dès les dernières maisons passées, nous nous retrouvons vite au milieu des plantations de thé. Nous suivons la piste qui arpente au milieu des champs. Il y a pas mal de travailleurs. Certain, hotte sur le dos, cueillent les jeunes pousses, d'autres taillent de larges parcelles. Face à nous, ce sont des étendues de petites haies vertes qui recouvrent les collines. Au bout d'un moment, nous arrivons à une petite cascade. Elle est entourée d'un grand jardin fleuri et bien entretenu. C'est comme une petite oasis de fraîcheur au milieu de ces champs de thé chauds et humides. On demande notre chemin au jardinier et nous comprenons que nous avons meilleur compte à faire demi tour. De retour en ville, juste le temps d'acheter quelques légumes sur le marché et de rentrer à la residencia , qu'il se met à pleuvoir. On passe l'aprem à traîner entre sieste et écriture d'articles devant les tortues ninjas en portugais dans le bar de la résidence beaucoup plus calme que la veille.

La nuit arrive et nous tardons à sortir, un peu rebuter par les averses de pluie qui tombent fortement. A 19h quand nous demandons où trouver à manger, on nous répond qu'à cette heure là tout est déjà fermé. Ce soir cela sera pâtes chinoises sorties du kit « bouffe de secours » et pain locaux, un peu mouillés, achetés à un vendeur de rue. Depuis Blantyre au Malawi, les pains sont locaux et délicieux, ça change du pain de mie anglais !.

Mardi 23 avril 2008 (C'est Long, GURUE - NAMPULA) : Au Mozambique, les transports sont très matinaux. Nous ne levons à 4h du mat. pour être à la gare routière vers 4h30-5h. Il n'y a qu'un seul véhicule par jour, il ne faut pas le rater. A 4h30 nous sommes prêts, par contre nous sommes fermés à l'intérieur et on s'imagine déjà rater le chapas (mot commun pour désigner les transports). On met 5 bonnes minutes à trouver le gardien qui dort par terre près de la porte de derrière. Dans la rue, il fait encore nuit mais il y a déjà de l'activité. Au croisement, un rabatteur vient en courant à notre rencontre, il y a un pick-up qui part pour Nampula. On a de la chance, les places de devant sont encore libres. Nos postérieurs et nos dos n'auraient pas supportés un trajet à l'arrière. En plus ça caille. Le pick-up quitte la ville à 5h30, après avoir effectué plusieurs petits tour en ville à la recherche de client. La ville est toute petite et le chauffeur fait des aller- retour sur les avenues qui font à peine 200m de long. On charge quelques clients, quelques pneus de vélo et au petit jour c'est parti pour 150km de piste. L'allure est beaucoup plus modéré qu'il y a 2 jours. Malgré le ciel menaçant, les paysage sont encore magnifiques, nous traversons les étendues vertes et jaunes de manioc et de mais, les cultures commencent à sécher et à jaunir, la saison des pluies est derrière maintenant. Il y a beaucoup de petite maisons de brique le long de la route et en cette heure matinale et froide, beaucoup de petit feu brûlent autour desquels enfants et plus grands se réchauffent. Des montagnes rocheuses à l'allure de gigantesques carapaces de tortues complètent le paysage. Après 4h de route et une panne d'essence nous arrivons fatigués à Alto Molocué, sur la grande route goudronnée. Bien que le rabatteur et le chauffeur nous aient certifié que le pick-up allait directement à Nampula, ils nous arrêtent à Alto prétextant qu'ils n'auront pas assez d'essence. On ne comprend pas cette habitude de mentir, pourquoi ne pas simplement nous dire que le pick-up s'arrêtera à Alto où nous pourrons pendre un transport pour Nampula ?! Bref un bus nous attend, nous grimpons à l'avant pensant que plus dur est derrière nous.

En fait non. Le bus est en piteux état, le pare brise est une bâche en plastique, on roule doucement, on s'arrête très souvent pour prendre, déposer des passagers ou acheter du charbon, des patates... Il fait très chaud et ça sent fort l'essence. Il nous faut plus de 4h pour arriver à Nampula. Les gens descendent au fur et à mesure que nous progressons vers le centre ville. Quand le chauffeur nous demande où l'on veut s'arrêter et où l'on va dormir, Fab répond tout naturellement et sans inquiétude «  No sabé  » («  Je ne sais pas  »), cela étonne et fait rire quelques clients. Nous tentons de lui demander une bonne adresse d'hôtel pas cher, c'est difficile en Portugais mais nous réussissons à nous faire comprendre et le chauffeur sympa, nous dépose en ville devant la pensao la mois chère de la ville. Et là, surprise, cela coûte 25€. On en trouve une autre qui coûte 2€ de moins, il est déjà 17h, il va bientôt faire nuit, on ne pourra pas faire moins cher et on est vraiment crevé, en plus la ville (la 3 ème du Mozambique en passe de devenir la seconde si ce n'est déjà fait) est bruyante et grouillante. On se pose donc à l'Estrella pensao, c'est cher payé pour avoir une chambre sans ventilo, sans moustiquaire, sans salle de bain, avec un frigo vide, 2 petit lits séparés, une TV avec une seule chaîne et de l'eau froide. On ne sait pas si cela sera comme ça dans tout le Mozambique, mais on nous avait prévenu que les hébergements sont très rares et très chers pour le niveau de prestation. Après une bonne douche froide, on s'accommode de quelques tâches (retrait d'argent, repérage de la ville, internet). Puis on se réconforte avec 2 délicieux hamburgers achetés dans la rue. Même si les 2 cuisinières, du haut de leur remorque, n'ont pas su nous expliquer la différence entre le « completo » et le « simple », on choisi un simple et négocions une tranche de fromage, enfin de cheddar. Nat se couche à 20h30 avec un gros mal de tête, Fab bosse 2h pour pouvoir faire la mise à jour du site demain.

Ecrit le Jeudi 24 avril 2008, 16h08, Nacala, Terrasse centre ville

Jeudi 24 avril 2008 (Histoire de Police, NAMPULA - NACALA) : Ce matin après pris le temps de décoller et profiter de la chambre jusqu'à la dernière minute,

nous partons à pied en direction de la station de bus sans trop savoir où c'est. On « barraguine » quelques mots en portugais en y ajoutant un petit mélange de français et d'espagnol, et on arrive à s'orienter et trouver ce que l'on veut. La gare routière est un peu à l'écart du centre-ville. 2 jeunes nous proposent de nous accompagner. Arrivés à la gare routière, nos grimpons dans un half-bus presque vide. Le temps de négocier le prix du siège pour nos bagages à l'intérieur du bus, on se rend compte suite à une petite agitation à l'extérieur que nos accompagnateurs sont entourés par la police et en train de se faire mettre les menottes avec un troisième gars qui se prend un bon coup de matraque dans le dos. Aïhhhh !!!! On ne comprend pas vraiment ce qu'il se passe. Le gars du bus nous dit que ce n'est pas la peine de descendre, que ce ne sont pas nos affaires «  Ils ont du tenter de voler quelque chose  » nous disent quelques passagers du bus qui n'en savent pas plus que nous. Puis à travers la vitre du bus, nous avons l'impression d'assister à un jugement en public. Les 3 « accusés », débout dans l'encadrement d'un vieil arrêt de bus, menottes aux poignets sont alignés face à un petit groupe de personnes qui les interroge. Les policiers, clés de menotte en main, sont un peu en retrait et ne disent rien. Après un petit moment, on comprend que leur seul délit est de « traîner » autour des bus alors qu'ils n'ont rien à faire ici. Fab tente d'expliquer à un policier qu'ils nous ont accompagné et aidé à trouver la station mais le policier ne veut rien savoir et Fab se fait « renvoyer » dans le bus. Le « jugement » continue ! Tout le monde est très calme et de temps en temps, nos 2 jeunes accompagnateurs nous lancent des regards impuissants. Nat croise et maintient le regard d'un autre policier. Celui-ci se sent comme un peu obligé de nous dire de venir. Fab descend à nouveau et répond aux questions et explique. en portugais. Ils repartent quand même avec les policiers menottes aux poignets. 5 minutes plus tard, l'un d'entre eux, enfin libre, vient nous remercier par la fenêtre du bus de l'avoir sorti de cette galère. Nous nous sentons mal car avons l'impression de l'y avoir mis. Nous tentons de nous excuser mais notre pauvre portugais ne nous permet pas de lui exprimer ce que nous ressentons. Au final, c'est peut être le 3ème laron que nous ne connaissions pas qui les a mis dans cette situation.

Pendant ce temps, le bus s'est rempli. Nous sommes prêts à partir. Il y a 200kms à parcourir. On prévoie 3 ou 4h de route. C'est sans compter sur nos amis policiers qui, à un barrage à la sortie de la ville, ont bien failli réquisitionner notre chauffeur. Cette fois-ci on ne comprend vraiment rien à la scène et nous n'avons aucune explication. Alors que le bus commence à repartir, nous voyons juste un passager..

Ecrit le Mardi 29 avril 2008, 17h25, Ilha de Mozambique, Bar sans nom

Jeudi 24 avril 2008 (suite) : .aller récupérer son sac au pied des policier sous l'insistance de plusieurs passagers du bus. Puis le chauffeur lui emboîte le pas. Il ne faut pas plus de quelques secondes pour que le ton monte, et lorsque nous nous retournons le chauffeur et un policier en sont venu au mains. Le chauffeur se fait embarquer, quelques passagers tentent de raisonner les policiers billet en main mais en vain, il se fait quand même emmener au « poste ». Le moteur du bus tourne encore et nous nous attendons à passer plusieurs heures ici. Après 5 minutes, le jeune chauffeur revient tout sourire en trottinant. Eh hop c'est reparti ! Nous arrivons à Nacala quelques heures plus tard. 4h pour 200km. Décidément cela ne va pas vite au Mozambique ! On découvre Nacala et son immense baie d'en haut, tandis que le bus descend sur la ville basse. Le bus se vide au fur et à mesure de la descente. Nous comprenons qu'il faut descendre lorsque le chauffeur fait demi-tour au dernier arrêt. Nous appelons Vincent, le français rencontré à Lilongwe et qui s'est proposé de nous accueillir à Nacala. Il nous rejoint à une terrasse de « café » et nous propose gentiment de nous héberger. Il nous fait faire un tour de la ville. On voit le port et la baie gigantesque de Nacala. C'est beau et pourtant il n'y a pas de touristes. D'ailleurs niveau hébergement, les seules options sont très rares et très chers, un hôtel de luxe en ville et un hôtel de luxe dans la baie à quelques 15km d'ici. Il nous explique que la baie à des eaux profondes ce qui en fait un site exceptionnel sur cette côte de l'Afrique pour l'implantation d'un port industriel, qui va d'ailleurs bientôt voir le jour.

Vendredi 25 au Dimanche 27 avril 2008 (Week-end détente entre français, NACALA) : Les 3 jours suivants sont bien remplis. Vincent nous présente ses colocataires et collègues de travail. Julien un autre français et Viani, un philippin. Nous faisons aussi la connaissance de Spinosum et Cotonie, 2 petits chiots adorables, Spinozum et Cotonie, aux doux noms des 2 variétés d'algues que la société « Mozalgaz » (prononcez le s : « che » comme dans portuguèche ou balèche) de Vincent produit.

 
 

Tout ce petit monde vit dans une petite baraque sur un terrain immense clôturé par des murs blancs à l'allure de forteresse bien gardée avec une superbe vue sur la baie. La joyeuse équipe travaille dans la production d'algues naturelles. L'entreprise est toute récente, les algues sont destinées aux industries agro-alimentaire comme « gélifiants » ou quelque chose comme ça. Cela génère des emplois et des revenus pour les femmes des pêcheurs inactives. Ce n'est que le début (< 2mois) mais comme ils sont jeunes et motivés cela marche déjà très bien. Depuis aujourd'hui les marrées ne permettent pas de travailler dans l'eau, donc niveau charge de travail c'est un peu plus tranquille et le week-end sera un vrai week-end pour les fermiers et l'équipe dirigeante de Mozalgas l'entreprise que Vincent dirige (à 23 ans !!). Nous passons la journée du vendredi avec Julien et Viani qui nous font visiter les fermes. Cela nous donne l'occas. de faire notre première baignade dans les eaux turquoises et vertes de l'océan indien. Les sites de production sont dans un lagon aux eaux claires et chaudes. Après les eaux marrons et pas du tout attractives du Congo, ou de la Namibie, nous voilà enfin devant ce que nous attendions depuis longtemps, les eaux claires de l'océan indien. On passe la journée du vendredi à s'émerveiller et se dire que c'est vraiment beau.

Julien nous explique le B.A.BA de la production. Leur travail est calé sur les marées et leur pire ennemie c'est le soleil car il brûle la peau. Nous passons les 3 jours suivants un peu comme des « pachas ». Viani cuisine des bons petits plats tous les jours et toujours à base de riz. Au menu : calamars, crabes ou poissons. Les 3 joyeux lurons nous emmènent en bringue et en balade en bateau à la découverte de la belle baie de Nacala. Baignade, soirée karaoké chez les amis de Viani enseignants philippins, et soirée en boite ou dans les bars locaux. On rencontre d'autres français dont Eric et Caroline qui sont ici depuis 1 an et qui fêtent ce week-end leur fin de mission. Nous avons un peu les mêmes idées (et a peu près le même âge) et ils vont sans doute débarquer à Montpellier en octobre ou novembre. On va sûrement les revoir. Eric a un projet d'algo-carburant et ça ma foi c'est fort intéressant. On les quittes tous lundi en se disant que c'était « pile poil ». On se faisait pas mal d'inquiétude sur notre retour. Là on se dit que c'est bien aussi de se retrouver entre français et qu'il y a des gens qui sont sur la même longueur d'onde que nous (ça rassure !). Bref le séjour à Nacala nous a offert un bon bol d'air, de détente et de fête. Même si on a appris que nos ongles ne se décollaient pas parce que l'on faisait une carence de lait ou autre carence mais parce que l'on avait des mycoses sous les ongles (bon d'accord, ça à l'air dégueu. mais c'est juste que les ongles se décollent). Merci à Maurice, le prêtre infirmier, qui nous a diagnostiqué ça et donné un traitement pour 3 mois.

Ecrit le Mardi 07 mai 2008, 5h40, quelque part, dans une gare routière

Du Lundi 28 avril au Lundi 05 mai 2008 (Une semaine à la casa Luis, ILHA de MOZAMBIQUE) : Lundi nous quittons Nacala après avoir été invité à partager avec Vincent un p'tit dèj' chez Caroline et Eric. Un vrai p'tit dèj' de vacances et de français avec du nutela, du beurre et de la confiture. Il fait beau, tout le monde est en vacances sauf Vincent. Nous serions bien resté un peu plus longtemps mais il faut reprendre la route sans trop tarder si l'on veut arriver à Ilha avant la nuit, et puis, Vincent, doit aller au boulot. Il est déjà 10h30 lorsqu'il nous dépose au bord de la route. Nous le remercions rapidement en refermant la portière et voyons débouler dans le même temps un bus : «  Nampula, Nampula  ». C'est pour nous. Il n'est pas plein. Les bagages sont déjà sur le dos des bagagistes qui les montent sur le toit. Un p'tit signe de la main à Vincent et nous sommes dans le bus. Une heure environ plus tard, il nous dépose au croisement de la route qui part à Ilha de Moçambique. Le convoyeur attend le dernier moment pour nous rendre la monnaie et tente au passage de récupérer pas mal de méticals pensant que nous ne connaissons pas le vrai tarif. Mais quand il s'agit d'argent, Nat n'est pas là pour rigoler et même en portugais, et sur le ton de la plaisanterie s'en sort pour récupérer son dû « Me gosto el diniero como tu  » («  J'aime l'argent comme toi  ») ce qui a le mérite de le faire rire. Le bus n'est pas encore reparti que nous grimpons dans le premier chapas qui arrive. C'est un petit camion benne. Il reste 50kms jusqu'à Ilha. Il nous faut 1h30. Le chapas s'arrête très souvent pour charger et décharger personnes et marchandises. On voit ainsi passer un vélo, des enfants, des sacs de riz et des planches de coffrage. On arrive à Ilha de Moçambique. L'île n'est pas très grande et est reliée au continent par un pont de 3kms. Nous trouvons rapidement la casa de Luis où nous posons nos sacs. L'endroit nous plaît tout de suite même si cela n'a rien de luxueux. C'est une maison familiale avec 2 chambres aménagées au fond d'une petite coure. Le proprio, Luis, est très sympa. Nous avons décidé de nous poser plusieurs jours ici pour se reposer et bosser un peu sur RISEAL. Le rythme à Ilha est tranquille. Après un p'tit dèj' assez matinal (et compris dans le prix de la chambre), nous partons généralement faire un petit tour à la découverte de l'île avant qu'il ne fasse trop chaud. A 9h il fait déjà chaud, à 10h il fait déjà trop chaud ! Sur le chemin du retour, nous en profitons pour faire quelques courses au petit marché presque vide pour le casse-croûte du midi. Les étalages ne sont pas nombreux et pas très variés et notre menu presque quotidien pendant une semaine est tomates, salade verte, avocat et pains locaux. On passe le reste de la journée à bosser à l'abri de la chaleur. On ressort en fin d'aprem., pour profiter des couleurs du soleil, se promener dans les rues. Même si l'île est très petite, 2kms de long et 400m de large, nous faisons pas mal de kms à pieds. Nous n'avons pas mis longtemps à trouver notre gargote fétiche. Il n'y en a qu'une seule tenue par une mama un peu bourrue qui avec son foulard rouge sur la tête a tout d'une pirate. Il n'y a à chaque fois qu'un seul plat au menu mais c'est copieux et délicieux. Nous y allons tous les soirs. Le plat le plus mémorable, le riz coco, crevettes au curry «  c'est trop bon !!  ». Un régal.

Ilha de Moçambique a été découverte il y a plus de 500 ans par Vasco de Gama et a été pendant très longtemps un comptoir de commerce entre l'Inde, l'Europe et l'Afrique. Les commerçants venaient y chercher le sucre puis quelques années plus tard les esclaves. Encore aujourd'hui il reste des traces de ces époques. La ville recouvre toute l'île. Il y a une ambiance un peu étrange. On parcourt des rues ensablées aux maisons coloniales plus ou moins délabrées. Certaines ont été restaurées et il y aussi une ambiance très locale et villageoise avec des petits marchés, des vendeurs de rue, des petites boutiques, le retour des pêcheurs et des quartiers faits de maisons traditionnelles en terre crue et au toit de chaume. Il y a aussi 3 églises imposantes, un temple indien et une grande mosquée qui rythme la vie du village, un grand hôpital, quelques écoles, un ancien fort à la pointe de l'île et les eaux bleues de l'océan indien tout autour. La vie y est très agréable. Nous découvrons tout cela petit à petit et nous ne profitons des moments de baignade qu'à la fin de notre séjour. Il y a une seule plage vraiment sympa à côté des remparts du fort. Il faut « caler » les baignades sur les marées car à marée basse l'eau est loin. Les locaux profitent de ce moment pour ramasser les coquillages. Dans ce joli décor, il y a quand même quelques bémols. Bien que l'île soit patrimoine mondial de l'humanité classé par l'UNESCO en 1991, beaucoup de bâtiments sont en ruine et surtout l'île n'a aucun système d'assainissement dans les quartiers populaires. Si bien que, le matin, à marée basse, la plage se transforme en toilettes à ciel ouvert. Enfants et adultes viennent y faire leur petit ou gros besoin, certains viennent même y enterrer leur déchet de la maison. Rien que d'y penser ça donne la nausée mais c'est le quotidien des habitants et la face cachée de l'île. Pour info l'UNESCO ne donne que l'étiquette car ici aucun centime n'a été donné «  C'est à vous de trouver l'argent  » leur a t-on dit, nous explique Luis. On passe également devant des salles de classe ouvertes aux 4 vents laissant entrevoir des enfants en uniforme assis par terre sans tables ni chaises. Malgré tout, on se laisse bercer par la vie locale. Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir. un groupe de jeunes filles qui dansent et chantent devant l'église répétant pour la messe du dimanche,

c'est plutôt festif, le tam-tam donne le rythme et les filles bougent avec le sourire, un tournoi de foot, un concours de danse qui rassemblent de femmes joliment vêtues de tissus colorés pour l'occasion et rivalisant d'imagination pour séduire le jury (nous ce que l'on a préféré c'est le saut à la corde), le marché hebdo du lundi devant l'église de la pointe. La ville est vraiment vivante. Elle a été brassée par de nombreuses civilisations et aujourd'hui encore nous ressentons ce « brassage ». Il y a les silhouettes fines des djellabas, les boubous colorés des femmes, la peau claire des indiens et tous les visages qui portent les couleurs et les traits d'un métissage entre l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Asie et l'Europe. Les enfants réclament souvent des photos à notre passage quand ce ne sont pas des crayons. Nous nous sentons tellement bien que nous décidons de prolonger le séjour. L'accueil de la casa Luis y est pour beaucoup.

La petite famille est vraiment aux petits soins avec nous. La maman nous fait goûter ses petits pains coco et fait découvrir à Nat les joies des soins de beauté naturelle.

Les parents se lèveront même à 3h du mat' pour nous faire un dernier au revoir avant notre départ.

Mardi 06 mai 2008 (Nat au dodo,Fab au boulot, ILHA - NAMPULA) : C'est à 3h du mat' dans le silence de la nuit et la tranquillité et les rues endormies de la petites île, le cour un peu triste que nous quittons la casa de Luis et Ilha en direction du Sud.

Nous nous préparons à enchaîner 3 ou 4 jours de voyage pour rejoindre la partie sud du pays. Le pays est coupé en 2 par le Zambèze (qui était en crue il y a quelques mois) et qu'aucun pont ne traverse. Seul un bac au niveau de Caia permet de le traverser. Pour l'instant nous n'allons que jusqu'à Nampula où Luis nous a indiqué une pensão moins chère que ce que nous avions trouvé la première fois. On arrive en ville à 7h30 du mat', Nat un peu crevée passe une bonne partie de la journée dans la chambre pendant que Fab gère la vie pratique (réservation du bus pour le lendemain, colis, internet). A 20h30 on se couche. Demain il faut encore se lever à 3h du mat' pour prendre le seul bus qui prend la route du sud. Si tout se passe bien, nous serons au bac demain soir.

Ecrit le Vendredi 09 mai 2008, lit baobab, Vilankulos

Du Mardi 06 mai au Vendredi 09 mai 2008 (Une triplette de 3h, NAMPULA - QUELIMANE - CHIMOIO - VILANKULOS) :

Lorsque nous sortons de l'hôtel, sac sur le dos, la nuit est encore très sombre et à 3h30 dans les rues de Nampula, nous ne traînons pas sur le chemin (pourtant éclairé) qui nous sépare de la gare d'environ 800m. Arrivés à la barrière de la gare, nous voyons qu'il y a beaucoup de monde qui dort sur place. Les départs matinaux obligent les gens à arriver la veille et dormir sur place leur évitent de payer une nuit d'hôtel. Une natte en paille, quelques cartons pour certains et une couverture font office de lit. Un jeune nous soulève la barrière. Nous passons et quelques secondes plus tard, il se fait reprocher par le chef gardien de s'être mêlé de ce qui ne le regardait pas et de nous avoir ouvert. Hormis ceux qui dorment à l'intérieur, nous sommes les premiers et les seuls à ne pas attendre de l'autre côté de la barrière. Nous sommes en avance, le départ du bus n'est prévu qu'à 5h et nous sommes déjà là à 3h45. Les bus sont rares, il y a souvent beaucoup de monde qui veut voyager et si nous voulons une bonne place, il vaut mieux arriver tôt. Trois bus sont prêts au départ. Ce sont les seuls de la journée et nous sommes les premiers à nous approcher de notre bus en direction de Quelimane. Bien décidés à prendre de bonnes places pour les 8 heures ou plus de trajet qui nous attendent. Tout le monde nous suit de près et nous sommes une bonne trentaine à poiroter devant le bus pendant un bon ¾ d'heure. Tout ça pour rien car ils font l'appel et nous sommes les numéros 48 et 49. A la montée dans le bus c'est la bousculade et la pagaille malgré tout. Les voyageurs sans ticket tentent de monter, les premiers numéros absents lors du début d'appel se font prendre leur place et viennent récupérer leur retard. En fait une bonne partie des passagers n'a pas entendu que c'était l'appel et bouscule les gens qui attendent plus ou moins sagement l'énoncé de leur numéro. Certains envoient leur enfants réserver des places (les enfants ne payent pas, car ils n'ont pas de siège, ils n'ont pas besoin de ticket et peuvent donc grimper à bord facilement en faisant croire que le parent est déjà dedans). Petite précision, il n'y a pas de places assises pour tout le monde et ceux qui n'ont pas pris soin de réserver un peu en avance passeront tout le trajet debout dans l'allée centrale. Bref c'est le bordel et c'est la même chose à l'intérieur pour placer les bagages dans les rangements trop petits ou à l'extérieur pour faire rentrer les bagages dans les soutes. D'un côté comme de l'autre, c'est chacun pour soi. Il faut faire rentrer les valises ou les bagages coûte que coûte car s'il n'y a plus de place, « on » ne les prend pas. Pendant que Nat évite quelques mauvais coups de sacs à l'intérieur du bus et garde précieusement les 2 places assises que nous avons trouvé, Fab tente de comprendre quelle est la méthode à suivre pour avoir une place pour les bagages dans la soute. En fait il n'y en a pas. Une p'tite dame lui donne un coup de main auprès du chargeur qui choisit comme bon lui semble quels bagages vont dans la soute évaluant leur prix en fonction du volume et de la tête du client. On a ainsi droit à une heure de grand n'importe quoi avant de prendre la route à 5h30. Il y a un peu plus de 80 personnes dans le bus. On passe 10h dans ce véhicule sans voir grand chose du paysage car nous ne sommes pas près d'une fenêtre et que la vue est bouchée par toute sorte de choses ou de personnes. Cependant, cela semble un peu aride et monotone. Il n'y a que très peu de villages et de vie sur le bord de la route. Notre voisin, un ougandais, nous explique qu'il part travailler dans les mines en Afrique du Sud et que c'est la première fois qu'il quitte son village. Il est jeune, il est beau et il tient chaud à Fabien car il porte une grosse doudoune d'hiver malgré les 35°C minimum de température ambiante et le soleil qui tape fort derrière les fenêtres du bus. Nous décidons un peu au dernier moment d'aller jusqu'à Quelimane plutôt que jusqu'à Caia. Il nous sera plus facile de trouver un bus direct pour Chimoio nous a-t-on dit. Il est près de 16h quand nous arrivons à Quelimane. La nuit va tomber dans moins d'1h30 et 2 sénégalais, sympas et rigolos, nous accompagnent jusqu'à une pensão sans nom que nous n'aurions jamais trouvé à moins de 50m de la station de bus. Nous prenons l'option économique, c'est-à-dire minuscule lit dans minuscule chambre. De toute façon, nous n'allons pas y dormir longtemps car demain il faut se présenter à 3h au bus en partance pour Chimoio, notre prochaine étape toujours plus au Sud.

Ecrit le Samedi 10 mai 2008, 17h20, Hamac Baobab, Vilankulos

Du Mardi 06 mai au Vendredi 09 mai 2008 (Suite) : Nous partons manger un chima dans la gargote de la gare routière. Le bar-resto est bien glauque car il n'y a qu'un seul néon pour éclairer la grande salle et le mobilier est très fatigué mais la bouffe est bonne. A 20h30 nos sacs sont bouclés pour le lendemain. Nous sommes prêts à dormir dans le minuscule lit en compagnie des moustiques qui s'agitent derrière la moustiquaire. En bon élève, nous nous pointons à 3h10 à la gare. Le gardien qui devait nous réveiller et nous ouvrir la porte à 3h, ronfle sur une natte près de la sortie. Encore un gardien de nuit qui est payé pour dormir ! Fab le réveille pour qu'il nous ouvre la porte. En fait, elle n'était même pas fermée à clé ! On arrive devant le maxi-bombo jaune (half-bus) qui doit nous emmener à Chimoio.

Là encore, beaucoup de passagers dorment dans les bus ou par terre. Ce matin, comme chaque matin, quatre bus sont au départ dès 4h pour Maputo à 1400kms, soit 2 jours de bus, pour Beira sur la côte, pour le Nord et pour Chimoio. Ce sont les seuls de la journée. Le chargement de notre bombo est prêt et personne ne bouge quand nous posons nos sacs. Alors que nous assistons au réveil de la gare, un policier en manque d'occupation vient contrôler nos passeports. Nous partons à 4h comme prévu. Notre bus qui a la réputation « de filer » est le premier à quitter la gare. Les places que nous avons choisi la veille sont assez confortables, et, effectivement le bus file mais pas aussi vite que nous aurions espéré. Il nous faut quand même 11h pour atteindre Chimoio à 519km. Le franchissement du Zambèze, qui coupe le pays en 2, n'est pas si difficile que ça, quoique ! L'Union Européenne et les Japonais financent actuellement la construction d'un pont, mais pour l'instant il n'y a qu'un bac. L'attente peut s'avérer longue car c'est le seul passage entre le Nord et le Sud et que le bac ne peut prendre que 2 gros camions et 4 petits véhicules. Lorsque nous arrivons, la file de camions est impressionnante, mais nous avons de la chance car il n'y a que 2 petits véhicules devant nous et le bac est en train d'accoster. Tout le monde descend du bus pour se dégourdir les jambes, acheter de quoi manger, ou faire un petit chichi (pipi). Le bus prend la direction du bac, il n'y plus qu'a le suivre à pied. Sauf que non ! Le chargement a été rapide, le chichi de Nat un peu trop long bien que speedé par les cris de Fab «  Nat , il faut y aller ! Les gens courent !  ». Lorsque nous courons vers la rive, c'est trop tard le bac est déjà parti. Nous voyons s'éloigner notre bus, nos bagages et nos compagnons de voyage. Nous avons raté le bac ! Nous sommes un peu rassuré car il y a un autre passager resté sur le carreau et nous sommes 3 à nous demander si le bus va nous attendre de l'autre côté ou pas. Notre compagnon n'est pas très optimiste. Après quelques minutes de flottement (le temps de voir le bus débarquer de l'autre côté), on décide de prendre le seul petit bateau disponible pour faire la traversée. On appréhende le coup de massue sur le prix, mais cela ne nous coûte « que » 80Mtc (2,1€). Au moins, on a eu « le mérite » d'avoir traversé le Zambèze sur un bateau rien que pour nous !

Quand nous arrivons vers le bus, personne ne semble s'être inquiété de notre absence, sauf les 2 filles qui avaient précédé Nat aux toilettes, qui avaient entendu Fab crier et qui rigolent à notre montée dans le bus.

Les paysages sont toujours monotones, il fait chaud et nous passons une bonne partie de la journée à somnoler inconfortablement. On s'attend à ce que Chimoio soit une halte sympa au milieu des montagnes et pensons y passer 2 jours. Mais à l'approche de la ville, nous décidons de n'y passer qu'une seule nuit. Chimoio ne nous séduit pas et les environs n'ont rien d'exceptionnel. Nous partirons dès le lendemain pour Vilankulos, un gros village au bord de l'océan, réputé pour son archipel d'îles et ses fonds marins. Nous prenons des renseignements pour le trajet du lendemain que nous pensons facile. Nous déchantons. Il n'y a qu'un bus express en direction du Sud, il part à 3h30 pour Maputo à 1200km. Jusque là tout est normal. Mais on nous réclame 900Mtc par personne (24€), le prix de billet pour Maputo alors qu'il doit nous arrêter à peine au tiers du trajet. On se dit que les choses se compliquent maintenant. Il va sans doute nous falloir faire des sauts de puce de minibus en minibus jusqu'à Vilankulos. Nous nous apprêtons à faire une journée de galère, il y a environ 400kms, au moins 8h de bus et nous ne sommes pas sur d'arriver à bon port. Côté hébergement, comme la veille, nous prenons l'option économique. Tout petit lit dans toute petite chambre, mais le standard de l'hôtel est plus élevé. La douche commune au seau a été remplacé par une douche commune à l'eau chaude (ça faisait longtemps !). Nous n'avons pas trouvé de petite gargote pour manger. On trouve un bar qui sert des plats peu copieux et un peu chers à 125Mtc (3,30€). Comme la vielle on se couche vers 20h dans notre tout petit lit de notre toute petite chambre sans fenêtre (300Mtc, 8,50€). Puis rebelote, nous sortons dans les rues vides de Chimoio vers 4h de mat', bien décidés à prendre le premier minibus en partance pour Inchope, la ville carrefour depuis laquelle on peut partir sur les quatre points cardinaux (Beira à l'Est, Chimoio à l'Ouest, Nampula au Nord, Maputo au Sud). A la différence des jours précédents, la gare routière, qui en fait une place autour de laquelle stationnent les chapas , est presque déserte et aucun véhicule ne semble prêts au départ hormis un minibus qui part en direction de la frontière du Zimbabwe à quelques dizaines de kilomètres d'ici. L'emplacement des minibus pour Inchope est vide. Nous nous asseyons sous le seul point lumineux autour de la place où 2 personnes sont déjà assises. Il ne nous reste plus qu'à attendre la première occas'. On s'apprête à passer une journée à attendre et à galérer, on part sans stress, on verra jusqu'où le vent veut bien nous emmener. Une demi heure plus tard, un minibus un peu chargé mais pas complet passe. Il va sur Beira et passe bien sûr à Inchope. Nous grimpons à bord, bien qu'un jeune rabatteur des minibus pour Inchope tente d'en dissuader le chauffeur (il veut récupérer 2 clients). Il nous faut courir après le minibus et crier «  Esperaaa !  » («  attend  ») très fort dans le calme de la nuit de Chimoio.

Sur les bords de la route et dans la nuit, il y a déjà des femmes qui marchent, bassine sur la tête. Sans doute vont elles à la ville pour vendre sur le marché leur produit. A 6h nous sommes au carrefour de Inchope. La chance est avec nous. Dans le minibus il y avait 2 mamans qui voyagent en direction du Sud également. Elles nous expliquent qu'il y a un express qui vient de Beira pour Maputo (le seul de la journée) et qui doit passer Inchope autour de 6h. Elles ont déjà téléphoné pour savoir où était le bus. Il est en route, il ne va pas tarder et il y aura de la place pour nous. Nous sommes contents car sûrs d'arriver à Vilankulos ce soir. A peine une demis heure après notre arrivée au croisement, le bus arrive. Nous grimpons. Il reste même une place assise. Nous n'en attendions pas tant ! L'express porte bien son nom. Il préfère klaxonner plutôt que de freiner, les arrêts sont très brefs, les passagers n'ont pas le temps de descendre et ont à peine le temps de faire des achats à la fenêtre. Les voyages sont souvent l'occasion de faire de bonnes affaires. Fruits, noix de cajou, légumes. Tout est beaucoup moins cher au bord de la route.

Nous regrettons, de ne pas avoir acheté ces gros ananas proposés à 10Mtc (0,26€) que nous reverrons à 60Mtc en ville ou ces gros paquets de noix de cajou qui coûtent 2 fois moins chers à la fenêtre du bus. Les paysages sont toujours monotones et le bus toujours aussi plein. Nous enfilons les kilomètres et du coup nous arrivons à Vilankulos avant midi à bord du troisième et dernier chapas de la journée, bien plein lui aussi, pour les 20 derniers kilomètres qui relient la route principale à l'océan. On débarque en ville. Il fait chaud, cela grouille, les rues sont ensablées et il y a beaucoup de jeunes qui nous proposent de nous guider jusqu'à différents hôtels du coin. Vilankulos est touristique. Fab voit le camion d'un tour opérateur que nous avions croisé au Malawi plusieurs fois et que José l'espagnol devait justement rejoindre à Vilankulos. Fab interroge le chauffeur, José est avec eux. On décide d'aller dans le même backpacker car en plus, une gentille coiffeuse à qui nous demandons notre chemin, nous dit que c'est le moins cher. Le Baobab backpacker a les pieds dans le sable, et fait face à l'océan. L'eau est turquoise, on se croirait dans un lagon. Le sable est blanc. Cette fois-ci on prend l'option grand lit dans une chambre rien que pour nous.

Nous sommes à Vilankulos comme prévu après 3 jours de voyage. Nous posons vite les sacs, enfilons les maillots de bain et même si c'est marée basse et qu'il est midi, l'heure où le soleil cogne, on part quand même faire un plouf, trop contents de pouvoir se rafraîchir dans cette eau claire. Nous venons d'enfiler 1660kms depuis Ilha de Moçambique. La récompense en vaut la peine ! Une fois rafraîchis, nous partons à la recherche de quelque chose à manger. Il y a un petit marché et une animation assez sympathique en ville. Et même si l'on nous parle pratiquement qu'en anglais, nous nous plongeons dans la vie locale et on répond en portugais «  No falla Inglès  » («  On ne parle pas anglais  »). Nat adore parler portugais. et puis l'anglais ici, c'est la langue de personne à part celle des touristes (en majeur partie des Sud Africains). Les gamins sont heureux de nous lancer des «  hello  » et nous nous amusons à leur répondre «  Bom dià, como està ?  » ce qui les déstabilisent un peu.

On arrive à dénicher un petite gargote locale, dans un cahute en bambou où s'engouffre la fraîcheur de l'air marin bien appréciable à cette heure chaude de la journée. C'est local, les cuisinières installées dans un petit container sous le auvent de la cahute, ne parlent pas anglais. Nous choisissons dans les casseroles un riz poisson sauce tomate. C'est délicieux et c'est pas cher, 30 Mtc, à peine 1€ le plat et un plat pour 2 suffit largement. On a déjà trouvé notre cantine ! On fait quelques courses au marché pour le soir et pour faire une salade de fruits (il y a un frigo à la disposition des clients au backpacker ). C'est déjà la fin de la journée. Nous profitons quelques minutes des hamacs avant le coucher du soleil et l'arrivée des moustiques en nous demandant combien de temps on va rester là. On retrouve José le soir qui nous raconte ses aventures et mésaventures dans le Nord de Mozambique et sur la route du Sud. C'est sympa de le retrouver ici, on passe un moment à discuter mais la fatigue finit par nous rattraper et quand nous nous couchons, nous sommes bien contents de ne pas avoir à nous lever à 2 ou 3h du mat' demain.

Ecrit le Mardi 13 mai 2008, 7h54, Minibus Vilankulos - Maxixe

Du Samedi 10 mai au Lundi 12 mai 2008 (Dans l'eau bleue, VILANKULOS) : Après une baignade matinale dans les eaux claires, nous partons à la découverte de la ville et de ses environs. Vilankulos s'étend le long de la plage sur 2 ou 3 kilomètres. Au Sud, où nous sommes, il y a le petit centre actif avec le marché et les principaux commerces. Au Nord, il y a beaucoup d'immeubles en construction, sans doute tous destinés à de futurs lodges ou hôtels. Entre les 2, il y a 2 routes et une plage de sable blanc, les eaux azures de l'océan indien, des cocotiers, des barques de pêcheurs, quelques habitations et quelques hôtels à touristes. Bizarrement, nous ne voyons aucun touriste dans l'eau à part nous. Sans doute sont-ils tous partis dans l'archipel de Bazaruto (ou restés dans les backpackers ) classé réserve naturelle et haut lieu du tourisme et de plongée. Cet archipel est constitué de 5 îles à 10kms du rivage pour la plus proche. La petite route de sable qui suit la mer est très tranquille, et même si nous suivons l'ombre de cocotiers, il fait chaud. C'est le week-end, quelques enfants s'amusent à faire rouler sur la plage des petits camions confectionnés en fil de fer,

d'autres se baladent en discutant, certains jouent à la toupie (un petit morceau de bois taillé en pointe qu'ils font tourner en le fouettant avec un bâton sur lequel est accroché un fil), d'autres encore font des bracelets pour les vendre aux touristes et nous en croisons un qui fait du vélo sans pneu dans le sable. On finit le tour de la ville en empruntant la « grande » route goudronnée sans ombre et sans intérêt. Nous nous pointons à 13h dans notre gargote fétiche, au menu riz-crabe sauce arachide. Le plat est tellement bon que l'on décide de lui en prendre un autre à emporter pour le soir.

 

C'est ainsi que nous repartons avec notre barquette, un peu comme si l'on repartait de chez nos mamans. Il nous faut une bonne partie de l'aprem' pour décider avec quel « opérateur » nous allons partir le lendemain pour visiter l'archipel. On choisi le moins cher, celui qui va sur l'île la plus proche, Magaruque.

Dimanche nous espérons partir tôt pour profiter de la journée sur l'île. C'est sans compter sur le groupe de « Sud-Af » qui doit partir avec nous. Nous devons prendre le bateau à 8h, mais nous les attendons pendant une heure. On les voit passer et repasser avec leur pick-up, en fait, ils font le plein de bières et de clopes avant de partir sur l'île. A peine embarqués qu'ils décapsulent les «  2M  » (la bière nationale). Ils sont 4, l'ambiance est à la grosse rigolade. La petite équipe ressemble vraiment à un groupe de « gangsta ». C'est presque une caricature avec les chaînes en or, les sales gueules, le gros, le tchatcheur.

Ils sont sympas et nous proposent des bières et nous certifient que le plus beau pays du monde c'est l'Afrique du Sud. Tout le monde s'accorde quand même à dire que l'endroit est vraiment magnifique lorsque nous arrivons 1h plus tard aux abords de l'île. Il y a un petit récif qui protège la plage du courant. Entre le récif et la plage, l'eau est bleue turquoise. Une vraie piscine naturelle. A peine débarqués que notre skipper nous emmène vers un autre groupe de touristes. La plage n'est pas déserte, il y a déjà 3 ou 4 petits bateaux alignés avec en face de chacun un petit groupe de touristes installés sur la plage. Nous devons changer d'embarcation pour le retour car les Sud Af. ne veulent pas rester trop longtemps. A peine le sac posé à côté du nouveau « campement » que nous allons nous baigner, puis découvrir les environs à pieds, puis faire un peu de snorkelling de l'autre côté du récif (nage avec masque et tuba). Il y a plein de poissons de toutes les couleurs, des gros bleus, des p'tits rouges en passant par les jaunes rayés noirs tout plat. De retour à la plage on repart visiter les alentours mais avec l'appareil photo cette fois-ci. Puis c'est l'heure de s'asseoir pour manger. C'est un délice. Riz, lula (calamar), poisson (baracuda) et fruits à gogo. C'est déjà l'heure de repartir. Décidément le farniente c'est pas pour nous ! On reprend le bateau pour aller voir une autre plage toujours de sable blanc. Nous n'y restons pas très longtemps. Nos 4 nouveaux compagnons de bateau ont passé la veille et la nuit sur l'île, ils ont envie de rentrer pour une bonne douche (enfin, surtout les filles !). Même si l'excursion était un peu courte, l'endroit est vraiment magnifique. On regrette un peu de voir les lodges se construire sur les îles. On rentre à la voile jusqu'au continent et il nous faudra le même temps qu'à l'aller avec le moteur.

Ecrit le Mercredi 14 mai 2008, 21h40, Pansão Tofo à Tofo

Du Samedi 10 mai au Lundi 12 mai 2008 (suite) : Lundi matin nous avons quelques courses à faire en ville. Le chien du backpacker a décidé de nous accompagner. Il nous suit de partout. Il nous attend devant la banque lorsque nous allons retirer de l'argent, il nous attend devant le cyber, il nous accompagne au marché allant jusqu'à rentrer dans les boutiques de pagnes avec nous. On fait attention à lui lorsque nous traversons les routes car Roger (c'est ainsi que nous l'avons appelé) n'est plus tout jeune et Roger ne semble pas très habitué à la ville. Nous rentrons vers midi toujours accompagnés de Roger qui nous suit à la plage et rentrera même dans la douche de Nat pour boire (ou pour voir ?). On fait notre petite vie sans compter sur les services qu'offrent le « camp » (resto, bar). Au moment de payer la note, ils sont assez surpris que nous n'ayons rien consommé chez eux. Nous préférons sortir du « camp » et nous imprégner de la vie locale. Et c'est toujours aussi déconcertant de rentrer ensuite au backpacker avec la musique anglaise en fond et l'ambiance « occidentale ». On se prépare à visiter des coins encore plus touristiques dans les jours qui viennent car, plus au sud, ils sont beaucoup plus faciles d'accès pour les Sud-Af. et les touristes en général. Nous voyons ici des gens qui ne sortent du backpacker que pour faire une plongée en mer. Nous craignons que les prochaines étapes ne soient vraiment que des usines à touristes et ne présentent pas de petite vie locale comme à Vilankulos.

 

Mise à jour du mardi 10 juin 2008

Ecrit le Dimanche 18 mai 2008, 21h35, Base backpacker , Maputo

Mardi 13 mai 2008 (Saloperie de chauffeur ! VILANKULOS - INHAMBANE) : Quand nous arrivons à la station de bus à 1km environ, nous avons déjà pris notre premier coup de chaud de la journée. Marcher dans le sable avec 20kg sur le dos même dans la « brume » des 6h30 du mat', ça fait transpirer !

Le minibus est quasi vide. Le chauffeur, après avoir « glissé » ou plutôt poussé par le coffre comme un malade nos sacs pour qu'ils puissent rentrer sous les sièges arrière, nous dit qu'il va nous les faire payer. Pensant que nous ne parlons pas un brin de portugais (vu qu'ici il y a plein de touristes et que la majorité parle seulement anglais), il agite des billets pour nous dire que l'on devra payer 750 Mtc en tout c'est-à-dire 350 pour les 2 places et 400 pour les bagages. Hors de question de payer cette somme pour les bagages. Nous croyons d'ailleurs à une blague. Nous lui répondons que non, que les bagages qui sont dans le coffre ne sont pas payants et que même si c'était le cas, ils seraient plus chers qu'une place assise. C'est une blague ! Puis le chauffeur part discuter avec ses collègues. En attendant le départ, Fab va chercher le p'tit dej' qui sera constitué ce matin de bananes et de pain. Le bus se rempli petit à petit. Le chauffeur grimpe et prend la route alors que le bus n'est même pas encore plein. Petite panique pour Nat «  Espera, Espera, el senor no e aqui  » («  Attend, attend, le monsieur n'est pas là  ») en montrant le siège vide de Fab. En fait le chauffeur a fait un tour de ville et a récupéré Fab au passage. La route que nous prenons pour aller encore plus au Sud est encore toute droite.

On voit nos premiers panneaux solaires et nos premiers palmiers.

On arrive à Maxixe où le bus nous dépose juste en face de l'embarcadère des bateaux pour Inhambane. La ville est juste de l'autre côté de la baie. Au moment de payer le chauffeur nous réclame 200 Mtc pour les bagages (5,70€). Nous ne voulons pas payer et il ne veut pas nous ouvrir le coffre et nous laisse sur le carreau. Nous sentons le coup foireux. Alors qu'il récupère tranquillement l'argent des autres passagers, nous déficelons le coffre pour récupérer nos sacs mais le gars ne nous laisse pas partir. Il veut qu'on le paye et nous on ne veut pas. Nous avons payé 175 Mtc pour la place dans le bus et nos sacs étaient coincés sous la banquette et ne dérangeaient personne. Nous ne voulons pas payer mais le gars ne veut rien savoir et nous ne voulons pas céder car nous savons très bien comme lui et comme les autres passagers que ce qu'il nous réclame est déjà hors de prix mais aussi qu'il nous fait payer parce que l'on est blanc. Un petit attroupement s'est formé autour de nous. L'échange se fait en Portugais et même si notre vocabulaire manque un peu de mot, on arrive à lui faire comprendre pourquoi nous ne voulons pas payer, que les autres passagers ne payent pas, que nos bagages ne gênent pas car ils sont dans le « coffre » qui est fait pour ça et que ce n'est pas « juste » de faire payer les blancs. Il nous menace de nous emmener à la police prétextant qu'il nous avait donné le prix avant «  Mais qu'est-ce que la police a avoir là-dedans, c'est un problème que l'on doit régler entre nous  »- on lui répond un peu énervés «  On peut aller à la police si tu veux, on a le temps  ». Le ton monte. Nous lui répondons que nous n'étions pas d'accord avant de partir sur le prix qu'il nous annoncé. C'est vrai, nous avons commis l'erreur de ne pas avoir éclairci cette histoire et fixer vraiment le prix des bagages. Après 1 an de voyage en Afrique, on aurait dû se méfier ! Bref, le ton monte. Cela dure un bon quart d'heure. Le chauffeur remarque que Fab est prêt à céder alors il ne s'adresse plus qu'à lui et entame les négociations. Il demande 100 Mtc maintenant. Nat est prête a lâcher 50 Mtc qu'elle juge « suffisant » mais il n'accepte même pas le billet qu'elle lui tend. Il veut 100 Mtc. Au final, il les aura. Nat est très énervée car c'est de la discrimination et du racket. Le pire c'est qu'autour de nous les gens avaient tendance à trouver ça normal que les blancs payent et avaient tendance à prendre la défense du chauffeur. A côté, il y a quelques gamins à peine âgés de 10 ans qui ont assisté à la scène. Plateaux d'oufs en main, ces gamins passent leur journée à tenter de les vendre honnêtement pour ramener quelques sous à la maison. On aurait préféré acheter une douzaine d'oufs à ces pauvres jeunes travailleurs plutôt que de lâcher notre argent à cet escroc.

Sur le chemin qui mène à l'embarcadère à quelques de dizaine de mètres, un jeune qui a assisté à la scène nous accompagne et nous annonce le prix de la traversée. 150 Mtc pour nous et les sacs. On s'était renseigné et on nous avait annoncé 15 Mtc / personne. On sent le deuxième coup foireux arriver. Mais non, celui-là est honnête, il nous dirige vers le dhôw , une petite embarcation à voile, qui ne coûte que 10 Mtc / personne, bagages compris. C'est le bateau à moteur qui coûte plus cher. La traversée est plus longue avec le dhôw mais Inhambane n'est pas très loin. Il ne nous faut que 20 minutes pour atteindre l'autre rive. Et puis c'est beaucoup plus agréable de naviguer sans bruit. Même si l'on rumine « l'événement » du taxi-brousse, on finit par apprécier la traversée et on ne peut s'empêcher de rire lorsqu'au débarquement, les membres d'équipage déchargent bagages et passagers en les portant sur leur dos pour éviter qu'ils se mouillent. On finit par perdre patience. On saute du bateau dans les 70 cm d'eau pour parcourir les quelques mètres qui nous séparent de la plage.

Il est 13h quand nous mettons les pieds à Inhambane où nous devons rester 1 ou 2 nuits avant de rejoindre à quelques 20km plus loin la fameuse plage de Tofo. On pose nos sacs dans un petit resto juste à côté du débarcadère avant de trouver notre hébergement. Dans la grande salle sans déco, tout le monde mange des soupes. L'odeur est alléchante et malgré la chaleur on a bien l'intention de nous laisser tenter. Pas de chance ! Il n'y en a plus pour nous. Méfiants jusqu'au bout, on soupçonne le serveur de ne pas vouloir nous en servir. Le plat est peut être trop bon marché pour les blancs ! Peu importe, le hamburger con queso qu'il nous sert est délicieux.

Il y a très peu d'hébergement à Inhambane donc les chambres sont un peu chères. Le seul backpacker propose des dortoirs à 250 Mtc / personne (7,20€). C'est cher surtout que le dortoir est au fond du garage.

On profite du reste de la journée pour visiter un peu la ville qui a son petit charme et un petit air d'occident avec ses maisons colorées datant d'avant guerre et ses avenues très propres, calmes et aérées. Le soir, près d'un kiosque sur une place, on s'essaye au billard, grande distraction dans le pays. Les cannes sont tordues, il n'y a plus de bleu, le tapis est un peu fatigué et la salle est en plein air. L'ambiance est décontractée. Il y a deux billards et quelques tables, les jeunes et les moins jeunes s'affrontent sur le tapis dans une atmosphère bon enfant. La nuit est claire et la soirée douce. On reste un moment là avant de trouver là on l'on va manger et ce n'est pas une mince affaire car là encore, les options ne sont pas nombreuses et souvent chères.

Le soir de retour à l'hôtel, on passe un long moment à discuter avec un couple d'Américains. Ils sont vraiment sympas. On parle des problèmes de l'aide au développement, de la richesse de l'Afrique et on se raconte respectivement nos anecdotes de voyages. Ils voyagent comme nous en transport en commun et à l'économie. Ils doivent avoir plus de 50 ans. On passe une soirée agréable et on se prend à rêver ou espérer être comme eux dans plusieurs dizaines d'années. Ils font un peu le même parcourt que nous au Mozambique, on les recroisera sans doute.

Mercredi 14 mai au Vendredi 16 mai 2008 (Chez les Sud-Af., panique en haute mer, INHAMBANE - TOFO) : Mercredi matin, on y va tranquillement !. On doit rejoindre Tofo qui n'est qu'à 20km. On profite de la matinée pour bosser un peu dans le salon confortable du backpacker et surtout on veut goûter la soupe de midi que l'on a raté la veille. Aujourd'hui, il y en a, et elle est très bonne. On comprend pourquoi tout le monde commande ça. Manger une soupe chaude bouillante à midi dans un pays au climat tropical avec un bon 35°C sous le soleil n'aide pas à rester frais. Peu importe, on repart, sacs sur le dos en direction de la gare routière. Le bus qui nous emmène à Tofo ressemble à un bus de ville française. On emprunte des pistes sableuses dans un bus fait pour rouler dans les avenues parisiennes, c'est un peu bizarre. Les « mamas » en boubous avec les paniers sur la têtes et les jeunes étudiants en uniformes ont remplacés les banlieusards tricolores. Presque tous les locaux descendent avant le terminus. Le long des 20km, on peut voir quelques cases dispersées au milieu de nulle part. Nous n'avons pas l'impression que l'on va rencontrer un village par ici. Le terminus est à Tofo qui est LA plage touristique du Mozambique.

On s'attend un peu au pire mais on veut quand même voir à quoi ça ressemble le paradis des touristes. Pendant le séjour au Mozambique, il a fallu batailler un peu pour trouver des hébergements. Sur la « route » de Tofo, les plaques de signalisations des hôtels se multiplient. Le terminus de la ligne est quasiment sur la plage devant le petit marché où l'on trouve à peu près tout. Nous sommes déconcertés par cette abondance et puis, tout le monde parle anglais, même les « mamans » qui vendent les légumes et les brochettes. Et puis, il y a ce « grand » marché d'artisanat qui envahit le paysage et aussi tous ces stands de vente d'alcool un peu comme si on était dans une zone détaxée. On veut encore éviter le backpacker où tout le monde va. On se fait aider pour trouver la pensão Tofo qui n'a pas d'enseignes et qui est tenue par une Sud-Africaine un peu loufoque qui aime bien parler. Elle nous fait le prix de la chambre double au prix du dortoir chez les concurrents. C'est la première chambre que nous réussissons à négocier au Mozambique. Le backpacker est petit mais sympa et le personnel est au petits soins. Y'a une cuisine à dispo si bien que l'on peut se faire des petits plats. Tofo est un village qui a été construit par les Sud-Af pour les Sud-Af. Les 4x4, quad et motos sillonnent les quelques rues de sable. C'est un peu comme à Palavas en pleine saison. Y'a des restos, des bars, des hébergements, une plage et des gens qui viennent en vacances. La mer est un peu agitée pour la baignade mais c'est un bon spot pour les surfeurs et un paradis pour les plongeurs. Et pour les pêcheurs locaux, la bataille est rude sur leur petire embarcation.

Nous profitons du calme de la pensão pour bosser. Nous nous offrons un océan-safari pour nager avec les requins baleine. Les requins baleine sont inoffensifs pour l'homme. Ils se nourrissent de plancton et viennent se nourrir dans les eaux voisines de Tofo et se réchauffer à la surface de l'eau. Le but de la main d'ouvre consiste à repérer les animaux marin depuis un hors bord puis à se glisser dans l'eau équiper de masque et de tuba afin de nager quelques mètres avec ces grosses bêtes qui peuvent mesurer jusqu'à 15 m de long. Nous verrons un requin baleine. Nat se souviendra de cette sortie mais pas tant pas le caractère « exceptionnel » de cette rencontre. On peut dire que l'eau n'est pas son élément de prédilection. Déjà pas très à l'aise à l'idée de se mettre en eau profonde, elle n'est pas très aidée par un mauvais rhume, un tuba défaillant et une visibilité plus que moyenne. Cette fois-ci, pas possible de surmonter sa peur de l'eau et lorsque nous repérons enfin le requin baleine et qu'elle se jette à l'eau, c'est un peu la panique en pleine mer. Un mauvais souvenir. Le malaise ne se dissipera qu'après avoir posé les pieds sur la terre ferme «  j'ai eu trop peur, plus jamais. le défi était trop haut. plus jamais. en plus j'ai même pas vu l'aileron ».

Ecrit le Vendredi 23 mai 2008, env. 11h, Avion Jo'burg - Tana

Samedi 15 mai au Vendredi 23 mai 2008 (Big city to big city !, TOFO - MAPUTO - JO'BURG) : Nous arrivons à Maputo. Le bus nous pose devant le backpacker que nous avons choisi pendant le trajet. Pas de chance, « l'hôtel » est complet car il ne reste qu'un seul lit en dortoir. Nous insistons pour prendre le lit restant, ce n'est pas la première fois que l'on partagera un petit lit. Le backpacker est vraiment bien placé en centre ville et même si nous sommes dans la capitale, les hébergements bon marché reste rares. La fille de l'accueil n'est pas très pour, nous finissons par la convaincre en lui disant que nous resterons trois nuits. C'est le week-end, la ville est au ralentie et c'est un bon moment pour la découvrir. Les rues et les routes ne sont pas pleines de voitures. Maputo est une ville agréable même si ses rues sont un peu sales. Il y a beaucoup de Jacarandas qui apportent ombre et fraîcheur. Les bâtiments coloniaux côtoient les tours de l'époque communiste.Il y a quelques très beaux bâtiments et l'atmosphère est paisible.

On profite de la journée internationale du Musée pour visiter le musée d'art contemporain. De nombreux tableaux peints par des artistes locaux évoquent la guerre et sont assez lugubres. Le lundi nous faisons notre première et unique rencontre au Mozambique avec le coordinateur du programme « petites initiatives » du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Il nous parle de plusieurs projets intéressants que nous ne pourrons pas visiter car nous devons quitter le pays le lendemain, notre visa arrivant à échéance. La rencontre est vraiment intéressante et nous regrettons de ne pas avoir pu la faire plus tôt, car au final, même si ce mois de « vacance » a été agréable, nous l'avons trouvé un peu fade. Nous quittons ce pays sans vraiment le connaître. Nous finissons notre découverte de Maputo par une après-midi shopping. L'ambiance n'est plus de tout la même que le week-end, ça grouille dans les rues et c'est le bazar sur les routes. Il y a beaucoup d'animation et l'air est beaucoup moins pur que le week-end. Pendant ce séjour à Maputo, nous avons enfin décidé par quel moyen nous allons rejoindre Mada. Ce sera une nouvelle fois un vol. Celui qui va définitivement « ruiner » notre défi bilan carbone neutre. Nous faisons ce choix par manque de temps et d'argent. La seule alternative pour effectuer ce trajet est d'avoir la chance de partir sur un bateau en tant qu'équipier depuis l'un des ports d'Afrique du Sud (Durban, Richards bay). Hormis l'incertitude de trouver une telle opportunité, la peur panique de Nat lors de notre dernière sortie en mer ne nous a pas mis en confiance pour effectuer une traversée en pleine mer d'une dizaine de jours à bord d'un voilier alors que nous n'avons ni l'un ni l'autre d'expérience en matière de navigation. Madagascar n'est qu'à 500km du Mozambique mais nous sommes contraints de partir dans la direction opposée pour aller prendre un vol à Johannesburg. Il n'existe aucune liaison maritime (officielle) ou aérienne directe pour la grande île (tous les avions passent par Jo'burg). Après avoir difficilement réservé notre billet sur internet, nous prenons la direction de l'une des villes les plus dangereuses du monde, loin d'être rassurés. N'ayant pas programmés cette étape, nous réalisons que beaucoup de voyageurs (et même de Sud-Af) font tout pour éviter la «  Big bad city  » («  la grande mauvaise ville  »). D'autant plus que nous apprenons la veille du départ que des émeutes raciales ont éclaté dans les townships de la ville. Nous avons 3 jours à passer là-bas avant que notre avion ne décolle. Même si nous ne sommes qu'à quelques centaines de kilomètres de la «  bad city  », difficile de savoir vraiment ce qui se passe là-bas. Les images que nous voyons à la télé sont violentes. Manifestations, maisons qui brûlent, foule en colère, corps inanimés à terre. On nous annonce un vingtaine de mort, le tout en à peine 10 ou 15 secondes sur le petit écran de TV du backpacker , entre les infos catastrophiques de la Chine et de la Birmanie. Lundi soir, suite également à l'appel de la maman de Fab, relatant ces mêmes faits, nous appelons le backpacker à Johannesburg que nous avions réservé la veille. Le gars nous lance un «  No problem here  » («  pas de problème ici  » ce qui nous rassure un peu, et en plus ils viendront nous chercher directement à la gare centrale. Malgré tout, lorsque nous grimpons lundi matin, avec quelques autres passagers, dans le bus, nous ne sommes pas très sûrs de nous. Peut-être devrions nous nous arrêter quelques 20km plus tôt à Pretoria la « tranquille » capitale administrative.

 
... Etape non prévue en Afrique du Sud
 

Ecrit le Vendredi 23 mai 2008, 20h25, Moonlight, Antananarivo, Madagascar

Samedi 15 mai au Vendredi 23 mai 2008 (suite) : En cours de route, nous tentons d'en savoir davantage sur la situation réelle. Les quelques blancs à qui nous en parlons sont assez surpris de ce qu'on leur annonce comme déconnectés et en ressortent un peu inquiets suite à nos nouvelles. Un policier à la frontière nous dit que nous n'avons rien à craindre, que la police à pris ça sous son contrôle et que de toute façon cela se passe dans les bidonvilles loin du centre ville. «  No problen  » nous répète t-il. La frontière passée, nous découvrons les paysages Sud-Africains. D'immenses terres cultivées de céréales, d'orangers, de bananiers, ou de grandes cultures de salades et mêmes de cactus.

 
 

La route est toute lisse, il y a beaucoup de véhicules, c'est vallonné et le paysage s'étend à perte de vue. A l'approche de Jo'burg, la pression monte un peu. A l'entrée dans la périphérie de la ville, nous scrutons attentivement les rues et les avenues à la recherche de quelque chose de bizarre ou de malsain.

Rien à faire ! Tout semble normal. Il y a beaucoup de voiture dans la rue, des gens circulent à pied, des écoliers rentrent de l'école, rien à voir avec l'impression d'état d'urgence que l'on nous montre à la télé.

A notre arrivée, nous patientons dans la gare routière centrale qui nous rappelle la gare de Lyon à Paris en plein hiver. Il fait froid, les gens marchent vite emmitouflés dans leur blouson, leur gant et leur bonnet. Les filles ont enfilé les bottes à la dernière mode. Le chauffeur du backpacker arrive au bout d'une grosse demi-heure et nous quittons la gare et le centre ville pour rejoindre (en sécurité) le quartier tranquille et riche situé en banlieue à plus de 5km du centre. La ville a tout d'une capitale européenne. Nous croisons les immenses bouchons du périph' et des tours surplombent les routes à six voies. Nous passons le portail électrifié du Gemini Backpacker dont nous ne ressortirons que 3 jours plus tard pour prendre l'avion. Nous essayons de nous informer sur la situation. Bien que les locaux nous expliquent que la situation est sous contrôle, on se rend compte qu'elle ne l'est pas vraiment et que les violences se répandent dans la pays. Les hélicoptères survolent la ville de jour comme de nuit et c'est le seul « détail » qui trahira les troubles dans les township lors de notre séjour à Jo'burg. En quelques mots, ce sont les sans-emploi des townships Sud-africaines, qui se sont mis en tête de chasser les immigrés illégaux (pour le plupart des Zimbabwéen fuyant la crise) car ils leur prennent leurs emplois. Compte tenu de l'extrême pauvreté et du climat de violence régnant dans ces zones, cela a vite dégénéré en mise à sac et il y a eu plusieurs dizaines de mort et des milliers de déplacés ou d'étrangers fuyant leur maison. Emeutes ou pas émeutes, Jo'burg reste une ville très dangereuse. Pour un blanc, il est vivement déconseillé de marcher en centre-ville de jour comme de nuit. La nuit, peu importe la couleur de votre peau et le quartier, il ne faut pas sortir à pied. De toute façon, les quartiers de banlieue cachés derrière de hauts murs et leur rue sans trottoir n'invitent pas à la ballade. Nous passons notre séjour au backpacker . Nous nous autorisons une demie journée de sortie au supermarché voisin, emmenés et ramenés par la voiture du Gemini , afin de cuisiner nos repas pour les 2 jours de notre séjour.

Vraiment cela ne donne pas envie d'être Sud-Af. Il semble régner un peu de partout dans ce grand pays une atmosphère de méfiance et de peur permanente. Les quelques Sud-africains rencontrés hors de leur pays nous ont expliqué qu'ils avaient du mal à marcher simplement dans la rue sans être inquiets ou sans craindre un pick-poket ou une agression à chaque instant. Nous comprenons pourquoi certains d'entre eux préfèrent s'évader de cet environnement stressant soit en s'installant à l'étranger, soit en partant une semaine ou 2 dans des endroits comme Tofo. Les 2 jours au backpacker passent assez vite et même si Nat est très malade, ça nous fait un bien fou de ne rien faire. Au programme un peu de travail sur la newsletter et beaucoup de glandage devant la télé dans le confortable canapé devant des films en anglais emmitouflés dans le duvet. Ici c'est l'hiver pour de vrai, ça caille même si il n'y a pas de neige, il fait vraiment froid. Un feu brûle en permanence dans la cheminée du salon. On avait oublié ce que ça faisait que d'avoir les pieds gelés même dans une paire de chaussettes. Dire que c'est ce qu'il va nous arriver à notre retour ! Décidément non, on ne peut/veut pas rentrer !!!

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