Rencontre avec l'association Banlieue Du Monde

Des ingénieurs au service de la population

C'est presque complètement à l’improviste que nous rencontrons les membres de l'association Banlieue Du Monde (BDM). Nous appelons le président après avoir récupéré son numéro au PNUD. Très cordial dès le début, il se propose de venir nous chercher à l’auberge pour nous emmener au siège le lendemain matin. Comme prévu, il est à 10h devant l’auberge, nous arrivons 10 minutes plus tard où l’ensemble de l’équipe permanente (ils sont 3) nous attendent. Après une présentation de RISEAL et de notre association, ils nous présentent leurs activités. Leur approche de travail et la façon qu'ils ont de la défendre captivent notre attention.

Les 2 coordinateurs sont des ingénieurs de formation et sont passionnés de technologies et d’applications terrain. Quel plaisir pour Ibrahina de nous faire partager son savoir technique, lui qui adore le terrain mais qui s’occupe depuis plusieurs mois maintenant de la gestion de l’asso. lui faisant passer tout son temps au bureau, dans les dossiers. Leur visage s'illumine quand ils nous parlent avec force et enthousiasme des applications de « technologie appropriée » qu’ils ont mis en œuvre.

Et ce sont les yeux pétillants qu'ils nous exposent leur façon de travailler : se fixer des objectifs, appliquer et démontrer sur le terrain que ça fonctionne (impliquant bien souvent investissement personnel en temps et en argent), rechercher les financements en répondant à des appels d'offre et parfois savoir attendre le moment opportun pour ressortir les "vieilles" idées et les "anciens" projets du tiroir.

La conviction et l’enthousiasme avec lesquels ils nous font partager leur expérience sont communicatives. Ils n’ont pas été avares en renseignements et ont répondus sans retenue à toutes nos questions. Pour eux, il est important de communiquer autour de systèmes qui ont démontré leur réussite et leur fiabilité et d’en faire profiter les autres.

 

Pour la réussite d'un projet ... Une devise : "doucement mais sûrement "

Un bon dosage d'investissiement personnel, d'étude, d'écoute et d'experimentation sur le terrain et un suivi assidu des résultats et des personnes pendant plusieurs années

- Un exemple-type : la pompe à pédales
Cette pompe destinée à la petite irrigation (et de fait aux petits paysans) est présentée comme l’alternative idéale aux motopompes, souvent surdimensionnée par rapport aux besoins réels de ces petits paysans et nécessitant entretien et pétrole. Ces motopompes, faute de formation des paysans, ne sont pas réparées et sont mises dans un coin. Leur système de pompe à pédale, breveté, permet aux petits paysans d’investir à moindre coup, et de pouvoir tirer des bénéfices de leur travail en augmentant leur rendement, ils pourront investir ensuite dans des pompes solaire ou des système plus adaptés.

Mais comment faire accepter à des population de revenir à des systèmes plus contraignants ou fatiguants alors qu'ils ont connus la facilité de systèmes autonomes auxquels ils tiennent malgré des coûts d'entretien importants et des pannes récurrentes ? Une devise "doucement mais sûrement"

C'est sur ce principe qu'ils démontrent aux populations qu'en commencant à une petite échelle, il est possible de tirer des bénéfices même petits et que ce sont ces mêmes petits bénéfices qui permettront d'investir dans des équipements plus efficaces et d'avoir des terres plus fertiles ... pour au final faire des bénéfices plus intéressants.

Ils abordent l’agriculture sur le même principe. Il existe 3 « classes » d’agriculteurs : ceux qui ont des petits rendements, ceux qui ont des rendements moyens et des plus gros. L'objectif est de tirer chacune de ces classes vers un niveau plus élevé. C'est à l'aide de parcelles témoins que BDM cherche à former et à démontrer aux agriculteurs l'efficacité de méthodes d'agriculture raisonnée et maîtrisée comparée aux modes d'agricultures traditionnels. Ils leur montren qu'en choisissant par exemple des semences adaptées que le rendement sera meilleur. Le paysan à moitié convaincu agira chez lui la campagne suivante en testant ces nouvelles semences tout en gardant une partie de sa production avec l'ancienne méthode (on ne sait jamais!!) et au final, adoptera à 100% le nouveau mode car il aura été convaincu par ses propres essais.

 

Les foyers améliorés

Un de leur projet (financé par le PNUD) porte sur les foyers améliorés à charbon. Ils ont d'abord effectué des recherches sur le territoire et dans les pays voisins sur les systèmes existants. Le système qu’ils ont finalement retenu et diffusé est un système mixte constitué de 2 matériaux : la céramique et la tôle. Il n’existe pas de four à potier pour la céramique en Mauritanie, les céramiques sont donc actuellement importées du Sénégal, et les foyers sont ensuite assemblés sur Nouakchott. Leur objectif aujourd'hui est de les fabriquer en totalité sur place.
Malgré le coût de port, le produit reste rentable car les économies de charbon (qui est payant) réalisé par les familles bénéficiaires est de l’ordre de 50%.
L’approche participative dans laquelle ils font baigner tous leurs projets a permis la réussite de ce dernier. Pour le pnud le projet est terminé. Pour eux ce n'est pas le cas et ils veulent aller plus loin : vulgariser et diffuser à grande échelle. Pour cela, il faut des fours à céramique, donc des financements et des artisans prêts à s’équiper.

 

Des foyers de diiférentes tailles : du petit pour le thé au grand pouvant accueillir marmite de 15 kg

     

Les séchoirs solaires et la conservation

Ces 2 systèmes permettent de nourrir les populations en période de rupture ! Valoriser les surplus qui sont jeté ou qui pourissent en période d’abondance en les mettant en conserve ou en les séchant. Ainsi, des légumes qui d’habitude sont perdus, vont permettre de créer des emplois via des coopératives de conservation et permettre aux populations de se nourrir à coûts normaux dans les périodes où il n’y a rien et où le peu qu’il y a est vendu à des prix exhorbitants!