Rencontre avec l'AMAD

Une équipe pleine de dynamisme

A notre arrivée à Boghé tard dans la soirée, nous sommes accueilli par Aboubakri, l'un des membres fondateur de l'AMAD qui attendait notre arrivée plus tôt. Il nous accueille cependant et partage le repas avec nous bien que cela l'oblige à rentrer tardivement chez lui. L'AMAD nous offre chaleureusement gîte et couvert dans leur locaux sans autre forme de procès. L'ambiance est très décontractée dès le début. Ils ont débuté un programme qui va durer 4 ans avec la coopération espagnole ce qui leur permet de voir à long terme et ne les oblige pas à courir après les financements. La somme de travail à fournir est considérable et la coopération espagnole est très exigente en terme de résultats et de suivi. Mais ils sont heureux de pouvoir aborder les choses de manière plus durable. C''est aussi pour eux, une reconnaissance et une récompense car ils vont enfin pouvoir vivre de leur travail. Le projet a nécessité plus de 1 an de travail bénévole et acharné et même avant cela, les projets plus ponctuels réalisés par l'association n'existaient que grâce à la bonne volonté de ses membres. Aboubakri et Touré nous expliquent qu'il a été difficile de faire comprendre aux gens et surtout à leur entourage l'utilité du travail social pour la communauté même si celui-ci ne ramène pas d'argent. Aujourd'hui, les gens voient le fruit de leurs efforts et comprennent l'importance de ce travail.

Les 2 projets propres à l'AMAD sont le biogaz et les mutuelles de santé.

Nous sommes venus pour connaître leur expérience et voir leur installation en terme de biogaz (les premières que nous avons vu fonctionner à ce jour). C'est par ces installations que tout à démarré il y a 8 ans. L'idée est simple : permettre aux populations de bénéficier d'énergie gratuite. Dès le début, ils sont convaincus que c'est l'énergie qu'il faut !
La matière première est là, nous sommes dans une région d'élevage et il suffit de voir le sol recouvert de bouses de vache pour comprendre qu'ils ont effectivement raison de persévérer dans cette voie. D'autant qu'il est de plus en plus difficile pour ces populations d'avoir accès aux combustibles, le bois mort manque et la coupe de bois vert est sévèrement punie par la loi. Les populations sont même parfois contraintes, en dernier recours, d'utiliser les bouses de vache comme combustibles en substitution au bois (avec tous les désagréments que cela comporte : faible rendement, mauvaises odeurs et beaucoup de fumée).

A ce jour, l'AMAD a mis en place un système qui fonctionne mais qui rencontre quelques difficultés "... on espère découvrir d'ici quelques années quelques bons procédés de biogaz et d'énergie renouvelables" "il faut rendre les gens dépendants du biogaz".

Concernant leur travail sur la mise en place de mutuelle de santé, c'est un rôle qui devrait sans doute être alloué à l'état mais le contexte est ce qu'il est. Les institutions financières internationales ont injectées beaucoup d'argent dans les systèmes de santé et de l'éducation suite à l'indépendance. Cet argent a été mal utilisé et valorisé, les budgets ont donc été réduits considérablement et aujourd'hui ce sont les nouvelles générations qui payent. L'AMAD s'est donc engagé sur ce terrain et a mis en place à ce jour 3 mutuelles de santé malgré des débuts difficiles.

C'est aussi toute une équipe monopolisée à la préparation de cours d'alphabétisation en poolar (peul) que nous trouvons. Ces cours sont la 1ère étape du programme de 4 ans, les première classes d'alphabétisation des femmes débutaient cette semaine, les premières ouvertures ont été un succès et la préparation des livrets pour être prêts dans les temps a monopolisé toute l'équipe jusqu'à tard dans la soirée. L'objectif est d'alphabétiser 300 femmes réparties dans 8 villages. On pourrait se poser la question : pourquoi alphabétiser dans les villages de brousse ? L'objectif de l'AMAD est d'accompagner et de suivre les population sur le terrain en mettant en place des fiches techniques (biogaz, agriculture, ...) et ces cours permettront aux populations de savoir lire une fiche technique. La région est à dominance peule, le cours d'alphabétisation sont donc en peul. Nous avons d'ailleurs eu droit à un cours accéléré et intensif le mercredi matin avec Aminata qui a bien voulu nous accorder un peu de son précieux temps;

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En plein travail ...

Notre séjour chez eux fut bref et nous le regrettons ... Il nous a manqué du temps pour connaître les personnalités et les parcours de chacun mais il nous a cependant permit d'appréhender « l'esprit » qui régnait au sein de l'association. Ils ont la volonté d'être proche des gens, ce sont des enfants de la région pour la plupart, ils sont souvent sur le terrain. Dans les bureaux, l'ambiance est au travail, chacun à son poste, ils bossent assidûment, sereinement, l'ambition farouche d'aller de l'avant est presque palpable. Ils sont soucieux de l'avenir de la région et du pays et l'annonce des arrêts de subventions sur les engrais pour les agriculteurs sont les prémices d'une catastrophe inévitable. Aussitôt l'information confirmée, ils se réunissent pour planifier le lendemain une visite chez les agriculteurs pour les aider dans les prises de décision. Le prix des sacs d'engrais va augmenter pour la campagne qui débute le mois prochain. Bien sûr, il y a l'engrais organique mais il faudra sans doute réduire les productions pour que les terres se reposent. Impossible de dire pourquoi, peut-être parce que nous sommes à peu près de la même génération ou parce que beaucoup avait voyagé, connaissait l'europe ou la France, mais le contact a vraiment été facile et nous n'avons pas mis longtemps à nous sentir chez nous à l'AMAD.

 

Le biogaz

Le système est impressionnant de simplicité : 2 fûts, à la base destinés à recevoir huile ou gazole, quelques mètres de tuyaux , une chambre à air, un brûleur et le tour est joué. L'installation permet de chauffer le thé, des petits plats, du lait mais n'est pas assez puissant pour la cuisson quotidienne des grands plats.

L'utilisation est tout aussi simple : une fois les bouses de vache récoltées il faut faire un mélange avec de l'eau (50-50) puis remplir les fûts. Il n'y a plus qu'à attendre un peu puis c'est de l'énergie gratuite pendant 6 à 10 mois.

Les résidus de fermentation sont ensuite ré-utilisés comme engrais organique (très bon) et un fond est gardé pour activer la fermentation de la campagne suivante.

Mais :

- ce système ne permet pas de répondre à la totalité des besoins énergétique d'une famille
- des problèmes d'approvisionnement en matière première subsistent
- des problèmes de qualité des matériaux et des produits (robinets qui cassent facilement et qui ne peuvent pas être remplaçés par les populations - trop chèrs) empêchent la perennité du système

L'AMAD travaille actuellement à trouver de nouveaux matériaux et sur la mise en place d'un biodigesteur plus important qui pourrait assurer les besoins énergétiques de 5 à 6 foyers.

 

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