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Mise à jour du vendredi 12 septembre 2008  

Ecrit le Mercredi 19 août 2008, 20h42, Hôtel Lambert, Tana

Jeudi 14 août 2008 (Mora mora, nous sommes de retour, TAMATAVE) : Comme la veille nous nous faisons réveiller par le haut parleur qui braille et ce matin c'est encore plus tôt que la veille. 6h. P'tit dèj pris vite fait, sacs bouclés, petite attente dans les couloirs du bateau avant le débarquement et ça y est, nous remettons le pied sur le sol malgache. On grimpe dans le bus qui nous emmène jusqu'à la douane et c'est parti pour 2 à 3 h d'attente. Il y a des sacs de partout. Vu qu'à Mada la qualité des produits laisse à désirer, les gens ramènent plein de choses de La Réunion, rotofil, casseroles, fringues, ventilateurs, .et vu qu'à La Réunion les gens jettent beaucoup de choses, les voyageurs récupèrent pour « les pauvres » d'ici. C'est ainsi que des sacs énormes de vêtements et d'articles divers jonchent le sol de la douane. Y'en a de partout ! On attend, puis les douaniers décident qu'aujourd'hui ils vont innover et changer le sens de passage. Il faut changer de pièce, on attend, puis c'est l'appel pour récupérer les passeports et faire les visas, tout le monde s'agglutinent autour du comptoir, bloque le passage aux personnes appelées, de toute façon il faudra que tout le monde ait son visa pour que le contrôle par la douane se fasse. Nous sommes dans les derniers appelés, au moins nous avons un peu d'air pour respirer même si de vieux vazahas accoudés au comptoir dérangent un peu tout le monde. Les douaniers nous font la remarque «  il faudrait peut être penser à changer de passeport, il n'y a plus de place  » -«  oui, on y pense, Madagascar est le dernier pays d'un grand voyage, nous rentrons ensuite en France pour le renouveler  ». C'est vrai que nous arrivons en fin de parcours et qu'il ne reste presque plus de page vierge. 1 pour Fab, 2 pour Nat. Nos pages de passeport sont tamponnées, signées, décorées, on pourrait retracer tout notre voyage sauf que non, tout est mélangé, les tampons de sortie et les visas sont mis n'importe où. Si les premiers visas et passages de frontière étaient toujours un peu excitant ou l'évènement du mois, ils sont devenus banals. Pourtant aujourd'hui devrait être un peu particulier, c'est le dernier visa, du voyage, on ne réalise pas vraiment !. Bref on passe de bons moments à attendre mais on le prend plutôt zen. sommes-nous déjà imprégnés de l'atmosphère mora mora de Madagascar ?

On débarque du bus vers 10h au cenre ville. Comme 2 bleus on se fait avoir par 2 pousseurs malhonnêtes. C'est toujours énervant et après 16 mois de voyage encore plus ! Pour oublier et parce que ni Olivier, ni Josoa ne répondent à nos coups de téléphone, on va se consoler en allant faire des emplettes. 2 tableaux que nous avions remarqués sur le petits marché du centre. Nous n'aurons peut être plus l'occasion de repasser par ici, c'est mieux d'acheter maintenant. La fin approche, il faut commencer à faire le plein de souvenirs même si nous sommes un peu déçus et frustrés des limites qu'imposent les passages de frontière (limite en quantité ou interdiction au niveau de certains produits). Il fait beau à Tamatave, nous retrouvons nos habitudes mais il y a comme un air de renouveau. Sans doute la fin de l'hiver et l'arrivée du beau temps.

On reçoit un mail de Josoa qui nous donne des nouvelles de la chaudière en construction. ça semble avancer, c'est plutôt rassurant. mais on a la mauvaise nouvelle que le site de Vohimana n'est pas dans la zone d'intervention du GRET. les espoirs que nous avions mis sur le possible financement d'une microcentrale pour Vohimana s'envole. Nous finissons la journée dans notre chambre à bosser. Cette fin de journée est des plus agréable. Il y a comme un air de printemps qui flotte. Nous sommes bercés par les bruits de la vie malgache. Quel bonheur de pouvoir les retrouver !

Ecrit le Jeudi 14 août 2008, Env 17h, Tsik Hotel, Tamatave «  Y'a pas à dire, on se sent beaucoup plus dans notre éléments ici qu'à la Réunion. Nous sommes de retour à Madagascar et nous commençons à nous inquiéter sérieusement de notre retour en France. Depuis un certain temps, je me dis que je ne pourrai plus vivre en France. Je n'en parlait pas trop à Fab, pensant que c'était l'appréhension du retour. De toute façon, je n'avais jamais envisager dans ma vie de vivre ailleurs. Et puis, cet aller-retour à la Réunion m'a sérieusement fait douter quand à la possibilité de pouvoir revivre en France, plus j'essaie de me projeter et plus je me dis que je ne m'y sentirais pas bien et qu'il me manquerait quelque chose.Et puis ce Monsieur dans le bateau qui nous demande si le retour ne va pas être trop difficile après plus d'un en Afrique et qui nous dit que pour lui ça à commencer comme ça. Au début, il voyageait quelques mois et ensuite il n'a jamais pu et voulu revivre en France. Et voilà qu'à ses paroles, il me met face à ce que je redoutais et dont je ne voulais pas trop penser. Pourrai- je ? Je me souviens des quelques personnes qui avant notre départ nous avait averti de cela « vous verrez, vous ne pourrez pas vous ré-habituer en France » ou « je connais des amis qui sont allé vivre plusieurs années à l'étranger il n'ont jamais réussi à se ré-acclimater. Et puis, quand je commence à dire sur le ton de plaisanterie à Fab que je ne vais pas retourner vivre en France, il me dit que cette question le travaille également depuis un certain temps. Nous voilà à nous interroger quant à un choix de vie pour la suite. Comment allons-nous faire ? On ne sait pas ! On n'a pas trop envie d'y penser, on ne se voit pas trop vivre en France ni se fixer en Afrique. Il doit bien avoir un moyen qui nous permettra de nous sentir bien dans notre façon de vivre. La solution apparaîtra le moment venu. Pour le moment, nous allons profiter de ces 3 mois à peine qui nous reste à Madagascar « It's the Final Count downnn !! tudududuuuuttt. » «  C'est le compte à rebours qui commence ».

A peine 5 heures que nous sommes ici, nous avons déjà « grillé » 8000Ar de téléphone pour organiser la suite du travail avec l'ONG, Josoa semble bien avancer, la batterie et la pompe à eau sont disponibles. C'est donc plein d'optimisme et d'enthousiasme que nous nous lançons dans cette dernière étapes.

Décidément nous sommes bien ici, et malgré le bruit qui vient de la rue, nous retrouvons l'inspiration pour travailler. Une TV braille en fond, un mec fait des travaux et scie une planche, le piou-piou d'un petit poussin appelle sa mère, des coins-coins de canards énervés, des gamins qui jouent un peu plus loin. Le soleil est entrain de se coucher sur Tamatave, les bruits s'apaiseront dans quelques instants. Mais voilà ce que j'aime ici, cette vie toujours bien présente, qui anime les rues. Je suis heureuse de pouvoir retrouver cette flamme en moi, cette motivation pour travailler, cette envie de faire plein de trucs pour RISEAL. Fab bosse sur la synthèse des réactions des membres à la Charte, je vais me remettre à bosser sur les outils d'aide au montage de projet pour les « projets RISEAL », mais bientôt il faudra aller manger car il est déjà 17h30. Nous allons retrouver notre gargote de Tamatave, celle où juste avant de quitter Madagascar pour la Réunion, le gérant nous avait offert 2 Sprite, juste parce que cela lui faisait plaisir de nous avoir comme « bons » clients. » NAT

Ecrit le Mercredi 19 août 2008, 20h42, Hôtel Lambert, Tana

Vendredi 15 août 2008 (Traversée de la forêt humide sous le soleil, TAMATAVE-TANA) : Nous n'avons pas réservé la veille le bus qui doit nous emmener à Tana. Nous y allons tôt pour avoir plus de chance d'avoir les 2 places de devant. Un rabatteur nous trouve assez vite, il est en vélo, c'est plus facile pour lui de trouver les clients plus loin de la gare routière. Par chance, il nous emmène vers la même compagnie que la première fois et dont nous étions satisfait. Aujourd'hui nous n'avons pas les 2 places de devant mais celles derrière le chauffeur pas mal aussi et ce n'est pas Jean Réno qui conduit. Nous allons prendre un café et des beignets à la gargote du coin. Nous sommes contents de retrouver cette vie de rue. Il est 8h quand le chauffeur démarre. Pas de chemise ou de costard cravate comme à la Réunion. Ca nous a marqué, tous les chauffeurs de bus étaient fringués comme ça là-bas, on n'avait pas aimait. comme si la tenue mettait une distance ou donnait une impression de supériorité à celui qui la portait.

4 petites mains s'agrippent aux rebord de notre siège et 2 petites têtes dépassent au dessus de nos épaules, ce sont nos voisins de derrière.

Les deux gamins passent quasi les 8h de voyage debout à regarder le paysage à travers le pare brise. C'est la troisième fois que nous faisons ce trajet. Nous appréhendions de trouver les 8h longues et monotones mais aujourd'hui il fait beau et le ciel est bleu. On fait un petit arrêt pour faire passer le train.

Le soleil est là et quand nous passons au niveau de Vohimana nous ne pouvons que être contents pour les stagiaires qui sont là sur le site. La RN2 traverse les forêts humides de l'Est du pays et c'est la première fois que nous ne croisons pas la pluie. Les paysages, la route, les villages, la région nous semblent différents et les 8h courtes. A 13h nous nous arrêtons à la gargote des minibus et partageons la plâtrée traditionnelle de riz. Après 10 jours sans riz nous sommes presque content de le retrouver et Nat se dit que si elle est malade c'est peut être parce qu'elle n'a pas eu sa dose.

Ecrit le vendredi 15 août 2008, 10h, Minibus Toyota, Tamatave-Tana «  Nous revoilà sur les routes malgaches. Nous faisons de trajet pour la 3ème fois dans ce sens et c'est encore différent. Aujourd'hui, nous sommes derrière le chauffeur, juste derrière nous, 2 enfants sont debout et regarde la route défiler, il faut beau, le soleil brille, le ciel est bleu, ce qui change des dernières fois où il pleuvait des cordes. Nous avons ainsi l'impression de redécouvrir la région. Musique malgache à fond, serrés à l'arrière de ce minibus, nous sommes contents de retrouver cela. A l'extérieur il y a de la vie aussi, des gens sur le bord de la route, dans les rizières. Ce matin nous avons retrouver la gargote avec sont café et ses beignets, c'est serein que nous allons retrouver la capitale. J'avais (déjà) oublié pendant ces 10 jours à la Réunion, ce qui était si attachant ici. les Malgaches, leurs sourires, leur calme, leur gentillesse, ils dégagent quelque chose qui fait que l'on se sent bien et serein. Je repense à ce que Jean-Yves à dit à Fab, il y a quelques temps par téléphone « Ne vous inquiétez pas, en France, vous aurez votre liberté aussi ». Ce sera différent et je pense que l'on n'aura plus la même liberté.

Il semblerait que pendant ces 10 jours le climat ce soit adouci. Il est vrai que nous tendons vers le mois de septembre le début des beaux jours par ici. » NAT

Ecrit le 16 août 2008, 22h00, Hotêl Lambert, Tana

Du Samedi 16 août au Dimanche 17 août 2008 (En tatane à Tana, TANA) : Nous arrivons à Tana le week-end. C'est plutôt pas mal pour se ré-acclimater doucement à la vie grouillante de la capitale.

A l'approche de la fin du voyage et ayant redécouvert le temps d'une dizaine de jours la vie chère de la France, nous nous disons qu'il faut que l'on profite plus des restos malgaches. Samedi midi, jupe, short et tatane aux pieds, nous partons chez Janlou, un petit resto à l'allure très frenchy avec ses tables rustiques en bois, hébergé dans la boucherie du même nom, pas très loin d'où nous logeons. Salade au chèvre chaud, côte de porc sauce moutarde, zébu grillé, purée de pomme de terre et un peu de vin pour accompagner tout ça. Un festin pour à peine plus de 10€ à 2. Il faut que l'on profite. On ne pourra pas se payer des resto pendant un petit moment à notre retour. On se ballade un peu, c'est agréable. Le grand froid semble avoir quitté la capitale et Tana nous offre un autre visage plus doux.

Du Lundi 18 août au Mardi 19 août 2008 (Organisation et logistique Episode 1, TANA) : Nous abordons cette semaine en nous disant que cela va être le bazard. C'est la semaine où Josoa doit nous livrer la nouvelle chaudière et où l'on doit prévoir l'organisation pour acheminer tout le matériel sur le site de Vohibola mardi prochain. On se prépare donc psychologiquement à passer une semaine galère. Entre les imprévus, les délais malgaches, l'inertie administratives de l'ONG, on craint le pire. Les 2 premiers jours s'annoncent plutôt sans mauvaise surprise. Du côté de l'atelier de Josoa, il semblerait que vendredi nous puissions faire un premier essai « en labo » de la chaudière. Josoa nous aide à organiser la livraison de la chaudière en s'occupant du véhicule et des briques. Du côté de l'ONG, ça avance aussi, Joalison est revenu de Andranakoditra-Vohibola et tous les 4 avec Adana nous allons faire une petite formation au montage de pompe à eau mardi aprem'. Nous nous organisons tous les 4 pour la suite des événements. L'ONG nous fait des chèques pour les achats des pompes et de la batterie solaire. Olivier nous fait assez confiance pour nous laisser prendre certaines décisions et orientations. Hier, encore une fois, il dira à qui veut bien l'entendre qu'il nous embaucherait bien pour un an s'il trouvait les financements. Il s'enflamme souvent, mais ce n'est pas la premier fois qu'il fait cette remarque. Sur le chemin du retour, dans les ruelles pavées et escarpées qui nous ramène jusqu'à l'hôtel, on se pose la question de savoir ce que l'on ferait si il nous demandait de rester bosser pour lui dans le cas où la chaudière fonctionnerait bien et si nous lui décrochions des financements pour sa réplication sur les autres sites de l'ONG. Contrairement au projet du Congo, on ne fait pas de plan sur la comète quand à la réussite et à la suite de ce projet. Mais on se dit que si il nous demandait cela, on serait bien embêté. Ça serait super intéressant mais cela signifierai que l'on mettrait plein de chose de côté : le réseau, les projets en France, etc. Et puis on se dit que l'on serait comme des consultants, une idée que nous n'aimons pas trop.

La formation chez Bushproof (le fabriquant de pompe à eau) a été une vrai petite expé. La batterie défaillante de l'Express de l'ONG nous empêche presque de partir, on arrive très en retard mais dans la bonne humeur. Au cours de la réunion avec le technicien, personne ne connaît les données nécessaire pour la mise en place du pompage, coup de téléphone divers, Joalison et Adana maintiennent la bonne humeur et nous finissons par obtenir des réponses approximatives, l'équipe de Bushproof démonte et remonte la pompe Canzee en place dans leur coure en guise de formation,

c'est la même pompe que nous devons installer sur les 2 sites de l'ONG à Vohibola et sur le nouveau site de Tampina à 9km par le canal, nous repartons sans le matériel qui n'est pas prêt et à 17h il est trop tard pour aller récupérer la batterie solaire en centre ville. Demain, on prend les mêmes et on recommence.

Ecrit le Mercredi 20 août 2008, 22h30, Hôtel Lambert chambre N°12, Tana

Mercredi 20 août 2008 (Logistique quand tu nous tient !, TANA) : Logisticiens. Qu'est ce que cela doit être fatiguant ! Levés à 7h pour faire vite fait les sacs, on doit changer de chambre aujourd'hui (réservation oblige) et pour pouvoir être à 8h30 à l'ONG. On est trop fort !! petit déj pris et 30min de marche à pied et nous voilà à 8h15 face à la porte fermée du siège de MATE. 8h30 nous sommes les seuls installés sur l'une des nombreuse tables du rez-de-chaussée et nous profitons du calme du lieu pour travailler. Rendez-vous avec Adana et Joalison à 9h pour aller chercher le matériel (pompe et batterie solaire). A 9h30 toujours pas l'ombre d'un seul des 2 joyeux lurons (l'heure malgache). Bref, rien ne se passe comme prévu aujourd'hui et quand nous rentrons à l'hôtel à 18h nous sommes épuisés de cette journée. Nous avons passé la matinée à attendre, à faire de la voiture, à récupérer des matériels, à écouter les explications et derniers conseils pour le montage de la pompe et à attendre le matériel toujours pas prêt. De retour à 13h au siège, nous avons juste le temps de prendre un riz côtelette à la gargote du coin (et c'est le cas de le dire en plus) qu'il nous faut explorer les différents pistes d'acheminent du matos : bateau ou train, le moins cher, le plus pratique et connaître les procédure de dépenses d'autant plus que suite à un changement de programme de dernière minute nous devons partir plus tôt (samedi) et en plus transporter l'alambic qui sera installer à Tampina. Difficile de prendre et d'arrêter une décision quand le programme change à tout moment et quand les incertitudes restent importantes. Aucune des 2 chaudière ne semble prête. A 17h nous étions contents de voir les choses un peu plus clairement et Olivier qui arrive avec de nouveau éléments. Il faut s'arrêter en cours du route pour réparer une chaudière à Vohimana. Il ne va pas tarder à faire nuit, y'en a marre, on rentre. La journée de demain s'annonce peut-être la même. Youpi. On verra si l'on part samedi dans la précipitation ou mardi plus sereinement ou peut-être demain y'aura t il encore une nouvelle option.

Ecrit le Dimanche 23 août 2008, env 17h, Terrasse Neuro pizza, Tamatave

Jeudi 21 août 2008 (Attente et courses, TANA) : Ce matin nous devons partir à 10h avec l'express et Stéphane le chauffeur pour faire des achats. Normal ou pas, nous ne partons qu'à 15h pour être de retour épuiser à 19h passé. Une vraie journée de logistique malgache entre attente (des gens, des signatures, de l'argent ou du matériels), embouteillage de Tana et courses diverses de matos pour l'installation de la chaudière et le remplacement de la pompe. Il doit être environ 18h quand nous trouvons à peu près tout ce qu'il nous faut, mais ce n'est pas fini, il faut aller livrer cher Hery à la sortie de la ville car c'est chez lui que se fera le chargement du camion qui acheminera tout le matériel jusqu'à la gare de Moramanga, samedi. De là, le matériel partira en train avec Joalison, Léon, Dédé et nous 2 jusqu'aux 2 sites.

Vendredi 22 août 2008 (Révélation et changement de dernière seconde, TANA) : Aujourd'hui c'est encore la course. Nat a fait un journalier de travail quasiment heure par heure et nous l'avons respecté. presque. Dans la logistique de la semaine et l'avancement de la date de départ nous n'avons eu aucun moment de répit pour souffler et préparer notre départ de Tana et surtout notre séjour à Vohibola en brousse, où il n'y a rien. Il faut prévoir des vivres, d'autant plus que nous prévoyons d'y passer 2 à 3semaines et d'enchaîner avec notre tournée dans le Nord pour RISEAL. Nous nous accordons donc 1h30 ce matin, pour passer à Corsair afin de confirmer (malheureusement) notre billet retour pour la France, faire du change, faire quelques courses à Shoprite, tout ça rythmé à la minute près par la programmation de Nat. Jusque là, pas trop de casse nous somme de retour juste un peu avant 10h comme prévu, sauf que le change n'est pas encore fait, c'est Jérôme le gérant de l'hôtel qui s'en charge pour nous. Nous ne pouvons pas attendre 20min à l'hôtel de peur qu rien en se passe à l'ONG en notre absence. Il faut absolument récupérer avant midi les 1,2 millions d'ariary d'avance liquide. Nous avons rendez vous à 15h à l'atelier de Josoa pour les premiers essais de la chaudière à feuille. Dans l'excitation des derniers préparatifs nous avons le temps de valider et d'envoyer aux partenaires RISEAL les listes de gens que nous avons rencontré dans chaque pays. Nous n'avons l'argent qu'à 15 heures. De tout façon, Josoa nous a appelé pour nous dire de venir un peu plus tard vers 16h, la chaudière n'est toujours pas prête. A 16h15 quand nous arrivons, nous sommes accueilli par des bruits d'atelier en plein activité. Ce n'est pas bon pour nous ! A 5h du mat' demain matin, il faut qu'elle soit terminée et chargée. Nat percute tout de suite que la pièce de métal sur laquelle travaille un ouvrier est l'avant foyer de la chaudière. On craint le pire, il reste pas mal de boulot. Josoa nous explique qu'il faut encore une petite heure pour que tout soit terminé, difficile à croire même si il nous montre le corps de la chaudière belle et bien terminée, il reste encore la cheminée et l'avant foyer à finir. Il nous demande de revenir dans une heure car ses ouvriers s'arrêtent de travailler lorsqu'il y a du monde et c'est vrai que depuis que nous sommes là il n'y plus de bruit dans l'atelier. Dans la foulée, il nous annonce qu'il ne peut pas partir demain. Il veut régler des affaires avant de partir et n'a pas tout le matériel pour l'installation de la chaudière. Nous craignons qu'il ne vienne pas, on décide de décaler notre départ avec lui au dimanche. Les autres devront se débrouiller sans nous pour gérer le convoi. Cela nous laissera le temps de préparer notre départ à nous aussi. Sur ces mauvaises nouvelles et surprises de dernières minutes nous partons « faire un tour » dans le quartier avec Stéphane. Le ciel est gris, il bruine un peu, il faut froid et nous broyons du noir. Nat à mauvaise conscience de faire attendre Stéphane qui doit encore aller chercher du matériel à l'ONG et le livrer. Il rentrera sans doute tard chez lui et devra se lever très tôt demain matin. Quand nous repassons chez Josoa une petite heure plus tard, l'avant foyer n'est toujours pas terminé mais la cheminée est là, nous sommes rassurés, le travail avance bien mais nous décidons de partir sans avoir fait les essais, nous sommes fatigués et nous avons froid, nous mettons notre confiance dans Josoa qui à l'air sûr de lui lorsqu'il nous dit que le matériel sera chargé demain à 5h. Quand Stéphane nous dépose en bas des escaliers, il n'est pas loin de 20h, c'est tard pour ici ! Les rues sont désertes voir même glauques. Heureusement que nous ne sommes pas à pied. Contrairement à la veille nous trouvons une gargote ouverte dans les escaliers. Nous sommes épuisés et ne savons que trop penser de la suite des événements. La chaudière sera t-elle prête pour dans quelques heures ?! Est ce que Dédé sera au RDV demain matin à 5h chez Josoa pour le chargement de la chaudière ?!

Ecrit le Lundi 25 août 2008, 21h33, Vohibola

Samedi 23 août 2008 (Top départ, TANA) : Ce matin malgré la fatigue cumulée de cette semaine, Nat se réveille à 6h20 préoccupée par cette livraison et ce chargement du camion. Elle se rassure en se disant que si il n'y a pas eu de coup de téléphone et de nouvelles c'est que tout doit bien aller. A peine 5 minutes plus tard dans le silence du jour qui se lève, la « douce sonnerie du téléphone » met définitivement terme à la grâce mat' qui s'annonçait de toute façon plutôt improbable. Fab décroche, c'est Joalison. Il nous demande des précisions sur la check-list que nous avons établit la veille. Il est déjà à Moramanga et attend le camion qui doit arriver vers midi «  la check list c'est Dédé qui doit normalement l'avoir  ». 5 minutes plus tard, c'est Josoa qui téléphone, il est ennervé ce qui est plutôt très rare pour Josoa et pour un malgache en général. Sa chaudière est bien partie (c'est déjà ça !) mais, car il en faut bien un, le chauffeur de la bâchée est perdu en ville et Dédé est injoignable «  mais pourquoi Dédé n'est pas avec le chauffeur de la bâchée ?  ». Josoa menace de ne plus partir et de faire rapatrier la chaudière.

Ecrit le Mercredi 27 août 2008, 21h00, Vohibola

Samedi 23 août 2008 (suite) : Et c'est une succession de coups de fil.

6h40 Fab essaie d'appeler à nouveau Dédé «  mais pourquoi t'es pas avec la chaudière ?  » et lui donne le numéro de la bâchée.
6h45 Fab n'a plus de crédit et va acheter une recharge de téléphone
6h50 Fab téléphone à Adana qui répond «  putain mais je viens de le croiser !  »

Tous attendent chez Heri la bâchée qui doit livrer la chaudière et nous, nous sommes peut être à l'hôtel mais nous n'arrivons pas à rester au lit, trop stressés par ce départ de mission. A 8h le camion semble être parti. 2h de retard ça va ! Nous partons faire les dernières courses en ville, outils miel et chocolat. Nous faisons et envoyons notre liste de courses à Joalison pour les 2 à 3 semaine à venir pour qu'il les fasse pour nous 3 à Moramanga où il prendra le train. Pour essayer de souffler de cette semaine, évacuer la tension et se détacher de l'ONG, nous partons vers midi au « Petit Verdot », le resto que Alex, le stagiaire nous a conseillé. Il est agréable de se balader dans les rues pas trop animées de Tana en ce samedi midi. Nous avons l'impression que c'est le printemps. Dommage le « Petit Verdot » est fermé, ce n'est pas grave nous retournons chez Janlou. Toujours, viande, fromage et charcuterie au menu, mmmhhh un régal. Quelle déconnexion ! Nous avons l'impression d'être à quelques 10000kms de là dans un resto de la capitale française au mois de mai. Une ambiance conviviale et joviale y règne. Tana, l'ONG, tout le projet nous semble bien loin et quand nous sortons 1h30 plus tard (ça change des 10 minutes des gargotes) nous revoilà plongés dans le vif du terrain et du sujet. Nous prenons un café dans une gargote en bas des escalier, la fille qui sert est contente d'avoir 2 vazahas à son comptoir. Nous ne tardons pas à recevoir un coup de téléphone de Joalison, c'est plutôt sereinement que nous réagissons, le resto et cette coupure nous a fait le plus grand bien. Le camion est arrivé à Moramanga, le chargement dans le train est fait, la main d'ouvre payée est moins chère que prévue. Comme balade digestive, nous allons réserver 3 places de bus pour le lendemain pour Tamatave pour nous 2 et Josoa.

Ecrit le Jeudi 28 août 2008, 22h06, Vohibola

Samedi 23 août 2008 (suite) : Nous réservons les 3 places derrière le chauffeur dans un taxi brousse qui partira vers 8h pour Tamatave. On informe Josoa qui a pu régler ses dernières affaires en cours et qui nous rejoindra à la gare routière. La fin de journée passe vite, Joalison nous appelle régulièrement pour nous informer de sa progression. A 15h tout le matos est dans le train, à 17h il a finit les course, à 18h ils ont leur billet et ils s'apprêtent à monter dans le train, à 21h ils sont toujours à Moramanga, ils ne sont toujours pas parti. Le train a déjà 3h de retard ! De notre côté, nous ne tardons pas à nous coucher, fatigués de la nuit agitée et de s'être levés trop tôt. Joalison a pas mal assuré et le chargement est sur la voie ferrée. Sauf catastrophe, tout le monde devrait être demain soir sur les sites.

Ecrit le Dimanche 24 août 2008, env. 17h, Terrasse Neuro pizza, Tamatave

Dimanche 24 août 2008 (Déplacement de personnes, TANA-TAMATAVE) : Josoa nous rejoins vers 07h15 à la gare routière pour Tamatave. Il nous annonce qu'il lui manque le hauban pour tenir la cheminée. Le minibus doit partir vers 8h, il part à la recherche d'une quincaillerie d'ouverte mais ne trouve pas les haubans, tout est fermé Le bus ne prend finalement la route que vers 8h45. Nous avons la tête un peu embrumée et les paysage devenus familiers défilent derrière la vitre. Vers 15h nous recevons un appel de Joalison, il arrive tout juste à Brickaville, le train s'est arrêté dans la nuit. Nous sommes passés devant la gare il y a à peine 10 minutes en taxi brousse, à quelques instants près nous aurions pu nous y arrêter et les rejoindre. Tant pis, nous continuons notre route jusqu'à Tamatave. Adana et Heri sont déjà là-bas depuis ce matin. Nous arrivons à Tamatave vers 16h30. Josoa part à la recherche de hauban et nous partons à la gare. Le train qui devait partir à 18h n'arrive que vers 18h en gare, le temps de décharger et de recharger puis de parcourir les 60kms qui nous séparent de Vohibola, nous ne devrions arriver là-bas que vers minuit. Vers 18h30 nous recevons un coup de fil de Joalison. Il a l'air soucieux «  Ca va ?  » -«  non, non  » -«  qu'est-ce qui se passe ? Tu n'es pas à Andranakotditra  » -«  non j'arrive à Tamatave  » -«  et le matériel il est où ?  » -«  j'arrive dans 30 minutes à la gare de Tamatave et je t'expliquerai  ». Clic puis il raccroche. Que leur est-il arrivé ? Le train ne s'est pas arrêté ? Ils se sont endormis ? ou alors c'est une blague ? Non il avait l'air trop sérieux et Adana et Heri qui ne répondent pas au téléphone et qui ne sont pas à la gare !! Ca part en vrille ! On voit apparaître Joalison à la gare et pourtant le train n'est toujours pas arrivé. Il a le sourire, nous ne comprenons rien à ce qu'il se passe. Il raconte : «  nous avons râté le train  » -«  mais comment c'est possible vous étiez dedans ?  » -«  à Brickaville, nous sommes allés manger, nous avions trop faim, quand nous sommes revenus à la gare le train était déjà parti.  » Incroyable mais vrai ! Cela nous fait bien marrer. On avait tout imaginé sauf ça. Ils ont fait la route jusqu'à Tamatave en taxi brousse pas très loin derrière nous. Le train arrive puis Josoa, puis Adana et Heri. L'histoire des 3 compères nous fait rire un bon moment. Joalison profite de son escale inattendue à Tamatave pour acheter de l'essence et récupérer sa bouteille de gaz. Prévoyant il avait pris le numéro de téléphone du contrôleur, celui-ci a pris en charge les marchandises de l'ONG après qu'ils aient raté le train. Vérification faite tout est encore dans le wagon. Nous sommes tous à Tamatave, l'équipe plus le matos. C'était totalement imprévu mais bon, les dégâts sont limités, nous n'avons finalement que quelques heures de retard sur le programme même si la bourde de Joalison nous coûte un peu cher. C'est donc pour cela que tout le monde insistait à l'ONG pour que l'on prévoit de gros imprévus ! Nous attendons plusieurs heures à la gare. L'attente passe assez vite, Josoa est bavard. Nous sommes ravis de l'entendre parler. Il nous en apprend beaucoup sur son pays et les malgaches. Vers 22h le train quitte la gare. Dans le train personne ne résiste au sommeil. Fab se maintient éveillé avec des grilles de sudoku, histoire de ne pas rater les gares. Ici il n'y a pas de petite voix pour vous annoncer le prochain arrêt. Le déchargement de matériel à Tampina et Andranakoditra se passe bien. Les villageois nous ont attendu dans la nuit pour le déchargement car l'arrivée du matériel signifie aussi l'arrivée du travail. Nous nous couchons vers 2h du mat' bien fatigués mais bien contents d'être arrivés.

Ecrit le Dimanche 24 août 2008, env. 17h, Terrasse Neuro pizza, Tamatave « Je suis un peu énervé, parce que à 5min près on va devoir poiroter pendant au moins 8h pour attendre le train. Nous sommes de retour à Tamatave, nous arrivons juste de 8h de minibus avec un chauffeur un peu existé. Nous devons prendre la train qui est prévu à 18h pour rejoindre Vohibola le site on doit être installé la chaudière améliorée de Josoa. Le train est le seul moyen avec le bateau de rejoindre le site. Nous avons opté pour le train qui est beaucoup moins cher pour le transport de matériels. Joalison, Dédé et Léon sont avec les 4,5 tonnes de matériels dans ce train, celui que nous attendons pour repartir dans l'autre sens, eux doivent descendre et décharger le matériels avant Tamatave. Et si je suis un peu énervée c'est parce que 5min après avoir passé Brickaville, Joalison nous téléphone pour nous dire qu'ils viennent de rentrer en gare de Brickaville avec 7 heures de retard. 5min, ce n'est rien. Pas le reflex de dire au chauffeur de s'arrêter que nous filions tout droit au nord de notre destination finale. 5min plus tôt et nous nous serions arrêté à la gare de Brickaville, aurions grimpé dans le train sans attendre et rejoint le temps de quelques heures Joalison et la petite équipe, nous serions arrivé avant la nuit à Vohibola et aurions assisté au déchargement du matériel. Mais non ! nous sommes à Tamatave, Josoa cherche les derniers éléments pour l'installation de la chaudière (qu'il ne trouvera sans doute pas, puisque dimanche tout est fermé, mais bon Madagascar regorge de surprise), Fab est parti chercher les billets à la gare à 50 m d'ici et moi je surveille les bagages. Compte tenu de la lenteur du train , du retard qu'il a déjà accumulé, de la quantité de matériels que Joalison et les autres ont à décharger, je pronostique que le train n'arrivera que vers 2 heure du mat ». NAT

Lundi 25 août 2008 (Premiers travaux, VOHIBOLA) : Joalison trouve 4 gars pour aider à l'installation de la chaudière. Joachin le technicien permanent du site a déjà branché la batterie solaire. Ce matin, il faut enlever l'ancienne chaudière et placer la nouvelle.

Josoa veut la mettre en route ce soir. Les habituels petits imprévus de chantiers interviennent. Les tuyaux existants sont trop fatigués ou mal adaptés aux dimensions de la chaudière de Josoa et cela retarde le travail. On finit par trouver une solution. Puis tout le monde s'arrête un moment pour aller observer les 2 ou 3 baleines qui passent à quelques centaines de mètres de la côte. Avec les jumelles, on les voit assez bien. La mer est d'un bleu profond, on voit la dorsale, la queue et le souffle. C'est magnifique. Le travail de Josoa avance bien. Vers 15h, la chaudière est en place, bien raccordée aux 2 cuves. Mais au moment de mettre la cheminée, nouveau problème, elle est trop courte, elle ne dépasse pas du toit, il manque un bon mètre. Si des bouts incandescents touchent l'abri en feuilles de ravinala, tout risque de prendre le feu. Josoa s'attaque à la fabrication d'une « extension » avec un vieux bidon de pétrole en tôle, découpé au marteau et au burin plus formage à la masse. Le travail est long et fastidieux et il est le seul à avoir le savoir faire. Il bosse dur, tape et frappe jusqu'à la tombée de la nuit sans pouvoir complètement terminer le travail. Juste un peu avant la fin du jour, Heri et Adana arrivent de Tampina, où l'installation de la chaudière traditionnelle s'est bien passée et est terminée. Adana nous avouera plus tard qu'il y a beaucoup de fuites et qu'il n'est pas vraiment satisfait. La soirée est l'occasion d'un sympathique repas. Joalison, Nat et Fab préparent à manger pour la petite troupe, 4 gazy et 2 vazahas , 2kg de riz ne seront pas de trop pour nourrir tout ce petit monde. Malgré la fatigue, les discussions se poursuivent autour de la table. Josoa, Heri et Adana dissertent un bon moment sur l'origine du peuple malgache et sur la théorie d'une origine juive. Nous gardons les oreilles grandes ouvertes devant l'érudition de nos « invités ». L'ambiance est décontractée et chacun y va de son petit jeu de mots ou de sa boutade. La fatigue finit par nous rattraper. Heri repart à pied demain matin et il reste pas mal de boulot pour les autres. Vers 22h, tout le monde a rejoint ses quartiers.

Mardi 26 août 2008 (Une journée à marquer d'une pierre blanche, VOHIBOLA) : Ce matin nous sommes réveillés par le rire de Adana, signe qu'il a retrouvé la forme. Les derniers jours ont été éprouvants pour tout le monde. Après nous être levés, avoir pris rapidement le p'tit dej et avoir rejoint rapidement le chantier, nous réalisons que cette journée est importante. Nous allons enfin savoir si notre pari sur Josoa et sa chaudière est le bon et dans le même temps au Grau-du-Roi Nat est censée se présenter à un entretien pour expliquer ses 7 mois d'absence à la suite de son année sabbatique. Comme elle ne va pas se présenter, elle sera sans doute « libérée » définitivement de l'ENTAV dans les jours qui viennent.

Grâce au groupe électrogène et au petit poste à souder, Josoa a pu finir son extension puis installer la cheminée. Il reste encore toute l'isolation à faire mais on prend quelques minutes pour allumer le foyer. Josoa passe quelques brindilles enflammées sous la grille et après quelques secondes il jette une poignée de feuilles dans l'avant foyer et ferme la petite porte du bas. Les feuilles brûlent par le dessous grâce au tirage de la cheminée. Il invite chacun à mettre la main sur les feuilles : aucune chaleur, elle part à l'intérieur. Tout le monde écarquille les yeux, ça marche. Le feu est actif et on sent bien que ça chauffe à l'intérieur. On se regarde tous un peu ahuri même si personne n'avait ouvertement mis en doute le concept ou le travail de Josoa, force est de constater que c'est un peu magique. Reste encore à vérifier l'efficacité de la chaudière. Josoa pas mécontent de son petit effet lance «  ça c'est juste pour vous donner un aperçu, on passera aux choses sérieuses plus tard  ». Tout le monde a très envie de tenter la première distillation. Josoa commence à monter l'isolation en briques. Les collecteuses amènent les premiers sacs de feuilles. Il faut remplir d'eau la chaudière et les condensateurs, prévenir les distillateurs, etc. Nous tentons dans le même temps d'installer la nouvelle pompe à eau en remplacement de l'ancienne trop vieille et trop fatigante mais il y a un problème. Le forage est bouché, si l'on retire l'ancien tubage, le sable va envahir le trou sans que l'on puisse mettre le nouveau. Il faut laisser la vieille pompe fatiguée et réfléchir à une autre option. Après un repas vite fait vers 14h, tout le monde s'est remis au travail. Vers 16h même si Josoa n'a pas du tout finit l'isolation, tout est prêt pour lancer une distillation. On allume la chaudière. L'effet est le même que plus tôt dans la journée. Après 2h de chauffe, les 180L que contient la chaudière commence à bouillir, c'est 1h de plus que la chaudière à bois mais le travail est beaucoup moins pénible et c'est quand même hallucinant de voir ces feuilles sèches rentrer dans cet avant foyer et suffire à la chauffe de la chaudière. Dans quelques heures, les premières gouttes d'eau florale tomberont et quelques heures de plus suffiront pour savoir si la chaudière fournit assez d'énergie pour la distillation. La nuit tombe et la distillation suit son cours. Adana gère le feu, Josoa finit l'isolation, Fab, Nat et Joalison vont préparer le repas du soir. Nat prépare un riz pilaf malgache et Joalison un poisson grillé au gaz. Du côté de l'unité de distillation, il faut encore maintenir la chauffe,

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tout le monde attend impatiemment les premiers résultats. Il flotte comme un air de fête dans l'air, avec l'arrivée de la nouvelle batterie la musique sortant de la case de Joacin braille et ce soir la lumière allume la petite unité de distillation pour tout ce nouveau monde. Nous revenons vers l'alambic. Adana nous lance un «  ça a commencé à produire , apparemment c'est très bon  ». Tout le monde a le sourire autour de l'alambic. Même Josoa, malgré la fatigue et toujours à l'ouvre sur son mur d'isolation, affiche sa satisfaction. La chaudière fonctionne bien, nous n'avons pas brûlés un seul kilo de bois et la production d'huile est bonne. C'est génial. Joalison lance à Fabien «  j'ai besoin de toi  » et ils partent tous les 2 au village pour aller acheter à boire pour fêter ça. Quelques bières, quelques sodas et un peu de rhum. Il est plus de 22h lorsque nous trinquons à la santé de Josoa et de sa chaudière. Ce soir encore tout le monde est fatigué mais ça rigole beaucoup autour de la table d'apéro et ça rigole encore lorsque nous passons à table. Chacun regagne ses quartiers vers 23h fatigués mais contents.

Ecrit le Dimanche 31 août 2008, 18h00, Vohibola

Du Mercredi 27 août au Vendredi 29 août 2008 (Séparation et Premiers essais, VOHIBOLA) : Ce mercredi matin, Josoa et Adana doivent partir avec le train. Nous devons rester ici encore quelques temps avec Joalison pour faire les premières mesures de production avec la nouvelle chaudière. On décide de faire pour toute l'équipe des crêpes en guise de petit dèj'. L'euphorie due à la belle réussite de la veille est encore présente et ce matin la bonne humeur est encore de la partie. On passe un bon moment à discuter et plaisanter autour de la table. Tous les 4, Adana, Joalison et nous 2 écoutons sans nous lasser Josoa raconter des anecdotes, un peu comme des élèves autour de leur professeur. Nous pourrions tous être ses enfants, et nous l'écoutons attentivement. Nous remercions encore Josoa et sommes vraiment contents de lui avoir fait confiance.

Adana glisse à Fab avant de partir «  moi j'y croyais pas du tout à cette chaudière. Lorsque tu m'as appelé pour que je signe le contrat, j'avais pas envie, heureusement que tu avais insisté  ». Nous n'avions pas réalisé à quel point les gens étaient septiques. Finalement seul Josoa était sûr de lui. Nous on se disait «  au pire, rien qu'avec l'isolation et la cheminée, on économisera au moins 50% de bois  ». Mais de là à ne pas brûler un seul kilo, on n'osait pas l'imaginer ! Adana doit partir pour la Belgique dans quelques semaines. Nous ne le reverrons sans doute pas et quand nous entendons le train arriver et que nous le voyons courir vers la gare avec Josoa nous sentons un pincement au cour. Nous ne pouvons résister à l'envie de leur dire au revoir sur le quai. Nous faisons de grands signes de la mains à Adana lorsque le train quitte la petite gare. L'équipe se sépare. C'est la fin de cette petite expédition d'une semaine, de cette mission que nous avons partagé quelques jours. C'est bizarre car nous avons l'impression d'avoir accompli quelque chose d'important avec eux et ce matin, à la satisfaction et la joie du travail bien accompli, se mêle la tristesse et la mélancolie de leur départ. Puis chacun reprend ses activités, Nat et Fab tirent le bilan de ces quelques jours bien remplis, Joalison demande aux collecteuses de partir chercher des feuilles pour les essais des 2 jours suivants. Le chantier est un peu nettoyé. Nous nous retrouvons avec Joalison pour faire le bilan de l'opération à midi dans la cuisine autour des haricots à équeuter. C'est positif, nous sommes pour l'instant restés dans le budget. Mercredi, en fin de journée, c'est la pesée des feuilles. Les 2 équipes de collecteuses sont parties collectées trop contentes d'avoir retrouvées une activité lucrative, cela fait plusieurs mois que l'alambic est arrêté à cause de la chaudière cassée. Ce soir, elles ont le sourire à l'annonce du nombre de kilos ramassé. Cela signifie quelques ariary en poche pour elles.

Nous passons le jeudi et le vendredi installés face à la chaudière, à observer la distillation, à peser les kilos de feuilles qui brûlent, à déterminer les temps de chauffe des différentes étapes du processus, à regarder comment les distillateurs apprennent à se servir de la chaudière.

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Le temps de chauffe est un peu plus long mais Alain, le « chef » distillateur est très content. Il explique avec un large sourire le fonctionnement de la chaudière aux curieux. C'est vrai que cela n'a pas l'air très pénible, toutes les 2 minutes environ il faut ajouter une ou deux poignées de feuilles ou de brindilles dans l'avant foyer et c'est à peu près tout, tirer un peu de cendre, ajouter un peu des feuilles, contrôler le niveau d'eau, c'est à se demander si cela marche vraiment. Il n'y a pas de fumée, on ne sent pas trop la chaleur et à la fin de la première journée d'essai, les distillateurs ont récoltés 1,8L d'huiles essentielles. C'est pile dans la moyenne habituelle. Nat est un peu déçue, elle aimerait faire mieux qu'avec l'ancien système, Fab lui rappelle que aujourd'hui ils n'ont pas brûlé de bois. Avec l'ancienne, il leur en aurait fallu au moins 500kg pour obtenir le même résultat. Pendant ces 2 jours le déroulement est le même, Alain et Parfait, les 2 distillateurs font leur boulot, chargent les feuillent fraîches dans la curcubite, alimentent la chaudière en feuilles sèches et récupèrent après près de 8h de travail l'huile essentielle. Ils découvrent et apprennent la nouvelle technique. Pendant ce temps, Fab et Nat se relaient pour tout noter, tout peser, tout chronométrer afin de recueillir toutes les données nécessaires à une bonne restitution. Joalison et Joachin vaquent à leur occupations habituelles. Le jeudi nous avons la visite de Dédé et Léon qui reviennent de leur chantier de Tampina, ils sont impressionnés par la chaudière. Le vendredi pas de chance, il pleut quelques gouttes le matin et malgré quelques feuilles humides et après 2h de grabotage le feu démarre enfin convenablement. Alain est toujours content même si il a encore la corvée d'eau à accomplir, il garde le sourire. Dommage que nous ne parlions pas le malgache, et lui mal le français, nos échanges restent limités et nous avons rarement un traducteur sous la main. Nous passons beaucoup de temps près de l'alambic, retrouvant le soir Joalison pour partager repas et discussion. Nous n'avons pas encore eu le temps de faire un scrabble car nous sommes tous un peu fatigués en fin de journée.

Vendredi Joalison prend le train pour Tamatave, il doit aller récupérer de l'argent pour faire d'autres essais et un peu de matériel pour creuser le nouveau puit.

Ecrit le Vendredi 29 août 2008, 07h00, Vohibola « Je suis installé sur un tabouret devant la chaudière à feuilles. Petit problème ce matin, il pleut. Nous ne sommes pas sûr que Alain, le distillateur puisse trouver assez de feuilles sèches. C'est le 2 ème essai réel de la chaudière, celui d'hier a été concluant bien, que le temps de distillation ait été rallongé de 2h par rapport à la chaudière traditionnelle à bois. Bref on est assez content, la chaudière marche bien à la surprise générale. Alain rigole à chaque fois qu'il explique ses nouvelles conditions de travail. Cela fait 5 jours que nos sommes ici et la vie dans le village nous plait bien même si nous n'avons pas vraiment quitté l'enceinte de l'alambic. » FAB

ise à jour du vendredi 24 septembre 2008

Ecrit le Lundi 08 septembre 2008, 20h00, Hôtel Lambert, Tana

Du Samedi 30 août au Dimanche 31 août 2008 (Seuls sur la plage, VOHIBOLA) : Vendredi soir Joachin nous avait annoncé qu’il raccompagnerait aujourd’hui des bailleurs de fond jusqu’à Tamatave et que Joalison passerait sans doute le week-end à Tamatave et qu’il ne devrait revenir qu’avec le train du dimanche soir. Ce samedi nous sommes donc les seuls sur le site de l’ONG. Le travail sur la chaudière est en stand by faute de troupe. C’est assez étrange d’être plus que tous les 2… et quand nous nous levons samedi matin, il y a comme un vide. Depuis 2 semaines nous étions à fond dans le rythme, toujours accompagnés, et aujourd’hui, nous voilà tous les 2, on se sent comme un peu perdus. Cela nous permet de prendre un peu de recul sur le projet. Le premier bilan est plutôt positif. La chaudière marche et il semblerait que les distillateurs s’y habituent plutôt facilement. La batterie solaire marche bien également, Joachin en a déjà profité pour faire « péter » la sono, la télé et tout le matos… Et là on se rend compte, ici comme ailleurs, que dès lors qu’il y a une prise les gens branchent tout pensant que l’énergie est illimitée.

Nous passons une bonne partie du samedi et du dimanche à rattraper le temps perdu sur la rédaction du carnet de route.

Nous discutons aussi beaucoup de la suite du projet, de ce qu’il implique pour nous, pour l’ONG, pour l’avenir. Sommes-nous prêts à nous investir sur le terrain ici, à Mada, pendant plusieurs années ? Si oui, comment allons nous gérer RISEAL ? Allons-nous pouvoir nous adapter à la vie d’expat. ? La France va t-elle nous manquer ? Et si on rentre, est-ce que l’on va pouvoir s’adapter à la vie « normale »? L’Afrique va t-elle nous manquer ? Olivier est-il sérieux quand il dit qu’il veut nous embaucher ? Pourquoi pas mais aussi pourquoi accepter ? Tout dépend de nous, c’est nous qui monterons le projet. Ces réflexions alimentent pratiquement toutes nos conversations. Nous égrenons les possibilités sans vraiment trop voir de solutions. En faisant la cuisine, en mangeant, allongés sur les lits de la case des stagiaires, dehors, … nous en parlons beaucoup et les interrogations en appellent toujours de nouvelles « Cette nouvelle chaudière est-elle pertinente ? » - « oui bien sûr mais comment faire pour la diffuser ? » « Et nous dans tout ça ?… On va faire quoi et surtout où ? ». Les possibilités semblent infinies et il est beaucoup trop tôt pour prendre une quelconque décision, les questions restent dans notre esprit, traînent dans l’air quand nous pensons à autre chose.

Se retrouver seuls ici est un peu étrange après cette semaine bien remplie, ce week-end loin de tout et sans personne nous permet de poser un peu nos réflexions, d’être seulement tous les 2…Tant pis si pendant ces 2 jours nous n’avons finalement rien fait de productif sur le site !.

Ecrit le Mardi 09 septembre 2008, 21h44, Hôtel Lambert, Tana

Du Lundi 01 Septembre au Mercredi 03 août 2008 (On attend !!!, VOHIBOLA) : Joalison arrive par le train avec Ambroise et Thomas, 2 stagiaires, tard dans la nuit du dimanche. A 5h40 Nat se lève pour aller aux toilettes. C’est le début du jour déjà. Les pêcheurs partent en mer. C’est impressionnant. Les vagues sont grosses. Voir passer ou surfer les petites embarcations de bois est un vrai spectacle qui la tient en haleine.

La première fois qu’elle a assisté à cela, elle a même cru qu’un pêcheur s’était noyé. En fait, parfois les pirogues se retournent ou n’arrivent pas à passer la vague. Ils galèrent. Certains n’ont plus la force de recommencer pour la nième fois un passage contre les vagues et finissent par abandonner. Le milieu est hostile et de la plage, les cris qui raisonnent ne sont pas là pour nous réveiller mais pour encourager les pêcheurs qui sont en train de partir.

Ecrit le Dimanche 14 septembre 2008, 12h50, Bar du Sanglier, Majunga

Du Lundi 01 Septembre au Mercredi 03 Septembre 2008 (Suite) : Avec l’arrivée de Joalison, nous espérons la reprise des activités et la validation de nos 1er résultats. Il nous explique que Joachin attend un mail de Barbara et n’arrivera que tard ce soir et nous apprend que Alain, LE distillateur, est aussi le chauffeur du bateau donc est avec lui à Tamatave. Nous n’avons d’autre choix que d’attendre le retour d’Alain car il est le seul à maîtriser le processus de distillation. Heureusement il y a Thomas et Ambroise qui sont arrivés. Leur bonne humeur nous permet de nous changer les idées. Ambroise nous propose d’aller faire un tour dans la forêt de Vohibola. On part en milieu d’aprem’ à la découverte de cet écosystème particulier. Nous profitons du voyage pour ramener 2 sacs d’écorces de Niaouli pour faire des essais d’isolation pour la cuve.

Ambroise donne quelques conseils photos à Nat qui s’essaye sur les plantes carnivores aux abords de la forêt.

La soirée est encore l’occasion de passer quelques heures dans la cuisine. Thomas qui a passé pas mal de temps dans la maison des chercheurs à Vohimana, loin de tout, maîtrise parfaitement les crêpes à base d’eau et de farine seulement.

On peut dire que la lumière (solaire) amène un grand changement au rythme de vie sur le site comparé aux bougies d’avant qui constituaient la seule source de lumière, et on en oublie vite la chance que l’on a de disposer de cette énergie alors que presque tout le village est dans le noir. On réalise aussi que Joachim n’est pas arrivé et Joalison nous donne toujours en guise de réponse un énigmatique « il attend un mail de Barbara ». Dès le début, Nat avait dit à Fab « qu’elle ne le sentait pas ce Joachin » et ses dires commencent à se vérifier ce qui est encore plus énervant mais que faire ?!. Le mardi ressemble à s’y méprendre au lundi, la ballade en moins, l’impatience grandissante, et les camarons en plus. Quelques vendeurs ambulants sont passés nous proposer des patates douces, des cocos et des camarons auxquels nous n’avons pu résister.

On se retrouve tous les 5, à passer une bonne partie de la journée à cuisiner les repas de midi et du soir.

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C’est délicieux. Les produits sont sortis ce matin de l’eau. Cuisiner est aussi une façon pour nous de passer le temps et d’éviter de penser au « temps que l’on perd ». Depuis vendredi soir tout s’est arrêté sur le projet, nous insistons auprès de Joalison pour qu’il fasse quelque chose. Même si nous essayons de ne rien laisser paraître, difficile de ne pas voir notre mécontentement. On s’est donné à fond pendant une semaine pour faire installer la chaudière et faire débloquer les fond qu’il manquait en urgence vendredi dernier. 4 jours plus tard, il ne s’est rien passé, Joachim n’a pas l’air de vouloir rentrer tout de suite et de notre côté c’est bientôt la fin du voyage, chaque jour à donc son importance. Nous "bricolons" : on épend les feuilles pour les faire sécher, on coupe des morceaux de bois pour essayer de déterminer le poids d'une stère des essences utilisées avant dans le processus de distillation, le bois est pourri, les mesures et la balance imprécises mais ça nous occupe.

Devant notre insistance de reprendre les essais, Joalison nous annonce qu’il va organiser une distillation le lendemain. Nous nous étonnons car il n’y a pas Alain, mais il nous dit qu’il a trouvé un autre distillateur. Nat insiste sur le fait qu’il faut que ce dernier ait déjà pratiqué, Joalson lui répond que « oui, oui, il connaît ». Mais l’intuition de Nat lui dit le contraire et elle craint la journée du lendemain. D’une part les essais ne seront pas valides car pas dans des conditions normales mais surtout le processus de distillation, s’il n’est pas maîtrisé, peut-être dangereux car la production de vapeur n’est pas anodine. La journée du lendemain, mercredi, lui donne malheureusement raison. Les distillateurs ne sont pas expérimentés et accumulent les bévues. Parfait, l’un des distillateurs, qui ne connaît le principe que depuis les 2 jours passés la semaine dernière au côté de Alain, a failli se faire ébouillanter car ne connaissait pas quand et quelles vannes fermer ou ouvrir, et Julien, le second distillateur, est décidément trop âgé pour ce genre de travail et n’avait jamais pratiqué de distillation. Il leur faudra plus de 3 heures pour allumer la chaudière, certaines vannes sont mal fermée, d’autre mal ouvertes. Nat répète pendant une bonne partie de la matinée « C’est n’importe quoi » et ça l’est vraiment. Joalison vient superviser les opérations à chaque fois qu’on l’alerte à la découverte d’un nouveau problème. Au final, le bilan n’est pas trop mauvais, bien que les résultats ne soient pas vraiment utilisables. C’était plus une journée de formation sans formateur qu’un véritable essai. La production est cependant meilleure que les 2 fois précédentes. Joachin arrive finalement dans la soirée, nous expliquant qu’il a attendu un coup de fil de Barbara qu’il n’a toujours pas reçu d’ailleurs. Nous n’avons pas le réflexe de lui dire qu’ici le téléphone passe. Connaissant un peu le personnage, même si nous ne l’avons que croisé, nous n’écoutons que d’une oreille son baratin. Maintenant qu’il est revenu, les choses devraient rependre leur cour normal dans les jours qui suivent. Ce soir Thomas prend le train pour rentrer sur la capitale avant le départ définitif pour la France, c’est l’occasion d’une bonne soirée apéro-repas-scrabble. Le train prévu vers 19h, ne passera que vers minuit.

Du Jeudi 04 Septembre 2008 (Faux départ, VOHIBOLA) : 6h debout. On ne sait pas si c’est l’air marin ou l’excitation des essais mais à Vohibola on ne se lève presque jamais après 6h du mat’. On se tient prêts pour suivre une distillation en condition normale. Fab a le temps d’aller au village pour aller chercher quelques mofos, on a le temps de prendre un bon petit dèj. face à la mer.

Le temps passe… 8h arrive, et même si nous avons vu Alain, personne ne semble près à commencer. Ambroise nous charrie « je parie 10 mofos que vous ne l’a faite pas votre distillation ». Nous en parions 100 tellement nous sommes confiants. Joachim nous annonce une réunion matinale pour faire le programme. Pourquoi pas, ça permettra de bien recommencer les essais. Il nous dit même que comme il a été absent pendant plusieurs jours qu’il allé travailler pendant 4 jours avec nous, même ce week-end pour que nous avancions sur le projet. C’est le coordinateur technique, cela fait plus d’une semaine que nous sommes sur le site et il se présente comme tel seulement aujourd’hui. Il nous apprend également que personne ici ne sait ce que nous faisons parce nous ne nous sommes pas présentés. Nous prenons sur nous, nous pensions qu’il l’avait déjà fait. En parallèle, nous avions essayé d’expliquer aux distillateurs la raison de ces essais mais il est difficile de se faire comprendre sans traducteur. Cette annonce nous énerve un peu car c’est un point essentiel pour nous. Suite à 1 an et demi de voyage, c’est quelque chose que nous avons appris et que nous tenons comme primordial : impliquer les populations et les tenir informées. Et quand il nous dit que les distillateurs pensent que nous les surveillons, nous prenons encore sur nous. Et quand Alain passe, nous nous empressons de demander à Joachin qu’il traduise le pourquoi de notre présence en espérant qu’il traduise bien. Il doit être 10h lorsque nous sortons de la réunion et la distillation n’a toujours pas commencé. Personne ne nous informe mais nous comprenons qu’elle n’aura pas lieu. Ambroise a gagné sont pari mais ne nous réclame pas les mofos. On tente de contenir notre agacement, on a l’impression que l’on se moque de nous. Joachim nous apprend plus tard qu’il n’a pas ramené les clous et le filet que nous lui avions demandé « Pas le temps ». On prend à nouveau sur nous. L’aprem’ on essaie de fabriquer le stockage avec les moyens du bord. On galère, on en a marre… Joachim fini par se présenter vers 15h pour savoir ce que nous voulons faire… C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, nous en avons déjà parlé pendant 2 heures ce matin. Nous ne retenons plus nos mots. Comment est-il possible de passer 4 jours à Tamatave pour attendre un coup de fil, alors qu’il y a tant à faire ici !! Pourquoi n’a t il pas ramené le matériel… Il nous baratine encore, tente un peu de nous culpabiliser et fini par se défiler. Notre coup de gueule n’a servi à rien. On se demande un peu pourquoi nous perdons notre temps et notre énergie ici. On essaye de se ressaisir en pensant aux bénéfices de cette chaudière pour la forêt et les distillateurs.

Vendredi 05 Septembre 2008 (Y’a le feu !!!, Vohibola) : Aujourd’hui Joachin « plein de bonne volonté » et suite à ses « engagements » d’hier, assiste à une distillation et veut, par la même, former de nouveaux distillateurs. Ca commence très mal. Malgré la présence de Alain qui est le seul à commencer à bien connaître le processus, Joachin se permet de donner des instructions aux 2 novices alors qu’il n’a jamais assisté à une distillation avec cette chaudière et ne connaît par conséquent pas le fonctionnement de la nouvelle chaudière qui présente des règles de base simples à suivre. Notre position vis à vis de cette nouvelle technologie est d’être seulement des observateurs et de voir comment les distillateurs se l’approprient. Ils commencent à maîtriser le fonctionnement et Joachin donne des instructions contradictoires. Il risque de compromettre tout le travail effectué précédemment. Nous intervenons pour qu’il arrête de parler et se contente de former les jeunes au processus de distillation en traduisant les quelques conseils et règles de base donnés par Fab sans s’occuper de la chaudière qu’Alain connaît. Mais pour Nat ça en est trop. Exaspérée et énervée par son comportement, elle préfère s’en aller et se réfugie dans l’orchidarium avec son appareil photo où elle y passera 3 bonnes heures.

Joachin ne tardera pas à quitter son poste et Fab se retrouve seul à observer la distillation qui se déroule plutôt bien et assez normalement. Vers 11h c’est au tour de Ambroise de quitter les lieux et de rejoindre Tana. Vers 15h c’est le branle bas de combat. Alors que Fab est en train de négocier 1kg de raie qu’un vendeur ambulant est venu proposé près de l’alambic, il y a un départ de feu sur le hangar. Fab voit Alain partir en courant pendant que des flammes grossir autour de la cheminée et de la chaudière, juste le temps pour Fab d’attraper le seau d’eau florale qu’Alain est déjà de retour et commence à grimper sur le toit, il jette les premiers seaux et les quelques personnes autour s’organisent pour l’approvisionner en eau. Le départ est vite maîtrisé. La vitesse de réaction de Alain et la petite chaîne humaine de seaux d’eau qui s’est improvisée ont sauvé tout le village d’un embrasement quasi certain. Les feuilles de palmier séchées constituant les toitures brûlent très vite et d’après Alain le vent aurait pu propager le feu très rapidement.

Après toutes les émotions de la journée, nous avons retrouvé notre tranquillité et sérénité. Nous ramassons et pesons les feuilles pour les essais de Ambroise pendant que les distillateurs finissent leur distillation et que les touristes passent et s’informent. Les essais d’aujourd’hui se sont malgré tout bien passé. C’est le crépuscule, la journée se termine bien et là coup de théâtre quand nous nous apprêtons à peser un sac, Joachin nous lance un « vous pouvez partir maintenant » en nous montrant un joint de pompe qui a cédé. Nous ne comprenons pas tout de suite. La tension monte d’un coup mais car sans eau pas de distillation possible. Il était prévu de faire une dernière distillation. Nous essayons de proposer des solutions. Il y a un puit à 100m de l’alambic, nous pouvons faire faire quelques aller-retour à des jeunes du village afin d’alimenter l’alambic comme nous l’avions fait lors du premier essai avec Josoa. Joachin trouve des excuses pour arrêter les essais et pour ne pas travailler le lendemain. Il parle d’un ton sec et n’a visiblement pas envie d’y mettre de la bonne volonté. Il était convenu de faire une dernière distillation, les feuilles ont été récolté et nous disons que nous pouvons financer la collecte d’eau au puit du village. Il nous dit qu’il ne veut pas travailler, que nous les vazahas nous en demandons trop aux malgaches et qu’il est trop fatigué. Ca en ait vraiment trop pour nous. Cela nous met hors de nous. Ca fait des jours que l’on attend, que l’on se réveille à 6h du mat, que l’on se relaie pour suivre les distillations, nous avons tout fait pour faire débloquer de l’argent pour « son » puit, nous avons organisé le remplacement de la chaudière, et nous n’avons pas besoin en plus qu’il nous mette des bâtons dans les roues. Le pire c’est que nous n’avons pas besoin de lui demain, nous ne comprenons vraiment pas son attitude et pourquoi il ne veut pas que l’on travaille. Nous aussi nous sommes fatigués, les distillateurs sont fatigués, tout le monde aurait plus de raison d’être fatigué que lui. Joachin s’en va restant sur ces positions, et pendant que, en silence, nous prenons encore sur nous, Joalison assure l’interim. Fab veut tout laissé tombé, mais pas question, il est incohérent dans ses propos et ce n’est pas lui qui va nous arrêter. Joachin est le genre de personnage qui ne pense qu’à ses intérêt, ce n’est pas pour ce genre de personne que nous voulons donner de notre temps et de notre énergie même si il nous en prend beaucoup. Il faut penser à la population, on le fait pour eux. Pour essayer d’oublier cet épisode, nous prenons une THB dans la cuisine et allons nous poser sur une des pirogues face à la mer. La journée se termine et nous réalisons que depuis plus de 10 jours que nous sommes là, nous n’avons pas profité de la beauté du site. On se dit qu’on a la chance d’être tous les 2, que depuis que nous sommes partis nous avons partagé beaucoup de bons moments et que ce genre d’épreuves, ces moments difficiles sont plus faciles à traverser quand on est 2. On se dit qu’ensemble on est plus forts et que l’on ne va pas se laisser démoraliser par un c…… !

Samedi 06 Septembre 2008 (Tout est bien qui finit bien, VOHIBOLA) : Ce matin vers 7h30 tout le monde est à son poste. Nous sommes prêts à observer la distillation pour la dernière fois. Parfait et Alain ont fait partir le feu et chargent les 255kg de feuilles de niaouli dans la cuve. Alain se moque de Parfait qui n’est pas assez costaud, Joachin dort encore dans sa case… Nous avons promis hier à Alain que si il arrive à produire 2,5L d’huile aujourd’hui on leur offrirait une bière. Il n’oublie pas de nous le rappeler ce matin ! Malgré le fait que nous ne parlons pas malgache et eux peu le français, nous sommes quand même arrivés à nous comprendre pendant cette semaine. La journée passe tranquillement et l’ambiance est détendue. Des ados font le ravitaillement en eau depuis le puit de l’école, du coup les distillateurs n’ont pas à pomper. Nous sommes assez sereins car à la fin de cette semaine nous sommes à peu près sûrs que les distillateurs se sont appropriés la chaudière. Joalison et Liv, un nouveau bien sympa, nous préparent un délicieux poisson sauce pour midi. La fin de la distillation approche, Alain recueille l’huile… 2,2L ! Nous décidons quand même d’aller acheter quelques bières, d’une part car nous partons demain et que nous voulons les remercier de nous avoir supporté, d’autre part car ils ont fait la même quantité d’huile que la veille avec 100kg de moins de feuilles fraîches dans la cuve ce qui est une belle performance. Le petit apéro improvisé à côté de l’alambic est bien agréable. Le soleil se couche, Alain fait entendre son rire inimitable, Joalison nous traduit les blagues, nous faisons un peu le point sur ces derniers 15 jours et sommes finalement tous assez contents.

Le repas du soir est l’occasion de partager un bon poisson avec Joalison dans la petite cuisine.

Dimanche 07 Septembre 2008 (On quitte Vohibole mais pas seuls !, VOHIBOLA - TAMATAVE) : Nous quittons le site de l’ONG ce matin. Le train qui d’habitude a entre 5 et 12h de retard est presque à l’heure. Nous avons à peine le temps de faire quelques photos que nous devons grimper dans un de ses wagons vers 8h30 sans avoir vraiment pris le temps de dire au revoir. Après 15 jours ici, on regrette presque de ne pas être restés 1 ou 2 jours de plus car nous n’avons pas eu beaucoup de moments de loisirs mais de toute façon, les distillations ne vont pas reprendre avant un moment (les nouveaux contrats sont en préparation). Le train passe doucement de gare en gare et le trajet de 3h jusqu’à Tamatave est sympathique. Il fait beau, chaud, et la fatigue commence à se faire sentir. A l’arrivée dans la grande ville, quelle sensation bizarre de retrouver les voitures, le bruit, l’activité. Nous sommes presque nostalgiques de la quiétude de Vohibola et nous regrettons presque de l’avoir fui.

Après avoir pris une chambre d’hôtel puis déjeunés, une opération délicate nous attend. Fab a ramené quelques amis de la plage de Vohibola, des parasites se sont installés sous la peau de ses pieds en divers endroits, il y en a 7 à extraire. Des petits œufs de vers des sable de-ci de-là dans chacun de ses pieds. Ambroise et Alex nous avaient expliqué qu’il en avaient attrapé aussi. C’est parti pour l’opération. Nettoyage et stérilisation des outils à l’alcool et au feu, aiguille et pince à épiler prêtes on peut commencer. Une après l’autre, il faut percer les poches et extraire les petits trucs blancs et visqueux. Certains sont plus gros que d’autres et nos Aaaghhhh !!! et Beurkkkkk !! sont plus ou moins appuyés.

Il nous faut une bonne heure de « travail » pour nettoyer les pieds de Fab et une bonne heure de plus pour nous en remettre.
Demain retour sur Tana, nous devons absolument faire le point avec Olivier avant qu’il ne parte en France et nous dans le nord du pays. Le comportement et l’attitude de Joachin nous a vraiment affecté et pris trop d’énergie. Nous n’avons pas quitté le stress de la vie française pour le retrouver ici et nous ne voulons pas généraliser les malgaches à cause d’une personne. Pour essayer d’évacuer ça, nous mettons sur papier et préparons un mail pour l’équipe de MATE (Joachin y compris) pour d’une part faire le bilan technique de l’opération mais également exprimer et « dénoncer » ce comportement. Aujourd’hui, si nous voulons oublier cet épisode et aller de l’avant, nous avons besoin et il nous semble important d’en parler avant de reprendre notre route et nos rencontre pour RISEAL qui nous permettrons aussi de nous ressourcer. Nous passons donc une bonne partie de l’après-midi et de la soirée et écrire ce mail. Nous avons donné tout ce que nous pouvions pendant ces 3 semaines, c’est nous qui l’avons choisi, nous n’aurions sans doute pas du mais on a tendance à prendre beaucoup trop vite les choses à cœur.

Ecrit le Mardi 16 septembre 2008, 15h20, Hôtel Majunga

Lundi 08 Septembre (Le déclic du bus, TAMATAVE - TANA) : On ne compte plus le nombre de fois où l’on a effectué ce trajet sur la RN2 entre Tamatave et Tana. Et ce matin, les 2 vazahas seront un peu en retard au rendez-vous de 8h pour le départ du taxi-brousse. On veut absolument envoyer le mail à l’équipe avant de partir, histoire de pouvoir tourner la page sur « l’histoire Joachin ». Mission accomplie, direction la gare routière où pour une fois tout le monde était là, ils n’attendaient que nous !
Si nous ne prêtons plus trop attention aux verts paysages de l’Est dans ce beau ciel bleu, nous n’en sommes pas moins inspirés pour prendre du recul par rapport à la mission de Vohibola et organiser notre voyage. Ce matin, nous retrouvons doucement l’inspiration et le goût pour le sujet même si nous parlons encore pas mal des derniers jours à Vohibola. Nous sortons notre vieille feuille à carreaux sur laquelle nous avons fait notre calendrier semaine par semaine à Mada. C’est le moment de faire le programme pour les semaines qui vienent. Nous allons commencer notre tournée dans le nord, nous voulons profiter des dernières semaines pour faire du tourisme et aimerions faire la côte de la vanille à l’accès difficile, nous voulons également redescendre dans le sud et visiter la côte sauvage et peu fréquentée entre Tulear et Fort dauphin, il y a aussi le train entre Fianar et Manakara qui est à faire et nous voudrions repasser sur les sites de l’ONG avant notre départ. Le problème c’est qu’il ne nous reste que 6 semaines, que nous voulons tout faire et que cela ne rentre pas dans les cases. Et là c’est le déclic « et si on prolongeait le billet retour ? ». On compte les jours qu’il nous reste avant d’atteindre la fin du visa. 90 jours à partir du 14 août…1, 2, 3, ………on pourrait rester jusqu’au 11 novembre. On pourrait prolonger de 15 jours. On sait que la compagnie aérienne va nous facturer au moins 80€ pour le changement de date. 80€/personne pour 15 jours c’est de l’argent mais ce sont 15 jours de plus qui nous permettraient de bien terminer notre voyage. Nat se prend à rêver… Fab la raisonne. Il ne faut pas se mettre ça dans la tête .. peut être que cela coûtera beaucoup plus cher si le prix du billet a augmenté et dans ce cas nous ne pourrons pas nous le permettre. On ira voir Corsair demain. Mais si l’on sait qu’il ne faut pas que l’on se réjouisse trop à l’avance, tous les 2 au fond de nous, nous espérons que nous pourrons prolonger. Ce déclic est comme une étincelle et l’excitation nous gagne à l’idée de profiter encore du voyage. Peut-être une fausse lueur d’espoir car le retour et la fin devront bien arriver un jour !
On passe encore quelques heures à se poser des questions de notre implication dans le futur projet chaudière. Fab s’endort… et on arrive à Tana.
Bien que ce soit la rentrée scolaire, il flotte comme un air de vacances à la capitale. Il fait plus chaud, les gens semblent moins stressés, des gargotes se sont installées dehors à la nuit tombée et les rues sont plus animées le soir. Jérôme, le gérant de l’hôtel, nos raconte comme à chaque retour sur Tana, les dernières nouvelles toujours si peu rassurantes. Un client qui s’est fait agressé et « charcuté » juste devant la porte d’entrée de l’hôtel à minuit, l’augmentation de la violence, les attaques et les vols plus fréquents, les ventes d’armes en croissance chez les armuriers. Il nous explique même que son ami armurier vend de plus en plus de fusils aux paysans, phénomène nouveau du à l’augmentation des vols de riz. Il nous détaille que avant, ces vols se faisaient une fois le riz récolté dans les stocks des coopératives, depuis 1 ou 2 ans, ces vols se faisaient directement chez les paysans et aujourd’hui les voleurs opèrent 15 jours avant la récolte directement dans les rizières. Les paysans s’équipent d’armes et dorment dans leur champ pour protéger leur futures récoltes, celles qui va les nourrir pour l’année à venir. Toutes ces violences et ces vols démontrent une montée de la misère et de la pauvreté. Ce qui est le plus choquant c’est que les malgaches apparaissent comme un peuple des plus calmes et des plus gentils aux yeux du monde. Ce ne sont pas des télés, des dvd ou de l’argent qui sont volés, c’est de la nourriture. Les gens ont faim et doivent être désespérés pour en arriver à voler du riz. Ces histoires nous donnent des frissons et nous sommes écoeurés de ces injustices et de voir les plus pauvres s’enfoncer un peu plus dans la misère victimes de la loi du plus fort, du pouvoir et du commerce international.

Du Mardi 09 au Vendredi 12 Septembre (Au rythme de MATE, TANA) : Olivier doit partir en fin de semaine en France et nous devons absolument le voir avant pour lui faire le bilan de la mission. Il doit aller défendre le projet chaudière et nous devons le briefer sur certains points. Mardi il est trop occupé. Il doit partir mercredi à Vohimana. On décide de faire l’aller-retour avec lui même si on pas mal de travail, c’est le seul moyen que l’on a pour lui parler. C’est ainsi que mercredi en fin d’aprem’ , nous décollons des bureaux. Il nous embarque dans sa vielle Suzuki. Malgré les bruits de carrosserie et de moteur et les essuie-glace défaillants (avec la nuit et la pluie qui tombent c’est moins facile pour conduire !), les 3 h de route qui nous séparent de Vohimana sont l’occasion de discuter. Nous parlons de la suite du projet, de ce que nous avons fait à Vohibola, de notre vision pour la suite en lui disant que nous ne sommes pas sûrs de vouloir nous installer à Mada. C’est aussi l’occasion d’en connaître plus sur le personnage et sur son histoire. De savoir comment il est devenu le plus jeune chef de projet de la FAO à 23 ans. Comment il a préféré quitter les grandes institutions et agir pour mener à bout ses principes visionnaires pour l’époque (valorisation commerciale des ressources forestières, implication des populations locales), des principes novateurs à l’époque où la protection de la forêt ne passait que par la répression. Si aujourd’hui ces concepts sont dans l’air du temps, ils étaient encore complètement marginaux il y a 10 ans. Il est la preuve vivante que l’engagement personnel fini par porter ses fruits, même si encore aujourd’hui les difficultés sont réelles. Le travail de l’ONG est pour nous un modèle de bon sens et de pertinence. Il met en œuvre une bonne partie des leçons que nous avons retenues au cours de toutes nos rencontres. Et nous retrouvons un réel écho à nos « principes » dans ce qu’il fait et ce qu’il défend.
Nous arrivons de nuit en bas du site. Il reste encore 30min de marche et il se met à pleuvoir. Avec nous, venus dans une autre voiture, une Sud-Africaine qui ne parle pas un mot de français, équipée de tennis « Lacoste » toute blanche, elle conçoit des parfum et s’intéresse aux huiles essentielles, Jean- François, un belge, de milieu des huiles essentielles également et Yohann un jeune photographe amateur qui voyage depuis plusieurs mois. Nous grimpons dans la nuit, tous concentrés sur nos pas. La montée nous semble beaucoup plus facile et courte que la dernière fois, sans doute qu’aujourd’hui nous ne sommes pas chargés comme des mules. Il est même plutôt agréable de marcher dans la nuit calme et claire malgré la pluie.

Quand nous arrivons, il n’est pas loin de 21h. Olivier nous invite à nous installer autour d’un feu de cheminée et bien qu’il ne fasse pas très froid, la soirée autour du feu avec ces « inconnus » au milieu de la forêt humide est conviviale.

Jeudi matin, nous nous réveillons sous la pluie, mais le ciel se dégage assez vite. Nous partons tous en balade et les 2 photographes amateurs se régalent… caméléons, fleurs , nature, etc…

Nous n’avons pas la chance de voir l’Indri-Indri ou d’autres espèces de lémuriens. Pas le temps d’entrer en forêt !. Nous repartons en début d’aprem’ dans la Suzuki verte en direction de Tana avec Olivier et Yohan. Arrivés à Tana, Yohan voyageant seul, se fait une joie de se joindre à nous pour une bonne purée chez Janlou. Manque de chance c’est fermé ! C’est trempés, après avoir marché sous une pluie battante que nous entrons dans la salle pleine d’expatriés du Sakamanga, un resto très couru de Tana et réputé pour sa bonne cuisine. Au menu, magret de canard et poulet vanille.
Vendredi nous retournons à l’ONG, nous devons faire la mise à jour du site web, déposer des documents et voir Olivier pour valider le programme des semaines à venir. C’est toujours un piège de se retrouver dans ces locaux, il y a toujours du monde, difficile de travailler, difficile d’imposer son rythme, c’est souvent une source de stress pour Nat, mais c’est aussi l’occasion de retrouver et de discuter avec les stagiaires. Nous partageons un riz cantonnais avec Ambroise qui va repartir pour 5 semaine à Vohibola. Olivier qui doit partir pour la France dans quelques heures, nous demande d’urgence des plans de séchoir et de microcentrale, nous devons partir dans le Nord également dans quelques heures. Les stagiaires ou les membres de l’équipe de MATE présents se débrouilleront sans nous. Juste le temps de rentrer à pied du siège de l’ONG, de récupérer nos bagages chez Lambert que nous « filons » vers la gare routière de Majunga en 4L. Nous nous préparons à 12 h de taxi-brousse. Fab a réservé les 2 places derrière le chauffeur. Quand nous arrivons à la compagnie indiquée par le ticket, on nous ballade dans l’agitation de la gare routière de kiosque en kiosque. Ça sent le coup foireux et on sent les 2 bonnes places derrière le chauffeur nous filer sous le nez. On emprunte une petite ruelle boueuse qui nous emmène derrière les kiosques et l’agitation et on nous laisse devant un minibus pleine de cartons. Les chargeurs ne sont visiblement par encore là. Fab appelle Josoa, pour le remercier encore et le solliciter sur d’autres choses. Josoa nous remercie également ou plutôt nous félicite car à tous les 3 et avec notre travail, nous avons réussi à bluffer tous les autres, Olivier y compris. Maintenant encore, quand on pense à cette expérience, on a un pincement au cœur. On peut dire que ce projet chaudière, c’est un peu notre bébé à tous les 3. Une vraie petite aventure que l’on a partagé et qui a réussi car chacun a placé sa confiance dans l’autre. Parfois, il y a des gens qui vous inspirent et en qui vous avez envie de donner votre confiance même si vous ne les connaissez pas, Josoa est un de ces personnages que nous n’oublierons pas.
30 min plus tard le minibus est toujours là. Les clients commencent a arriver. Les marchandises s’accumulent. Nos bagages sont chargés. Nous mettons nos bagages à mains sur les places numéros 2 et 3… Les 2 places derrière le chauffeur, bien satisfaits de pouvoir enfin voyager sur ces 2 places. Une dame un peu âgée grabote autour de nos affaires, elle tente de faire entrer un carton coûte que coûte sur ou sous la place numéro 3. Elle nous annonce qu’elle a également réservé la numero3. La compagnie a vendu 2 fois la même place et cela nous gonfle. On se retrouve avec la numéro 4 et 5, c’est le strapontin et les 2 places sont séparées par un vide. La vieille dame ne nous à rien demander, elle a juste poussé nos affaires. Pas très sympathique !!! Comme de bons français et par principe, on va râler et réclamons un petit geste commercial. Le petit manège dur une bonne demi-heure et on fini par récupérer 5000 Ar, de quoi nous payer le repas du soir. On passe 12 heures pas très bien installés avec en plus la vielle dame qui joue du popotin pour grappiller quelques centimètres sur le siège.

Ecrit le Samedi 13 septembre 2008, 07h30, Hôtel Fayyaz, Majanga « Nous venons d’arriver à Majanga après environ 12h de taxi-brousse dans la nuit. Le trajet n’a pas été très confortable. Nous nous y étions pourtant pris à l’avance pour réserver les meilleures places. Mais rien y a fait, encore une sombre histoire de double réservation. Nat vient de s’endormir sur le lit de la chambre d’hôtel. Elle s’offre une sorte de grâce mat après cette nuit en pointillée et surtout ces 3 dernières semaines assez fatigantes et éprouvantes. Le travail avec l’ONG d’Olivier nous a pris beaucoup de temps et d’énergie. Nous en sortons satisfaits mais éreintés. La chaudière marche et les perspectives de réplication à travers tout Mada sont excitantes. Olivier nous a proposé de poursuivre le projet avec lui ici à Mada pour 1, 2 ou 5 ans.A nous de voir… Il est bien là le problème, nous n’en savons rien. Travailler ici sur un projet à nous que l’on maîtriserait c’est un peu un rêve… Mais il y a le stress, la « peur » de devenir un expat. Se sédentariser à l’étranger ne nous dit trop rien, il y RISEAL à faire tourner et surtout beaucoup trop de stress dans les bureaux de cette ONG. Bref, on va voir, se laisser le temps, et surtout reprendre pour quelques semaines notre itinérance. Avec notre arrivée à Majanga, remonte des souvenirs de notre premier voyage, de cette ville somnolente remonte des images d’il y a 8 ans, une éternité, mais je nous revois déambulants dans les rues. Moi les cheveux longs et Nat décorant les siens de perles. C’était la fin du voyage et nous regrettions de devoir quitter ce pays. Aujourd’hui nous avons peut être la possibilité d’y rester pour plus longtemps qu’un simple voyage mais nous ne sommes pas sûrs de vouloir franchir le pas. » FAB

Ecrit le Mercredi 17 septembre 2008, 22h00, Hôtel Majunga

Samedi 13 Septembre (On avait oublié.., MAJUNGA) : On arrive vers 6h du mat à Majunga. Il fait jour depuis une bonne heure et nous ensuqués après ce trajet de nuit. La vieille dame à l’air en pleine forme !. Les pousseurs ne sont pas agressifs ni insistants, mais c’est à pied que nous parcourons le kilomètre qui sépare le centre-ville de la gare routière. Il ne fait pas encore trop chaud et cela nous permettra de découvrir la ville. Nous étions déjà venu il y a 8 ans, mais nous n’avons vraiment pas beaucoup de souvenirs, en vacances, nous ne passions généralement que quelques heures dans les villes. Les rues sont larges et goudronnées, c’est propre. Toutes les vitrines ou les magasins sont fermés. Les façades sont colorées et certaines sont toutes neuves. Quelques personnes marchent dans la grande avenue, c’est plutôt tranquille et on aime bien. On trouve un hôtel sympathique dans lequel nous posons nos bagages pour une petite semaine. A 8h il fait déjà très chaud, une de ces chaleurs qui endort et qui est si difficile à supporter. Nous avons oublié cela ! Il n’y a pas d’eau chaude à l’hôtel mais ce n’est pas grave. Les 2 ou 3 passages sous l’eau froide de la douche, permettent de nous rafraîchir. Entre 12h et 15h tout est fermé. Il fait trop chaud. C’est le week-end. On va pouvoir aller prendre tranquillement l’apéro sur l’une de nombreuses terrasses ombragées de gargotes ou de restos. Sauf que non ! Cela aurait été étrange que tout se passe comme prévu ! A la place nous « préférons » aller au centre médical. De nouveaux habitants ont pris possession des pieds de Fab. Nat a bien tenté de faire l’infirmière comme la dernière fois, mais aujourd’hui, il sont assez résistants et les pieds de Fab ne sont pas très jolis à voir. Sous ce climat, c’est sans doute plus prudent d’aller faire vérifier les plaies. Un jeune docteur sympa nous accueille et nous confie à une infirmière . Elle nous emmène dans une petite salle de la clinique privée. L’endroit n’est pas ce que l’on peut s’imaginer d’un hôpital africain mais n’est pas non plus très réconfortant. La salle est minuscule. A gauche le lit rafraîchi par un vieux ventilo sur pied, sur un meuble une boîte en métal avec quelques outils de chirurgien, à droite sur une paillasse une étuve. On ose imaginer que c’est pour stériliser le matériel. Quand le docteur explique à l’infirmière « il faut enlever les paras africas », elle grimace. Les pieds de Fab sont pris en main par l’infirmière qui ne semble pas connaître ces petites bêtes « c’est où ? » « c’est ça ?! ». C’est mal parti ! Elle s’équipe de sa boîte de métal remplie de pince, on espère qu’elles soient stérilisées. Elle s’arme d’une aiguille sortie tout droit d’un emballage neuf, ouf !! C’est parti, à la chasse aux Paras Africas. Nat est derrière l’infirmière qui charcute Fab « Ah , les paras Africas » répète t-elle tantôt souriant, tantôt soupirant. Fab a mal « un peu ». Nat regrette et se dit qu’il aurait mieux valu qu’elle le fasse elle-même. Après une bonne heure, le docteur revient, ce n’est toujours pas fini. Il prend le relais, il semble connaître et en 10 minutes c’est expédié. A 14h nous sommes de retour en ville. On décide de donner un pourboire au pousse-pousse car malgré la course assez courte, la chaleur ne rend pas le travail facile. Nous avons bien mérité notre THB en terrasse, et on se dit que même si c’était un peu la boucherie, c’était sans doute mieux d’aller à la clinique et au moins cela a permis la formation d’une infirmière qui n’avait jamais vu de paras Africas. Le docteur nous a expliqué que se sont des œufs pondus sous la peau par des vers de sable que l’on trouve sur les plages de la côte Est, mais qui n’existent pas sur celles du Nord.

Ecrit le Samedi 13 septembre 2008, env.12h30, Centre médical, Majanga « « Ca fait mal ? » « Un peu ». Un dialogue qui se répète depuis un bon quart d’heure maintenant. Fab est allongé sur un lit de soin dans une petite salle. Une infirmière a les yeux fixé sur l’un des pieds de Fab. Outils en mains, elle tente de lui extraire « les petites choses ». Je ne peux m’empêcher de faire la curieuse. Je n’arrive pas à rester assise, je regarde par dessus son épaule, je sais je ne devrais pas, je n’aimerais pas ça mais au moins j’ai un œil sur ce qu’elle fait et sur Fab. Je pense tout comme lui qu’elle ne sait pas trop ce qu’elle fait. « Ca fait mal ? » dit-elle encore quand Fab grimace vraiment ou retire son pied par réflexe. La petite salle n‘inspire pas trop confiance mais l’aiguille avec laquelle elle charcute Fab est stérile, en fait c’est elle qui n’inspire pas confiance. Fab souffre en silence. Ils sont 2 maintenant. Le docteur, celui qui semble connaître, vient d’entrer dans la salle, regarde, parle, prend les outils…Il s’attaque au dernier des 5 ou 6 vers « Aïh ! » Je n’aimerai pas être à sa place c’est un peu la boucherie. Il n’y va pas de mains mortes mais semble savoir ce qu’il fait ». NAT

Dimanche 14 Septembre (On a trouvé notre gargote, MAJUNGA) : Malgré la mauvaise nuit de la veille, on a du mal à faire la grâce mat. Il fait trop chaud. Après avoir visité un peu la ville et bossé un peu, à midi on s’installe dans une des rares gargote ouverte de la ville. C’est grand et sympa, il y a des ventilos, le cadre nous plaît et ne ressemble pas à ces petites gargotes minuscule et sombre de Tana. Sur le menu, il y a de tout pour pas cher, les traditionnels riz sauce, mais aussi, des salades, des crudités, du poisson, des crevettes, il y a même du sanglier. Comme un dimanche à la campagne, aujourd’hui cela sera sanglier et côte de zébu aux petits oignons, on n’a pas le vin pour accompagner tout ça, on se contente d’un THB. Prendre le temps et être bien installé est très appréciable en ce dimanche chaud.

Ecrit le Samedi 20 septembre 2008, 16h43, La Cantine, Diego-Suarez

Du Lundi 15 Septembre au Vendredi 19 septembre 2008 (Entre sanglier et clavier, MAJUNGA) : La semaine à Majanga commence sur les chapeaux de roue. La gérante de l’entreprise Madasoleil est en partance pour Tana. Elle nous explique au téléphone que si nous voulons la rencontrer c’est tout de suite. Du coup, à 11h30 nous marchons en plein cagnard dans la ville qui commence à s’assoupir à cette heure très chaude de la journée. Il y a à peine 10 minutes de marche mais ça suffit pour nous donner un coup de chaud, nous n’étions plus habitués à ces températures. L’entretient est très intéressant. Malgré le fait qu’elle dirige une entreprise elle nous explique que les gros systèmes solaires ce n’est pas pour elle. Qu’elle préfère s’occuper des « petits gens » et adapter les produits aux besoins des locaux. Et quand elle nous parle de business plan, on reconnaît bien là qu’elle est Allemande et faisons le rapprochement avec les Allemands que nous avons rencontrés en Namibie et qui faisaient réellement évoluer les choses. On quitte Elfi vers 13h et rejoignons toujours dans la chaleur et cette fois-ci dans des rues complètement désertes, notre gargote. Seuls quelques pousseurs dorment sur leur pousse. Nous faisons de nouvelles découvertes sur la carte : poisson coco et surtout yaourt maison, un régal malgré le prix un peu élevé (1000Ar, 0,40€) mais nous nous donnons bonne conscience en nous remémorant ce que nous disait le docteur 2 jours plus tôt « il faut bien manger, vous faites des carences en calcium ». On lui répond que l’on mange bien mais c’est vrai que nous ne mangeons que très rarement des laitages, difficile d’en trouver. Puis, juste le temps de prendre un café et nous partons en direction des bureaux de Solarmad, un peu plus loin cette fois ci. Il nous faut prendre un taxi, une belle 4L orange. Le gérant français est sympathique. Il nous accueille avec un « on est fait pour se rencontrer ». Il nous explique qu’il ne connaît pas très bien les acteurs des EnR à Mada. ni d’ailleurs, qu’il n’a pas le temps pour cela et qu’il manque des gens comme nous pour faciliter les contacts. Ca fait toujours plaisir d’entendre ça. Il fait des éoliennes en bois. Il a son propre atelier de fabrication juste au dessous de son bureau ouvert aux 4 vents. Il préfère tout construire sur place plutôt que de tout importer parce que « c’est ça le développement ».

C’est ce que l’on appelle un entrepreneur social. On s’est rendu compte que c’étaient eux les vrais acteurs du développement en Afrique et que loin des circuits de l’aide internationale, ils galèrent à assumer ce que par définition les ONGs devraient faire et que pourtant la plupart ne font pas : créer des emplois, pérenniser les actions, être à l’écoute des besoins.
Mardi, rien de particulier sauf que nous retournons pour une visite de contrôle avec un jour de retard chez l’arrachage de vers officiel. Nat a encore eu du travail sur les pieds de Fab la veille car 5 nouveaux occupants avaient pris possession des pieds de Fab. Elle s’est mieux débrouillée que l’infirmière, c’est presque devenu un jeu mais cela n’empêche pas à Fab de se faire prescrire un antibiotique. Quelques trous ont du mal à se cicatriser, avec les conditions climatiques et sanitaires du coin, le docteur préfère éviter l’infection.
On consacre le reste de la semaine à la rédaction du projet chaudière que Olivier doit présenter la semaine prochaine au bailleur. On est agréablement surpris par la réactivité des filles du bureau que l’on a sollicité par mail si bien que la rédaction avance. Comme l’aide au développement que nous avons découvert au cours de ce voyage, le montage de projet est quelque chose que nous apprenons sur le tas. Mais il faut bien reconnaître que si par la suite nous voulons être un outil d’aide au montage de projet, il nous faudra arrêter de bricoler. Nous n’avons pas les bases, nous perdrons sans doute beaucoup de temps et passerons sûrement à côté de pleins d’opportunités de financements. On a commencé à se renseigner en France sur une formation de quelques jours… 300€/jour… et c’est un « prix d’ami » pour une association ! On est loin de la France, on avait oublié !! Mais c’est aussi ça le développement des fois on se dit, une machine à fric. On a mis ça de côté et on continuera sans doute à être autodidacte.
Chaque jour nous sortons entre midi et 13h sous la chaleur accablante pour rejoindre la salle fraîche et ventilée de la gargote du coin. Nous y dégustons sanglier, crabe, filet de zébu, poissons… des plats toujours accompagnés de riz et à moins d’1€. C’est LA gargote de Majanga car la salle est toujours pleine et les plats vraiment bons. Le soir venu, nous rejoignons le bord de mer et les stands de grillade où les « mangosso » des cuisinières nous invitent à venir déguster les brochettes, les sambos, le manioc dans la fraîcheur de la soirée et sous un magnifique ciel étoilé. Il a fallu 2 soirées pour que l’on trouve notre stand fétiche, son p’tit plus, les brochettes sans gras et les crêpes au coco.

Il y a beaucoup de monde sur la promenade qui longe la mer, avec cette ambiance de vacances d’été, on se croirait à Palavas-les-flots. Y’a même les churros, les glaces, la ballade en cheval est en plus. La plus grosse surprise de la semaine c’est Odile la maman de Fab qui nous l’annonce. Elle a déjà réservée la salle de notre fête de départ pour fêter notre retour. Elle rigole au téléphone en nous annonçant ça mais cela nous en met un coup. Cela veut dire que cette fois « ça y est ! c’est sûr on va rentrer ».

Ecrit le Jeudi 18 septembre 2008, 21h15, Hôtel Majunga « Comment exprimer ce mal-être ou cette douleur en moi ? Ce n’est pas une douleur physique mais un truc qui fait mal, un truc qui s’est cassé. Comme si la fin de quelque chose, d’un rêve, d’une folie était arrivé. Il y a une fin à tout me direz vous ! Aujourd’hui la maman de Fab nous a appris qu’elle avait réservé une salle pour la fête de notre retour. Elle était contente de nous faire cette surprise et ça en était une ! C’est gentil. C’est vrai que l’on ne s’y attendait pas… Peut être parce que nous n’avons jamais vraiment pensé à ce retour même si on commençait à lui mettre un nom. C’est vrai que toute l’après-midi nous avons pensé à cette soirée… les retrouvailles, les copains, la famille, la restitution du voyage, le ou les message(s) que l’on aimerait faire passer… on était plutôt contents comme si on ne voulait voir que le côté positif. Aujourd’hui on a juste eu un rendez-vous d’une demi heure autour d’un verre de jus naturel avec un chercheur du CIRAD spécialiste de la carbonisation pour nous replonger dans RISEAL. Ce soir, on s’est donné le temps en terrasse face à la mer pour notre dernière soirée à Majanga. Mais là maintenant, je ne me sens pas très bien, il y a un truc qui fait mal en moi… Je crois que cette nouvelle m’a fait prendre conscience que c’était la fin. J’ai du mal a accepter. Je voudrai pouvoir revenir 12 mois en arrière, comme une gamine je demande à Fab pourquoi ce n’est pas possible, ce retour me fait terriblement peur. Oui je serai contente de revoir tout le monde, mais j’ai tellement peur de retrouver les choses comme si rien n’avait changé, tellement peur d’être incomprise et ne pouvoir transmettre tout ce que l’on a vécu. Et puis, même si un jour on repart, ça ne sera plus jamais pareil, plus jamais l’aventure comme on vient de la vivre. Aujourd’hui jeudi 18 septembre bien qu’il nous reste quasi 2 mois de voyage, il me semble que c’est fini. En plus la mission avec l’ONG a été plus qu’une réussite, notre travail sur le terrain est finit, les rencontres pour RISEAL touchent à leur fin également. Nous partons demain pour Diégo pour les dernières rencontres de ces 18 mois. J’avoue que ça sent vraiment la fin, même les rencontres ne me motivent plus trop. Fab me rassure, me dit que de toute façon c’est un passage qu’il aurait fallu surmonter à un moment ou à un autre. Nous y sommes donc !! S’il y a une semaine, nous annoncions joyeusement à la maman de Fab que nous décalions notre retour de 15 jours, aujourd’hui c’est elle qui nous annonce ce retour à la vie française. Je n’avais pas compris il y a quelques semaines pourquoi ça avait été si difficile pour elle, aujourd’hui je comprend. Cette douleur au cœur ne me lâche pas. Je voudrai pouvoir m’en séparer et me dit que je suis dans un mauvais rêve, que je vais me réveiller. C’est bizarre j’ai l’impression que c’est hier que nous sommes partis mais quand même, il s’en ait passé des choses depuis. Toutes ces rencontres, tous ces visages, tous ce temps que l’on a passé à avancer toujours plus près de ce moment fatidique sans l’avoir jamais eu dans nos objectifs. Ce soir j’ai mal au ventre, je suis un peu perdue, je ne sais pas trop quoi faire, un peu désemparée par cette nouvelle. L’Afrique me semble si loin… » NAT

Ecrit le Dimanche 21 septembre 2008, 17h26, La cantine, Diego-Suarez

Du Lundi 15 Septembre au Vendredi 19 septembre 2008 (suite) : Vendredi en fin d’aprem’ nous devons prendre le bus pour Diego, 900km plus au Nord. Le trajet de 20 heures doit durer une bonne partie de la nuit. Encore une fois nous avons fait nos réservations bien à l’avance en espérant bénéficier des places 3 et 4. Avant d’aller à la gare, Nat annonce un « jamais 2 sans 3 » car les 2 précédents grands déplacements que nous avons voulu entreprendre à ces 2 places nous sont passées sous le nez le départ venu. Fab comme d’hab. est confiant. On traverse une dernière fois les rues tranquilles de cette ville où nous nous y sommes très bien sentis et de laquelle se dégage une atmosphère particulière et ses très sympathiques habitants..

On réalise que c’est la ville la plus musulmane du pays et nous nous demandons si ce n’est pas lié à cela car, à chaque fois que nous avons « traversé » ou « visité » une ville musulmane nous nous y sommes sentis bien. Lorsque nous arrivons au comptoir de la compagnie, on sent immédiatement qu’il y a quelque chose qui cloche, le bus pour Diégo n’est pas là et on voit s’envoler nos places 3 et 4. Il y a de fortes chances pour le compagnie ait vendu à une autre compagnie nos 2 places. Reste à savoir laquelle et quelles places nous aurons. Fab mène l’enquête, difficile de trouver quelqu’un à qui parler, les gens s’esquivent. Il finit par trouver Jean Dauphin le responsable placement de la compagnie qui a hérité de nos places. C’est le bordel. Nos bagages sont installés sur un bus puis sur un autre. Jean Dauphin nous attribue les places à côté du chauffeur « parce que des bonnes sœurs ont réservé les places 3 et 4 depuis 2 semaines ». Malgré notre insistance pour avoir droit à une geste commercial, JD après nous avoir proposé une eau vive préfère éluder la question. Nous partons 3 heures plus tard à l’avant du minibus, sans avoir pu obtenir nos 5000Ar. Nous prenons la route. 900 kms à parcourir, la nuit passe assez vite, nous trouvons le sommeil, les 2 places à l’avant ne sont pas si désagréables. Désormais on réservera celles-ci, d’autant plus que les malgaches ne les aiment pas, trop dangereuses. Il est vrai que ce n’est pas toujours très rassurant. Sur ce trajet, par exemple, seul le chauffeur à une ceinture.

Samedi 20 septembre 2008 (Quand arriverons nous ? MAJANGA - DIEGO) : Le jour se lève… Pendant que Fab dort encore, Nat découvre des paysages montagneux magnifiques et nouveaux. C’est beau avec la brume qui se dissipent ou joue à cache-cache avec les collines !

Ça faisait longtemps que nous n’avions pas découvert de nouveaux horizons. JD nous avait dit la veille au soir qu’au delà de 600 km la loi imposait 2 chauffeurs. Mais ce matin, après 12h de voyage c’est toujours le même chauffeur. En fait, il n’y en avait qu’un ! On voit qu’il fatigue, ce qui est bien normal !. Il ralentit, il s’arrête 2 min, histoire de se dégourdir les jambes mais on voit que c’est surtout pour ce maintenir éveillé. Ce n’est pas très rassurant. Surtout quand on sait qu’il reste encore 6 heures de route. Il s’arrête vers 8h à Ambanja. Nous pensons que c’est pour la pause p’tit dèj, mais le chauffeur nous glisse un « je suis désolé, mais je suis trop fatigué. » En fait, on change de chauffeur et par la même occasion de bus.

On a le temps de prendre un café et de grignoter un pain beurre dans la gargote den face pendant que les bagages changent de toit. Il fait déjà très chaud. Si chaud, que ni le café ni le pain ne nous font vraiment envie. Cela permettra de nous réveiller et de nous remplir le bide. On reprend la route avec un nouveau bus, un nouveau chauffeur mais assis au même endroit. Les paysages changent, les reliefs laissent place aux plaines verdoyantes. La route étroite traverse des forêts d’arbres exotiques,

au bord de la route, des gens circulent à pied, à vélo ou en charrette à zébu. Nouvelle pause une heure plus tard à Ambilobe, des gens s’arrêtent là, il faut défaire et refaire le chargement du bus, c’est long et il fait très chaud. Nous ne sommes plus habitués et c’est difficilement supportable. On se met à l’ombre d’une 404 bâchée, la fatigue et la chaleur ne nous réussissent pas. On se dit que nous n’allons jamais arriver. Et puis on reprend la route, et là, presque brusquement les paysages changent. Les arbres se font plus rares, les paysages plus jaunes. Les montagnes aux versants nus donnent une impression de désolation. Il y a beaucoup d’étendues brûlées, les conséquences des tavy qu’il est toujours impressionnant de voir brûler quand nous voyageons de nuit, illuminant les plaines de grandes lueurs rouges.

Les villages que nous traversons semblent survivre au milieu de rien et on se demande vraiment comment les gens arrivent à vivre ici. Le sol semble si aride et la végétation est quasi inexistante.

Le minibus poursuit sa route au milieu de ces étendues désertiques. Nous commençons à trouver le temps long et avons hâte d’arriver. Heureusement le ciel se couvre un peu. Il pleut quelques gouttes ce qui à le mérite de rafraîchir l’air. On arrive vers 14h. On grimpe dans un taxi 4L collectif et trouvons un hôtel au centre après en avoir visité 3. Les rues de la ville sont grandes, calmes parcourues par des 4L taxi jaunes et par des 4x4. Il y a beaucoup de maison coloniale, beaucoup de touristes, beaucoup de vazahas, beaucoup de magasins de souvenirs. La ville plaît d’emblée moins que Majunga. Après avoir profité de la terrasse d’un petit bar, nous gagnons les étales de brochette du soir, cette fois encore c’est beaucoup moins accueillant qu’à Majunga. A 21h Nat est déjà couchée, Fab s’installe devant la télé du salon de l’hôtel, il y a le satellite, il se replonge dans les nouvelles de France et discute du pays avec 2 français en vacances pour quelques semaines. Il paraît que le droit de grève n’est plus ce qu’il était, Sarkozy ayant rendu le service minimum obligatoire, l’éducation nationale voit encore et toujours son budget diminuer et ses postes réduire, tout ça énerve Nat qui en marre de cette fausse démocratie !!! Et quand le lendemain la télé nous présente le salon de l’animal de compagnie et les euros qui partent dans de nouveaux habits, gadgets pour nos compagnons à 4 pattes ou les jouets servant à lutter contre l’obésité des chats, on a honte !!

Ecrit le Dimanche 21 septembre 2008, 12h18, terrasse à Diego Suarez « Assis à la terrasse d’une gargote, il ne se passe rien, c’est dimanche. Les rues sont vides, les alizés soufflent, la seule animation est le défilé de 4L tunnées et les cris d’excitation des enfants de la gargote. En fait, la rue s’anime. En plus du défilé de 4L jaunes, nous venons de voir passer un jeune avec une crête sur un scooter, sans doute un adepte de la techtonic, cette nouvelle danse qui n’existait pas lorsque nous sommes partis de France et qui fait des adeptes à Mada. Ce matin nous avons arpentés doucement les rues de Diego à la découverte de ses trésors cachés… anciennes maisons coloniales, baie, son plus vieux quartier qui nous a ramené dans les calanques de Marseille le temps de quelques heures. Nous venons de nous poser à l’écart du quartier des vazahas, nous ne sommes pas très loin, juste à une ou 2 rues derrière, c’est ce que nous aimons dans le voyage, sortir du sentier des guides et des touristes, découvrir par nous même la richesse locale, c’est sûr où nous nous sommes installés il n’y a pas de belles nappes ou de serveuses joliment habillées répétant le même sermon d’accueil mais au moins ici nous sommes avec les locaux, au menu nous mangerons crevettes et poisson sauce, peut-être meilleurs que ceux servis 2 rues plus loin et pour au moins 2 fois moins chers, nous sommes encore étonnés d’entendre des touristes nous dire qu’ils ne mangent pas dans les gargotes ou dans les endroits locaux car on leur a dit qu’il ne fallait surtout pas s’ils ne voulaient pas être malades, il faut faire attention c’est tout, mais ça ne nous dérange pas, au contraire on préfère être les seuls vazahas, ça nous donne sans doute plus l’impression d’être plongés dans le local. » NAT

Ecrit le Lundi 22 septembre 2008, 21h, Hôtel Fian-Tsilaka, Diego Suarez « Aujourd'hui cela fait pile poil 18 mois que l'on est parti. Dans notre idée au départ, le voyage aurait du s'arrêter ici et maintenant. Quand nous avions pensé à ce projet, 18 mois c'était déjà beaucoup. Finalement nous ne rentrons « que » dans 1 mois 1/2 . Quelques semaines de plus qui nous paraissent essentielles. Quelques semaines de plus pour bien terminer, pour avoir un peu le temps de visiter la grande île, pour être sûrs de ne pas partir avant la fin. C'est la deuxième ou troisième fois que l'on décale le retour. La réaction des gens en France ne s'est pas faite attendre. D'abord le « C'est pas vrai ! » de ma mère, puis il y a deux jours le mail de Mag et Luc… c'est un peu bizarre de se dire qu'il y a des gens, des amis, de la famille qui attendent notre retour… Nous on n'a pas très envie de revenir. C'est un peu effrayant. J'aimerai que ce voyage ne s'arrête plus, mais c'est impossible. Luc m'a gardé une place dans sa boîte, un chouette métier qui me plaît et ce n'était pas forcément gagné d'avance, je me rend compte que c'était une vraie contrainte pour lui de me garder cette place, je ne peux pas le laisser tomber comme ça. Je crains ce retour à la vie active, le boulot, les affaires, les bornes en voiture pour installer les panneaux solaires, à quoi bon, alors qu'il y a tant à vivre ailleurs… Il faut bien se faire une raison, travailler « c'est normal » même si la normalité ne m'enchante pas… Et puis, que va faire Nat pendant que je serai au boulot. Comment je vais faire moi pour me déshabituer à sa présence permanente et rassurante juste à côté de moi. On verra bien... Mais avec ce retour j'ai peur de perdre tout ce que j'ai « gagné » pendant ce voyage. J'essaie de m'obliger à voir cela comme un passage obligé, un nouveau départ encore, avant le prochain, le début de quelque chose de nouveau un peu comme si on avait la chance de se réincarner, de commencer une vie toute neuve. Et j'espère ne pas perdre de vue les choix qui se présenteront et de faire les bons, de garder ma liberté, d'éviter les pièges de notre société… » FAB

Ecrit le Mardi 23 septembre 2008, 16h30, Hôtel Fian-Tsilaka, Diego Suarez

Du Dimanche 21 Septembre au Lundi 22 septembre 2008 (Calme plat, DIEGO) : Les longues avenues de Diégo sont plus que tranquilles et monotones. Nos journées passent doucement entre travail dans la chambre à l'abri de la chaleur, découverte de la ville, repas pris en terrasse d'une fameuse petite gargote comme les malgaches en ont le secret. Nous découvrons ainsi le quartier Dordogne au bord de l'eau où les petites cahutes coincées les unes contre les autres laissent serpenter un petit chemin qui mène au cœur du plus vieux quartier de la ville, préservé du développement, c'est le quartier des pêcheurs, celui qui a été « épargné » par les colons qui, à l'époque, ont coupé en 2/3 la ville (1 quartier des indigènes, 1 quartier des colons et 1 quartier militaire). Dimanche nous découvrons ainsi le quartier Dordogne avec ses habitants. Un petit havre de paix loin des magasins de souvenirs et des vazahas , le petit Marseille malgache d'une part par l'atmosphère qui s'en dégage et d'autre part par la vue sur les eaux bleues de la baie rappelant les calanques. Nous nous baladons sous les arcades de l'Avenue Joffre, artère principale, désespérément inanimée malgré les nombreux resto et magasins pour vazahas. Nous avons même du mal à trouver une gargote à café, c'est pour dire ! On visite également le quartier populaire, beaucoup plus vivant avec son bazarkely , ses boutiques en tout genre, ses vendeurs de rue, toujours à l'ombre des maisons coloniales mais beaucoup moins entretenues qu'au centre ville. On profite également d'un ou 2 beaux point de vue sur la baie de Diégo, la deuxième plus grande baie au monde et aussi la plus belle selon les guides malgaches. Les 2 jours passent, on prend le temps de planifier la fin du séjour, d'organiser les dernières rencontres pour RISEAL ici à Diégo. Nat veut profiter de la grande communauté indienne pour acheter quelques pagnes ou tissus car les couleurs de ceux portés par les malgaches dans la rue l'inspirent beaucoup.

Ecrit le Mardi 23 septembre 2008, 23h04, Diego Suarez « Aujourd'hui on a fait les 2 dernières rencontres officielles pour RISEAL, mais nous n'arrivons pas à nous dire que l'on a finit, jusqu'au bout nous mènerons notre enquête sur les acteurs et les actions énergétiques. Ce matin nous avons visité la petite équipe qui s'occupe du volet Energie domestique du programme PGDRN de la GTZ. Comme à son habitude, la GTZ et ses projets restent fidèles à leur succès et bonne stratégie.

En ce début d'aprèm, le directeur général de Mad'éole accompagné de Ricky, le plus célèbre chanteur malgache, qui se mobilise depuis plus de 30ans pour défendre les EnR et l'Environnement à travers la culture. 2 personnages qui finissent en beauté cette tournée africaine. Ils ont tout compris ! Mr FREY le gérant de Mad'éole mène un vrai combat pour que, au niveau d'un village, d'un pays, le développement vienne de la base. Le vecteur est l'apport d'électricité par système éolien. Encore une fois, l'idée est de s'appuyer sur le secteur privé. Un concept qu'il nous faudra défendre en France, au Nord à notre retour. Nous rencontrons là encore des personnages qui se battent au quotidien, qui s'impliquent personnellement pour vraiment faire avancer les choses. On ne s'était pas trompé. On savait qu'il y avait sur ce territoire des « personnages », des sages, des humanistes, des combattants et on ne peut être que fiers de les avoir rencontrés. A nous maintenant de mettre en avant tout ce petit monde, de défendre leur principe et leur combat, à nous de mettre toutes ces personnes en relation parce que ensemble l'impact n'en sera que plus important. En préparant la mise à jour du site web, j'ai pris ¼ d'heure - 20 minutes pour survoler les carnets de route. J'en ai le cœur qui bat. Quelle chance d'avoir rencontré tous ces gens mais il ne faut pas que ça s'arrête là, il faudra faire attention de ne pas basculer du côté obscur, du côté de la facilité. Je dis ça parce que tout à l'heure en rentrant des gargotes, je me suis installée devant la télé située dans le salon juste de l'autre côté de la porte de notre chambre. Zappette en main, toutes les chaînes du satellite y sont passées. Nous avons regardé Friends, puis je me suis mise à regarder un épisode de la Star Ac pendant que Fab travaillait sur la mise à jour du Bilan Carbone. Difficile de décrocher. Finalement pourquoi s'embêter ? C'est si bien de se poser devant la télé et de se laisser embarquer dans un autre univers loin du quotidien, loin des tracasseries, loin de tout. J'ai eu tendance à me dire ça. Pourquoi de retour en France s'embêter à donner de notre temps, de notre énergie, de notre argent pour ce réseau ? Ce n'est pas si mal de ne pas se prendre la tête devant la télé. Fab a pris le relais ensuite devant le petit poste. Lui c'était pour suivre les infos. Mais il est tombé sur un débat entre la directrice de l'ADEME et l'écrivain du livre « Ecologie, la grande arnaque ». Ca m'a énervé juste d'entendre le ton du débat, toujours les mêmes « procès de paroles », la télé c'est en fait pas toujours de tout repos, c'est aussi toutes ces choses que je ne supporte pas, des débats pour ne rien dire, des grands discours de politiciens, des gens qui ne veulent défendre que leurs intérêts,…Finalement je préfère être loin de tout ça, je préfère être sur le terrain et agir à mon échelle pour quelque chose qui me semble juste et bon. » NAT

Ecrit le Lundi 29 septembre 2008, 19h40, Bungalow Fosa, Parc Marojejy

Du Mercredi 24 Septembre au Jeudi 25 septembre 2008 (La route n'a pas changé, DIEGO - SAMBAVA) : Ce matin on décolle assez tôt car on veut faire la mise à jour du site et une grosse journée shopping nous attend avant le départ pour Sambava. Nat est trop contente de retrouver les magasins de pagne et de tissus, elle a bien l'intention de refaire sa garde robe. Pendant qu'elle achète 20 mètres de tissu, Fab écume les cybercafés à la recherche d'une connexion suffisamment rapide pour pouvoir faire la mise à jour. Mais en vain !!

L'opération tissu nous emmène dans les quartiers populaires et animés de la ville. Une dernière fois, nous allons déjeuner à notre gargote de Diégo. L'assiette est toujours aussi copieuse et les plats toujours aussi bons. Poulet coco et crevette sauce pour ce midi. Avant de rentrer à l'hôtel pour boucler nos sacs et malgré la chaleur, nous passons jeter un dernier coup d'œil sur la baie de Diégo et ses eaux bleues turquoises. Lorsque nous arrivons vers 13h30 à l'hôtel, nous pensons avoir largement le temps de boucler les sacs et faire une sieste avant le « grand trajet » de nuit pour Sambava. La réceptionniste nous annonce que Judicaël, le jeune responsable du transporteur chez qui nous avons réservé le veille, a laissé un message pour que nous soyons absolument à 14h – 14h30 à la gare routière. Le chauffeur veut partir tôt. On boucle donc en vite fait les sacs, on passe rapidement sous la douche froide et on se prépare. Fab va seul à la gare avec les bagages pendant que Nat attend l'ouverture d'un magasin pour échanger des objets « défectueux » achetés le matin même.

Le taxi-brousse ne part que vers… 17h30. On a bien le temps de voir se vider la gare routière. Le taxi-brousse est un 4x4 bâché. Nous nous y sommes pris assez tôt pour avoir les 2 places à l'avant que nous avons d'ailleurs. Nous espérons passer un meilleurs parcours que le cauchemardesque trajet que nous avions effectué sur la même piste en 2001. C'est pas gagné !! Sur les 120 premiers kilomètres goudronnés, le chauffeur roule à 50 km/h, c'est monotone. On s'endort déjà puis arrive la piste vers 21h. La moyenne tombe à 10 km/h. Le chauffeur se tient éveillé en mâchant du khat , une plante hallucinogène très prisée dans la région. La route est tellement défoncée qu'il est difficile de fermer l'œil. Nous assistons à un impressionnant feu de nuit, ce sont les tavy , des feux destinés à défricher les sols pour les rendre plus fertiles aux « dires » des malgaches mais qui les appauvrissent et les dégradent de façon assez exceptionnelle. Celui-ci n'est pas très loin de la route et encore moins du village que nous traversons. Le feu semble couvrir de grande surface. La nuit passe difficilement. Rares sont les véhicules croisés. En pleine nuit, 2 policiers surgissent de derrière une R12 pour un contrôle. Nous sommes en pleine brousse « éclairé » par une quasi pleine lune. Le chauffeur coupe le moteur. Un des 2 policiers cherche la petite bête. Près avoir examiné les papiers tout à fait en règle, il demande au chauffeur de lui sortir l'extincteur ce qu'il fait en soufflant en le sortant difficilement de derrière la banquette. Le policier demande de voir la pharmacie qu'il examine très attentivement à la lumière de sa torche. Médicaments, date de péremption, tout est soigneusement étudié. C'est un peu surréaliste, le taxi est garé au creux d'une petite cuvette entourée d'arbres près d'un passage à gué. La nuit et belle et calme, le ciel étoilé et clair, et il y a cet uniforme qui examine chacun des éléments contenus dans cette trousse à pharmacie. On ne sait pas vraiment trop pourquoi. Une fois le taxi « libéré » de ce contrôle, le chauffeur nous dira juste que «  les policiers sont méchants  ». Ce comportement nous a ramené dans les bureaux de la DST à Pointe-Noire au Congo quelques mois en arrière quand nous nous faisions « harceler » de questions comme pour trouver « la faille ». A 4h du mat', le chauffeur s'arrête pour une pause dodo de 2h.

Ecrit le Mardi 30 septembre 2008, 20h, Terrasse camp 2, Parc Marojejy

Du Mercredi 24 Septembre au Jeudi 25 septembre 2008 (suite) : Nous profitons de l'arrêt des secousses pour dormir d'un sommeil profond pendant une petite heure, serrés à 3 dans la cabine du 4x4. A 5h le jour se lève, nous prenons un café à la table de rue installée juste en face de la voiture. Il y a plusieurs véhicules garés dans le village, surtout des gros camions. Tout le monde s'anime alors que notre chauffeur rempile pour 1 h de sommeil. On repart sur la piste. Il nous faut encore 3h pour arriver jusqu'au goudron à Vohémar.

Ensuite la route est plus facile mais il reste quand même 4h de route jusqu'à Sambava. Sur les dernières heures, le chauffeur commence à montrer des signes de fatigue. Nous lui faisons de temps en temps la conversation pour le tenir éveiller. Le khat qu'il a mâché toute la nuit a des effets pervers et ce matin, il a du mal à garder les yeux ouverts. On arrive vers Sambava à 13h. Après les étendues sèches et jaunes du matin, la route entre Vohémar et Sambava nous dévoile de vaste étendues vertes de rizières et de végétation où pâturent les zébus. On trouve notre nid douillet dans une toute petite chambre malgache non loin de la gare routière à 5000 Ar (2€) la nuit, chez une mémé qui ne comprend pas un mot de français. C'est rustique mais c'est propre et vraiment pas cher. Le seul hic c'est que l'eau de la douche est un peu marron. Après 20h de poussière, la douche au seau a quand même bon goût. On profite de l'aprem' pour découvrir les environs. La ville est étendue le long de la route. Nous sommes dans le pays de la vanille et ça se sent. Nous percevons de bonnes odeurs à chaque fois que nous passons devant les usines de transformation de vanille. Nous prenons d'ailleurs rendez-vous pour une visite le lendemain matin dans l'une d'entre elles. La fatigue finit par nous rattraper. A 18h nous nous rassasions d'une énorme assiette de my sao délicieuse. Nous aurons même du mal à la terminer mais suite au «  j'espère que vous finirez  » de la serveuse, nous ne pouvons que lui faire honneur. A 19h14 nous sommes couché, à 19h16 nous dormons comme de gros bébés.

Ecrit le Vendredi 03 octobre 2008, 22h10, Hôtel La Liane, Antalaha

Vendredi 26 Septembre 2008 (Visite vanille et départ dans la montagne, SAMBAVA - ANDAPA) : Ce matin nous voulons trouver un cyber pour donner des nouvelles après ce périple qui restera comme l'une des pires pistes du voyage. Il n'y a pas de cyber dans notre quartier et nous rejoignons le centre ville. Celui que l'on nous indique a une drôle de politique. Il facture la minute 50Ar de plus aux étrangers qu'aux malgaches. C'est écrit en toutes lettres et en gros sur un panneau. Si ça ce n'est pas de la discrimination ! Fab interpelle la caissière «  Vous trouvez ça normal de faire payer les blancs plus cher ?  ». Ca l'a fait rire mas nous un peu moins. On s'en va… On donnera des nouvelles un peu plus tard. On s'arrête à tout hasard aux bureaux d'Air Madagascar pour se renseigner sur les vols entre Antaaha et Marontsetra. Il n'y a pas de route entre les 2 villes et les autres moyens sont soit le bateau, qui est un peu dangereux, soit la marche qui a l'air sympa mais qui prend pas mal de temps (4 à 5 jours pour120kms). Le billet n'est pas trop cher et après avoir bidouillé sur la moulinette du bilan carbone, Fab se rend compte que ce vol émettrait moins qu'un retour en taxi brousse par le grand tour du nord ou qu'un voyage en bateau à moteur… Y'a pas de comparaison avec le trajet à pied qui lui n'émet rien !! On verra si notre état de forme le permet… On prend ensuite la direction de l'entreprise de vanille. Le responsable qualité nous accueille. Il est jeune, sympa et bavard.. Il nous fait parcourir les différentes salles. C'est un passionné et il prend le temps de nous expliquer le travail des quelques centaines de filles qui sont plus souvent assises par terre à trier la vanille. 2 autres touristes se joignent à la visite qui dure 2 bonnes heures. Le jeune « guide » improvisé nous fait sentir et découvrir plusieurs qualités de vanille. Il va même nous chercher les qualité les plus exceptionnelles qu'il garde précieusement. Ce que nous aurions pu considérer comme de la moisissure est en fait des cristaux de vanille, gage d'arôme.

Les gousses sous cet état sont assez rares à trouver. On voit bien qu'il n'a pas vraiment l'habitude de guider des touristes mais il répond à toutes nos questions avec enthousiasme. La visite est très instructive. Elle se termine sans que nous achetions de vanille. A 60000Ar/kg (26€) c'est un peu cher. Le chauffeur du taxi-brousse de Diégo, originaire de la région, nous l'avait annoncé à 25000. Nous espérons trouvons moins cher ailleurs. Tout de suite après la visite, nous récupérons les sacs à l'hôtel et parcourons les 50m à pied qui nous sépare de la gare routière afin de prendre le taxi brousse pour Andapa. Nous avons de la chance et trouvons les 2 places de devant dans un mercedes. On confie nos sacs au convoyeur et allons manger un riz-viande dans la gargote voisine. Le bus part étonnamment à l'heure que l'on nous avait indiqué et à 14h nous attaquons la petite route sinueuse vers Andapa.

Les rizières qui bordent la route sont presque vertes fluos, les villages nombreux et très vivants et les montagnes recouvertes d'une forêt dense. Les 3h de route passent vite. Nous ouvrons grand les yeux devant le spectacle qui défile devant nous. Il y a toujours quelque chose à observer, à découvrir. Le chauffeur mâche du khat et fume clope sur clope mais, étant donné la vitesse à laquelle il roule, on ne risque pas grand chose. La pluie commence à tomber et c'est sous un ciel gris que nous arrivons à Andapa, petite ville située au centre d'une plaine entourée de montagnes.

Ecrit le Vendredi 26 septembre 2008, 18h17, Diego Suarez « Nous sommes arrivés à Andapa il y a une paire d'heures. Il pleut et après avoir fait un tour des environ avant la tombée de la nuit, nous avons trouvé la gargote du soir. La route depuis Sambava a été très belle et dès notre arrivée dans cette petite ville située au cœur des montagnes, dans le creux d'une plaine, on s'est sentis bien. La petite ville est constituée de 2 ou 3 grande rues rectilignes, il y a beaucoup d'animation ». NAT

Ecrit le Dimanche 05 octobre 2008, 13h56, Pailotte Hotel le Voyageur, Ambodirafia

Du Samedi 27 Septembre au Dimanche 28 Septembre 2008 (Tourisme à la campagne, ANDAPA) : Nous sommes sur la côte Est et il pleut ce matin. Nat est fatigué est pendant qu'elle somnole, Fab va au cyber du coin. On prend quelques renseignements sur la péninsule de Masoala et sur le parc de Marojejy. L'Angap nous oriente vers 2 passionnés qui nous convainquent de faire la visite du Parc Marojejy situé entre Andapa et Sambava. Ils nous donnent quelques conseils sur l'organisation de la sortie. L'après-midi nous partons à la découverte de la cascade à la sortie Sud de la ville. Dans les rues de la petite bourgade, adultes comme enfants nous regardent avec de gros yeux, il ne doit pas y avoir beaucoup de touriste dans la région. Les «  Salut Vazaha  » ponctuent notre balade dans les quartier de plus en plus aérés de la ville. Cela nous fait du bien de nous retrouver un peu à l'écart de la ville et de ses bruits. Les alentours sont très verts, entre les rizières et la végétation naturelle. A la sortie de la ville, nous sommes accompagnés par 2 ou 3 gamins un peu timides et lorsque nous gravissons la petite montée vers la cascade, ils sont une bonne quinzaine à nous montrer le chemin. C'est un peu l'excitation et à l'arrivée devant la chute d'eau c'est à celui qui montera le plus haut sur les rochers pour impressionner les vazahas et surtout pour se faire prendre en photo. On reste une bonne demi-heure au pied de la chute, Nat fait beaucoup de portrait, la cascade n'a rien de particulier mais les gamins sont trop contents de poser et de se voir sur le petit écran de l'appareil. Nous rebroussons chemin, toujours accompagnés de la même escorte qui perd de ses effectifs au fur et à mesure que nous passons devant les maison de enfants. Nous raccompagnons jusqu'au pas de leur porte les plus « fidèles », bien décidés à récupérer une adresse pour pouvoir leur envoyer les photos. Ici c'est un objet et rare et on s'est rendu compte de la valeur de ces petits bouts de papier lorsque Sadou, au Burkina, nous a montré fièrement celle que nous lui avions envoyé. On finit par récupérer l'adresse d'un voisin après avoir pris des photos de toute la famille, si nombreuse d'ailleurs qu'elle rentre tout juste dans le cadre. Nous croisons Claude et Christelle, les 2 français rencontrés à l'usine de transformation de vanille de Sambava 2 jours plus tôt. Il sont intéressés par le Parc Marojejy. Nous préparons donc ensemble, le lendemain matin, le départ pour le parc que nous effectuerons lundi. C'est ainsi que dimanche matin, alors que certains vont prier, nous partons tous les 4 faire le marché aux étalages peu garnis en ce jour du Seigneur. Il faut prévoir la nourriture pour 6 personnes pendant 3 jours car nous allons « embaucher » un guide et un cuistot. Nous déambulons dans la marché couvert, d'épicerie en étalage, dans rues poussiéreuses alentour, et trouvons notre bonheur… 20 capoks de riz, 2 noix de coco, tomates, achards, aubergines, gingembre, œufs… que des produits frais et bio même s'ils n'ont pas la certification. Dimanche aprèm', nous montons sur la petite colline qui surplombe Andapa et sa cuvette. Le vue à 360° sur les rizières et les petites maisons au toit de ravinala est magnifique.

Nous croisons 2 gros serpents noirs dans la montée. Au moment d'entamer la descente c'est un gros caméléon qui nous « barre » le chemin, de quoi faire encore de belles images avant de rejoindre les parcelles de rizières situées à la sortie Nord de la ville. On va d'ailleurs s'y perdre pendant une bonne partie de l'après-midi. Nous rentrons avec la pluie et sommes contents de cette journée à Andapa. Son atmosphère tranquille, la gentillesse et les sourires sincères des habitants ont très agréablement remplis notre journée.

Du Lundi 29 Septembre au Mercredi 01 Octobre 2008 (Petit expé. à Marojejy, ANDAPA-MAROJEJY-SAMBAVA) : Marojejy c'est un parc national qui recouvre une des dernières forêts humides de Madagascar et qui possède une très importante biodiversité de faune et de flore. Un de ses habitants les plus emblématique, le propithèque soyeux, une espèce de lémuriens très menacée dont il ne resterait que 100 individus dans le monde et seulement ici. Sur les photos, ils ressemblent à de grosses peluches blanches toute douces et nous avons bien l'intention de les débusquer, d'autant plus qu'en ce moment c'est la période des bébés.

Lundi, le taxi brousse qui doit nous déposer à l'entrée du parc, est censé venir nous chercher aux portes de l'hôtel à 5h du mat'. Surprise! A 4h15, le gardien de nuit vient nous réveiller pour nous annoncer que le véhicule est déjà là. C'est bien la première fois qu'un taxi arrive avec une heure d'avance ! Le jour se lève vite et à 5h30 nous sommes encore à Andapa en train de tourner à la recherche de client. Lors de l'une de ces rondes, nous descendons avec Claude et Christelle pour prendre le petit dèj' à un étalage de rue au niveau du marché : café et pain beurre sont au rendez-vous. A côté de nous, les étalages du marché sont en train de se garnir. Les vendeurs déballent fruits, légumes, tissus, radios, quincaillerie, etc… C'est bien la première fois également que nous verrons des gens si matinaux. Imaginez qu'à 5h30 vous pouvez déjà acheter vos courgettes pour midi ou une lampe basse conso si vous le voulez. Le chauffeur nous récupère et après 1h30 de route, nous arrivons au bureau de l'Angap, l'organisme qui gère le parc.

Nous partons sur 3 jours et espérons éviter la pluie. Il est encore tôt et la responsable n'est pas encore là. Il nous faut 1 heure pour avoir notre cuistot, notre guide et notre porteur et payer notre entrée. Vers 8h30 c'est le départ. Il ne pleut pas c'est déjà ça ! Il y a 2h de marche pour atteindre l'entrée du parc, puis encore 2h pour atteindre le premier campement. Les sangsues sont sans doute le plus gros soucis de la visite. Même si ce n'est plus la saison des pluies, la région est humide faisant le paradis de ces petites bêtes. De plus Marojejy présente un microclimat particulier et est une zone très arrosée, d'ailleurs cela signifie en malgache «  le plus mouillé  ». Félix, notre guide, nous dit qu'il pleut toujours ici, c'est pourtant sous le soleil que nous traversons les villages et les rizières avant l'entrée dans le parc. Dans les 2 village traversés, c'est la même mélodie. De leur petite voix, tout en restant à moitié cachés derrière les coins de leur maison ou dans les jupes de leur mamans, les enfants nous lancent et nous répètent des «  Salut vazahas  » qui résonne dans presque tout le village, alertant les autres enfants qui sortent à leur tour. Nous pénétrons ensuite dans une végétation dense et luxuriante,

Félix est très bon et débusque dès le début de la marche dans le parc, 2 lémuriens (des cercopithèques à tête couronnées on croit)

et le roi du camouflage,un uroplatus , une sorte de lézard qu'il nous faudra plusieurs minutes à voir bien que n'étant qu'à quelques centimètres de lui. Nous arrivons au camp n°1 vers 13h. Marcel, le cuisinier, avait pris de l'avance et un thermos de thé chaud nous attend sur l'une des grandes tables du campement. Il s'active derrière les fourneaux… améliorés à charbon et a même revêtu pour l'occasion le tablier et la toque blanche.

Nous sommes entourés par la forêt tropicale et avec Marcel dans sa tenue, la table dressée sur une nappe et les bonnes odeurs de cuisine, nous avons l'impression malgré la simplicité des lieux d'être à une belle table d'hôte et de nous préparer à un festin. Le repas est excellent et copieux. La marche ça creuse et ça fatigue. Donc en ce début d'aprem', chacun rejoint son bungalow pour une petite sieste avant la visite de la cascade voisine. Nous ne sommes pas les seuls dans les bungalows. Lorsque Fab s'allonge, il détecte des bruits et des mouvements suspects sous son matelas et fini par débusquer une portée de bébés rats nichée dans la mousse. La mère est partie et Félix vient sortir les 6 ou 7 petits. Tant pis pour la sieste! 14h30 est là et il faut partir pour le visite de la cascade. Le sentier escarpé permet de découvrir une autre partie de la forêt. Nous avançons toujours plus loin attentifs aux bruits de la nature (oiseaux, grenouilles, etc). Nous faisons nos premiers contacts avec quelques sangsues, finalement ce n'est pas si terrible ! On les sens avant qu'elles ne se mettent à sucer le sang. Le repas du soir, toujours cuisiner par Marcel, est encore plus copieux qu'à midi, spaghetti, riz, salade. C'est tellement bon que nous restons persuadé d'avoir le meilleur cuistot, en tout cas il est passionné c'est sûr et Félix nous le confirme… Comme nous sommes arrivés les premiers au bureau en bas et qu'en plus nous avions demandé le meilleur cuistot, et bien… nous l'avons eu !

La marche du lendemain est beaucoup plus brève, 2h de montée pour rejoindre le camp n°2. Nous voyons un lémurien des bambous grignotant, assis face au soleil, ses feuilles favorites. Le sentier est de plus en plus boueux et difficile, et l'humidité de plus en plus pesante. Il faut traverser des petits cours d'eau en veillant à ne pas glisser sur les rochers, marcher entre les racines glissantes sur les chemins boueux, s'agripper de temps en temps aux arbres, mais l'environnement est si « intéressant » que nous ne voyons pas le temps passer. Et nous avons de la chance, nous n'avons pas encore croisés la pluie. On nous avait annoncé une vue splendide du camp 2. Nous sommes un peu déçus. Le camp est coincé sur un caillou et même si la vue est belle, il n'y a pas beaucoup d'espace autour. Félix propose de partir avec d'autres guides à la recherche des propithèque soyeux et de nous avertir de leur trouvaille. Nous avons la journée devant nous. Nat s'équipe du trépied et nous partons sur le chemin pour le camp 3 afin de découvrir tranquillement et sans bruit les environs.

Quand nous levons les yeux, nous découvrons une végétation tropicale aux arbres hauts, aux fougères gigantesques, aux lianes tordues et aux bruits mélodieux d'une vie sauvage, c'est la jungle. La montée est encore plus raide que celle que nous avons effectué ce matin. Fab prend de l'avance, Nat s'arrête devant chaque orchidée ou truc bizarre pour les photographier. Claude nous rejoint. Nous croisons Félix qui n'a vu aucune « peluche » puis quelques centaines de mètres plus haut, un autre guide explique aux 2 garçons qu'ils ont atteint la fin du territoire du propithèque soyeux, qu'il reste 30 minute de montée jusqu'au point de vue, 1h30 jusqu'au camp 3 et que de toute manière il n'y a pas grand chose à voir plus haut. Tout le monde prend le chemin du retour qui est beaucoup plus rapide. C'est encore un festin à midi. Il y a plusieurs petits groupes de touristes et c'est marrant de voir s'activer tous les cuisiniers dans cette petite cuisine ouverte aux 4 vents avec une vue imprenable sur la forêt dense et humide. Chacun avec son foyer amélioré, chacun ses ingrédients, chacun y allant de son petit secret pour faire plaisir à son groupe de vazaha . Nous ne regrettons pas d'avoir pris un cuisinier, on peut ainsi profiter du lieu et c'est plutôt agréable de se faire servir, d'autant plus que c'est super bon, comme quoi on peut faire des miracles avec du riz et quelques légumes. Entre épluchage, râpage, cuisson, ils passent toute la journée dans la cuisine. A peine le déjeuner terminé qu'ils se remettent à préparer le dîner. Seul un groupe de lémuriens aperçu aux alentours du camp viendra perturber leur recette. En ce début d'après-midi, Félix repart à la recherche du propithèque. Puis le temps se gâte et une vraie pluie tropicale s'abat sur le petit camp. Au programme de cette fin de journée, pas de propithèque mais de la pluie, des parties de coinches et une très grande déception et de regret pour Nat lorsqu'elle apprend que les 2 jeunes courageux qui sont montés au camp 3 ont observé un petit groupe de propithèques pendant plusieurs heures. On se console avec un groupe, d'une autre espèce de lémuriens, d'au moins 10 individus, passant de branche en branche non loin du camp et que nous sommes les seuls à voir. Les autres vahazas étant soient partis sous la pluie, soit en train de faire la sieste dans leur bungalow. La nuit tombe sans qu'il ne s'arrête de pleuvoir et la journée se termine par un festin… encore. .

Mercredi est consacré à la redescente.

Félix débusque encore quelques lémuriens et quelques oiseaux. Il fait beau. La descente est moins difficile que prévu car le sol a déjà un peu séché. Malgré tout, Nat ne peut s'empêcher de regretter de ne pas être montée au camp 3, de ne pas avoir vu les lémuriens blancs ni le point de vue et d'avoir écouté ce guide. Marcel nous prépare un dernier repas à midi, au village près de la route. Vers 12h30, accompagné par Félix et Marcel, on se pose tous les 4 au bord du goudron pour attendre le taxi-brousse qui doit nous ramener à Sambava. La circulation est loin d'être dense, quelques vélos animent ce début d'après-midi très chaud. Nat en profite pour demander à Félix de lui apprendre le « jeu du fusil ». Pas le temps de faire la belle, vers 14h un taxi-brousse (le 1 er ) passe. Il reste juste 4 places. Nous retournons vers la civilisation et même si l'on sait qu'une bonne THB fraîche et une bonne assiette de my-sao nous attendent, nous sommes un peu nostalgiques de la forêt et de ses bruits.

Du Jeudi 02 Octobre au Vendredi 03 Octobre 2008 (Petites et grosses dépenses, SAMBAVA - ANTALAHA) : Antalaha est la capitale de la vanille et nous voulons en acheter. Le fait d'avoir visité l'unité de transformation de Sambava et d'avoir bien parlé avec le jeune responsable qualité, nous permet de mieux juger du rapport qualité prix de ce que l'on nous propose. Un ami d'un responsable de la chambre du commerce nous donne un rendez-vous pour voir sa vanille. Elle est petite, pas très belle et il nous l'a fait à 60000Ar/kg qu'il baisse immédiatement à 50000 quand nous lui disons que c'est cher. Nous allons demander à une usine de transformation qui nous en propose au prix de l'export c'est-à-dire à 60 000Ar/kg. C'est de la vanille rouge et elle ne nous plaît pas. Notre dernière chance est de demander à l'hôtel s'ils ne connaissent pas quelqu'un. Coup de chance, la gentille proprio. nous dit qu'une amie en vend pour 35 000Ar/kg. Rendez-vous le lendemain matin à 7h à l'hôtel. Assis sur le parquet du premier étage, nous découvrons la vanille. Elle est noire et belle, quelques gousses sont fendues, cela veut dire qu'elles sont bien remplies et que c'est la meilleure qualité selon Mme Solange, notre logeuse. Tous les 3, assis en tailleur à même le sol, trions les gousses fendues, nous ne les voulons pas de peur qu'elles perdent leur saveur avec le trajet. Il y en a 500g que nous faisons remplacer par un autre paquet de 500g de belles gousses de vanille bien grosses et bien grasses. Si ce prix de vente fait notre bonheur, Mme Solange nous explique que le prix de la vanille est en chute libre. En 2003 le kilo se vendait à 400000Ar/kg. C'est 10 fois plus cher que ce que nous venons de la payer. A l'époque, les hôteliers faisaient fortune avec ce business. C'est devenu moins facile aujourd'hui.

Ecrit le Mardi 07 octobre 2008, 07h45, Aéroport, Antalaha

Du Jeudi 02 Octobre au Vendredi 03 Octobre 2008 (suite) : La 2ème grosse dépense, c'est l'achat du billet d'avion pour Maroantsetra que nous rejoindrons finalement par les airs. Le billet coûte à peine plus cher que la traversée de 5 jours à pied qui nécessite un guide, des porteurs et de payer l'entrée dans le parc. Aussi, en cette fin de voyage, nous sommes un peu trop fatigués pour nous engager dans une telle aventure d'autant plus que de nombreuses heures de marche sont à faire les pieds dans l'eau et que nous sommes bien loin d'être équipés. Côté bilan carbone, ce « petit » vol de 120 km n'émet pas plus que si nous rentrions par le taxi-brousse. En plus la perspective de retourner par le même chemin ne nous enthousiasme pas. Les compagnies de transport nous prédisent au moins 48h de voyage. On est déjà passé par cette piste et faire du transport pour faire du transport n'est pas génial. La dernière option consiste à prendre le bateau mais la mer par ici n'est pas bonne, nous savons qu'il y a eu de nombreux naufrages depuis le début de l'année, et au large des côtes il y a de nombreux requin. En toute onscience nous choisissons l'avion.

On profite de quelques heures de temps libre pour se replonger dans RISEAL. On a eu trop peu de retour de l'ONG MATE pour être motivé à travailler sur le projet chaudière. Si il y a quelques semaines nous envisagions sérieusement la possibilité de venir nous installer à Madagascar pour 5 ans pour mener à bien ce projet, aujourd'hui et avec le recul, nous nous rendons compte qu'avec ce projet nous nous sommes un peu dispersés et éloignés de RISEAL. Il ne nous faut que quelques minutes pour nous y replonger et voir les choses en grand et il nous semble y voir plus clair par rapport à la suite des choses pour nous et l'association. Nous avons commencé à mettre en place ce réseau, nous avons bien l'intention d'aller jusqu'au bout. L'idée de venir s'installer à Mada et de travailler pour Mate se fait de plus en plus lointaine.

Dans la soirée nous sommes rejoint par Claude et Christelle, ils doivent également rester quelques jours à Antalaha avant de prendre l'avion pour Tamatave. Ils veulent nous accompagner pour quelques jours à Cap Est.

Ecrit le Mardi 07 octobre 2008, 14h03, Hotel la Pagode, Maronstetra

Du Samedi 04 Octobre au Lundi 06 Octobre 2008 (Collés serrés dans la bâchée, ANTALAHA- CAP EST-ANTALAHA) : Rendez-vous à 8h ce matin avec Claude et Christelle pour partager une 4L qui nous emmène jusqu'à la gare routière. La bâchée est là et le tas de marchandises sur le toit nous dit qu'il y a déjà du monde. Juste le temps de prendre un café pain beurre dans le boui-boui d'en face, qu'il faut grimper. Mais où ? Nous avons laisser les 2 places de devant à Claude et Christelle qui ont un gabarit plus important que le notre. Nous voyons tout le monde grimper à l'arrière, les gens continuent de monter et de s'entasser mais il n'y a plus de place ni sur les banquettes ni au centre. Nous n'osons pas monter. Où allons nous nous installer ?! Ils sont déjà 7 sur chaque banquette, serrés comme des sardines. Bon il faut se lancer… il reste un sac de riz sans personne dessus, nous nous collons l'un à l'autre pour faire rentrer nos 2 fessiers sur ce petit bout de sac. Maintenant que les fesses sont rentrées, reste à placer les jambes, problème, il y a 2 filles qui grimpent juste après nous et qui s'installent sur nos pieds… la mémé de derrière, les genoux des passagers sur les banquettes et les filles de devant donneront notre position pour le voyage. Ce n'est pas possible, il y a encore des gens qui doivent rentrer. Et ça rentre ! Lorsque nous quittons la gare routière d'Antalaha, nous sommes 22 sous la bâche 4 clients s'agrippent à l'extérieur, 2 convoyeurs sont sur les marchandises du toit et 3 personnes dans la cabine… Au total, nous sommes 31, le nombre limite officiel de personne autorisée par la police est de 14. Au premier barrage de police à quelques kilomètres à la sortie de la ville, et comme il fallait s'y attendre, les uniformes interpellent le véhicule. Ils montrent au chauffeur qu'il ne faut pas que les clients dépassent à l'extérieur de la caisse. Les 4 clients accrochés descendent sous la pluie qui commence à tomber, la fille qui avait les fesses sur le bord de la caisse s'assoie sur les genoux d'un client qu'elle ne connaît pas, et personne ne dit rien. Nous récupérons les 4 clients qui sont descendus, un peu plus loin sur la route, hors de la vue des gendarmes. Les gens ne se plaignent jamais de leur condition de transport. Les policiers et les gendarmes n'appliquent les lois qu'en apparence et ferment les yeux contre un petit billet. Ceux-ci savaient très bien que les 4 clients allaient remonter plus loin. Mais contre 1 ou plusieurs billets, ils font ceux qui ne se doutent de rien. Les chauffeurs et les sociétés de transport rentrent dans ce jeu car c'est dans leur intérêt aussi. Finalement ce sont les malgaches qui en pâtissent et qui s'entassent et quelques blancs de temps en temps. Nous prenons donc la piste pour Cap Est tous les 2 coincés au milieu des malgaches et des marchandises, les genoux de nos voisins nous raclent le dos, les fesses des voisines de devant nous écrasent les pieds. Nous sommes obligés de ramener nos genoux contre nos poitrines, c'est 10 cm d'espace vital de perdu que nous ne retrouveront pas. La vue est bouchée à 360°, nous ne voyons pas grand chose du paysage. Est-ce que le véhicule avance vite ? Difficile de savoir mais ce qui est sûr c'est que le temps ne va pas passer vite. Les crampes apparaissent déjà. Nat essaye de bouger ce qui a le mérite de faire parler les malgaches «  ah ces vahaza n'ont pas l'habitude, ah ils ne tiennent pas en place  » doivent-ils se dire. Nat a envie de leur demander si eux ne sont pas mal et pourquoi ils acceptent ça . Ils n'ont peut être pas le choix mais si, comme au Cameroun, les gens disaient quelque chose, les choses évolueraient peut-être un peu. On a presque envie que le véhicule tombe en panne. Oh ! Pssssssssshhhhhhhhhhhhh !!! On s'arrête… c'est la crevaison. On s'arrête. Youpi on peut descendre mais il faut avant cela récupérer ses tatanes laissées à l'entrée de la bâchée. Nous en profitons pour nous dégourdir les jambes.

Alors que les convoyeurs mettent la roue de secours, une averse nous surprend. On va se réfugier dans la petite cabane juste en face. C'est en fait une chapelle faite de bois et de tôle. C'est un peu curieux de se retrouver là assis sur les bancs en bambou à regarder la pluie tomber. Puis on repart. Cette fois-ci, nos fesses ont trouvées une meilleure orientation. Le temps passe ou plutôt nous faisons passer le temps en jouant au petit bac «  Allez dis une lettre  » «  C  » «  On fait tous les pays qui commence par C  »…Puis, après 1 heure de route, un nouveau psssssssshhhhhhhhhhhhhhhhhhh se fait entendre. On a crevé… encore. Vu le chargement du véhicule et l'état de la route, il fallait s'y attendre !! On a presque envie de dire qu'ils sont bêtes. Mais comment vont t-ils faire ? C'est la roue de secours qui vient de crever. Pas de panique. Il y a toujours une solution. Ca peut prendre du temps mais il y a toujours une solution. Non, ils n'ont pas de chambre à air de rechange, mais simplement un bout de chambre à air récupérée au fond de la boîte à outils. Avec un peu de colle ça fera l'affaire. Miracle ou non , ça tiendra jusqu'au bout, du moins jusqu'à ce que l'on arrive 5h plus tard à Ambodirafia. 10km avant d'arriver, il y a un bac à passer. Nous descendons. Oh surprise ! Un joli caméléon passe tranquillement sur la route. L'endroit est joli. Face à nous, un ponton de bois qui avance sur une bonne dizaine de mètres sur la large rivière. De l'autre côté, quelques cabanes de bois, des gens, des petites gargotes. On sait qu'après ce village il ne reste que quelques kilomètres. Des gens sont descendus, nous sommes moins nombreux. On nous laisse une place chacun sur les banquettes. Juste de quoi poser une fesse. Nous ne sommes pas super bien installés mais nous n'avons que 20 minutes de route, cela devrait aller. Nous sommes cependant contents d'arriver car les 20 minutes ont été un peu longues. Une mama montée au bac a posé ses fesse au centre de la bâchée empêchant les autres clients d'avancer. Ce qui fait que, à l'entrée, c'est-à-dire à nos pieds, 4 personnes s'entassent. Nous n'avons plus de place pour nos jambes et la mama bien à l'aise à même le sol, ne veut pas faire passer les autres passagers.

Ecrit le Mardi 07 octobre 2008, 17h30, La Pagode Bar, Maronstetra

Du Samedi 04 Octobre au Lundi 06 Octobre 2008 (Suite) : Nous arrivons vers 14h. Nous sommes accueillis par une grosse pluie et par Lalin le cuisinier du lieu.

Juste le temps de poser les sacs que nous mettons les pieds sous la table. Au menu riz poisson-sauce. L'aprem', malgré le ciel un peu gris, nous allons découvrir les environs. La plage est à quelques mètres plus bas. Lorsque nous arrivons dessus, nous sommes un peu déçus. Nous nous attendions à une belle plage digne de l'océan indien mais pas d'eau bleue turquoise ni de belle plage de sable blanc. Nous pouvons voir la barrière de corail au loin. Nous marchons un peu le long de la mer et retrouvons les odeurs des étangs de Palavas quand il fait chaud. A certains endroits, c'est carrément la désolation.

Des troncs d'arbres morts ou des racines sortant du sable jonchent le sol. Plusieurs cyclones sont passés par là et celui de 2004 a fait beaucoup de mal. Lalin et Fario, le neveu de la gérante de l'hôtel où nous sommes installés, nous ont dit que le cyclone a appauvri la région. La mangrove a disparue, la mer a avancé ce qui a obligé le village a se retrancher plus à l'intérieur des terres et que ça en était aussi fini de la belle plage. Nous quittons le bord de mer et retrouvons la petite piste de terre rouge qui constitue le seul accès de cette région avec le bateau et qui s'arrête 10 km plus au sud. Notre objectif est d'atteindre le phare qui surplombe le village sur une petite colline. Le gardien est bizarre et la vue grandiose. Nous avons un 360° sur la péninsule, ses forêts et sa partie détruite par un feu de cigarette, sa plage, ses côtes, sa barrière de corail, ses montagnes et bien sûr son Cap Est, l'endroit le plus à l'Est de Madagascar. Nous restons un bon petit moment tous les 4 avec le gardien devant ce spectacle naturel. Puis nous rentrons à l'hôtel et nous installons dans la salle à manger où nous y passerons la plupart du séjour.

...

Le dimanche passe sans que nous puissions faire la sortie plongée sur la barrière de corail car le temps est mauvais. De la pluie, du vent et un ciel gris persistant. Nous osons une sortie à pied mais nous nous faisons rattraper par une averse après avoir atteint, enfin, une vraie plage de sable blanc. On passe notre temps toujours sous la petite paillote de l'hôtel à discuter beaucoup avec Claude et Christelle, à jouer à la couinche et à manger. On se console du mauvais temps en se régalant de poissons et de langoustes grillées pour le déjeuner et le dîner. La langouste est une première pour nous et c'est délicieux. On a du mal à finir car les 3 langoustes que nous nous partageons sont énormes. Nat appréhende cette deuxième et dernière nuit ici à Cap Est. La nuit précédente, Fab s'est fait piqué par une bête sur le doigt. La douleur très intense qui a commencé à se répandre à la main puis à l'avant bras nous a fait craindre le pire. A minuit et à la lampe de poche, la pierre magique du Cameroun et l'aspi venin n'y ont rien fait, et malgré notre incompétence, la douleur fini par s'atténuer même si Fab a eu mal jusqu'au matin. Nat a quant à elle, tenté de guetter toute la nuit la bête et la respiration de Fab à la lueur d'une bougie mais a fini par s'endormir. Le dimanche matin le doigt de Fab n'a toujours pas désenflé et la douleur est toujours vive. Lalin fait sortir le venin en pressant simplement sur la piqûre. Geste simple auquel nous n'avions pas du tout pensé dans la nuit. Il nous dit un peu embarrassé «  C'est un scorpion  ». On apprendra un peu plus tard que c'est en fait un scolopendre. La description que nous en fait Fario correspond à la bête vive et velue que nous avions surpris en pleine fuite la nuit dernière sans savoir que c'était elle la piqueuse. Une espèce de mille patte à la piqûre très douloureuse mais inoffensive. Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas l'intention de nous approcher de trop près de la moustiquaire cette nuit car Fab a été piqué à travers celle-ci, et pour une fois nous sommes bien contents que le lit fasse la cuvette.

Ecrit le Dimanche 05 octobre 2008, 21h30, Paillote Hôtel le Voyageur, Ambodirafia « Couchés dans l'humidité des draps, la nuit va être difficile. Non pas à cause de la musique de fond ou de cette humidité mais à cause des scolopendres ou des scorpions. La nuit dernière, vers minuit, Fab s'est fait piqué par une bête… grosse douleur, petite paralysie, on a eu peur. Et ce soir, même si on a changé de chambre et que la moustiquaire présente moins de trous, je ne suis pas rassurée. Les bruits d'insectes qui courent dans les feuilles qui constituent le toit du bungalow ne sont pas là pour apaiser mes craintes. Il y a de la vie là tout près de nous, ça bouge, ça grouille et je ne préfèrent pas penser à ce que cela pourrait être. Là en ce moment je regrette mon confort de France. Je sursaute au moindre bruit… Le bruit des pattes rampants sur ces feuilles sèches attire mon attention. Vivement demain matin même si l'idée de penser qu'il faut se lever à 5h30 pour choper un de ces taxi brousse inconfortable ne me séduit pas. Je guette le moindre truc bizarre… comme si je m'attendais à voir surgir de derrière la moustiquaire cette affreuse chenille vive avec des pattes et des poils de partout qui me donne des frissons juste d'y penser ». NAT

Le lundi, c'est le retour sur Antalaha. Personne ne s'est fait piqué dans la nuit. Le taxi brousse qui est censé passer vers 7h n'arrive qu'avec 1h de retard. Nous avons pu réserver la place de devant la veille et c'est à notre tour d'en profiter. Claude et Christelle s'installent dans la caisse, il y a beaucoup moins de passagers qu'à l'aller et ils sont un peu plus confortablement assis. Dans la cabine, nous découvrons le paysage côtier au fur et à mesure de la route. Aujourd'hui il fait beau, c'est même le temps idéal pour aller plonger sur la barrière de corail, mais nous, nous sommes dans le taxi-brousse. La vieille Nissan de 1962 roule bien. Mais il nous faut quand même 6h pour faire 57 km qui nous sépare de Antalaha. On charge beaucoup de marchandises, des paniers à gogo, du poisson, un porcelet vivant et très agité, encore des paniers à gogo,

un baby foot (après l'avoir essayé) et quelques passagers de plus. Nous découvrons le littoral et l'océan bleu turquoise, passons de village en village. Nat profite des haltes de chargement pour faire des photos avec les enfants qui rigolent toujours autant lorsqu'ils se voient sur le petit écran. Au programme de l'après-midi à Antalaha, cyber, banque puis dernier repas à partager avec Claude et Christelle avant notre départ pour Marontsetra le lendemain matin en avion.

Ecrit le Mardi 07 octobre 2008, 07h45, Hôtel La liane, Antalaha « En écrivant cette date, cela me rappelle que dans un mois pile poil nous partirons de Madagascar et de ce continent, ça sera la fin, ça sera la France. Nous serons à l'aéroport. Aujourd'hui nous allons prendre l'avion également… pour un trajet de 25', décollage à 10h10 et à 10h35 nous arriverons. Comme nos bagages sont limités en poids, on a enfilé nos vêtements les plus lourds… nous avons donc chaussé nos baskets et enfilé le pantalon. Ce matin au petit dèj c'est thé dans la chambre. Il fout finir le gaz. Fab est parti acheter des « mofos » (beignets) à 2 coins de rue d'ici. On part pour Maronstetra de l'autre côté de la péninsule. Très difficile d'accès, il faut soit faire 5 jours de marche, soit prendre le bateau très dangereux, soit prendre l'avion. De l'autre côté, il n'y a qu'une seule route (piste) pour relier Tamatave, celle que nous allons d'ailleurs emprunter dans quelques jours… Très difficile, elle est surnommé «  la route de la mort »…il y a des ponts et des bacs à passer. Je n'ose imaginer leur état maintenant que je connais le nom de la route. » NAT

Ecrit le Samedi 11 octobre 2008, 07h52, Hotel Les 3 Arcs, Mananara

Du Mardi 07 Octobre au Mercredi 08 Octobre 2008 (A la recherche de la mer perdue, ANTALAHA - MARONTSETRA) : Nous partons ce matin à l'aéroport après avoir pris le p'tit dèj dans la chambre pour optimiser l'utilisation de la cartouche de gaz et aussi parce qu'il n'y a pas de gargote à café dans les environs de l'hôtel. Nous retrouvons les « joies » des itinéraires touristiques le temps d'aller à l'aéroport. Le taxi 4L nous prend 7000Ar/personne pour faire les 15 km jusqu'à la piste de décollage. C'est le prix que nous avons payé pour aller à Cap Est. L'aéroport est minuscule et pratiquement vide. Nous y passons 2h et cela nous transporte à dans un mois, lorsque nous serons dans le grand aéroport, celui de Ivato en partance pour la France. Ca plombe un peu l'ambiance

mais le petit ATR à hélices arrive sur la piste et nous embarquons. Le vol est très court. A peine le temps de décoller que nous atterrissons 25 minutes plus tard à Maraontsetra. C'est le même cinéma avec les taxi ici. 10000Ar pour 10km. Ca énerve mais on n'a pas le choix. La ville nous plaît tout de suite. On s'arrête au centre ville à la Pagode, un hôtel que nous indique des locaux. Il n'est pas listé dans notre guides ni situé en bord de mer mais nous sommes dans l'animation de la ville. Si quand nous voyagions comme touristes avant, nous nous fiions qu'aux guides, nous avons appris à nous débrouiller et à trouver par nous même des « choses » plus locales. Les rues sont sableuses et les maisons de bois colorées. Il y a une bonne petite animation. La journée passe tranquillement. Nous déambulons un peu dans les rues, prenons des renseignements sur les excursions pour l'île voisine, Nosy Mangabe, profitons de la fraîcheur de la chambre pour bosser un peu, réservons les places dans le taxi-brousse pour Mananara pour jeudi matin et cherchons désespérément la plage afin de voir la couleur de l'océan ici et peut être nous y baigner. Résultats, la ville et sa langueur nous plaisent définitivement, les excursions sont un peu trop chères, nous trouvons 2 places à l'avant d'un 4x4 bâché mais la plage elle reste introuvable. Nous nous donnons donc la matinée du lendemain pour trouver cette fameuse plage.

Nos plans changent pendant le p'tit dèj . Assis sur le banc d'une gargote du marché, nous dégustons un café au vrai lait de zébu accompagné de délicieux pains beurre. Un vazaha à côté de nous, nous accoste «  vous êtes touristes ?  » - «  oui oui  » - «  alors c'est quoi votre programme ?  » - «  trouver la plage aujourd'hui, prendre la piste jusqu'à Mananara demain  » -«  oubliez la plage, personne ne s'y baigne elle est trop dangereuse  ». Sam est installé dans la région depuis plusieurs années, il nous explique qu'il part dans une petite réserve naturelle privée aujourd'hui avec un de ses amis guide et 2 touristes. La visite doit prendre la journée et tout le monde a rendez-vous ici à la gargote du café dans ½ heure. On décide de partir avec eux. Augustin, le guide, arrive, et renseignements pris auprès des 2 autres touristes, accepte que l'on se joigne au petit groupe. Juste le temps de prendre des chaussures, de trouver de quoi faire une pique-nique (du pain, des tomates et des bananes) et nous partons en direction du fleuve afin d'embarquer sur une pirogue. Augustin est sympa et alterne les infos botaniques et les blagues. Ben et Rica, les 2 autres touristes ont pris une année sabbatiques pour découvrir Mada et sont bien sympas aussi. Bref le petit groupe papote joyeusement dans la pirogue. Le trajet de 2h passe vite, on voit de jolis martins pêcheurs, quelques autres oiseaux, les canaux serpentent au milieu des rizières, c'est très beau. Nous croisons d'autres usagers des canaux en pirogue.

Ben nous a expliqué en aparté, avant d'embarquer, qu'Augustin est l'Augustin de l'émission « Voyage en terre inconnue » avec Thierry Lhermitte que nous avions vu il y a quelques années. Nat avait adoré cette émissions et le joyeux duo Augustin - Thierry Lhermitte l'avait marqué. C'est marrant de se retrouver ici avec lui. La pirogue glisse sur les eaux calmes et paisibles pendant que nous ne nous lassons pas d'entendre Augustin parler d'environnement ou conter des histoires. Après avoir quitté la pirogue et marché un moment, nous atteignons « sa réserve ». La visite est un peu courte car nous sommes partis tard et nos devons déjà rebrousser chemin après quelques heures de marche et un pique nique pris assis au bord d'une rivière au milieu d'une forêt. L'idée de suivre le petit groupe qui part en expédition pendant 5 ou 6 jours sur la côte ouest du Masoala nous effleure mais cela nous mettrait trop en retard. Le retour est aussi détendu qu'à l'aller. A cela près que nous finissons le trajet en pirogue dans la nuit mais cela n'empêche pas de discuter. Nous quittons Ben et Rica un peu nostalgique des 10 mois qui leur restent à voyager et leur souhaitant d'en prendre plein les yeux. Nous prenons RDV avec Augustin le lendemain. Il veut nous montrer la grenouille tomate qui fait « kock kock kock kock » et qui vit à proximité de la ville non loin de chez lui. Elle est en danger d'extinction et il a écrit une chanson la concernant pour sensibiliser les gens.

Jeudi 09 Octobre 2008 (De la piste,des ponts bancales, des bacs en tout genre, MARONTSETRA - MANANARA) : La piste sur laquelle nous devons nous engager aujourd'hui est réputée très difficile et nous nous attendons au pire même si tout le monde à l'air d'être sûr que nous arriverons ce soir. A 05h50, Fab va voir si le 4x4 est prêt au départ. Le convoyeur lui confirme que le véhicule va partir à 7h et qu'il a besoin des bagages à 6h30. Nous avons le temps d'aller voir avec Augustin la grenouille tomate qui fait « kock kock kock kock ».

C'est l'occasion d'échanger nos adresses et quelques plaisanteries avec cet homme à la grande sensibilité environnementale. Il nous explique aussi que la grenouille a perdu son habitat avec l'extension de la riziculture et que si, il y a quelques années, on la voyait sauter un peu de partout dans la ville, elle est aujourd'hui vraiment menacée. Il a d'ailleurs acquit une parcelle en ville pour lui garder un espace vitale. Il est en train également de créer la maison de la grenouille. Sur le chemin du retour, vers 7h15, le Nisasn 4x4 nous croise et nous récupère. On quitte donc très rapidement Augustin heureux d'avoir rencontré ce passionné de nature qui demande aux enfants de le saluer en faisant le cri de la grenouille qu'il veut protéger. L'acte a plus d'importance pour lui que la parole et nous lui souhaitons de réussir pour ses projets.

Nous grimpons à l'avant, c'est parti pour 114km de piste. Nous sommes plutôt bien installés, le 4x4 n'est pas trop chargé et le chauffeur roule bien. Les paysages défilent, c'est vert, il y a beaucoup de petits villages, la piste longe la côte et nous alternons les passages près des rizières, près de la forêt, près de la plage.

Puis les premières difficultés arrivent. Il y a des rivières à traverser et les ponts sont en bois. Certains sont en bon état, d'autres pas du tout. Souvent des planches manquent et le convoyeur qui ressemble étrangement à Eddy Murphy et qui en a surtout les mimiques doit montrer la voie au chauffeur après avoir testé ou estimé la solidité du pont et remis en place quelques planches.

Les ponts jamais très hauts au dessus de l'eau passent et ne se ressemblent pas, nous passons également un fleuve un peu plus large sur un bac flambant neuf et franchissons de bonne grimpette boueuse et raide sans trop de difficulté même si cela secoue beaucoup et que le châssis du 4x4 tape de temps en temps. Nous entamons la traversée d'un petit pont de bois, son état est plus que moyen mais le chauffeur est confiant et ne fait pas descendre le convoyeur. Un peu après la moitié du pont qui doit faire environ 100m, on entend un énorme crack, voyons 2 ou 3 planches se lever devant le capot et sentons le 4x4 descendre d'un cran. Le véhicule s'arrête. Fab regarde par la fenêtre. Il n'y a plus de planche sous lui et il voit l'eau 2m plus bas. La roue avant droite est « accrochée » à un bout de planche, la roue arrière est sur le pont et les 2 roues de gauche aussi. Ca craint, une partie du pont a cédé sous le passage du véhicule, les gens qui étaient dans la caisse sont descendu mais nous, nous sommes pas loin de nous casser la gueule avec le 4x4. Le convoyeur glisse rapidement une planche sous la voiture pour faire le passage mais le véhicule glisse vers l'arrière et l'avant de la voiture descend encore. Nous allons tomber ! Le chauffeur enclenche la première et accélère comme un fou. La roue avant accroche, la roue arrière passe dans le vide, on entend des planche craquer et on passe. C'est le grand ouf de soulagement. C'était moins une. Nat a les jambes qui tremblent et après avoir franchi le reste du pont dans le véhicule, nous félicitons le jeune chauffeur et retournons à pied voir de près à ce que nous avons échappé. C'est un vrai gros trou.

Le pont n'est pas bien haut et nous ne serions pas tombé bas mais on est bien content d'y avoir échappé et tout le monde a le sourire aux lèvres maintenant. Nous remercions le chauffeur et reprenons la piste. Elle est de plus en plus difficile mais les paysages toujours somptueux. Le temps passe, nous n'avançons pas vite. L'équipage redouble de prudence sur les ponts suspects et nous préférons en passer quelques uns à pieds regardant le 4x4 jouer les funambules bien en sécurité de l'autre côté de la rive. Certains ponts sont effondrés. Il faut passer sur la plage en évitant l'ensablement . Nous avons de la chance ce n'est pas la marée haute.

Le 4x4 empreinte aussi un mémorable bac de fortune en bambou poussé à la main pendant que nous traversons la rivière sur un vieux pont bancale en bois. Les kilomètres passent toujours doucement mais nous ne nous ennuyons pas.

Vers 17h nous arrivons au dernier bac avant Mananara. C'est un de ces bac tout neuf récemment mis en place par le ministère des transports. Après celui-ci, il ne nous reste plus que 7km. Problème, le commandant de bord n'est pas là et il faut l'attendre. Lorsqu'il arrive il prétexte que le niveau d'eau est trop bas pour traverser, il faut attendre que cela monte. En fait, nous attendons que la nuit tombe, les tarifs doublent pendant la nuit et à 18h30 après une 1h30 d'attente dans l'humidité, le commandant démarre le bac. Il fait nuit et nous sommes fatigués. Nous avons surveillé le niveau d'eau qui a baissé en fait. On traverse la rivière sans problème et arrivons 30 minutes plus tard en ville. Le taxi-brousse nous dépose devant l'hôtel qu'il a d'ailleurs choisi pour nous. On pose nos bagages pas mécontents d'être arrivés sains et saufs.

Vendredi 10 Octobre 2008 (La plage, MANANARA) : Fab se lève à la première heure pour être sûr de trouver une place à l'avant dans un 4x4 pour Tamatave. Les 125km de piste qu'il reste jusqu'au goudron sont paraît-il encore plus difficile que ceux que nous avons effectué hier. Il trouve assez facilement une place à l'avant mais il est plus difficile d'être sûr de la date du départ. Demain ou après demain. Le temps est couvert ce matin mais le ciel a l'air de vouloir se dégager. Après avoir pris le petit dèj dans la gargote du coin et nous être renseignés à l'hôtel, nous nous équipons de la panoplie de touriste, maillots de bain, tongs, paréo, appareils photos, crème solaire et prenons la direction d'une jolie plage située à 1 ou 3km du centre ville « derrière le terrain d'aviation ».

Ecrit le Mardi 14 octobre 2008, 09h46, Minibus Transam entre Tamatave et Tana

Vendredi 10 Octobre 2008 (suite) : Nous demandons notre chemin plusieurs fois en cours de route et avançons dans les rues en terre de la petite ville. Nous passons par le port et nous arrêtons quelques minutes devant le petit ponton en bois. Il y a quelques bateaux à quai et un peu d'activités . Des hommes blanchis par le ciment déchargent des sacs à la chaîne. Les bateaux ne sont pas tout neufs et même le plus gros n'inspire pas vraiment confiance. Nous avons bien fait de ne pas tenter l'aventure pas la mer. Se retrouver sur l'un de ces vieux rafio surchargés en pleine mer ne doit pas être rassurant surtout en cas de gros temps. En plus rien ne semble être prévu pour le transport de passagers, quelques bateaux ont coulés ces derniers temps et au large il y a les requins. Nous poursuivons notre chemin et trouvons le terrain d'aviation puis une plage et un autre ponton près duquel s'est installé un petit hameau de pêcheur. Nous marchons sur la plage bordée de cocotiers et trouvons un coin tranquille.

L'eau n'est pas très claire mais il fait chaud et nous nous rafraîchissons. Au bout d'un moment, un homme vient échanger quelque mots. Il nous indique une autre plage un peu plus loin qui est « bien meilleure ». Nous prenons la direction qu'il nous indique malgré la chaleur. Nous découvrons une langue de sable recouverte de cocotiers et d'arbres qui avance dans une eau bleue turquoise. Cela ressemble beaucoup à une plage de rêve. On décide d'aller au bout de la pointe. Vers la fin, la bande de terre ne fait plus que 30 mètres de large et nous sommes entourés par l'eau bleue. On se baigne dans cette eau transparente et rafraîchissante. Le ciel est bleu, le soleil tape fort, il y a quelques pirogues de pêcheurs aux alentours et un vent frais vient du large.. Ca c'est les vacances !! On prend même quelques coups de soleil. Vers 13h la faim nous tiraille le ventre et nous retournons en ville pour manger. L'après-midi passe vite sans que nous ne fassions grand chose. Nous regardons le jour se coucher installés à la table d'une gargote des Champs-élysées, la rue principale qui nous rappelle la grande avenue parisienne avec sa double voie, en sirotant une bière et en regardant les gens passer.

Ecrit le Vendredi 10 octobre 2008, 21h21, Hôtel Les 3 Arcs, Mananara «  Demain un difficile trajet nous attend. 2 jours de voyage pour à peine 250km. Fab s'est endormi, un groupe électrogène grogne pas très loin et quelques chiens aboient. Il fait nuit depuis plusieurs heures maintenant. Je ne vais pas tarder à m'endormir moi aussi. A peine reposer du trajet d'hier qu'il nous faut reprendre la piste. C'est le voyage, c'est autrement riche.  » NAT

Ecrit le Mardi 14 octobre 2008, 22h56, Hotel Lambert Ch n°6

Du Samedi 11 Octobre au Lundi 13 Octobre 2008 (Sur la route de l'enfer, MANANARA - TAMATAVE) : On doit rejoindre Tamatave par la piste, on nous annonce 2 à 3 jours de voyage difficile. On prévoit d'arriver dimanche. Comme le trajet s'annonce pas des plus facile, on a décidé de se filmer afin de montrer ce que peut être un trajet sur les pistes africaines.

Samedi matin à 7h30 le jeune chauffeur vient chercher dans notre chambre les bagages, c'est pas la classe ça ! En fait, en agissant ainsi, la compagnie est sûre d'avoir ses clients. Il nous dit qu'il viendra nous chercher vers 10h. On a le temps d'aller prendre un café au lait et de bosser un peu. 10h arrive, personne n'est là. Nous attendons jusqu'à 11h que le 4x4 bâché de la KOFIMAN arrive, et c'est parti. A bord nous ne sommes pas très chargés, 2 convoyeurs, un chauffeur, 2 ou 3 personnes dans la caisse à l'arrière et 5 passagers dans la petite double cabine. Nous avons réservé les 2 places les plus à l'avant mais ne sommes pas des mieux installés. Ce n'est pas une banquette mais un seul vieux siège pour une personne que nous devons nous partager. Le chauffeur n'est pas très content car il s'est fait prendre des clients par l'autre compagnie. Dès les premiers kilomètres la piste est très accidentée comme ce que l'on nous avait annoncé. L'ambiance est bonne à l'intérieur de la cabine. Le jeune chauffeur fait un peu le « kakou » et la musique sortant des hauts parleur du vieux 4x4 alterne entre techno, dance, rythme malgache et chansons françaises qui font le bonheur de Nat. Nous filmons le départ et Fab demande au chauffeur quand nous arriverons… il rigole mais ne nous répond pas. L'un des passagers nous dit quelques minutes plus tard que c'est interdit ( fady ) de poser cette question ici, que cela porte malheur. On se sent mal. Derrières nous, ils sont 3 passagers dont Charline et Zava, la mère et son fils, parlant très bien le français. On ne peut pas vraiment dire que nous enchaînons les kilomètres, mais plutôt les trous et les bosses. Le chauffeur roule bien, les paysages sont magnifiques et même s‘il pleut depuis que nous sommes partis et que la piste est mauvaise, cela n'a pas vraiment d'importance car nous longeons la côte et la piste offre des point de vue superbes sur les plages et les criques. Nous nous arrêtons 1 heure plus tard pour manger. Au menu et au choix de la gargote perdue dans un hameau en forêt, on nous propose de la dinde ou la spécialité locale, la chauve souris. On prend un plat de dinde et un plat de chauve-souris pour goûter. Assis sous une petite terrasse, face à la pluie qui tombe fort et qui ne semble pas vouloir s'arrêter et avec une vue sur notre véhicule, nous goûtons la spécialité, pas fameuse, ça a du goût, c'est même très fort et c'est d'ailleurs difficile à digérer. Nous roulons toute cette première journée du samedi sous la pluie. Les vues sur les baies ou le parc marin sont toujours imprenables. La petite piste passe de baie en baie, grimpant puis redescends sur des pentes raides et caillouteuses, elle longe tantôt la plage, tantôt la falaise dominant la côte nous rappelant les calanques de Marseille. A notre gauche, la mer, à notre droite la forêt humide, dense et sauvage de l'Est qui arrive de temps en temps jusqu'à la plage. C'est beau. On passe un bac tout neuf dans l'après midi. Il y en a 8 ou 9 à traverser avant d'arriver, on est pas arrivé ! La pluie qui ne cesse de tomber rend la piste tantôt caillouteuse tantôt boueuse encore plus difficile car plus glissante.

Mais notre chauffeur gère. Vers 19h, un deuxième bac se présente à nous. Le chauffeur ne s'engage pas il décide de s'arrêter pour la nuit. Le taxi-brousse qui nous suit décide lui de traverser et le dernier véhicule s'arrête également. Finalement, on n'aura pas rouler très longtemps, impossible de savoir le nombre de kilomètres, le compteur ne marche pas et il n'y a aucune borne kilométrique, mais nous n'avons pas du en faire plus de 50. Ce soir, lorsque nous nous installons dans la gargote près du fleuve, il pleut encore, les éclairs illuminent le ciel, des grondements d'orage résonnent, le vent souffle. A la lueur d'une lampe à pétrole, nous mangeons un riz poulet, nous sommes tout moite, non pas qu'il fasse très chaud mais l'humidité est très forte. Nous sommes en pleine brousse malgache, il y a cependant plusieurs petits bungalows très sommaires installés dans la cour derrière la gargote. Vers 20h, nous rejoignons sous la pluie l'un d'entre eux. Les éclairs et les grondements sont de plus en plus proches.

Ecrit le Vendredi 17 octobre 2008, Env. 9h15, Minibus Trans Tsy Tsara (avec les rois mages), TANA-TULEAR aux environs de ILHAKAKA

Du Samedi 11 Octobre au Lundi 13 Octobre 2008 (Suite) : Nous n'avons d'autre chose à faire que se coucher. La pluie est de plus en plus forte, les éclairs et le tonnerre sont de plus en plus violents, ils ne cesseront pas de la nuit et s'intensifieront même. Cela nous empêche de passer une bonne nuit,d'autant plus que la toiture en ravinala du bungalows fuit un peu et laisse passer quelques gouttes juste au dessus de notre lit. Nous redoutons l'état de la piste pour le lendemain matin, Nat ne peut s'empêcher de penser et de croire au mauvais sort lancé par les ancêtres car nous avons demandé à quelle heure nous allions arriver, c'est fady , c'est interdit et cette nuit la colère des ancêtres semble être redoutable.

Le dimanche matin, comme la veille et comme la nuit, est très humide. Le chauffeur nous avait annoncé le départ à 4h du matin, mais vu la situation météorologique, tout le monde n'est sorti du lit que vers 5h. Vers 5h30 alors que nous somnolons dans le bungalow, nous entendons un coup de klaxon, nous devons être les derniers, vite on se prépare… On est tout collant, même une douche froide au seau alors qu'il pleut encore nous ferait du bien mais nous n'avons pas le temps de la prendre. Dans la petite gargote, quelques passagers attendent et regardent la pluie tomber dans l'embrasure de la porte. A l'intérieur c'est tout petit et sombre, le café arrive dans les thermos. On boit 2 cafés noirs avant le départ. Il est 6h environ quand nous passons le nez dehors «  Il y a un problème, le bac est coincé  » dit Fab. En regardant de plus près, c'est vrai que le bac semble bloqué sur la berge. Personne pourtant ne semble s'affoler. Charline nous confirme que le bac est bloqué et qu'il n'y a pas de solutions.

Ecrit le Vendredi 18 octobre 2008, 18h15, Hotel El shame, Tuléar

Du Samedi 11 Octobre au Lundi 13 Octobre 2008 (Suite) : L'équipage du bac que l'on repère à leurs imperméables jaunes essaie désespérément de pousser le bac pendant que le commandant de bord fait forcer le moteur en arrière toute. Mais rien n'y fait, le bac ne veut pas bouger. Avec la montée des eaux due aux fortes pluies, le bac est venu se caler sur un ponton en construction. Avec la décrue qui s'amorce, il risque de rester échoué. L'équipage a fait l'erreur de mal amarrer le bac la nuit dernière. Zava nous explique que le bac avait déjà été immobilisé pendant plus d'1 mois à la suite d'une erreur similaire et que tout l'équipage s'était fait viré après cet incident. A croire que cela ne leur a pas servi de leçon ! Plus rien ne se passe, on entend dire que le camion du chantier du ponton va venir à la rescousse. On décide de profiter d'une accalmie pour aller voir la plage à une centaine de mètre de là. Le ciel est gris et la mer sombre et très agitée. A l'embouchure du fleuve, le débit est très fort et le spectacle de l'eau marron qui affronte la houle de la mer n'inspire pas confiance. Nous rebroussons chemin car une nouvelle averse approche. La pluie conjuguée à l'humidité commence à être vraiment inconfortable. Par petits groupes, les passagers des 4x4 plus les badauds du village attendent à l'abri des haut vents des gargotes ou des cases voisines du fleuve. Nous nous abritons également sous l'une d'entre elles.

Pas de camion, rien ne semble se passer et le temps passe. On finit par apprendre que le camion est en panne. La décrue devient visible, la pluie reprend de plus belle, on se prend même à espérer que la pluie va continuer pour que l'on puisse débloquer le bac sinon on s'imagine déjà planter là pour une semaine ou pire être obligés de faire marche arrière pour prendre un avion. Il nous reste l'espoir qu'il y ait des taxi-brousse qui soient arrivés juste en face et que l'on puisse organiser le transfert après une traversée en pirogue. Les gens restent sereins et nous sommes très étonnés de leur passivité. Charline nous dit impassible «  il n'y a rien à faire, il n'y a pas de solutions  ». On aurait tendance à leur dire «  mais non, on ne va pas rester là et ne rien faire  » mais ils sont tellement impassibles et calmes que nous tentons de calmer nos ardeurs et de faire de même. Contre toute attente, le gros camion de chantier se pointe. L'espoir renaît.

Ecrit le Lundi 20 octobre 2008, 19h100, Lavanono

Du Samedi 11 Octobre au Lundi 13 Octobre 2008 (Suite) : Le camion s'approche du bac alors que la pluie redouble d'intensité. Même à l'abri nous commençons à être mouillés et à avoir froid. A l'aide d'un madrier, le camion pousse le bac. Le madrier est coincé à l'horizontal entre les 2 engins. Le camion accélère, force, les roues patinent et il commence à s'enfoncer dans la terre boueuse. On se dit que les gars qui restent à côté du madrier soumis à l'effort du camion sont un peu bêtes et qu'ils risquent de se faire sérieusement blesser si le bois glisse ou cède. Rien n'y fait. Ca ne bouge pas. Le camion essaie de pousser à plusieurs endroits mais il y a de moins en moins d'eau pour porter le bac malgré la pluie battante. Après 2 à 3h d'efforts vains, nous désespérons. Nous voyons sortir de nul part sur les eaux grises du fleuve, toujours sous la pluie, un vieux bac rouge. Après une vaine et rapide tentative de conjuguer les efforts du camion qui pousse et du vieux bac qui tire,

l'ancien bac cherche un endroit pour accoster afin de faire traverser les véhicules. Même si on commence à croire que l'on va bientôt pouvoir traverser, tout n'est pas jouer. Le nouveau bac bloque l'accès à la berge et le vieux bac n'est pas en très grande forme. L'un des 3 flotteurs prend l'eau et quelqu'un doit pomper en permanence pour que celui ci ne coule pas et les rampes d'accès ne sont fonctionnelles que d'un côté. Le vieux bac finit par trouver une place pour accoster mais l'accès pour les 4x4 est difficile. Il y a un véhicule devant nous et il lui faut bien 3/4h pour monter sur le bac. Il en faudra peu pour que le Toyota ne reste coincé dans les eaux boueuses ou la terre marécageuse. Fab, sous son poncho vert, observe et évalue les risques. Peut-être traverserons-nous en pirogue ?! Nat tente de se réchauffer à l'intérieur de la voiture et le bac finit par partir plutôt tranquillement vers la berge d'en face. Il nous faut encore attendre une bonne heure avant que celui-ci ne fasse l'aller retour et ne vienne nous chercher. On ne sait pas si c'est volontaire ou non mais le commandant de bord choisit un nouvel endroit pour effectuer le débarquement. Il accoste sur une berge inondée. Zava commente «  je crois qu'il n'a plus de direction  ». Quand on assiste au difficile débarquement de la voiture venant de l'autre berge et des passagers qui traversent les pieds dans l'eau, on se dit «  c'est pas gagné  ! ». On y va quand même. Tout se passe bien, la voiture grimpe sur le bac sans trop de difficulté, Charline pompe l'eau du flotteur percé pendant toute la traversée et de l'autre côté les choses sont beaucoup plus faciles. On débarque et grimpons dans le véhicule bien contents de reprendre enfin la piste. On fait environ 1h30 de trajet pas si dificile que ça. Il y a de gros nids d'éléphants remplis d'eau, en fait la piste est une succession de trous et de bosse qui en font toute la largeur de la route et comme il a beaucoup plus les trous sont pleins d'eau (entre 20 et 80cm).

On arrive à un nouveau bac qui ponctue comme les autres depuis 2 jours notre progression. Le bac n'est pas là, il est sur la rive d'en face et il y a 3 véhicule qui patientent devant nous. C'est un bac de la nouvelle génération qui peut pendre jusqu'à 5 véhicules. On le voit sur la rive d'en face mais il ne semble pas être en activité. On apprend après quelques minutes qu'il faut attende que le courant se calme. Ce matin même, un bac a été emporté par le courant trop fort et a dérivé jusqu'en mer. Cela ne nous rassure pas vraiment. La nouvelle a refroidi tout le monde. Pourtant le bac quitte la rive et bien que la rivière ne soit pas très large et lui faut une bonne demi-heure pour arriver de notre côté. On le voit faire, on le voit dériver, on ne comprend pas pourquoi il est en marche arrière, il force sur ses moteurs et ça n'avance pas. Personne ne semble s'inquiéter sur le bac, un membre d'équipage finit par sortir une perche en bambou et commence à pousser à la main. On ne comprend vraiment pas mais apparemment c'est lui qui fait le plus gros du travail et non pas les moteurs. Tout doucement il s'approche de la rive puis finit par la toucher. On espère que pour notre traversée le commandant de bord partira dans le bon sens. Mais avant tout, il faut partir. Il y a une bonne cinquantaine de sacs de ciment, des barres de fer et d'autres matériels de construction à décharger à la main ; Ils sont seulement 3 gars pour la main d'œuvre et la quarantaine de mètres à parcourir ressemble à un parcours du combattant. Il n'y a pas de ponton, et avec 70kg sur le dos, ils doivent descendre la raide rampe de débarquement, descendre une marche de 40cm dans l'eau, marcher 5 à 6m dans les 40cm d'eau et parcourir encore une bonne vingtaine de mètre sur un faux plat montant dans le sable. Ils sont pieds nus, le visage blanchis par le ciment, il est midi trente et le soleil tape très fort. On attend toujours même si on ne peut pas en vouloir à ces 3 vaillants de mettre plus d'1/2h pour s'acquitter de cette lourde tâche. C'est à notre tour de grimper à bord et le bac entame sa traversée. Pas de chance le commandant part en marche arrière et nous craignons le pire mais la traversée se passe bien et nous arrivons rapidement en face. On nous explique que c'était la marée basse et qu'à l'aller les gens sondaient le fond mais nous n'y croyons pas trop. C'est reparti. Nous nous asseyons tous les 2 sur notre siège passager et le 4x4 s'élance de nouveau sur la piste. Il nous reste 2 bacs à passer et nous savons que le dernier est parti à la mer.

Ecrit le Mercredi 22 octobre 2008, env 10h, Terrasse face au Nana Club Disco, Fort Dauphin

Du Samedi 11 Octobre au Lundi 13 Octobre 2008 (Suite) : Quand nous arrivons vers l'avant dernier bac, plusieurs véhicules sont là, il y a d'ailleurs celui de la compagnie concurrente qui avait décidé de poursuivre sa route pendant la nuit quand nous nous sommes arrêté pour dormir. Le bac est garé un peu plus loin derrière les hautes herbes du rivage…«  Misy problem !  » . Le vieux convoyeur du véhicule précédent, béret rouge vissé sur la tête, avec son sourire et son allure de Bill Cosby, interpelle notre chauffeur et nous tentons de comprendre quelques mots «  24h…pirogue…, décrue,….misy problem…  ». Avec l'interprétation de ses geste, on comprend que la traversée sur le bac est impossible et qu'il va nous falloir attendre la décrue, il y a trop courant, Charline nous confirme que l'on va passer la nuit là et que si l'on est pressé nous pouvons partir en pirogue. Nous ne sommes pas pressés, la pluie menace et le petit bateau à moteur ne nous dit rien qui vaille. Il est encore tôt, à peine 16h. Une averse arrive, on se met à l'abri sous l'un des petits kiosques qui abrite une table et un banc. Sur la table, 2 thermos de café, une assiette avec des beignets, une autre avec 3 oeufs durs. On a faim. Il suffit de se servir. Nat mange 2 œufs, Fab quelques beignets. Sur le banc sont installés des passagers des différents véhicules qui attendent depuis plusieurs heures.

On regarde la pluie tomber sur le large fleuve faisant face à nous. Charline nous conseille d'aller réserver une chambre tout de suite. Les garçons s'y collent. Zava et Fab partent sous la pluie négocier les bungalows cachés un peu plus loin derrières les gargotes. C'est jackpot pour l'hôtelier. Vu que les gens sont bloqués, il en profite et les prix des chambres a augmenté. La pluie s'est arrêté, on va s'installé dans notre chambre, on met des vêtements propres et secs et on part se balader. Le ciel se découvre et la fin de la journée est des plus agréable et plus paisible au bord du fleuve. On voit même quelques rayons de soleil. Le soir pour ne pas oublier que nous sommes en vacances et parce la terrasse en bordure du fleuve et le coucher de soleil s'y prêtent, nous sirotons une THB. Un petit groupe de personne s'est installé à la table voisine. Ils commandent à boire et à manger, l'un d'entre eux se distingue, il parle fort, il s'est mit debout et raconte une histoire qui fait rire tout le monde. Nous arrivons à capter quelques mots qui nous donnent une idée de ce qu'il dit. Il semble raconter l'histoire du bac qui est parti en mer. Charline nous confirme qu'il était sur ce bac ce matin même. Elle nous traduit. Ils étaient nombreux, il y avait 4 voitures et 1 gros camion. Malgré le moteur qui poussait à pleine puissance, le bac n'a pas pu lutter contre le courant et à commencé à dériver vers l'embouchure, même les bateaux de sauvetage n'ont pas réussi à la rattraper tellement le courant était fort. Le bac prenant la direction de la mer, tout le monde s'est mis à pleurer pensant que c'était la fin (rire dans l'assistance), même lui a pleuré et, jour du Seigneur ou non, mais une vague a repoussé le bac qui est venu s'échouer sur l'autre rive. On veut bien croire que ce soir, cet homme ait envie de payer à boire et à manger à toute l'assemblée.

Au menu ce soir, poulet riz. Le poulet a du courir et gambader toute sa vie dans la verdure des environs car il a des bonnes cuisses bien musclées et bien dures. La nuit est beaucoup moins humide que celle de la veille, le rendez- vous pour le départ du lendemain est prévu à 6h. Ce soir, la décrue est déjà amorcée, on verra bien demain matin comment se présentera la situation.

Lundi matin, quand nous quittons l'endroit, café au lait et beignet dans le ventre, le niveau de l'eau a baissé d'au moins 1,5m, c'est impressionnant, on découvre même qu'il y a un ponton. Ce matin il fait beau, le mauvais temps est derrière nous même si les sol sont très marqués par les intempéries. La traversée avec le bac s'est faite sans problème, sur la piste on passe toujours de flaque en flaque et les paysages sont toujours très beaux. Il nous faut environ 2h pour rejoindre la dernière rivière à traverser, celle qui n'a plus de bac. Les passagers des 3 véhicules partent en pirogue avec leur bagage, les voitures restent là. Il y a encore un peu de courant, nous faisons la même traversée que le bac aurait du effectuer,

c'est long et on imagine ce que les passagers du bac ont du endurer. Le piroguier nous montre le « mât » du bac qui est échoué sur la plage. Après 2 jours entiers passés sur les pistes défoncées déjouant ses pièges, nous arrivons sur les rives de Ivongo, accueillis par les appels des différents rabatteurs de taxi-brousse. Nous sommes de retour à la civilisation. Nous restons avec nos 3 compagnons de voyage et prenons la belle route goudronnées jusqu'à Tamatave à bord du même minibus. La première borne kilométrique que nous voyons à la sortie de la ville indique Tamatave à 160 kilomètres. Depuis Mananara il y a en 285, ce qui signifie que en 2 jours nous n'en n'avons effectuer que 125 km. Décidément c'est le trajet le plus lent que nous avons réalisé mais pas le plus éprouvant. Nous en garderons cependant un bon souvenir.

Ecrit le Mercredi 22 octobre 2008, 19h06, Resto le Stadium, Fort Dauphin

Du Samedi 11 Octobre au Lundi 13 Octobre 2008 (Suite) : Le bus roule à 60km/h et tous les 2 installés à côté du chauffeur, nous avons l'impression de foncer vers Tamatave. La piste défoncée s'est transformée en un goudron bien lisse. Cela nous donne l'impression de glisser et les secousses ne sont déjà qu'un lointain souvenir. Nous arrivons à Tamatave vers 13h, allons manger pendant que la chambre se fait. En plein repas, une averse s'abat sur la ville, et nous sentons l'odeur typique du sol qui n'a pas reçu d'eau depuis un moment. Décidément ! La pluie nous suit. Après s'être douchés, on va faire un tour au BazarBe, le grand marché, pas très loin du Tsiky hôtel. On fait le plein de souvenir avant le retour sur Tana.

Ecrit le Mardi 14 octobre 2008, 10h08, Minibus Transam entre Tamatave et Tana

« Après plusieurs semaines dans la « brousse » malgache dans le Nord Est de pays, ce matin nous nous reconnectons avec le monde. Sur la petite radio chinoise achetée au Congo il y a quelques mois, nous écoutons RFI en faisant les sacs. C'est bien d'avoir des nouvelles du reste du continent ou du monde. L'équipe du Sénégal a été éliminé des qualifications de la CAN 2010 et pour compenser leur désespoir, les sénégalais se réorientent vers le cyclisme. A l'internationale, c'est la crise financière. Nous en avions entendu parler il y a quelques temps quand nous étions à Diégo. Les banques américaines faisaient faillites. Ce matin on entend que l'Europe et la France se mobilisent pour faire face à cette crise qui s'élargie. Les pays débloquent des millions d'euros pour soutenir le secteur bancaire. Aux dires des journalistes, les français ne payeraient pas d'impôts pour ça. Comment ne pas être révoltés en entendant cela ? Depuis 18 mois, nous avons laissé beaucoup d'argent à notre banque, entre les frais des cartes, les commissions… c'est plus de 1000€ qui sont partis dans le système bancaire. Avec 1000€ on peut vivre tous les 2 pendant 1 mois ici, et il faudrait maintenant soutenir les banques, elles qui se font déjà plein d'argent, c'est trop facile, de qui se moque t-on ? A chaque fois que l'on entend des nouvelles françaises, on ne peut s'empêcher de dire « C'est n'importe quoi ? » ou « Mais pourquoi les français ne réagissent pas ? ». On dit que les Africains subissent toujours, mais nous on râle et on fait rien non plus. Nous avons vu plusieurs fois cet été sur internet qu'il y avait eu plusieurs incidents et fuites sur les centrales nucléaires. Quel choc en apprenant cela. Je me disais « Mais ça craint !! ». Claude et Christelle que nous avons rencontré il y a 2 semaines, nous rapportaient que non « les français n'ont pas réagi », mais c'est grave !! On se dit avec le recul que les médias ont un pouvoir énorme. Sans doute les télés, les journaux ont balancé des nouvelles « rassurantes » pour anesthésier les français comme ils savent tant le faire. Du bourrage de crâne. Comment être rassurés devant des fuites nucléaires ? Je me dis que ce n'est pas possible, tout le monde sait ce qu'il s'est passé 1986 avec Tchernobyl, quand on nous avait dit que le nuage radioactif s'était arrêté à la frontière de l‘autre côté des Alpes, on sait aujourd'hui que l'on nous a menti, que ce n'était pas vrai. Eviter la panique, rassurer les français et ne pas discréditer le nucléaire sur lequel est basé la politique énergétique et diplomatique de la France. Aujourd'hui, on nous refait la même, alors que l'état vend la technologie à travers le monde. J'ai suivi des cours de radioactivité lors de mes études mais il ne faut pas être scientifique pour savoir que c'est dangereux et qu'aucune fuite n'est anodine. Si l'humain met en péril son existence, de quel droit mettons nous celle de la nature en danger ? Avec le temps, la nature s'en sortira, elle s'adaptera elle, mais de quel droit quand la blessons nous ? Il paraît aussi qu'il n'est plus possible de manger les poissons du Rhône, Pourquoi ??? Je me dis que ce n'est pas possible que les gens ne se posent pas de questions ou ne réagissent pas. Mais si j'étais en France moi, qu'est-ce que je ferai ?

Les médias sont trop forts et savent détourner les attentions, justement on en parlait hier en regardant de notre balcon se terminer doucement la fin de journée sur Tamatave, l'animation dans la rue. Je me disais que dans un mois, il n'y aura plus ça… chez nous en France, c'est chacun dans sa voiture après le boulot, chacun dans sa maison, chacun devant sa télé. La télé qui vraiment fait du mal, parce que beaucoup croit tout apprendre grâce à celle-ci « J'ai vu à l'a télé qu'en Afrique, c'était sale, c'était pauvre …(donc c'est comme ça !!!)… », mais c'est pas comme ça, ce n'est pas si simple, il faut le vivre pour savoir et pour pouvoir en parler, on ne vit pas les choses à travers la télé même si on peut en apprendre, des fois c'est peut-être sale mais il y a autre chose...

Finalement, qu'est ce qui vaut le mieux : vivre en Afrique où l'accès à l'information est quasi inexistant et subir et survivre à la mondialisation, ou vivre en France avec toute l'information que l'on veut et subir en toute conscience ce qu'il ce passe.

Ah !! le pouvoir de médias. Claude et Christelle nous ont parlé de cette nouvelle loi…celle d'avoir des triangles et des gilets de sécurité dans la voiture… Comme disait Fab ce matin, ils ont du en parler pendant 15 jours à la télé… un reportage de Edmond qui va acheter son triangle non normalisé, un autre de Martine qui ne sait plus comment faire car elle n'en trouve plus dans les magasins, et puis une caméra cachée sur le dessous du « buisness des triangles » et puis une brève sur ce qui se passe dans les pays voisins « Partons voir du côté de l'Italie, cette grande nation de l'automobile … »… Et pendant ce temps en Afrique, Areva exploite tranquillement l'uranium à la limite de la légalité, les Chinois et les autres pillent les ressources et inondent le marché de produits bons marchés, fraudés voir dangereux, Mugabe a ruiné son pays mais est réélu président, en France les centrales fuient, mais ce qui compte c'est que Edmond va devoir trouver un autre triangle aux normes CE… Bref il ne faudra pas que l'on se laisse embarquer dans ce tourbillon de l'information qui vise à désinformer. Les Français savent et râlent. Les Africains ne savent et agissent pour survivre… Claude et Christelle partent 3 mois par an en voyage, ils ne sont pas riches. Lui travaille à l'usine, elle fait de l'intérim. Mais, nous confient-t-ils : « ce sont 3 mois de répit, 3 mois pour prendre de recul et ne pas se faire happer par notre système ». Le voyage, ce n'est pas seulement du tourisme et des photos de cocotiers mais c'est aussi un bon remède contre la dépression et un bon moyen d'avoir une vision plus claire de ce qui se passe chez nous. » NAT

Mise à jour du vendredi 14 novembre 2008

Ecrit le Jeudi 30 octobre 2008, Env. 09h00, Bungalow du Sud, Manakara « Fab est parti il y a presque une heure déjà. Je m’inquiète. Il devait aller retirer de l’argent et peut être passer voir le constructeur d’alambic pour qu’il lui donne des adresses de personnes produisant des huiles essentielles. Je commence à avoir faim. On a rendez-vous à 9h30 en ville pour un départ en pirogue motorisée dans un petit village de brousse à une quinzaine de kilomètres d’ici. Nous devons y rester jusqu’à samedi. Nous n’avons jamais entendu parler de l’endroit… » NAT

Ecrit le Jeudi 30 octobre 2008, Env. 09h30, Terrasse centre ville, Manakara
Du Mardi 14 Octobre au Jeudi 16 Octobre 2008 (Retour sur les hauts Plateaux, TAMATAVE - TANA) : Nous grimpons dans le minibus de notre compagnie habituelle pour rentrer à la capitale. 8h de route sous le soleil sur un trajet que nous connaissons bien. Le vieux chauffeur roule vite, les pneus crissent dans certains virages. Les paysages ont quelque peu changé. Il y a plus de parcelles noires, des tavy ont eu lieu entre temps. Il y a aussi de nouvelles constructions près du chantier du pipeline qui est de plus en plus visible. On retrouve Tana et nos habitudes dans les quartiers connus de la ville. Nous sommes arrivés tôt à 16h mais pas de repos comme nous ne sommes que de passage sur Tana. Il faut aller tirer des photos, refaire les sacs, amener les tissus chez le couturier et être prêts pour la petite mise à jour du lendemain que nous n’avions pas pu effectuer quelques semaines plus tôt à Diégo.
Mercredi nous allons à l’ONG. Sur le chemin, nous distribuons les photos des enfants que nous avions prises quelques semaines plus tôt. Les mamans nous accueillent avec le sourire et nous remercie chaudement. Certaines nous demandent même combien ça va leur coûter. « Rien ». Nous sommes surpris de la réaction tellement pour nous il nous paraît normal de donner ces photos. C’est un juste retour des choses. Quand nous arrivons dans les locaux de l’ONG, l’ambiance est très studieuse. Ca bosse dur même malgré l’absence des « patrons ». Chacun est absorbé par sa tâche Nous nous installons aussi et prenons quelques minutes pour commander des huiles essentielles. Nous nous connectons pour faire la mise à jour et laissons un dossier à Joelson avec les résultats techniques des essais de la novelle chaudière et quelques photos.

Ecrit le Vendredi 31 octobre 2008, 07h40, Terrasse chantier Elisa, Mangasotra
Du Mardi 14 Octobre au Jeudi 16 Octobre 2008 (Suite) : Puis, il est déjà l’heure de partir. Solofo nous a réservé des places dans un bus de sa compagnie et a insisté pour que nous y soyons avant 14h30. Nous passons chez Lambert récupéré nos sacs allégés car nous laissons 3 gros colis en dépôt dans leur stock. Il faut négocier le taxi. C’est le boulot de Nat. Mission accomplie. 5000 Ar pour une course en dodoche jusqu’à la lointaine gare routière du sud. Nous sommes un peu à la bourre. Dans la précipitation du départ, Nat pense avoir oublié le sakifo, un petit sac à dos avec quelques affaires pour la nuit, à la réception de l’hôtel. Il faut faire demi tour, renégocier la course avec le chauffeur. Solofo appelle « oui oui on arrive, on est dans le taxi ». On oublie de lui dire que nous sommes en train de faire demi tour.

Ecrit le Samedi 01 novembre 2008, 16h44, Bungalow du Sud, Manakara
Du Mardi 14 Octobre au Jeudi 16 Octobre 2008 (Suite) : Fab va rapidement voir à la réception de l’hôtel, aucune trace du sakifo, il sermonne la jeune réceptionniste de ne pas avoir su garder ses affaires puis rejoint Nat qui attend dans le taxi. En fait le petit sac est rangé dans celui de Nat, elle l’avait fait sans s’en rendre compte. Rien de grave, Fab en sera quitte pour faire quelques excuses à la jeune réceptionniste la prochaine fois. Nat rigole, c’est reparti en 2CV. Solofo nous réceptionne à la gare routière interceptant le taxi à la manière d’un policier. Il a réservé 2 places, il est 14h30, le minibus doit partir vers 16h30. Comme d’habitude nous patientons, buvons un café, un jus naturel, Solofo faisant des vas et vient pour ses affaires. Le temps passe, Solofo disparaît à 17h30, nous sommes toujours là. La guichetière nous baraguine quelques excuses, nous explique qu’il faut que nous changions de véhicule. C’est le toui toui habituel. On finit par partir dans un minibus « spécial » chargé à bloc de bagages avec peu de passagers. Nous avons la banquette de derrière pour nous tout seul et nos sacs, cela devrait aller. Avec nous, partent 3 gars et une fille qui sont visiblement de la campagne. Les 3 gars, chapeau vissé sur la tête, s’étonnent devant toutes les choses que les vendeurs ambulants proposent, ils achètent quelques trucs… un tee-shirt Bob Marley par ici, un pantalon à pince par là. Ils enfilent le tout immédiatement. Les rois mages sont équipés pour le voyage. Le minibus quitte la gare vers 18h30. Nous arriverons tard à Tuléar. La nuit n’est pas très confortable, cela manque de place pour les jambes et l’échappement refoule un peu dans l’habitacle. Vers 3h du mat’, nous arrivons seulement à Fianarantsoa. Les chauffeurs veulent prendre d’autres passagers, le retard s’accumule.

Ecrit le Vendredi 17 octobre 2008, Env 9h15, Minibus Trans Tsy Tsara (avec les rois mages), TANA- TULEAR aux environs de IHOSY « Nous sommes sur la RN7 au niveau de Ihosy. Nous croisons de beaux et gros troupeaux de zébus suivis d’un 4x4 flambant neuf avec un seul chauffeur à son bord, sans doute a t-il emmener des touristes à Tuléar et il revient seul. Le ciel est bleu et dégagé, pas un seul nuage. Nous sommes sur cette route pour la deuxième fois et depuis 3 mois, il nous semblent que les paysages ont changé, beaucoup de brûlis, beaucoup de parcelles noircies par le feu. Le chauffeur nous confie que les gens ici n’ont pas de charrue ou de matériel pour travailler le sol caillouteux ou sec alors le brûlis est leur seule solution. Les paysages de la RN7 restent cependant magnifiques. Depuis hier, je n’arrive pas à m’enlever de la tête que quand nous reviendrons à Tana pour la nième fois, cela sera cette fois-ci, non pas pour faire une escale, mais pour aller à Ivato prendre l’avion pour la France. Je me projette dans cet aéroport, je me projette en France et ne cesse de dire à Fab que je ni arriverai pas. Si les jours précédents, j’avais plein de projets pour la France, aujourd’hui je ne ressent qu’un mal-être en y pensant. Ce mal-être qui parfois m’envahissait en France quand je ne me sentais pas à ma place et que je n’avais jamais ressenti depuis 18 mois. Ce malaise que je n’ai pas envie de connaître à nouveau et qui je sais m’attend là-bas. Cette nuit dans le minibus, outre le fait que nous n’étions pas très bien installés pour dormir, il m’a été difficile de trouver le sommeil. Ce retour en France et ce malaise hantant mes pensées. Que faire ?Je cherche des réponses mais je ne sais pas. Il faut que je me prépare à ce retour mais lorsque je m’imagine en France, je ne peux que me voir pas bien, triste, nostalgique…Et si je m’installais ici ?! Mais qu’est ce que je ferai ?Monter une affaire. C’est vrai que ça doit être plus facile ici. S’associer à Solofo et proposer des tours touristiques. Non, être avec des blancs n’est pas ce que je veux. Et le projet chaudière ?! Etre coordinatrice ? On aurait un salaire. Mais est-ce que Fab voudrait quitter la France. Et puis nous avions « conclu », que si nous voulions être cohérent avec RISEAL cela ne devrait pas être des blancs qui gèrent le projet. Fab est en train de réfléchir aux différents scénarios d’itinéraires possibles pour les jours qui viennent. On doit faire la piste entre Tuléar et Fort Dauphin. On va louer un4x4, il n’y a pas de taxi-brousse, côté bilan carbone on devrait s’en sortir, côté financier il faut que l’on calcule. Après Fort Dauphin, ville du Sud de Madagascar au difficile accès, il faut 3 jours de camion brousse pour rejoindre Tana, il faut bien calculer notre itinéraire et ne pas se planter. Cette fois-ci, nous avons une date buttoir, le 07 Novembre. » NAT

Vendredi 17 Octobre 2008 (Putain de rois mages !, TANA - TULEAR) : Le jour se lève sur la RN7. Nous sommes toujours dans le minibus Toyota et nous avons mal dormi. Il est 6h du matin lorsque nous arrivons à Ihosy pour prendre le petit dèj’ dans une gargote de rue. Nous avons de grosses cernes et le nez plein de trucs noirs à cause des fuites d’échappement. Il reste au moins 10 heures de route et il commence déjà à faire chaud. Nous reprenons la bonne route goudronnée faisant halte à Ilakaka ‘la ville des saphirs’ pour livrer quelques marchandises et repartons. Les 3m3 de chargement que nous avons sur le toit sont à déposer à Sakaraha. Le chargement est un peu au dessus des normes autorisées si bien que nous avons droit à des vérifications à quasi tous les barrages de police. Mais depuis quelques kms, les chauffeurs font le coup de la gazette. A chaque barrage de gendarmerie ou de police, ils tendent par la fenêtre le quotidien malgache avant même que l’agent ne pose de questions. Ce dernier invite le minibus à passer souvent avec le sourire, sans nous contrôler, trop content d’avoir quelque chose pour tromper l’ennui. Nous arrivons à Sakaraha. Le déchargement commence et dure moins longtemps que ce que nous aurions cru. Nous en avons marre et avons envie d’arriver mais le temps passe et la journée que nous pensions avoir à Tuléar ne devient qu’un lointain espoir. Nous sommes en plus attendu par Kazou, notre futur loueur de 4x4 avec qui nous devons partir le lendemain et avec qui nous devons négocier la location et faire le contrat. Vers la fin du déchargement, les rois mages décident d’aller faire un tour en ville comme ça sans rien dire. Au moment de reprendre la route, il en manque un. On patiente un moment, on attend puis interpellons le chauffeur « il est où l’autre ? » « quelqu’un pourrait aller le chercher, non ? ». Baltazar part à sa recherche puis revient bredouille puis Melchior tente sa chance pour un résultat identique. Le petit jeu de cache cache dure une bonne demi heure jusqu’à ce que le chauffeur presque aussi énervé que nous fasse mine de partir et que Baltazar et Melchior se mettent vraiment à chercher. On récupère le troisième au bord de la route en train de ne rien faire. Le chauffeur leur crie dessus pendant un bon moment avant que nous n’entendions un « azafady » (« excusez-moi »). On arrive à Tuléar vers 16h30 après près de 24h pour un trajet qui aurait du n’en prendre que 20. Les chauffeurs s’excusent et nous emmènent jusqu’à la porte de l’hôtel. Notre programme est de partir demain en 4x4 avec Kazou, l’ami de Solofo, sur la piste côtière du Sud. Après l’avoir fait venir et discuté avec lui, nous décidons de reporter le départ à dimanche. Il nous annonce au passage que la piste côtière lui, il ne la connaît pas, d’habitude il passe par l’intérieur. On remet cette discussion à plus tard trop fatigués pour réfléchir vraiment. Nous mangeons rapidement et allons dormir d’un sommeil lourd.

Ecrit le Samedi 01 novembre 2008, 16h44, Bungalow du Sud, Manakara
Samedi 18 Octobre 2008 (Retrouvaille et préparation, TULEAR) : Aujourd’hui nous devons organiser le départ avec Kazou. Fab a réussi à glaner quelques informations sur l’état de la piste et sur les itinéraires possibles auprès d’un guide en lui faisant croire qu’il était intéressé par un tour. Kazou est d’accord pour tenter le coup sur la piste côtière. Nous demanderons le chemin au fur et à mesure et nous verrons bien. Nous lui expliquons que nous voulons dormir chez l’habitant et manger à la gasy. Nous avons 3 jour pour faire plus de 800 km ce qui ne laisse pas beaucoup de marge si la piste est très mauvaise. Kazou a pour mission de remettre en ordre sa voiture qui n’arrête pas de caler et nous partons sur le marché pour acheter quelques fruits et des sardines. Le soir nous retrouvons avec plaisir et beaucoup de bonne humeur la table de la petite gargote de Mr et Mme Bongo. Les choses ont un peu changé, il y a 2 tables de plus mais le poisson sauce est toujours aussi bon et l’assiette de riz toujours aussi grosse. Demain nous claquerons un gros budget tourisme avec 3 jours de location de 4x4 sur les pistes du sud. Kazou a l’air sympa et bien sérieux. Il loue ses services pour pas trop cher comparé aux autres. Le hic, c’est qu’aucun d’entre nous ne connaît la route.

Du Dimanche 19 Octobre au Mercredi 22 Octobre 2008 (Sur les pistes du Sud, TULEAR – FORT DAUPHIN) : Pour Kazou, l’heure c’est l’heure. Il arrive même avec 10 minutes d’avance ce matin. Il est 6h moins 10 lorsqu’il pointe le bout de son nez devant notre chambre. Nous partons 5 minutes plus tard pour nous engager sur le goudron de la RN7 pendant 70 km jusqu’au croisement où débute la piste. On prend un café vite fait au croisement puis les choses sérieuses commencent. L’objectif de la journée est d’arriver à Itampolo, le plus beau site de la côte Sud selon le Lonely Planet. Nous savons que la piste côtière est praticable depuis que nous avons croisé un autre 4x4 sous le tropique du Capricorne. Le Mitsubishi est en bon état et Kazou conduit bien. Nous traversons des paysages arides sur une piste de terre rouge puis sableuse. Nous demandons régulièrement notre chemin et l’état de la piste. Les paysages varient. Nous passons de grandes étendues clairsemées d’arbres et d’arbustes à une grande forêt d’épineux au milieu de laquelle la piste serpente, parfois nous passons dans de véritable champs de termitières. On prend un villageois qui cherche à rejoindre un village 50 km plus loin. Ici, les véhicules sont rares et les vahazas n’embarquent généralement pas les locaux. Cela ne nous dérange pas de rendre service et en plus c’est bon pour le bilan carbone. Il nous sert également de guide le temps du trajet. Nous voyons aussi pas mal de baobabs et finissons par atteindre une piste de sable blanc qui annonce la côte. Après plus de 7 heures de route, nous découvrons Beheloka et nous nous exclamons devant ses eaux bleues turquoises que nous n’attendions pas. Après une rapide ballade, les pieds dans l’eau translucide et sous un soleil brûlant, nous mangeons chez une maman du coin. Nous nous mettons à table dans sa maison à une seule pièce assis autour d’une table basse à côté du lit et des valises qui font office d’armoire. Le poisson pêché du matin est délicieux. Mais à peine le temps de digérer que nous devons reprendre la piste. Il reste 95km jusqu’à Itampolo, à peu près 3 heures de route, et il est déjà 15h. La piste longe la côte mais à quelques km à l’intérieur des terres. Nous ne voyons plus la mer mais nous découvrons quelques tombeaux Mahafaty et leur décoration représentant la vie et les richesses du défunt. Kazou, encouragé par Céline Dion, avance vite sur la piste sableuse et roulante. On a même mis les ceintures de sécurité au cas où. Nous sommes ralentit par de jolies caravanes de charrettes à zébus rentrant du marché, le plus souvent des transporteur de manioc, ou par des troupeaux de zébus comportant de très beaux spécimen. Il y a aussi des gens à pied sur la piste qui détalent comme des fous au coup de klaxon de Kazou ce qui a le mérite de bien nous faire rire et eux également. La fin de journée arrive et quelques tortues radiées jouent les obstacles mouvants sur la piste. Kazou roule bien et nous arrivons avant le coucher de soleil à Itampolo. Nous trouvons une chambre assez facilement chez l’habitant et pour le coup elle est habitée. En fait c’est un ado qui nous cède la sienne pour 8000 Ar. C’est cher pour ce que c’est mais sur cette halte touristique les hébergements sont rares ou hors de prix. Nous posons donc nos sacs dans une petite case pleine de vêtements, de valises, de mâchoires de requin avec au mur les photos de la copine de notre hébergeur. On mange le soir dans une « chambre » comme à midi non loin du lit de la proprio. C’était la journée « chez l’habitant ». Nous qui voulions être chez l’habitant nous sommes servi même si à Itampolo l’accueil est loin d’être chaleureux.
Le lundi nous reprenons la piste sableuse après une petite baignade matinale dans l’océan indien et avoir payé un droit de passage au chef de quartier. Nat négocie car nous ne faisons pas parti d’une agence de voyage. La veille, un villageois nous a indiqué un chemin et surtout un raccourci qui doit nous faire économiser quelques heures de piste. Les rivières sont asséchées et on peut plus facilement prendre les chemins de traverse. La piste toujours sableuses et roulante serpente à travers la végétation basse et épineuse et les nombreux tombeaux Mahafaty. Il y a un ou deux autres 4x4 de touristes devant nous et nous suivons les traces. Kazou demande le chemin régulièrement mais nous ratons quelques embranchements sans de trop graves conséquences. Nous croisons des charettes à zébus , traversons un marché brousse où tous les regards sont scotchés sur la voiture à notre passage, une forêt de figuiers de barbarie,

quelques villages loin de tout, deux rivières asséchées où quelques malgaches viennent creuser des trous à la recherche d’eau pour les troupeaux, pour la lessive ou pour ramener au village, et voyons de nombreux troupeaux de zébus. Le piste s’éloigne de la côte et devient plus difficile, plus caillouteuse. Nous faisons une halte à Behoka pour manger et prendre du gazole. Nat en profite pour faire l’affaire du siècle avec quelques boîtes en bois typiques du Sud et nous reprenons une piste caillouteuse pour rejoindre Lavanono ‘le village des surfeurs’. Malgré les longues heures de route, nous ne nous ennuyons pas. Nous arrivons quelques heures plus tard à Lavanono. Les options d’hébergement sont assez restreintes et les seuls hôtels dans nos prix sont soient complets soient avec un accueil pitoyable. Le village est très petit et nous n’avons pas le choix. Nous allons dans celui au mauvais accueil et la gérante tire tellement la tronche et propose des repas tellement cher que ce soir, par principe, nous préférons manger des pâtes chinoises. En plus le site n’a rien d’exceptionnel et l’ambiance dans le village très dénaturée par le tourisme. Nous ne somme définitivement pas des surfeurs !
Mardi c’est le dernier jour. Il ne reste qu’une centaine de km pour aller jusqu’à Ambovombe, la ville dans laquelle nous terminons la location et devons retrouver les joies du taxi-brousse jusqu’à Fort Dauphin. On quitte Lavanono sans regret et nous engageons sur une piste tantôt caillouteuse tantôt sableuse. Les tortues radiées sont encore de sortie. Les discussions avec Kazou passent le temps, nous croisons toujours autant de zébus et de village isolés. Nous nous arrêtons quelques heures à Faux Cap qui constitue sans aucun doute la plus belle étape du parcours. Nous sommes subjugués. La vue depuis le sommet des dunes sur les vagues qui s’écrasent sur la barrière de corail, la baignade dans les eaux translucides, la ballade sur la plage et au milieu des dunes, tout y est… Nous y passons une bonne partie de la matinée, passons un peu de temps à discuter avec la sympathique propriétaire de l’hôtel. Mais il nous faut repartir de cet endroit et il nous faut quelques heures pour rejoindre Ambovombe. Nous fêtons la fin du trajet dans un bar avec Kazou. Il est content car il a lui aussi découvert cette piste. Tout s’est bien passé, nous ne nous sommes pas trop perdus et surtout très bien entendu. Il invite une amie à sa table. Elle dit aller à Fort Dauphin demain, elle est assez riche et Kazou nous propose de profiter de la course. On saute sur l’occas’ et décidons de lui donner en pourboire le prix du trajet en taxi-brousse.
Mardi nous quittons donc à 6:00 comme convenu avec Kazou Ambovombe pour Fort Dauphin. Nous accompagnons son amie et ses 2 fils qu’elle surnomme Melon et Pastèque qui sont adorables et très sages. Nous ne regrettons pas d’être en 4x4 car le goudron est défoncé et le trajet très difficile. Kazou nous dépose non loin du centre ville et après un bref au revoir nous partons à la recherche d’un hôtel. Nous galérons. Nous appelons Yoann à tout hasard car il a habité là un bon moment et il a peut être des bons plans. Il nous apprend qu’il est sur Fort Dauphin également et nous indique effectivement 1 ou 2 bonnes adresses. Nat reste au bar pendant que Fab fait le repérage et ne tarde pas à trouver le bon endroit. On s’installe dans un des hôtel les moins chers de la ville dans une chambre qui ne vaut pas les 20000 Ar que l’on nous facture. Fort Dauphin est devenue une ville très chère depuis l’arrivée de la société QMM qui exploite un grand gisement de leminine.

Ecrit le Dimanche 02 novembre 2008, Env. 9h, Bungalow du Sud, Manakara
Du Dimanche 19 Octobre au Mercredi 22 Octobre 2008 (Suite) : Si la périphérie ressemble d’avantage à une ville industrielle, le centre est plus attrayant. L’ambiance est un peu étrange avec ses grandes avenues blanchies par le sable et par le soleil, il fait chaud, il n’y pas grand monde, quelques gargotes cachées, l’ambiance y est vraiment étrange mais agréable. Un peu comme un mélange d’une ville du Far West et d’une petite bourgade africaine. Et puis, elle offre une vue splendide sur la baie et ses eaux turquoise. Nous en profitons un peu mais pas assez. Dans quelques années nous n’aurons plus cette chance, déjà un mur bétonné fait son apparition entre la plage et les dunes. Peut-être pour préserver les quartiers de l’avancée de la mer, peut-être pour sécuriser la route qui va mener jusqu’au nouveau port dont on aperçoit au loin déjà et de l’autre côté de la baie les premières constructions. Le 2ème plus grand port d’Afrique est en train de naître. Tout les gens que nous avons rencontré et qui connaissaient Fort Dauphin nous on dit qu’ils préféraient cette ville avant, que c’était l’un des plus bel endroit du pays. Aujourd’hui, on sent déjà que cette ville a perdu quelques chose et que bientôt elle deviendra une de ces villes où il ne fait pas bon traîner. On passe les heures chaudes de la journée dans la chambres à rattraper notre retard sur le site Web.

Ecrit le Mercredi 22 octobre 2008, 19h06, Resto le Stadium, Fort Dauphin « Aujourd’hui, cela fait 19 mois que nous sommes partis, nous aurions du rentrer, il y a 1 mois… Sans commentaire »
« La maman de Fab appelle comme nous l’avions prédit, nous avons commander un poisson grillé crudité et un thon frites »

Du Jeudi 23 Octobre au Samedi 25 Octobre 2008 (Les dernières, FORT DAUPHIN) : On passe la journée du jeudi à bosser en prenant cependant le temps de partager le repas de midi avec Yohann qui voyage seul depuis 10 mois. Il doit rester encore 15 jours sur Fort Dauphin, il a apporté des fournitures scolaires dans l’école que son association a pris sous son aile. Il a changé un peu de discours depuis la dernière fois que nous l’avions vu. Il nous confie qu’il s’est rendu compte que ce ne sont pas de stylos ou de fournitures scolaires dont ont le plus besoin les élèves mais de vrais professeurs. Les fournitures, on peut en trouver ici, les faire venir de France ne rime à rien, les acheter sur place ferait en plus fonctionner l’économie locale. Les enseignants sont payés une misère, ils ne peuvent pas vivre avec 8€ par mois, comment leur demander d’assurer des cours quotidiennement alors qu’ils n’ont pas assez pour manger. Et puis le niveau n’est pas là. Depuis cette année, on demande même aux professeurs d’enseigner en anglais (l’actuel président n’aime pas les français qui ont reconnu en dernier la légitimité de son élection), la plupart ne connaissent déjà pas très bien le français, et suite à cette nouvelle loi, aucune formation d’anglais n’a été assuré pour les professeurs. Ils se retrouvent donc a se débrouiller encore une fois par eux même. Et dans l’école de Yohann, c’est eux qui lui ont demandé à ce qu’il leur donne des cours d’anglais. Il a donc quinze jour pour cela. Ce qu’il nous explique ici reflète encore là, bien les erreurs de l’aide au développement. En France ou ailleurs en Europe, nous sommes tellement plein de certitudes que l’on croit savoir ce qu’il leur faut ici… Des stylos, des cahiers, des écoles… Mais arrêtons de penser ou de raisonner sans connaître, il fait venir sur le terrain pour leur demander de quoi ils ont besoin. Yohann est venu sur le terrain et a compris, maintenant il va essayer d’envoyer des français pour assurer un bon enseignement, former les professeur, essayé de trouver des financements pour améliorer la condition des professeurs. Petit à petit il veut essayer d’améliorer les choses… On se quitte car justement il retourne à l’école. Nous, on va réserver le Tata pour Fianaranstoa qui partira dimanche matin. La piste est mauvaise, ce sont des bus brousses qui effectuent généralement ce trajet.
Vendredi matin nous partons en direction de la plus jolie plage de la ville pour, non pas une petite baignade mais pour la dernière rencontre de RISEAL. Wouah ! Superbe !

Nous arrivons par le haut d’une colline qui surplombe la plage. La vue est magnifique, l’eau est bleue turquoise, les pirogues reviennent de la pêche. L’ONG que nous allons voir, Andrew Lee Trust Foundation, se trouve sur l’autre colline juste en face de l’autre côté la plage. Nous traversons la plage de sable blanc, nous sommes suivi et harcelé par des filles qui veulent soit nous vendre des colliers soit nous proposer des massages. Les garçons eux nous proposent des poissons et des langoustes. Nous passons notre chemin et arrivons rapidement aux bureaux de l’ONG. Le projet foyer amélioré s’est terminé il y a quelques années. Une nouvelle responsable vazaha n’est pas au courant et ne connaît pas les précédents programmes. Encore une fois, c’est une succession de projet sans aucune continuité. Elle fait venir sa collègue qui était présente au moment du projet et nous posons les questions que nous avons eu l’habitude de poser lors des nombreux entretiens similaires « Comment avez-vous fait la promotion ? Faites vous un suivi ? Que ce sont devenus les équipements aujourd’hui ? Combien les foyers coûtaient-ils ? Quel était le coût de fabrication ? Comment les fabriquiez vous ? Avec quel matériaux ? Est ce que les équipements étaient vendus ou donnés ? Qui faisait l’entretien ? Quelle était la durée de vie ? Et que faites vous aujourd’hui ? …». Au final, on ne sait pas aujourd’hui si les artisans continuent de fabriquer les foyers ou si les populations les utilisent toujours. Leur nouveau cheval de bataille est de réintroduire le sorgho, céréale qui, il y a plus de 20 ans, a disparu à cause d’une grande famine. Toutes les semences ont été mangé. Les 2 femmes nous expliquent que c’est une céréale qui a en plus une grande valeur dans la culture de la région, car si ailleurs ce sont les zébus qui sont offerts en sacrifice lors des rituels, ici, dans cette région pauvre c’était souvent le sorgho qui avait ce rôle. L’autre grande projet que la fondation mène est l’installation de radio et la diffusion d’information via les ondes, moyen le plus approprié ici pour sensibiliser. Vendredi soir nous sommes prêts pour la mise à jour que nous avons encore une fois fait dans l’urgence.

Samedi nous partons avec Delphin, un guide local, pour une excursion imprévue qui sera sans doute la dernière du séjour. 2h30 de pirogue à rame avec Delphin et le piroguier qui parlent bien français et qui sont sympas. Les canaux sont larges, nous passons 2 grands lacs, Delphin achète le poisson pour midi après avoir interpellé 2 femmes qui marchaient sur les bords de la berge, nous passons une écluse. Nous n’avions pas encore fait ça, et de voir ces 3 gars, casques sur la tête, équipés d’un gilet de sauvetage orange déverrouiller manuellement l’écluse et pousser les « portes » est plutôt déconcertant.

L’équipement prête à rire mais ce sont les canadiens de QMM qui ont payé l’installation et « les canadiens ne rigolent pas avec la sécurité ». Ca frise le ridicule mais c’est comme ça. Nous ne regrettons en rien cette sortie. Nous arrivons au petit village de pêcheur d’Evatra, il fait chaud, il doit être 11h environ, il faut marcher un peu pour rejoindre le site de Lakoro. Nous traversons un deuxième petit village où les gamin demandent des bonbons avant de dire bonjour et où les mamans disent à l’oreille de leur petite progéniture de demander des cadeaux aux vazahas. Delphin marche vite, il est pressé,

il a peur que le vent se lève et que le retour soit très difficile. Nous grimpons sur des petites collines nous rappelant les plateaux Batéké en plus petit mais avec en plus la vue sur l’embouchure du fleuve et l’océan indien. Nous dominons le large canal par lequel nous sommes arrivés, il vient se jeter dans l’océan, l’endroit est sauvage. De petites falaises bordent l’océan, nous grimpons, redescendons, suivons toujours au pas de course Delphin qui nous emmène dans une petite crique de rêve. Nous nous y baignons, la mer est agitée, mais le lieu superbe, nous réalisons que cette baignade sera sans doute la dernière du voyage. Nous n’arrivons pas à quitter l’eau et y revenons plusieurs fois avant de repartir dans la chaleur au premier village pour manger. En attendant que Delphin finisse de préparer le poisson grillé, nous nous posons à l’ombre d’un gros arbre sur un vieux banc de bois. Nous regardons la vie du village pas très animée à cette heure chaude de la journée. Un homme est en train de faire une cloison avec du bambou et du ravinala. Des gamines s’agglutinent autour de nous et commencent à jongler avec quelques fruits pas mûrs. On s’équipe de 3 fruits verts et nous nous joignons à la petites troupe de jongleuses. Il ne nous faut que 5 minute pour faire l’attraction du village. Les enfants s’approchent, se mettent autour de nous ou devant nous et nous regardent. Notre démonstration de jonglage n’étant pas très prometteuse, nous dessinons une marelle sur le sol et commençons à jouer comme au bon vieux temps. Tout le monde est scotché et même quelques grands sortent de leur parcelle et s’approchent. Les vazahas qui sautent d’une case à une autre les fait bien rire, surtout lorsque l’un d’entre eux perd l’équilibre. On tend le caillou à quelques enfants pour qu’ils jouent avec nous, mais ils sont trop timides et personne n’ose tendre la main. Une petite fille, la seule qui savait jongler avec 3 fruits, finit par prendre le caillou avec l’encouragement de ses copines. Elle a bien compris les règles, jette le cailloux avec beaucoup plus d’adresse que nous et se met à sauter elle aussi d’une case à une autre. Pas le temps de finir la partie, et de toucher le Ciel, le poisson est prêt. « Veloma ». On quitte le petit groupe qui reste autour de la marelle en nous faisant des signes de la main. Ils ont bien capté les règles mais nous savons pas s’ils continueront de jouer.

On repart vers 13h avec le vent qui s’est levé. Le temps est contre nous. Il nous faut pagayer tous les 4 car le vent est de face et fort.

Nous sommes même obligés de faire une halte dans un village, Delphin préférant nous faire continuer par 1h30 de marche. Il nous dit que c’est trop dangereux, qu’il y a un passage où la pirogue risque de se renverser sous l’effet conjugué du vent et des vagues. L’option de la marche et de découvrir un autre chemin ne nous déplaît pas. En route, nous trouvons de petites graines rouges, Nat est trop contente, elle aura de quoi s’occuper en France, de quoi faire des colliers. Les garçons l’aident à ramasser les petites graines

et quand les quelques femmes que nous croisons la voient se baisser pour ramasser les petites boules rouges, elles en font de même et lui donnent. Nous avons évité la grosse pluie et ne tardons pas à arriver en ville. Nous ne nous sommes pas encore décidé pour la suite : annuler le Tata et trouver un 4x4 qui remonte à vide vers Manakara par la côte Est ou prendre le Tata que nous n’avons jamais emprunter et qui remonte par la difficile piste intérieure. Nous n’arrivons pas à nous décider. Si on veut annuler le Tata il faut le faire avant la fermeture des bureau à 17h. Il est presque 16h30. On fait plouf plouf (et c’est l’inverse qui gagne). Verdict : on part demain avec Tata. Même Delphin, après coup, nous confie que c’est mieux car lorsque nous lui donnons le nom du rabatteur qui devait nous trouver le 4x4, il nous dit qu’il le connaît et que ce dernier a déjà fait des problèmes avec les touristes. Pas de regret alors!.
Nous ne profiterons pas plus de Fort Dauphin et ne passerons pas le dimanche avec Yohann, nous passons quand même le samedi soir avec lui, allant de gargotes en gargotes pour partager THB et samosas.

Du Dimanche 26 Octobre au Lundi 27 Octobre 2008 (Sur les pistes avec Tata, FORT DAUPHIN, FIANARANTSOA) : Comme d’habitude nous ne pouvons nous empêcher de respecter l’heure annoncée pour le départ. Mr Claude, le responsable de la coopérative de transport, nous avait dit 5h- 5h30, il est 5h15 quand nous quittons l’hôtel. Les rues en ce dimanche matin sont déssertes. Nous faisons 300m à pied afin de trouver un endroit stratégique pour choper un taxi ville. Mais rien : pas de taxi à l’horizon. Fab part à pied sans les sacs, mais pas un seul véhicule ne pointe le bout de son nez. Tout est plus que calme. Le temps passe. 5h40 arrive, nous ne pouvons nous empêcher de téléphoner à Mr Clade pour l’avertir de notre retard, il n’y a bien que des vazahas pour faire ça « C’est pas grave nous dit-il ». Tu parles… On ne partira qu’à 7h30. Décidément, c’est un truc que l’on arrivera pas à faire… Ne pas arriver à l’heure annoncer !

On prend place dans le Tata. Nous ne sommes pas mal installés, il n’y a pas grand monde. Ça va le faire !. Il nous faut 5h pour faire les 110 km sur le goudron défoncé jusqu’à Ambovombe. Le temps passe vite, sans doute « grâce » à Picolo, notre voisin de derrière, qui anime le voyage, un mec bien fringué qui s’est mis la tête à l’envers au tokagasy pendant les premières heures du trajet. Il n’arrête pas de parler fort et de faire arrêter le Tata pour pisser, se confondant chaque fois en excuse « azafady, azafady ». On s’arrête à la gare routière d’Ambovombe qui est vide en ce dimanche . Les seuls occupants sont des mendiants ou des petits vendeurs en tout genre. Il est 13h. c’est aussi, la pause déjeuner. On commande un riz viande sauce… sans sauce. C’est pas terrible. Sans doute le plus mauvais repas de Mada. On revient vers Tata. Picolo achète des dindons, c’est le pays du dindon ici, du gros dindon, et continue de distribuer des billets aux gamins. Et puis go… On attaque la fameuse piste. Carte en main, on pronostique nos heures de passages dans les petites villes indiquées le long de la RN13. En faisant du 25 km/h, nous arriverons à 22h à Betroka et 10h à Ihosy. Nous ne nous trompons guère. Le Tata avance bien.

Les 2 chauffeurs se relaient régulièrement (toutes les 6 à 8h). La piste est quand même moins jolie que celle que nous avions prises avec Kazou et est moins mauvaise que ce que nous imaginions. Elle est pas mal sableuse, il y a des passages difficiles là où c’est caillouteux. La nuit tombe. Nous nous arrêtons vers 19h pour manger. C’est encore plus mauvais qu’à midi, et comme quelques heures plus tôt, les serveuses ne veulent pas nous servir car elles ne parlent pas français. Avec nos quelques mots de malgache, nous pouvons leur faire comprendre ce que nous voulons mais elles ne veulent même pas s’approcher de nous.

Ecrit le Dimanche 02 novembre 2008, Env. 12h51, Terrasse Chez Maman, Manakara
Du Dimanche 26 Octobre au Lundi 27 Octobre 2008 (Suite) : On reprend la route et surprise, le convoyeur décide de faire asseoir un 6ème passagers sur notre rangée. Nos voisins sont des villageois et à part nous, personne n’ose rien dire. Nous sommes du coup, beaucoup moins bien installés et juste avant la nuit ce n’est pas terrible. En plus, le nouveau passager prend ses aises et pousse la mémé assise à côté de nous qui n’ose rien dire. Nous passons la nuit ainsi, serrés dans le bus qui rebondit sur la piste de terre, somnolant pendant que l’intrus roupille lourdement. Nous sommes d’autant plus agacés qu’il y a une place qui s’est libérée au bout d’une heure à l’arrière du bus, que lui ne veut pas bouger, que la mémé nous interdit de le réveiller lorsqu’il prend trop de place. Sur les 6 de la rangée, un seul dort bien et c’est l’intrus. Le petit jour arrive, nous sommes toujours sur la piste, les paysages sont toujours arides et le soleil levant colore la savane et les reliefs alentour d’une belle couleur orange. L’intrus, suite à une pause pipi, et après avoir bien fait sa nuit, décide de prendre la place à l’arrière. Nous sommes de nouveau à peu près confortablement installés, mais dommage, la nuit est terminée. L’autre surprise de la matinée, c’est que mémé a fait tomber un bidon d’huile de Jatropha ou de ricin pendant la nuit, rependant le produit gras sur le sol à nos pieds et se gardant bien d’en informer quiconque. On arrive vers 9h à Ihosy. C’est la fin de la piste et le début du goudron. Il faut chaud. On est tout collant, les pieds sales et la gueule enfarinée mais on ne devrait par arriver trop tard à Fianar, il ne reste que 200 km de goudron, à Mada. cela veut dire 4h de route au moins. On quitte Ihosy vers 10 après avoir pris un petit déj’. Sur le parking de la gare routière, une veille 404 bâchée en ruine fait la joie de quelques gamins. On retrouve nos place dans le Tata et reprenons la route lisse cette fois ci. C’est plus confortable mais la chaleur devient pesante et nous piquons quelques petits sommes. Le Tata nous arrête à Fianar. vers 14h, les autres passagers continuent leur route jusqu’à Tana, nous n’aimerions pas être à leur place. Nous retrouvons, l’Encre d’Or, le petite hôtel douillet en haut de la gare routière que nous ne quitterons plus jusqu’au lendemain matin.

Mardi 28 Octobre 2008 (Dans le petit train de Disneyland, FIANARANSTOA - MANAKARA) : Ce matin vers 5h30, nous rejoignons à pied la gare ferroviaire. Nous devons prendre le « fameux » train jusqu’à Manakara. Nous voyageons en 2ème classe et nous devons donc faire la queue et arriver assez tôt pour obtenir des bonnes places. Nous nous attendions à une cohue de rabatteurs mais l’ambiance dans la petite gare est assez tranquille. Les guichets ne sont pas encore ouverts. Un vieux bagagiste, équipé d’un gilet fluo n°1 (pas aux normes CE), nous accoste et nous propose de réserver nos places. Sauvages comme nous sommes, nous refusons « Merci, on va faire la queue ». Dans la file d’attente un autre vazaha nous explique que pour 1000 Ar, ceux qui ont les moyens font comme ça pour être sûr d’obtenir une pace assise près de la fenêtre. Nous retournons voir le petit vieux et lui demandons de nous réserver 2 places contre 2000Ar, il accepte. Il nous montre où poser nos sacs et guette notre avancée dans la file d’attente après l’ouverture du guichet. Vers 6h30 nous voyons quelques groupes de touristes partir directement sur le quai, sans passer par la case file d’attente, sans doute pour prendre leur place en première classe. Nous suivons le petit vieux qui dynamiquement nous emmène à nos places effectivement bien situées à côté de la fenêtre. Il a déjà un petit monde dans le wagon. Nous sommes assis juste derrière l’autre vazaha de la 2ème classe. Habitué du coin, il nous apprend que le train n’est rentable que grâce aux touristes. Le train part à 7h00 comme prévu. A la sortie de la ville, beaucoup de gamins font de grands signes aux wagons sur le passage du train.

A l’intérieur, nous sommes assez bien installés, sauf qu’une jeune fille, sans doute villageoise, se colle à nous dès que nous mettons le nez à la fenêtre. Les paysages défilent, le petit train descend doucement jusqu’à la côte sur les rails tordus. Le trajet que le Lonely planet ou les touristes rencontrés nous annonce comme l’un des plus beau de Madagascar ressemble finalement assez à ce que nous avons l’habitude de voir sur la route entre Tana et Tamatave. Il y a quand même de jolis point de vue sur les plaines et les vallées en contrebas. Dans le wagon l’ambiance est tranquille. Quelques enfants nous regardent avec de grands yeux et le troisième vazaha qui s’avère être photographe en vacance « shoote » à tout va. La façon qu’il a de bombarder de photos les enfants dans le wagon nous met un peu mal à l’aise, un peu comme s’il avait trouvé de petites proies faciles. Il demande quand même les adresses des parents à la fin. Nous traversons quelques villages et des vendeuses à la fenêtre proposent différents petits trucs à manger.

Les saucisses sont délicieuses, les samossas un peu gras, et le pain est hors de prix. Il y a beaucoup d’animation car le train est la seule voie de communication pour certains villages. Nous restons le plus souvent accoudés à la fenêtre à regarder les gens s’activer ou à commander des trucs à manger. Nous voyons quelques vahazas de la première classe s’aventurer sur les quais lors des arrêts et repartir en courant vers leur wagon au coup de sifflet du chef de gare. Ca nous fait rire. On soupçonne le chef de gare d’attendre que 2 ou 3 vazahas s’éloignent de leur wagon pour se mettre à siffler. C’est après 2 bonnes heures de train dans un virage surplombant une jolie vue que nous nous rendons compte du nombre de touristes. En fait, sur les 5 wagons que compte le train, seulement 2 sont destinés aux malgaches. Sur les 3 derniers, nous voyons dépasser des fenêtres une armée d’objectifs en tout genre tenus par des bras blancs. La vision est un peu étrange. Lors d’un arrêt un peu plus long que les autres, nous hallucinons. De la fenêtre, nous voyons une vieille vazaha regarder autour d’elle uniquement à travers son écran d’appareil photo. Elle photographie plusieurs personnes sans les regarder, sans dire bonjour, sans demander l’autorisation. Elle n’est pas la seule à faire ça. D’autres distribuent quelques bonbons trop ennuyés de ne savoir à qui donner quand l’effectif des troupes d’enfants malgaches s’agrandit. Fab va faire un tour dans le village et là, c’est surréaliste. Ca ressemble à un village de carton pâte, un peu comme à Disneyland sauf qu’ici tout est bien réel. Les malgaches vaquent à leurs occupations habituelles, épicerie en tout genre, gargote de rue, enfants qui traînent et petits jeux d’argent, sauf qu’au milieu du bazar habituel, y’a des blancs, beaucoup de blancs qui, appareils photos ou caméscopes en main, photographient ou filment à tour de bras, sans pour autant qu’il ni ait d’échange avec les malgaches. Une femme rentre dans une épicerie, prend une photo et ressort, plusieurs retraités sont installés près d’une roulette et font la queue pour prendre la photo, se relayant au seul bon point de vue sur le joueur et la roulette, un jeune homme prend une mère et sa fille vendeuses de bananes sur le trottoir sans même leur dire bonjour ou montrer la photo. Le pire c’est que les malgaches semblent complètement indifférents à cela. Sans doute l’habitude. Nous sommes choqués. Cela sonne faux. On est bien loin des échanges de sourires et des grandes rigolades lorsque Nat fait des poses de gamins dans la rue ou dans la brousse et leur montre les résultats. On ne comprend pas et nous sommes d’autant plus outrés quand nous savons que certains tours opérators affichent ce trajet comme une excursion « Après avoir pris en photo les lémuriens, venez prendre en photo les malgaches ». Tout ce petit monde oublie très vite que ce train est avant tout un moyen de transport. On est sidéré, on a honte. On ne comprend pas l’attitude des touristes, on ne comprend pas qu’ils ne comprennent pas le mal qu’ils peuvent faire. On se demande s’ils réalisent que ce train n’est pas juste qu’une excursion touristique. Et puis à la gare suivante c’est pareil. Tous regardent à travers leur écran l’animation de la gare. Puis l’équipage à la bonne idée de supprimer un wagon de deuxième classe . Nous nous en tirons bien. Ce n’est pas le notre et n’avons pas à déménager. Mais nous nous entassons à 200 personnes dans l’unique wagon deuxième classe. C’est n’importe quoi ! Le vazaha photographe lance cyniquement « les touristes vont avoir de quoi se mettre sous la dent ». Il fait très chaud et à l’intérieur ça devient vite un four. Les gens transpire à grosse goutte, personne ne peut bouger, il n’y a pas d’air. Notre petite voisine qui a troqué sa petite robe de princesse contre un short est portée à bout de bras par la fenêtre pour faire son arrêt pipi dehors. Son tout petit frère tellement inquiet de la perte de vue de sa sœur et de sa mère se fera pipi dessus et pleurera un bon moment. Le trajet devient difficilement supportable. Nous ne pouvons nous empêcher de penser aux touristes de première classe bien installés dans leur wagon, appareils braqués par la fenêtre se féliciter de la beauté des paysages, de la typicité des escales, de l’intérêt du trajet ou de marmonner « qu’est-ce qu’ils sont pauvres ici ! ». Se donnent t-ils bonne conscience ou pensent t-ils bien faire en donnant des bonbons ou de l’argent aux enfants des villages « parce qu’ils sont pauvres et tellement mignons » mais est-ce que ça leur viendrait à l’idée de donner une bouteille d’eau à ces gamins qui ont finit la leur dans ce wagon ou de laisser leur place à une petite famille qui « crève » de chaud dans le même train qu’eux. Bref, nous arrivons vers 16h à Manakara fatigués et écoeurés de ce que nous venons de voir mais garderons cependant de très bons souvenirs de nos voisins de voyage

.

. Nous sommes les dernier de notre wagon à sortir et … oulalalala… la sortie est mouvementée. A peine un pied sur le quai qu’une colonie de pousseurs nous tombe dessus. Ils sont nombreux, bruyants et insistants. Pas de panique ! Nous voulons nous éloigner de ce brouhaha et trouver un pousseur au calme. Dehors c’est pire. On commence à avancer à pied et finissons 2 km plus loin au Bungalow du Sud en marchant avec 4 pousseurs qui nous suivent à vide depuis la gare. Impossible de s’en débarrasser malgré nos refus mais d’une bonne quinzaine à la sortie de la gare ferroviaire nous sommes passés à 4. Ils finissent par rigoler aussi, s’amusant de leur acharnement. On s’installe dans le petit bungalow « Vintsy ». Nous nous ruons sous la douche fraîche et ressortons pour manger après avoir partagé l’apéro avec des jeunes français du Sud. Le fils de la proprio, sympa mais un peu collant, nous a déjà proposé ses services de guide 2 fois pour un tour en pirogue sur le canal des Pangalanes. Il est 20h et on s’étonne de l’animation qu’il y a dans la petite ville à cette heure tardive pour la pays. L’ambiance est des plus décontractée.

Ecrit le Dimanche 02 novembre 2008, Env. 15h35, Bungalow du Sud, Manakara
Mercredi 29 Octobre 2008 (C’est l’occasion qui fait le larron !, MANAKARA) : Nous passons un mercredi tranquille. Le matin nous déambulons dans les rues de Manakara. La ville est active, de nombreux enfants nous disent avec le sourire et très poliment de leur petite voix douce « Bonjour vahaza ». Il y a des pousses pousses à tous les coins de rue mais ils sont beaucoup moins insistants que la veille. Au détour d’une rue, tandis que nous passons devant un atelier de métallurgie, nous reconnaissons la forme particulière de 2 chaudières d’alambic posées sur le trottoir, il y a aussi 2 condensateurs. Nous nous arrêtons pour interroger le chef d’atelier sur la destination de ces chaudières. Il nous apprend qu’ils sont 3 ou 4 à faire des huiles essentielles dans le coin et que l’un d’entre eux possèdent 10 alambics. Nous n’avons rien pour noter mais promettons de repasser plus tard afin de prendre les coordonnées de tout ce petit monde, des fois que nous pourrions aller faire une petite visite. Nous nous promenons un moment, trouvons l’océan indien, trop dangereux pour la baignade ici et retournons à l’hôtel. Nous refusons toujours les avances des pousses pousse et aussi celle de Tonio, le fils de la proprio qui propose son tour « pour moins cher ». Nous passons l’aprem’ entre glandouille et travail dans le petit bungalow « Vintsy » fuyant la chaleur et la moiteur. Le soir, nous croisons le vazaha photographe alors que nous cherchons une terasse pour nous poser. On s’assoie ensemble et commandons 2 bières. On parle un peu de tout et lui un peu plus et plus fort. Un autre vazaha, assis à une table à côté, se joint à la conversation. Lui et son épouse, la propriétaire des lieux sont en train de monter un hôtel dans un village de pêcheur à quelques km au sud de Manakara. C’est le plus bel endroit du coin d’après lui. Le couple doit y aller demain pour emmener du matos et suivre le chantier. Il y a un seul bungalow pour accueillir les touristes occasionnels et « privilégiés ». Nous échangeons un regard tandis que le nouveau s’apprête à quitter la table. « C’est possible de se joindre à vous ? » « Oui oui mais il faut vous décider rapidement » « et ça coûte combien ? » « je vais demander à ma femme Elisa ». Elle n’est pas là, nous repassons après avoir mangé dans un resto chinois vraiment pas bon. Nous tombons d’accord sur un prix et une heure de rendez-vous. Demain nous partons vers 9h30 avec eux pour 3 jours. Nous ne connaissons même pas le nom du village. Patrick nous promet de nous emmener gratuitement en exploration sur une partie du canal qu’il ne connaît pas. L’idée nous plaît bien. C’est génial le voyage.

Du Jeudi 30 Octobre au Samedi 01 Novembre 2008 (« Tout est possible » , MANAKARA – MANGASOTRA - MANAKARA) : Nous avons rendez-vous à 9h30 ce matin ce qui laisse le temps de préparer le départ. Fab va retirer de l’argent pendant que Nat prépare les sacs et sonde son ventre. Nous hésitons à partir car ce matin elle n’est pas très en forme et en plus le ciel est menaçant, et puis on se rend compte que l’on ne sait pas où l’on va. Finalement on décide de partir mais l’heure malgache retarde le départ et quand nous grimpons dans le petit bateau à moteur il est 11h30. Au fur et à mesure que nous avançons, le canal devient de plus en plus étroit. Malgré le ronron du moteur, nous apprécions le moment. La végétation est belle et Patrick et Elisa nous emmènent hors des sentiers battus. Peu de touriste parcoure cette partie du canal. Ils nous expliquent qu’ils sont tombés amoureux de l’endroit où nous allons et qu’il a fallu de longues heures de nettoyage du canal pour permettre l’accès au bateau. Patrick est bavard et intéressant et nous discutons beaucoup. Lorsque nous arrivons au village, leur dire se vérifie, c’est très beau. Les employés d’Elisa applaudissent le bateau à notre approche. Ils sont contents que la patronne revienne. Ca en dit long sur leur relation. Nous découvrons les yeux écarquillés le site, ses enfants souriants qui nous observent, l’océan rugissant, la tranquillité du canal, le petit village, le chantier de l’hôtel… Nous passons la soirée autour de la table avec nos 2 hôtes entourés d’enfants qui sont venus s’asseoir sur le sable en attendant la séance télé. Patrick et Elisa nous expliquent leur projet ici. C’est un couple franco-malgache. C’est Elisa qui gère le chantier, elle dirige une trentaine de travailleurs d’une main de fer mais n’hésite pas à leur offrir des moments de détente. Elle nous raconte comment elle a emmené toute son équipe en boîte de nuit à Manakara, comment elle organise des bals populaires en pleine brousse après une dure semaine de travail, comment elle les force à mettre des savates pour aller en boîte ou comment elle les « incrustent » à la table d’honneur du mariage de sa sœur. C’est une sacrée femme débordant d’énergie. Nous passons une très bonne soirée. Elle se termine devant la télé installée sur un coin de table en plein air reliée au groupe électrogène qu’elle a ramené et sur laquelle Elisa diffuse des clips pour les enfants du village « Je ne suis pas riche, mais j’ai été pauvre et si j’ai un peu d’argent je préfère le partager ». Au moment de nous coucher dans la case de village, nous ne pouvons nous empêcher de penser à la chance que nous avons d’être là avec ces 2 personnages que sont Elisa et Patrick. A quelques jours du retour en France, on ne pouvait pas espérer mieux comme dernière escale. Demain Patrick souhaite ouvrir une nouvelle voie avec le bateau. Il veut aller jusqu’à Vohipeno, 15 km plus au sud. Apparemment aucun bateau à moteur n’a jamais emprunté ce passage. Ni lui, ni son équipe ne connaisse ce morceau du canal. Nous nous joindrons à la petite expédition.

Ecrit le Mardi 04 novembre 2008, 17h49, Hôtel Lambert, chambre n°14, Tana
Du Jeudi 30 Octobre au Samedi 01 Novembre 2008 (Suite) : Le vendredi nous partons vers 7h après un copieux petit dèj’. Elisa reste sur le chantier pour gérer ses gars pendant que nous partons à l’aventure avec Patrick et quelques malgaches. 2 d’entre eux profitent du voyage jusqu’à Vohipeno pour aller voir la famille à l’occasion de la fête des morts. Personne ne connaît vraiment la voie. Patrick a pris 50L d’essence supplémentaire (au cas où !), pas mal d’eau, et des vivres préparées par Elisa pour le repas de midi, pour le reste on verra bien. Nous nous engageons sur le canal avec une petite heure de retard sur le programme prévu mais c’est l’heure malgache alors « tsisy problème ». Le bateau avance tranquillement sur les eaux claires et peu profondes du canal. A un moment, Patrick nous dit « à partir de là, je ne connais plus ». Au fur et à mesure que nous avançons, le canal se rétrécie. Il faut parfois lever le moteur car il n’y a plus assez de fond et ça passe à chaque fois sans que l’on ait besoin de pousser. Le canal rétrécie encore et la végétation change régulièrement. Nous passons entre les roseaux et les berges marécageuses puis trouvons les oreilles d’éléphant, des bananiers sauvages qui vivent les pieds dans l’eau. Un foutaber nous barre un peu le passage mais en serrant bien ça passe. Les paysages sont sympathiques. Rico, le pilote, interroge régulièrement les pirogues que nous croisons sur l’état de la route. Les gens nous invite à aller plus en avant avec le sourire. Vazaha, un malgache au large sourire, jardinier en temps normal et qui surnommé ainsi à cause de ses pieds blancs est à la tête du bateau. Il indique les obstacles au pilote. Il lui faut parfois, à l’aide d’une perche, dégager le passage, des branche ou des bois qui obstruent le canal. Le canal se rétrécie toujours. Dans certains passages la végétation dense frotte sur les 2 flancs de la pirogue. On commence à se demander si l’on va arriver au bout. Les choses se compliquent, nous voyons apparaître un pont pour piétons qui enjambe le canal. Mais avec moins de 80 cm de hauteur, il n’est pas assez haut pour que le bateau puisse passer dessous. La petite embarcation est équipée d’un toit pour protéger du soleil et de la pluie. Nous nus stoppons devant le pont un peu désabusés pendant qu’une pirogue passe doucement dessous sans encombre. Tout le monde descend du bateau, la situation va se décoincer. Sur la droite, une partie du pont semble amovible. Il faut déplacer une énorme poudre bien lourde puis tenter de passer. Enlever la poutre n’est pas un problème, passer le bateau est un peu plus dur. Pendant qu’une personne pousse dans l’eau, il faut des mains un peu partout pour éviter de taper le pont ou de venir se coincer sur la berge. Finalement ça passe. Avec un peu d’effort, une corde et de l’ingéniosité, la poutre est remise en pace. Nous sommes passés. Tout le monde est content. On s’applaudit… en avant toute. On imagine ce que devait être le quotidien des grands explorateurs de l’époque. Il nous faut à peine 2 minutes pour que le passage serré du canal déboule sur l’embouchure de la rivière Sandrananta qui doit nous emmener tout droit à Vohipeno. Patrick a envie d’aller plus loin mais ses gars l’en dissuadent. Il est déjà 12h30 lorsque nous débarquons à Vohipeno et retourner de nuit serait dangereux. Il nous invite à boire une bière en ville qui, avec son atmosphère nonchalante donne l’impression d’être au far west. Nous continuons nos bavardages. Il nous dit qu’il y a encore beaucoup à découvrir dans la région et qu’il a bien l’intention de s’activer dans des bras du canal encore inexplorés. On se dit que si pour nous c’est la fin du voyage, c’est pour lui le début de l’aventure et nous sommes heureux d’avoir pu partager ce moment avec lui. Après avoir fait un royal et délicieux pique-nique au bord du lac, installés sur une natte sous des arbres dans la cour ouverte de quelqu’un, nous reprenons la route en chemin inverse. Le passage du pont est beaucoup plus rapide cette fois-ci bien que nous ayons laissé 2 membres de l’équipage à Vohipeno. C’est la fête des morts et les gens reviennent en famille pour cette occasion et amènent des fleurs aux tombeaux. Sur les bords du canal, nous avons vu plusieurs groupes, couronnes de fleurs chinoises en plastique en main, marchant des kms pour rejoindre le cimetière. Le franchissement prend 10 ou 15 minutes. Le retour est joyeux. Nous profitons tous du paysage. Les 3 malgaches qui restent vont fêter l’ouverture de la nouvelle voie avec quelques rasades de tokagasy. En plus ils ont eu l’autorisation de Elisa pour boire un peu à l’occasion de la fête des morts. Ils entament de joyeux chansons se servant de l’avant du bateau, de banc ou de cuillère comme instruments de percussion. L’ambiance est à la fête. Nous passons de nouveau une agréable soirée avec Elisa et Patrick autour d’un succulent plat de crevettes sauce. Nous parlons de notre périple et de notre projet avec l’ONG Mate. Patrick n’arrête pas de nous dire qu’il faut que l’on reviennent pour mener à bien ce projet. Il nous propose également une gérance de son futur lieu. Nous terminons la soirée devant un film américain à la con, assis par terre dans le sable avec une quarantaine d’enfants du village autour de nous qui ont les yeux scotchés sur le petit écran.
Samedi matin, on veut profiter du site. C’est baignade dans les eaux à moitié salées et claires du canal, avec cette fois-ci la conviction que c’est la dernière. Nous préparons les sacs, passons un petit moment à traîner sur la plage, à regarder les pirogues revenir de la mer. Nat prend quelques photos des gamins ou de plus grands qui réclament.

Ecrit le Samedi 01 novembre 2008, Env. 10h00, Plage, Mangasotra « Nat est en pleine séance photo. Quelques enfants étaient là à nous regarder. Elle a entrepris de les prendre en photo un par un. Nous sommes à une vingtaine de kilomètres en pirogue de Manakara. Nous sommes un peu loin de tout, il fait beau, le village est posé entre l’océan et le canal et nous suscitons la curiosité des enfants. Les touristes ne sont pas nombreux à passer par ici et encore moins nombreux à rester quelques jours. Nous avons de la chance d’être là et cette étape hors des sentiers battus termine bien le voyage ». FAB

C’est jour férié et certains ont mis les beaux habits. Nous profitons du site trop contents d’être ici, en brousse, à l’écart des sentiers battus, contents de la journée d’hier et des moment passés ici. Nous partageons un dernier repas toujours aussi bon avec « les patrons ». Elisa a cuisiné du poisson fumé coco, un régal. Dommage que nos estomacs soient déjà trop pleins pour se revernir une autre fois. Nous devons déjà repartir, Elisa doit rester là pour gérer le chantier et aussi parce qu’elle a de la peinture à faire. C’est un sacré bout de femme, et la voir, chapeau sur la tête, déambuler au milieu de « ses » gars donner les instructions, mettre les mains à la pâte, travailler ardemment ou distribuer les payes à la fin de la journée est impressionnant. On se dit qu’elle représente à elle seule beaucoup de choses qui nous font croire que l’Afrique peut s’en sortir, que tout est possible ici, même si Patrick n’arrête pas de nous répéter que Elisa « y’en n’a pas 2 comme elle ». Nous profitons encore une fois du retour tranquille sur le bateau pour laisser nos pensées divaguer, le regard vaguement fixé sur les berges du canal, notre esprit perturbé par ce retour qui approche et qui aimerait n’être qu’au début de l’aventure comme Elisa et Patrick. Puis c’est le retour à la civilisation . Il est déjà 16h lorsque nous retrouvons notre chambre des bungalows du sud. La fin d’après midi arrive vite. Nous partons manger une énorme soupe au petit resto de « Chez maman ». Ce week-end en brousse improvisé est vraiment bien tombé et finit pour le mieux et comme il fallait le voyage.

Ecrit le Vendredi 07 novembre 2008, Env. 11h, Avion retour
Du Dimanche 02 Novembre au Lundi 03 Novembre 2008 (30m3 par jour, MANAKARA) : Dimanche matin, rien de particulier, Nat traîne une mauvaise fatigue, nous faisons un aller retour à la gare pour réserver 2 places pour le retour du lendemain sur la capitale. On doit voyager de nuit. La gentille patronne du bungalow de sud où nous logeons nous a indiqué la compagnie la plus rapide et la mieux. Sans vraiment trop y croire, nous réservons les places 1 et 2 à côté du chauffeur pour ce qui sera notre dernier trajet en taxi brousse du périple. Nous passons un bon moment à la terrasse de « Chez maman » à l’heure du déjeuner. Des pousseurs sont posés à l’ombre d’un grand litchi attendant le client en faisant la sieste. Des enfants et des adultes en habit du dimanche rentrent de la messe, le vidéo club du bout de la rue met tout ça en musique avec le dernier morceau de tectonik à la mode, il se fait concurrencer par un petit groupe de prêcheurs qui, micro et tambour en main, font leur sermon dans l’indifférence quasi générale. Seuls quelques enfants profitent de la musique pour danser 5 minutes. Sur la table voisine, 2 malgaches mangent comme nous un plat de riz viande sauce. Ils ont garé leur 4x4 flambant neuf juste devant la terrasse. C’est une plaque rouge, signe qu’ils travaillent pour l’état. 2 enfants des rues suite à nos « tsi misy » (« y’a pas ») se sont installés à l’ombre du véhicule et leur réclame à eux aussi à manger. Contrairement à nous, ils donnent de leur reste de riz dans le petit sachet en plastique rose que le petit garçon leur tend à travers la barrière. 20 minutes plus tard, après avoir mangé à l’ombre du véhicule, le petit garçon revient nous voir. Il doit avoir à peine 5 ans. Il se tient debout face à nous dans des vêtements aussi crasseux que lui et il tend la main, nous regardant avec ses grands yeux timides et si attendrissant que nous sommes trop tentés de céder. Est-ce aussi parce que c’est la fin du voyage et que nous relâchons notre « endurcissement » face à cette pauvreté ?! Nous ne voulons cependant pas donner suite à ses demandes qu’il fait d’une petite voix discrète à peine audible et attendons qu’il ait l’esprit et le regard ailleurs pour lui réclamer son petit sac de plastique rose vide dans lequel nous glissons nos restes. Lui nous glisse un discret « misaotra » et traverse la route . Nous rentrons à l’hôtel en milieu d’aprem’, les rues sont calmes, nous apprécions vraiment cette petite ville. Fab, l’ami des parach, en a ramené 2 de Mangasotra et se les fait enlever par le petit spécialiste des bungalows du sud.

Rien à voir avec la méthode de Nat ou celle de l’infirmière de la clinique de Majanga. En 2 coups d’aiguille, le tour est joué et la petite bête est exhibée comme un trophée puis écrasée entre 2 doigts. Beaucoup plus efficace qu’à la clinique ! Dimanche soir, nous passons voir Patrick qui doit nous donner l’adresse de Mr Kandot, un producteur d’huiles essentielles à Manakara. Il est avec le maire de Mangasotra qu’il nous présente rapidement et qui est intéressé par le projet. Il connaît un peu ce monsieur et un rendez-vous est fixé pour le lendemain à 9h30 pour nous emmener chez lui. Patrick nous invite à sa table et nous nous retrouvons à siroter une bière assis entre sa mère de 80 ans qu’il a préféré faire venir ici à Madagascar plutôt qu’elle aille en maison de retraite, nous parlant des inondations et du climat social et un ami de Patrick accompagné de 3 filles malgaches beaucoup plus jeunes que lui discutant des régimes qu’elles font. Malgré la gentillesse de la maman, nous ne sommes pas très à l’aise et ne nous attardons pas. De toute façon, nous avons commandé des my sao « Chez maman ».
Lundi matin, à peine sorti du lit que nous tapons le carnet de route avant de prendre la direction du marché pour une visite et un petit dèj rapide. A 9h30 tout le monde est au rendez-vous sauf Monsieur le maire. Patrick nous fait accompagner par un de ses jeunes jusqu’à la maison de Mr Kandot. Le jeune se trompe et nous emmène jusqu’à un magasin chinois. Le hasard fait que notre interlocuteur possède un alambic et, au milieu des barres de fer et du matériel de bricolage, nous nous présentons et parlons un peu de son travail et échangeons nos coordonnées. Puis nous sommes rejoint par un adjoint au maire, un vieux monsieur mince habillé d’un pantalon à pince trop grand, équipé d’une mallette sans doute vide. Il nous emmène jusqu’à la vraie maison de Mr Kandot que nous trouvons dans sa voiture en train de sortir de chez lui. Nous nous présentons à nouveau, et nous invite à monter, il à un rendez-vous et part justement sur son site de distillation. Dans la voiture, nous lui présentons notre travail sur les chaudières et la réduction des consommation de bois qu’elle peut engendrer. Tout comme Fabrice, « le chinois », il nous dit que les consommations de bois sont vraiment le facteur limitant de sa capacité de production et il est fortement intéressé par le projet. Il consomme 30m3 de bois par jour. Ouahh !! Quand nous entendons ça, nous sommes stupéfaits. On ne se plante pas avec ce projet. Y’a vraiment quelque chose à faire ! Quand nous arrivons sur le site, nous sommes encore stupéfaits pas ce que nous voyons.

Nous sommes loin des petites unités de distillation de l’ONG. Devant nous un grand hangar où plusieurs cuves, chaudières et alambics sont en fonctionnement. Mr Kandot nous laisse là le temps qu’il fasse son rendez-vous. Nous observons et quand nous voyons ce qu’il se passe, nous nous disons que le projet peut vraiment avoir un impact important. Mr Kandot a finit son rendez-vous et, assis sur des sacs de clous de girofle, à côté des alambics et des énormes chaudières de briques noircies, nous passons une bonne heure et demi à parler de notre vision du projet et de son travail.

Ecrit le Vendredi 07 novembre 2008, Env. 13h00, Avion retour
Du Dimanche 02 Novembre au Lundi 03 Novembre 2008 (suite) : Là encore nous rencontrons un homme passionné et motivé qui va de l’avant. Il nous ramène en ville. Il est déjà midi, nos sacs sont loin d’être bouclés et nous avons rendez-vous à la gare routière à 14h30, mais nous ne pouvons pas refuser le pot que Mr Kandot nous propose. Encore un bon moment d’échange avec cet homme. Puis rapide et dernier repas « Chez maman »

Nat se fait enlever un parach par le petit spécialiste avant de rejoindre la gare en pousse pousse avec ceux là même à qui nous avons refusé les courses à Manakara tous les jours passés dans cette ville et qui s’étaient fait une raison « vous marchez toujours… ». La gare est calme. Il y a 3 bus devant le comptoir de notre compagnie MadaTrans et oh miracle ! Nous avons effectivement les 2 places à l’avant et en plus dans le bus le plus confortable. Un Hundaï avec beaucoup de place pour les jambes. La deuxième exception de la journée est que le bus part pile poil à l’heure. Nous croyons rêver, à 15h30 nous sommes en route. Tout est possible en Afrique même de partir à l’heure prévue ! Le goudron est lisse et la route sympa. Nous découvrons à la lumière du coucher de soleil des paysages vallonnés que nous ne connaissions pas. Il fait beau et la route serpente au milieu de la savane. Le chauffeur roule vite, le minibus est bleu et Michel Vaillant trace la route. La nuit tombe. Nous roulons en convoie avec un autre bus de la même compagnie. Après 1 heure de route de nuit, Michel Vaillant perd ses phares. On fait un arrêt au stand, en fait un bout de route de montagne en montée au milieu de nul part, mais rien n’y fait, l’alternateur est mort, la batterie aussi, on se voit déjà passer la nuit là. Mais Michel n’a peur de rien, le minibus qui nous suivait passe devant et joue les éclaireurs ! Nos yeux sont rivés sur la route et sur les phares du minibus de Steve Warson et nous flippons à chaque fois que celui-ci nous distance de 200m car cette nuit, il n’y a pas de lune. Nous sommes soulagés à l’approche de la pause repas et interrogeons Michel lorsqu’il s’arrête à Ambositra « Tu vas changer la batterie ?!! » « Non non sakafo » (« Non non on va manger » ). On craint le pire pour la suite, on va faire la nuit sans phare. Notre angoisse se décuple lorsqu’en repartant, nous prenons la route seul, sans personne ni devant ni derrière pour nous éclairer. Fab tente un « Mais on n’a pas de phare !! » mais Michel ne répond pas. Il s’arrête quelques centaines de mètres plus loin. Ouf !!! Il fait un échange de batterie avec un troisième bus de la compagnie. Nous n’avons toujours pas d’alternateur mais la batterie devrait tenir la nuit si Michel économise un peu. Nous reprenons la route soulagés, escortés par les 2 autres minibus de la même compagnie. On voit beaucoup mieux la route mais Michel préfère économiser ses phares et mettre la musique. La nuit passe. Nous ne sommes finalement pas très bien installés, il fait froid, Nat traîne un mauvais mal de bide, Fab n’a pas de dossier pour sa tête et la route très sinueuse nous empêche de dormir, et Michel Vaillant, même sans phare roule vite. On trouve quand même le sommeil, ouvrons les yeux à notre arrivée à Tana à 3h30. La gentille gérante des Bungalows du Sud avait raison « Madatrans c’est les plus rapides ». Nous sommes les premiers et finissons notre nuit dans le bus garé dans la gare routière en attendant que le jour se lève.

Du Mardi 04 Novembre au Jeudi 06 Novembre 2008 (Courses, retrouvailles et THB, TANA) : Nous dormons d’un sommeil lourd lorsqu’à 5h du mat’, un gars tape au carreau. Il faut récupérer nos bagages sur le toit. Le jour s’est levé. Tous les passagers du minibus sont déjà partis. C’est trop tôt pour nous. Nous dormions d’un sommeil profond et n’avons pas envie de nous lever. Nous aimerions prolonger la nuit. Nous refermons les yeux mais le mec insiste et tape à nouveau « C’est pas possible, on ne peut pas dormir tranquillement !!! »- on a envie de leur répondre. Nous n’avons pas vraiment le choix. Il faut descendre les bagages. On reste assis et les yeux à moitié ouverts en leur donnant les instructions « mettez les là » leur montrant les places de derrière. Nous somnolons encore mais à croire qu’ils le font exprès, taximan, convoyeurs restent autour du bus et parlent fort. Nous décidons de trouver un taxi ville et même s’il est 5h du mat’, nous négocions ferme, longtemps et dans la bonne humeur. Parti de 15000Ar, la course nous en coûte finalement 6000Ar mais le chauffeur nous annonce qu’il va trouver un autre passager. Oups ! Peut être y sommes nous allé trop fort ! On aurait tendance à avoir des remords mais comme dit Fab, s’ils y perdaient, il ne partiraient pas. On hésite à lui donner 1000Ar de plus mais le troisième passager va compenser la perte ou plutôt augmenter le bénéfice. A 6h du mat’, la 4L nous dépose en haut des escaliers vides du Lambert. Nous revoilà à Tana pour la dernière grande ligne droite.
Le programme des 3 prochains jours est très chargé. Finir et envoyer la lettre de nouvelle, travailler sur une mise à jour du site internet, faire les derniers et nombreux achats, voir Olivier, Barbara, Josoa, Ambroise, Solofo, Christelle et Claude, le grand Yohann, faire développer des photos, les envoyer ou les déposer. Bref, beaucoup de choses nous attendent. Quand nous arrivons à 6h à l’hôtel, nous sommes tous vaseux, Nat patraque, les gardiens de nuit allongés, la capitale est encore endormie. Après quelques minutes qui semblent longues, nous nous installons pour un p’tit dèj’ à l’occidentale dans le resto de l’hôtel, et tandis que nous échangeons quelques mots avec Jazzy l’un des gardien de nuit, on voit la tête du grand Yohann sortir de derrière le rideau de sa fenêtre qui donne sur notre table. Nous Nous l’avons réveillé mais comme d’hab. il est de bonne humeur et à du répondant, et, caché derrière son rideau de chambre, nous discutons un bon moment sur nos voyages respectifs depuis Fort Dauphin avant qu’il nous rejoigne à table. Le mardi est difficile surtout pour Nat. Elle a de la fièvre, et le mal de ventre, la nausée et le terrible mal de crâne la cloue au lit pour toute la journée. La seule sortie est à la banque où elle a bien failli tomber. Fab ira à Bionerr seul et la raccompagne à l’hôtel avant. La chambre n’est toujours pas prête mais avons la chance de squatter celle de Yohann. Pendant que Nat dort, Fab fait quelques courses ou travaille sur la finition de la lettre de nouvelle. Nat reste couchée toute la journée et toute la soirée,

se forçant à manger à midi, sautant le repas du soir que Fab partage avec Yohann, assis sur un coin de mur près d’un étalage de rue.

Ecrit le Mardi 04 novembre 2008, 17h49, Hôtel Lambert, chambre n°14, Tana « Nat n’est pas dans les meilleures dispositions pour finir le voyage. Après ces 3 ou 4 semaines « intenses », son corps la lâche. Peut être une crise de palu. ou un très mauvais coup de froid. Tourista, nausées, fièvres, et courbatures ne font pas bon ménage. Elle dort à point fermés dans les nouveaux matelas du Lambert. J’espère qu’elle ira mieux demain. Nous devons voir Olivier et Barbara pour faire le point et faire également les achats. Comme toujours avant les échéances que nous redoutons, nous avons remplis ces 3 derniers jours à ras bord histoire de ne pas avoir le temps de réfléchir. Le planning sera d’autant plus serré si Nat est fatiguée et malade. Et puis je voudrai qu’elle soit en forme pour le retour en France car j’ai l’impression que le plus dur nous attend là-bas ». FAB

Mercredi, Nat est un peu plus en forme. Ca tombe bien car nous devons rendre visite à Olivier et Barbara pour partager le déjeuner. Nous trouvons dans les bureaux de l’ONG Ambroise puis Yohann qui décidément nous suit de partout. Josoa nous rejoint vers 11h. C’est l’occasion de se lancer de nouveaux défis. Assis sur les canapés du bureau de Olivier, les deux hommes échangent leur vision d’un nouveau projet ambitieux et novateur. Nous assistons à un dialogue enthousiaste de deux personnages atypiques prêts à relever tous les défis. Toute l’énergie qu’ils déploient nous projettent à leur côté dans quelques temps. A quelques jours du départ, nous gagnons la quasi certitude qu’à un moment ou à un autre nous reviendrons et les accompagnerons dans leur « défi » les plus fous. Si nous sommes moins expressifs qu’eux, le challenge est aussi pour nous notre moteur. C’est sans doute la raison pour laquelle nous nous sommes bien entendu avec ces deux là. A midi, nous parlons un peu de tout, du projet Vohibola et de sa réussite mais aussi de la France. Olivier et Barbara en reviennent et ils nous annoncent « qu’il y a plus de cons qu’avant », les français sont stressés et pas sympas. Ca ne nous donne pas spécialement envie de rentrer mais ça a le mérite de nous faire rire. Le soir, nos retrouvons Solofo, Ambroise et Yohann « Chez Tina », un de nos petit bar gasy situé pas très loin du Lambert pour partager quelques bières. Yohann doit partir à Mayotte demain, Solofo a obtenu un prêt pour acheter son propre véhicule et avoir sa propre affaire et Ambroise, le seul « survivant » des stagiaires de l’ONG, attend impatiemment sa copine qu’il n’a pas vu de 4 mois et qui doit arriver dans 5 jours, et nous, nous partons vendredi pour la France. Chacun reprend sa route et nous espérons bien les revoir tous un jour. Même si nous n’avons pas passé beaucoup de temps avec ces trois là, nous savons que les liens que nous avons tissé sont assez forts pour avoir envie de les revoir et tout faire pour. Nous retrouvons vers 20h30, Claude et Christelle que nous avions rencontré sur la côte de la vanille. Gros coup de chance, ils sont aussi de passage à Tana aujourd’hui. Ils ont encore un mois sur place. Ils nous racontent leur « vacances » sur l’île aux nattes et nous, notre périple sur les pistes malgaches. Nous passons comme d’hab. une agréable moment et une bonne soirée à bavarder malgré la médiocrité du resto pili pili.
Jeudi c’est encore et vraiment la course. Nous préférons remplir la journée plutôt que d’avoir du temps pour penser au retour. C’est vrai que nous avons beaucoup de choses à faire et même si nous sommes fatiguée, ça nous arrange bien. Penser au retour pourrait nous déprimer ! Ce matin c’est donc achat de souvenir sur le marché Pochard non loin de Analakely. Nous sommes tellement matinaux que tous les stands sont loin d’ouverts. Comme nous sommes les premiers clients, nous avons le droit à des « promos », sans doute un très bon argument commercial pour vendre mais bon, nous y trouvons également notre compte. On troque aussi les 2 paires de chaussures de Nat contre des épices et ça fait 2 kg de moins pour l’avion, c’est toujours ça de gagné !. Quand on pense à toutes les choses « inutiles » que l’on possède en France, on se dit que ça nous suffirait pour acheter la moitié du marché. A midi, Jérôme, le sympathique et malchanceux gérant de chez Lambert, nous offre une bière et nous propose de partager le repas de midi. On consacre ensuite le début de l’aprèm’ à faire les sacs. Y’en a de partout dans la chambre et nous nous demandons par quel stratagème nous allons pouvoir ne pas dépasser les 66kg que Corsair nous autorise pour le retour. On empreinte le pèse personne de chez Lambert pour avoir une idée de ce que pèse nos sacs. Ca devrait être juste bon au kilo près. Ca avait été le cas pour les précédents voyages en avion donc nous y croyons. On verra si demain la balance affichera 66kg ou plus. On fait 2 ou 3h d’empilage, de rangement, de triage, de « où on va mettre ça ?! » et nous partons faire les dernières course. Le ciel est menaçant. Il va pleuvoir et la ville en cette fin d’aprem’ prend une triste teinte malgré les beaux jacarandas bleus en fleurs de partout. Ne pas se laisser envahir par morosité. Garder son esprit occupé mais Nat à un moment de relâche, tout est gris, tout est sombre, elle ne veut pas rentrer, elle est triste, plus le goût à rien, ne plus voir personne, il se met à pleuvoir en plus. La déprime la guette. Fab tente de lui remonter le moral mais difficile aussi pour lui de ne pas être triste. Nous sommes sauvés par Ambroise qui vient nous chercher pour un apéro d’avant départ. Nous discutons en l’attendant avec Jazzy et David, les 2 sympas gardiens de nuit de l’hôtel Lambert. Jazzy nous dédicace son album. Voir du monde nous fait du bien. Ambroise arrive. Nous rejoignons Barbara et Olivier pour un apéro d’au revoir. Olivier, fidèle à lui même, nous apprend qu’il a fixé un rendez-vous le lendemain à 11h avec la direction d’Action Carbone à Tana pour parler du projet chaudière « Dommage ! A 11h nous serons parti ! ». Encore une fois la soirée est agréable. Nous papotons beaucoup autour encore une fois de THB, à la différence des conversations entre Vahazas habituelles, ce soir personne ne se plaint et l’ambiance est à la bonne humeur constructive. Après quelques heures d’apéro, Barbara et Olivier nous quittent après nous avoir chaudement remerciés pour notre travail. Nous finissons la soirée avec Ambroise qui nous confirme au passage qu’il trouve l’attitude des français très arrogante et irrespectueuse en général et en particulier à Madagascar. Nous nous endormons d’un sommeil lourd vers 1h du mat’, le taxi de demain vient nous chercher à 5h30 pour nous emmener à l’aéroport de Ivato.

Ecrit le Vendredi 07 novembre 2008, Env. 18h00, Dans l’avion du retour au dessus de la Méditerranée
« C’est le fameux grand jour, celui dont on n’avait jamais imaginé qu’il arriverait. La journée bien remplie d’hier et la soirée qui a un peu durée nous a permis de nous endormir sans trop réfléchir. Ce matin, quand le réveil a sonné à 5h il fait jour et le ciel est gris, tristounet, il est encore trop tôt pour entendre les habituels bruits de la rue, la dame qui pile, le vieux monsieur qui réveille les escaliers de Tana par une douce musique sortant de sa kabosy me rappelant à chaque fois les mélodies et l’ambiance de Noël. Ce matin c’est triste. Nous n’affichons pas le même sourire que d’habitude, aujourd’hui il est faux et crispé. Et puis, tout les 2, on est un peu malade, « dérangés du ventre » et la nausée qui me tient, j’essaie même de me faire vomir mais pas moyen. Puis, pressés par les minutes qui défilent, nous descendons les escaliers de l’hôtel endormi avec tous nos bagages. En bas, le jeune chauffeur de taxi nous attend… on le suit, grimpons dans le taxi, tiens, d’ailleurs je n’ai même pas le souvenir de ce que c’était. R12 ? 4L non. Je ne sais pas. On essaie de faire comme d’hab. Parler, faire des blagues, mais ça sonne faux. La voiture avance, l’aéroport est loin. C’est bizarre. A ce moment là, je sais que je suis dans le taxi pour l’aéroport, comme maintenant je sais que je suis dans l’avion pour la France, mais je ne vois pas plus loin que ça, je ne pense pas à l’après. En fait je crois que j’ai peur, si je pense à l’arrivée à Paris, aux gens, à après… je vais pleurer … Il ne faut pas que j’y pense… A vrai dire jusqu’à présent je n’y avait jamais réfléchi, en ce moment je suis beaucoup trop fatiguée pour être nostalgique ou pour savoir demain ou après demain ce que je ferai. Je ne pense pas que je vais réussir à me réhabituer. Je pense que la nostalgie va me prendre pas mal d’énergie. Aujourd’hui, ce qui est sûr, c’est que je suis très triste, en fait c’est étrange j’ai un sentiment de vide au fond de moi. Je crois que je serai contente de revoir Yan et Djé ou Yohann que l’on a rencontré en cours de route, parler avec eux de leur retour, être comprise. Mais avant l’incompréhension, j’appréhende pour les jours qui viennent les mêmes questions, répéter, redire…, la difficulté ou l’envie de transmettre. Et puis j’ai peur de l’hypocrisie ou la jalousie française, d’entendre penser tout bas « ils ne vont pas se plaindre ou ils ne vont pas être tristes car ils ont déjà bien profité de 18 mois (de vacances) ». Mais comment expliquer que, et d’une, c’était tout sauf des vacances et de deux, que l’on à tous le choix. Nous on a choisi de partir parce que l’on ne se sentait pas forcément bien en France et que plutôt que de se plaindre, on a préféré agir et prendre notre vie en main. Bon, je ne vais pas partir dans ces débats. Le soleil est entrain de se coucher. L’appréhension d’arriver va bientôt accompagner ma tristesse. Moi qui essaie toujours de positiver, aujourd’hui je n’y arrive pas, je n’arrive pas à rebondir… j’ai juste la force de me laisser vivre, comme si je n’avais plus envie d’avoir le contrôle de moi-même et laisser ça au temps qui passe. Je sais qu’il ne faut pas que je tombe dans cet engrenage, il faut que je vois ce retour comme un nouveau départ, comme une transition ou un passage pour mieux repartir. Difficile de tirer une conclusion aujourd’hui. Il me faudra du recul, il nous faudra du recul. Comme l’être humain est étrange… On peut pendant 18 mois capter que de l’énergie positive et en une minute tout perdre. J’ai envie d’attribuer ça à la fatigue accumulée… On verra…". NAT

Ecrit le Vendredi 07 novembre 2008, Env. 14h41, Dans l’avion du retour
Vendredi 07 Novembre 2008 (Téléportation, destination France Paris, TANA - PARIS)
« Dans le taxi qui nous emmène à Ivato, nous avons le regard vague. Nous traversons la ville de Tana sans vraiment la voir. Je ne sais pas si c’est la fatigue ou quoi, mais j’ai l’impression d’être absent. Je ne réalise pas ce qui va nous tomber sur la tête, ce soir nous serons à Paris, sans doute en compagnie de Pop, l’un de nos meilleurs ami, comme si rien n’avait changé. Nous allons parcourir en moins de 12h le chemin qui nous a pris plus de 1,5 an à l’aller. C’est bizarre de se dire que tout ça est derrière nous, que ces 19 mois de découvertes sont passés, ne sont déjà plus que des souvenirs. C’est triste, cette page est difficile à tourner car j’ai le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’assez exceptionnel et cette chose se termine aujourd’hui. Si je dis ça à Nat, elle va se mettre à pleurer tant le retour en France lui fait peur. Peur de s’ennuyer, peur de stagner, peur de trouver trop de cons, peur de trouver la vie fade. Je partage ses peurs et j’essaye de les combattre, de me dire que si nous laissons beaucoup de choses derrière nous, il reste des choses devant. Même si je n’ai encore aucune idée de ce que cela va être. Encore moins que lorsque nous sommes partis. Bien sûr il y a les retrouvailles, les amis, la famille, mon filleul qu’il me tarde de retrouver. Mais passé l’euphorie du retour que va t-il se passer ? Est-ce que les gens vont nous comprendre, nous entendre ? Nat dit souvent qu’ils « croient tous que nous sommes partis en vacances ». J’espère que non. Même si je sais qu’il sera impossible de raconter vraiment ce que nous avons fait là-bas, ce que nous avons vraiment vécu. Impossible c’est sûr. Nous n’étions même pas parti du sol africain que nous nous imaginions déjà revenir, comme la première fois à Mada., certains d’y remettre les pieds à un moment ou à un autre. Aujourd’hui j’espère avoir la force de ne pas trouver la France trop fade, les gens trop ennuyeux, trop blancs, trop sans couleurs. J’espère pouvoir poser un oeil neuf sur les choses comme ce périple en Afrique. On verra. Surtout garder en tête la fameuse devise africaine « Tout est possible ». FAB


 
   
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