Rencontre avec Monsieur Boumouzouna de l'AFE

Sa devise : rien ne vaut la transparence et la concertation

La première fois que nous avons rencontré Mr Boumouzouna, c'est lorsqu'il est venu nous voir à l'auberge Sahara dès les premiers jours, pour « voir vos têtes un peu ». Après nous être installé en terrasse, il nous présente les objectif de l'association AFE et ses projets. Il cherche visiblement à nous convaincre de la réalité de son travail (nous apprendrons plus tard qu'il y a beaucoup de fausses ONG en Mauritanie, les ONG cartables). Le rendez-vous ne dure pas, et nous en prenons un second dans son bureau pour organiser le programme de visite sur le terrain. Et nous lance un « ça va, vos têtes elles sont jolies » , avant de nous quitter.

La deuxième fois, nous le retrouvons au siège de l'AFE dans un bureau sombre isolé de l'extérieur et de la chaleur par des rideaux qui rendent l'atmosphère étrange et qu'il partage avec sa secrétaire. Nous étalons la carte de Mauritanie sur la table et pointons les étapes de notre circuit d 2 ou 3 jours en sa compagnie. Il se confie un peu plus et nous explique qu'il veut avant tout défendre l'humain et que les populations et leur environnement sont toujours au centre de ses projets. Il est très attaché aux valeurs de transparence et de concertation. Ancien commissaire, il a démissionné de son poste pour se consacrer à la société civile.

Installation solaire sur la première maison-repère en plein désert, carrefour de Chimsiyatt

 

La troisième nous partons visiter quelques unes de ses installations solaires et un site de reboisement. Nous partons en fin d'après-midi pour être à la fraîche et voir les installations solaires fonctionner la nuit. La nuit tombe rapidement et nous quittons la route goudronnée pour empreinter une piste « floue » à travers la brousse. Il nous explique qu'il y a encore quelques années des bergers et des voyageurs mourraient de soif après s'être perdus dans le secteur, nous voilà rassuré ! Après quelques minutes dans le noir le plus complet, et ayant perdu puis retrouvé la piste 1 ou 2 fois, nous distinguons au loin une petite lueur. C'est notre destination, c'est le repère qu'il a installé il y a 8 ans de cela pour guider les gens, un peu comme un phare mais au milieu du désert. Nous qui, en bons occidentaux, ne comprenions pas l'intérêt de voir une ampoule s'éclairer la nuit, réalisons l'importance de l'accès à l'électricité. Un panneau solaire, une batterie et une régulation et les voyageurs savent enfin où ils vont. Situé stratégiquement à un carrefour et connu de tous, l'ONG a également financé une cabane et surtout une cuve à eau de 200m3 destiné au ravitaillement des hommes et interdites aux animaux. Il nous explique également que ce lieu était une forêt et a engagé un site expérimental afin de retrouver des essences d'arbres pour naturellement s'épanouir dans la région ; L'expérience est concluante, les quelques arbres plantés il y a 6 ans commencent à faire des petits. L'objectif est de montrer aux populations vivant dans cette région anciennement agro-pastorale pouvait revivre pour peu que l'on prenne soin des arbres et qu'on les préserve en ne les coupant pas. Les populations semblent avoir compris l'intérêt, le site reste préservé sans barrière ni gardien. Nous nous attendions là encore, lorsque Mr Boumouzouna nous parlait de son site de reboisement, à voir une grande forêt bien verte. Finalement ce sont quelques dizaines d'arbres qui s'étalent devant nous mais qui sont d'une grande importance pour les hommes (les bergers peuvent y trouver de l'ombre), les animaux, le sol et l'environnement.

Au delà de ces actions de terrain, il est attaché à des valeurs qui sont pour lui essentielles et qu'il s'applique à défendre au quotidien : l'injustice est pour lui insupportable et il ne craint pas d'assigner de hauts dignitaires du pays qui ont abusé des ressources naturelles du pays au détriment des populations locales et sortent de la légalité.

Nous nous reverrons plusieurs fois, il tient à nous faire découvrir la ville « de temps en temps il faut se décontracté ». Et sous ses airs de chef d'entreprise se cache en fait un homme joyeux et drôle qui aime rire et avec qui, nous avons pu échanger très sérieusement autant que passés des moments pleine de bonne humeur (notamment un mémorable tour en ville à la recherche de voitures déglinguées). Nous quittons un sacré personnage qui nous aura accompagné pratiquement tout notre séjour à Nouakchott.