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C'est en C15

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Mardi 08 mai, 00h01, Nouakchott, Auberge Sahara

Ca y est ! Nous y voilà c'est le début de l'aventure, 1ere découverte, 1ere appréhension, 1ere grosse fatigue... Nous sommes dans l'autre Afrique, celle des moustiques, de la chaleur, du bruit , de la musique...900 km, nous venons de faire 900 km en C15. Réveil 4h30 du mat départ 5h13, arrivé 17h plus tard vers 22h. La dernière ½ heure a été difficile, sinon le trajet c'est bien passé. Le matin nous étions 4, nous avions récupéré un Saraoui un peu bizarre à la frontière, c'était moins cool après il prenait toute la place. Une grande différence de paysage entre la Maroc et la Mauritanie, Maroc... rien. du désert caillouteux et quelques stations service tous les 150 km, côté Mauritanie, 400 km jusqu'à la capitale sans ville, des cabanes, des tentes, des dromadaires, des dunes de sables et un paysage qui ressemble plus à ce que j'imaginais du désert du Sahara.

 

Arrivée poste frontière 10h45, Larbib, notre chauffeur fait le trajet plusieurs fois par semaine. Lui et son C15 son connus ici, c'est sans doute pour cela que nous avons passé assez vite les postes de police et de douane (45 min pour vérifier 2 passeports). Puis nous empruntons la piste de 3km, le no man's land entre la frontière Marocaine et Mauritanienne, à 6km/h au milieu des carcasses de voitures, et du marché de véhicule « dédouané ».
Puis nous voilà coté Mauritanie, il est midi environ. Nous voyons tout de suite la différence de moyen, ici par de carrelage ou de complexe de bureau, ici c'est une cahute en bois qui fait office de poste de douane. Il fait chaud et à l'intérieur, 2 douaniers s'occupent d'enregistrer et vérifier les visas. C'est à notre tour. Au milieu des mouches qui piquent, nous répondons aux questions « Fabien, ta profession ? .. et toi Nat ? ». Cette « familiarité » dans son parler rassure un peu, nous sommes plus que tous les 2 avec les 2 douaniers et avec nos visas valables 72h (changement dû au changement de gouvernement d'il y a quelques semaines). Il fait chaud ... et je tente un dialogue « Il n'y a pas de pause à midi ? » « Merci de compatir ... mais s'il y a des gens qui passe la frontière, il faut qu'on soit là ... » répond le douanier chef en souriant. Quelques paroles échangées, quelques sourires ... les à priori tombent ... et les apparences trompeuses!

Nous sommes repartis à 5 dans le C15 avec un Sarahoui qui même s'il prenait toute la place nous aura permis de faire baisser notre bilan carbone. Il fait chaud ... la neige et le froid de Ifrane sont bien loin. Nous les regrettons presque !! Sur les bords de la route N4 (que nous ne trouverons jamais sur une carte et où personnes ne sait où elle passe) des tentes parsemées par ci par là « Son las casas de la gente  » « Si, vivèn como cabras y perros » (ils vivent comme les chèvres et les chiens) Il n'y a rien ici sauf du vent et du sable. Arrêt vers 15h pour manger au milieu de nul part ... ouf l'arrêt pipi s'imposait ... toilettes 200m plus loin au milieu de sable, p'tit coup de flip en revenant car je me suis rappelé que le terrain est miné, j'ai bien sûr imaginé le pire alors j'essayais de retrouver mes traces de l'aller mais le vent et les sable avait tout recouvert. Le resto : 1 tente, 1 tapis. Nous avons pris le thé ... ça y est ! Le thé aussi a changé, il est plus fort, il est plus aéré et on le boit en 3 fois. Nous avons mangé notre demi pain – kiri et partagé le melon qu'il nous restait. Larbib a dormi pendant que nous apprenions quelques mots d'arabia ... de berbère avec le jeune de la tente et les autres passagers du C15. C'était rigolo.

Nous repartons vers 16h30. Les paysages sont grandioses ... difficilement descriptibles, pas de grandes dunes de sable, le soleil commence à se coucher il est plus de 19h et nous sommes encore dans le C15, y'en a marre, même si au niveau confort nous ne sommes pas mal installé. Larbib commence à fatiguer, nous voilà à 80km/h maintenant, on va finir à 60 (c'est d'ailleurs ce qu'il s'est produit!). Allez, encore 100 kms ...il fait nuit mais frais mais on ne sent pas bon, on a transpiré. Fab a du sable plein les oreilles et la barbe !

 

Dernier arrêt, barrage de police, 40kms avant Nouakchott. Je ne sais pas si c'est la fatigue, la nuit ou parce que c'est l'Afrique mais le contrôle est plus impressionnant, à la lampe torche, au milieu de rien, Fab est dans leur petit cagibi pour faire « contrôler » son petit sac à dos ...Encore des à priori ... on repart et on voit enfin les premières maisons depuis 900kms!! Nous cherchons l'auberge Sahara, Larbib est vraiment fatigué et coupera en 2 fois la double voie pour aller de l'autre côté demander son chemin. Arrivée à l'auberge, il est plus de 22h, pas le temps de se poser, direction la douche froide puis gros coup de fatigue et grosse baisse de régime pour ma part (fatigue, faim, stress ??!!) C'est sans doute bête à dire mais voilà nous sommes en Afrique, le Maroc c'était différent, on s'y sentait protégé .. là il va falloir faire attention on ne connaît pas. Nous venons de faire la rencontre avec les moustiques, il est plus de minuit, on est dans un case sur la terrasse de l'auberge et la musique braille ... nous sommes en Afrique noire...

Nat

                   

Mardi 8 mai, 23h24, Nouakchott, Auberge Sahara

Chaud ... le seul mot qui peut définir cette journée. Les taxis sont pourris. Nous sommes restés 2h au centre ville de Nouakchott, la capitale. Bienvenue en Afrique noire ... fini le Maroc, les terrasses de cafés, les hôtels, l'hospitalité et la convivialité. Je suis finalement bien contente d'être à l'auberge qui est un peu éloignée du centre et de ce brouhaha, du sable, de la poussière. Les parkings, les rues sont de sable ... et nous sommes à la capitale !! J'appréhende un peu la suite, j'ai peur de ne pas pouvoir m'adapter à cette chaleur.

Nat

Jeudi 10 mai, 23h53, Nouakchott, Auberge Sahara

Un long moment sans écrire, depuis de choses depuis notre arrivée. Le trajet en C15 vraiment plus long que prévu, 17h ... On est arrivé en même temps que les grosses chaleurs, que l'harmattan, vent chaud venant du sahara. La première journée à Nouakchott fut éprouvante, beaucoup de poussière en ville, beaucoup de pollution, de gens et vraiment beaucoup de chaleur. On prend la résolution de se lever tôt le matin, dormir la journée et de travailler le soir. Pas de bol, il fait aussi chaud la nuit !! Bref, après 3 jours sur place, on a fini par s'y faire un peu, les journées paraissent moins chaudes même s'il est presque toujours impossible de bouger entre 11h et 16h, le mieux à ce moment là est d'être à l'ombre, n'importe où mais à l'ombre, si il y a un ventilo c'est mieux. La ville semble moins poussiéreuse également. Le changement comparé au Maroc est radical, ici c'est le bordel à la limite de l'anarchie, surtout sur les routes. En gros, à part les priorités à droite, chacun fait ce qu'il veut (c'est vrai !!) ... contre-sens, marche arrière, sans phares, sur le « trottoir » (du sable en fait). Très déstabilisent pour le premier taxi. L'état des voitures est hallucinant, aussi jamais vu de R12 aussi pourries. Donc on commence à prendre nos marques.

L'auberge est sympa, c'est un peu comme à mais'. Y'a une cuisine pour faire sa bouffe avec un frigo. Nous avons pris quelques RDV, résultats très mitigés, du très bon mais aussi 2 lapins. Les rapports ne sont plus du tout les mêmes qu'au Maroc; Il faut tout réapprendre, mais on a déjà rencontré des bonnes volontés. L'état est vraiment moins présent , le pays du moins la capitale donne vraiment l'impression de tourner seule ... avec le peu de moyens du bord. Après quelques discussions, lectures, nous savons que l'esclavagisme est toujours d'actualité.

Fab

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Vendredi 11 mai, 23h15, Nouakchott, Auberge Sahara

Décidément, quand nous arrivons quelque part, nous n'arrivons pas seul : à Bellota, c'est avec la pluie (alors qu'il n'avait pas tombé une goutte depuis des mois), à Ifrane c'est la neige (alors que cette année elle s'est faite très rare) et en Mauritanie c'est le chaleur et l'harmattan. Il y a des jours où il fait vraiment très chaud, même les mauritaniens le disent et en souffrent ! Si cette chaleur a été le plus gros soucis de ce début de semaine, aujourd'hui ,mon appréhension de ne pas pouvoir supporter cette chaleur s'est passée; sans doute commençons nous à nous acclimater ! Pourtant je savais qu'en partant en mars nous serions tout au long de ce voyage dans les « pires » des saisons (la pire – en juillet au Burkina, on verra !!). J'espère juste que ça ne nous empêchera pas de faire des visites. La semaine prochaine il est prévu d'aller sur le terrain à l'intérieur du pays avec Mr Boomounzouma, mais comme il fait chaud, nous voyagerons aux heures « fraîches » et partirons donc en fin de journée.

Sinon, difficile de décrire l'ambiance de cette ville. Ca va faire une semaine que nous sommes là ... nous observons, nous écoutons, nous sommes à l'aguets de ce qui se passe pour essayer de mieux comprendre et nous faire notre propre opinion des choses. Un pays à l'opposé du précédent : le Maroc, un pays en pleine construction, la Mauritanie un pays où il y a tout à faire avec un retard considérable sur les pays voisins. Rencontre avec « William » un ex français, Malien aujourd'hui, il remonte pour quelques temps sur le Maroc, il fait trop chaud au Mali.

Nat

         

Dimanche 13 mai, ..h.., Nouakchott, Auberge Sahara

Notre résistance à la chaleur est très aléatoire; Aujourd'hui ça allait bien. On a bossé sur la newsletter pour finalement ne pas réussir à l'envoyer du cyber café. Dépités, nous sommes partis faire une visite du port de pêche. Recherche d'un taxi dans une ville nous montrant un autre visage plus sympa, mais c'est dimanche et les taxis se font plutôt rares. On s'amuse à négocier et à refuser quand les prix sont abusés (nous avions le temps !!) et de 1500 ouiguyas nous partons finalement pour 400 U. Très très sympa ... nous sommes en fin de journée et les bateaux reviennent de la mer. Impression d'être un peu en vacances; ça nous a fait du bien. Les barques étaient rangées à la force de leur bras et à la cadence de leur voix. Ils les font rouler sur des bouteilles de gaz. Il y avait une très grande activité; Les poissons sont directement vendus sur le marché d'à côté ou acheminés de la plage au marché par des nanous.

Les jeunes de l'auberge nous ont invité à manger avec eux ce soir et à la mauritanienne. Une première pour nous, un peu catastrophique ... Essayez de manger des spaghettis sauce tomate d'une seule main (la droite !!) sans couvert ni pain ! Essayez de faire une grosse boule de spaghettis avec vos doigts tout en la faisant sauter dans votre main pour la refroidir car c'est très chaud !! Et ben on vous confirme ... c'est super dur ! Du coup, nous n'avons pas beaucoup mangé ce soir ... mais on se rattrapera !

On fait notre routine à l'auberge, courses (au bouiboui d'à côté où il y a tout), cuisine (des patates bien souvent), vaisselle (avec du produit à récurer ??!!). Que de l'exotique!! Pratiquement tous les produits sont importés vu qu'il n'y a quasi rien en Mauritanie.

On a sans doute déjà vu les voitures les plus pourries de notre voyage. Des R12 ou ce qu'il en reste !!

A l'auberge, une famille de hollandais est également là depuis quelques jours. Alors que tous les autres toubab ne font que passer (il n'y a rien à faire à Nouakchott quand on est touristes !), ils sont là car ils ont eu un accident de voiture il y a 3 semaines ... et il font réparer ou plutôt reconstruire leur voiture et nous sommes en Afrique alors il ne faut pas être pressé! On passe les détails; Ils font un tour d'Afrique de 2 ans avec leur 3 filles dont la plus jeune doit être à peine plus âgée de 4ans. Et dire que l'on se prenait pour des aventuriers !

Hier on a grillé l'ampoule basse conso de la case. Sidi vient nous la changer « c'est chinois, ça vaut rien » « mais ça dure combien de temps 1 ampoule comme ça ? » « mais c'est de la merde, ça ne dure qu'une semaine ... « mais ça coûte combien ? » « c'est chinois, ça vaut 100 U (env. 0,3€) » « mais ça veut dire qu'il en faut beaucoup? »  « y'en a plein, mais de toute façon ces chinois il sont tellement nombreux, il faut bien qu'ils construisent quelque chose sinon ils meurent ... » [rires] On ne s'était jamais autant marré en changeant une ampoule !

Fab et Nat

         

Lundi 14 mai, 22h22, Nouakchott, Auberge Sahara

Journée bien remplie et toujours aussi chaude. On a battu un record, on a rencontré au moins une quinzaine de représentants d'ONG et on va faire pareil demain. Ca donne mal au ventre à Fab! Nous tentons de comprendre le fonctionnement associatif, institutionnel ici. Pour l'instant c'est le gros fouillis, le pays se relève d'une dictature suivi d'un an de transition. Le premier président élu démocratiquement date d'à peine 1 mois. Et il y a tout à construire. Les personnes rencontrées dans le cadre du projet sont pleines d'énergie, d'envie et d'idée et croient en l'avenir de leur pays. Pendant de très nombreuses années ils n'ont pas eu le droit de s'exprimer voire même d'exister en tant qu'association ou ONG. Et aujourd'hui ils se sentent plus libres malgré des résistances administratives encore importantes. Le pays n'est pas encore prêt à donner une place à part entière à la société civile. Beaucoup d'énergie est donnée à ce combat là.

Dans notre routine : on a changé d'épicerie de coin, moins chère, plus sympa même s'il n'a pas compris ce que c'était que des vaches qui rit carrées : des kiris ! Nat : « est-ce que tu as des kiris ? ... tu sas c'est comme des vaches qui rit mais carrée, c'est pareil mais c'est carré ... c'est des kiris! ». Bizarrement il n'a pas compris et nous sommes repartis avec nos 2 vaches qui rit (ici dans les épicerie tout est possible et on peut tout acheter à l'unité : 1 vache qui rit, 1 dose de lessive, 1 dosette de café, 1 oeuf, ....).

Fab et Nat

         

Mardi 15 mai, 21h05, Nouakchott, Auberge Sahara

Journée bien remplie. La réunion organisée par Clean Beach a réunie 6 personnes en plus de nous au lieu de la quinzaine annoncée. Elle nous a permis de rencontrer M'Bow, un jeune très motivé, avec qui ça a bien accroché et avec qui nous avons partagé une bonne partie de la journée. Après la réunion qui nous a permis de prendre quelques contacts, M'Bow nous a invité à aller voir sa pépinière, en plein centre de Nouakchott. Contrairement à la plupart des autres ONG, son asso. est constitué que de bénévoles, ils sont 7, un groupe d'amis et ont les mêmes convictions. On se pose un moment sous un arbre dans sa pépinière, un arbre que beaucoup veulent couper.

On discute un peu et on fini par partir chez lui pour manger un ' tjiboudjine '; Le moment est très sympa, on mange par terre dans le salon, c'est très bon, la famille est revenue et se couche sur le tapis. Femmes, maris et enfants avec l'air du ventilo sont concentrés sur la télé et les séries qui abrutissent comme dirait le patron-ami de M'Bow. Cet ami qui nous a dit quand on était dans sa voiture pour nous emmener à la pépinière « avec cette chaleur, si j'étais blanc je serai mort ... ma femme m'a téléphoné tout à l'heure quand elle était à la banque, elle m'a demandé quelle température il faisait, je lui ai répondu environ 100°C » dit-il en rigolant. Nous quittons M'Bow après un thé rapidement partagé à la pépinière, direction Terre vivante qui nous reçoit rapidement pour organiser une visite ce week-end pour ma mise en place d'un pompage solaire. Puis cybercafé et retour à l'auberge toute calme car les petites hollandaises ne sont pas là.

Fab et Nat

Mercredi 16 mai, 21h51, Nouakchott, Auberge Sahara

Nous sommes en manches longues, qui l'aurait cru ! Certainement pas nous. Car il fait froid, à peine 22°C. Il a fait frais toute la journée, une journée que l'on a passé tranquillement à l'auberge pour faire le bilan des dernières rencontres et pour préparer le programme des semaines à venir. Journée tranquille au soleil mais pas dans la chaleur, ça change.

Jeudi 17 mai, 20h10, Nouakchott, Auberge Sahara

Encore une journée bien remplie ! Même le petit dej' était bien rempli; Nat a fait une overdose de choky (pâte à tartiner à base de chocolat) parce que Fab prenait des énormes cuillères alors elle était bien obligée en cachette de prélever des lichette de « nutella ». Conclusion : écœurement et digestion difficile lors de la marche de 35' jusqu'à notre RV de 10h à l'ADER. La matinée a avancée à un rythme soutenu, visite du directeur technique de l'ADER (Agence d'Electrification Rurale) qui nous consacre 1/2h, il nous présente le responsable du centre d'essai avec lequel nous partons pour une visite. Puis nous dépose au PNUD à 11h30 et Dahi de Clean Beach nous rejoint pour nous présenter le coordinateur des micro-financements. L'homme est surchargé de travail et très pressé, il nous reçoit malgré tout très cordialement et nous repartons 20' plus tard avec une brochure et 5 ou 6 contacts d'ONG dynamiques, sérieuses et de confiance. Nous enchaînons de la même manière 2 ou 3 RV dans la journée « profitant » des véhicules des uns et de la disponibilité des autres. Nous récupérons de proche en proches de nouvelles adresses. On s'aperçoit une fois sur place que beaucoup d'associations très actives étaient complètement invisibles depuis la France (un grand merci à M. Dahi pour nous avoir mis en relation avec toutes ces assoc.). On fini la journée par un retour à l'auberge dans un taxi avec un chauffeur super excité à travers les embouteillages de 17h30 évitant les ânes et les passants à grands coups de klaxons et passant à 2 doigts de l'ensablement (les chemins de traversent ou les trottoirs sont en sable à la capitale). Cela aurait vraiment mérité un film, d'autant que les quartiers où nous sommes passée étaient riches de surprises (vache couchée au milieu de la circulation, passage au milieu d'un terrain de foot de quartier en plein match, parking d'âne) ceci tout en « découvrant » la réalité de vie des quartiers vraiment pauvres de Nouakchott.

       
 
 

Jeudi 24 mai, 23h54, Nouakchott, Auberge Sahara

Nous venons de passer 3 jours loin de tout, plus proche de la chaleur et nous en remettons tout doucement. 3 jours riches d'enseignement. Nous avons suivi l'association Terre Vivante sur la mise en place d'un pompage solaire destiné au jardin de plantes médicinales d'un village de brousse d'environ 3000 habitants qui s'appelle Maata Moulana et dans lequel nous étions censé rester 1 jour et 2 nuits. En plus d'un programme alléchant, nous étions très contents de sortir de Nouakchott (2 semaines que nous sommes là et nous avions besoin de changer d'air et de routine). Maata Moulana est à 50 kms du goudron.

Le trajet aller se passe plutôt bien et nous goûtons au premier transport serré. Il fait chaud, et quand nous sortons du goudron la piste n'est en fait que 2 ornières de sables. De tradition soufi, des étudiants viennent du monde entier pour profiter de l'enseignement coranique de Maata Moulana. Nous arrivons dans le village soufi où télé et musique sont interdites. Du coup, les gens passent leur temps à chanter des textes religieux, pas désagréable à l'oreille. On est reçu par le chef du village (le marabout) qui est aussi le chef administratif et le chef spirituel. Après quelques heures de repos sur le tapis du salon, accablés par la chaleur de la journée, la fatigue et encore transpirants, il nous invite à sa table (en fait le même tapis recouvert d'une nappe) pour un repas copieux composé de plusieurs plats. Il nous laisse le choix d'aller manger sous une des dernières tentes nomades faites de laine ou à l'intérieur. nous choisissons l'extérieur, nous n'arrivons pas à nous rafraîchir à l'intérieur. Nous laissons ainsi le salon aux enfants pour qu'ils puissent tranquillement lire et chanter le coran; C'est donc sur fond musical assez particulier que nous prenons le premier repas à Maata Moulana. Tout le monde mange dans le même plat, avec le mains et nous nous réjouissons de voir arriver des couverts pour nous. Nous serons ainsi nourris toute la durée de notre séjour à Mataa Moulana. Le chef est très occupé, il reçoit chez lui tous les étrangers du village, il y'a souvent beaucoup de monde à table et même plusieurs tables. Si bien que même si il met un point d'honneur à partager le repas avec tous, il ne fait parfois que passer. C'est assez déstabilisant de se faire servir tout le temps. En attendant les plats, les conversations sont souvent chuchotées et s'arrêtent dès que les plats arrivent. Et c'est parti... nous mangeons très doucement avec nos couverts ... et alors que nous mettons une fourchetée dans notre bouche, c'est 2 ou 3 poignées qui vont dans celle de nos voisins, mais en fin de séjour et avec un peu d'entraînement et beaucoup d'encouragements de la part de nos voisins de table (manges, manges) et nos encouragements mutuels avant de passer à table (il faut que l'on mange plus vite!!), nous arrivons presque à manger aussi vite qu'eux. Nous dormons à la belle étoile, soit sur la terrasse de la maison du chef, soit dans le jardin et avons passé les 2 premières soirée à parler avec Moulaye de tradition, spiritualité et d'existence sous un magnifique ciel étoilé.

La vie à Mataa Moulana est rythmée par les prières. Il y a 23 école coranique ici. Les villageois sont accueillants (impossible de payer le bissap aux femmes) et les enfants adorent venir nous toucher (les filles tendent la main à Nat et les garçons à Fab, traditionnellement (religion oblige) les hommes ne touchent pas les femmes (même étrangères) et vis versa, cette règle est valable dans toute la Mauritanie. Les étudiants vont à l'école coranique dès 5 heures du matin , puis enchaînen avec les cours "normaux" de 8h à 13h, pour finir leur journée par des lectures coraniques. Le coran est omniprésent, mais la tradition Soufi, basée sur l'amour, présente un islam très doux, l'appel à la prière est sans doute le plus beau que l'on ai entendu, et même celui de la première prière du matin de 4 à 5h avait plutôt tendance à nous bercer qu'à nous réveiller. Et tard dans la soirée (23h) les "perroquets" (certaines femmes du village) entament une douce litanie jusqu'à tard dans la nuit. Bref la vie est bien paisible, même pour nous qui ne sommes pas Musulmans. On ne s'est jamais senti fautif ou exclus parce que nous n'étions pas comme eux.

Revenons en à ce pour quoi nous étions venu ... le pompage solaire ! de ce côté là, c'était un peu la débandade. Il faut équiper un puit qui ne sert plus depuis longtemps et qui a toute une histoire (tout le village s'est construit autour de lui il y a 50 ans). Sa réhabilitation permettra d'installer un système de goutte à goutte pour dégager le conservateur du jardin du long et fastidieux travail d'arrosage quotidien. Au final, l'installation n'aura pas pu être réalisée (problème technique et problème de gestion s'enchaînant!).

Le premier jour il a fallu curer le puit (c'est-à-dire envoyer 2 personnes au fond à 53m) pour enlever tous les débris. L'opération n'a pas été réalisée depuis longtemps et prendra la journée. Pendant ce temps là, Mohamed le technicien installe le champ solaire et assemble les différents éléments avec ses 4 outils mais du matériel manque (des boulons !) et en faisant le tour du village il est possible d'en trouver. Fab retrouve les joies du montage de panneaux solaires sur structure en plein cagnard.

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Toute la journée c'est l'excitation autour du puit, ça fait de l'animation dans le jardin. Les vieux et les enfants sont là, les nombreux petits curieux se font verbalement houspiller par les quelques adultes présents et même chasser gentiment à coups de bâtons ou de chaussures (1 coup de bâton dans les fesses d'un gamin et c'est 30 paires de jambes qui partent en courant à travers le jardin). Cela vire rapidement au jeu du chat et de la souris et amuse tout le monde sauf Fall, le conservateur, qui a peur pour ses plantes.

En fin de journée, le jardin se vide, la fatigue est là pour tout le monde, les derniers courageux tente malgré tout une immersion de la pompe. Mais sans succes, il manque quelques longueur de tuyau.

Nous trouvons un peu de courage pour sortir du jardin et monter sur les dunes, où, surprise ... quelques gouttes de pluie viennent nous faire oublier la poussière et la chaleur de la journée. Le moment est un peu surréaliste ! Et, en plus d'une vue magnifique sur Maata Moulana, nous assistons à la vie tranquille de fin de journée : retour des troupeaux, enfants jouant à la balançoire, enfants venus chanter le coran en haut des dunes, ...

Sur le chemin du retour au jardin, nous sommes à la recherche de bissap (délicieuse boisson à base d'hibiscus rouge et tellement rafraîchissant !!) mais impossible de le payer, les femmes de la petite épicerie (un local, 2 frigo, quelques étagères et quelques sacs de céréales, 1 tapis et 2 ou 3 femmes discutant) tiennent absolument à nous l'offrir, c'est comme ça avec les étrangers, c'est l'hospitalité mauritannienne, nous avons encore envie de bissap mais nous ne voulonspas retourner à cet endroit, nous savons qu'elles ne voudront que l'on donne de l'argent et ne voudrions pas abuser de de leur gentillesse, nous faisons donc un tour de village à la recherche de bissap. Mais il semble bien que seules ses dames en vendent. Là encore, nous sommes mal à l'aise face à la gentillesse de la population, nous trouvons une jeune fille, venue étudier le coran à Maata Moulana, qui tient absolument à nous payer le bissap ... et qui nous ramène devinez où , à la même boutique!! Le lendemain nous recroiserons cette jeune fille qui tiendra à faire un cadeau à Nat ... c'est l'accueil mauritanien, c'est destabilisant et il faut l'accepter !

Le soir, Moulaye nous permettra d'assister à une séance de lecture du coran, il nous dit qu'il faut faire des photos de ce moment. Au cours de ces séances de 30 minutes environ, qui regroupent hommes, femmes et enfant du village et qui ont lieu 2 fois par semaine, un homme vient lire un passaage du coran, puis le chef du village en donne une interprétation. C'est après la prière du soir, que les gens se réunissent dans la cour derrière celle du chef du village, la nuit est tombée et seule la voix du lecteur ou du chef du village se fait entendre, tout le monde est attentif et concentré sur cette voix !! Le moment est difficilement descriptible.

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Deuxième jour : on attend les pièces manquantes, ce qui nous permet de passer la journée avec Mohamed et Fall et d'en savoir un peu plus sur le jardin médicinal. Nat est ravie, elle pose plein de questions à Fall qui est passionné et qui répond avec le sourire et beaucoup d'humour. Une très bonne journée malgré la chaleur difficilement supportable et la poussière qui commence à s'accumuler sur notre peau et nos vêtements. Nous n'avions pas prévu d'affaires de rechange car pas prévu de rester si longtemps !

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Troisième jour : les pièces sont arrivées la veille, avec le taxi-brousse du soir. Après 3 tentatives d'immersion, il y a un problème : cela ne fonctionne pas ! Il faut envoyer quelqu'un au fond du puit. Fall s'y colle faute de courageux dans les parages. Le puit n'a pas été assez curé, la hauteur d'eau n'est pas assez importante, il reste au moins 1m de sable à enlever. Nous ne verrons pas fonctionner la pompe solaire et Fall devra continuer à passer ses journées à arroser. Les vacances ne sont pas pour tout de suite  !

Nous profitons de la soirée pour aller faire une balade sur les dunes avec Mohamed. Les couleurs sont superbes et c'est l'heure où les troupeaux partis en brousse pour la journée rentre au bercaille. Nat est ravie (encore) et prend pleins de photos pendant que les 2 techniciens solaires (Fab et Mohamed) prennent idée d'attraper 1 âne ...

.. ..

avec

succès...

Retour le lendemain à la capitale en pick-up dans la « caisse » derrière. La même chose qu'à l'aller 50kms de piste + 130kms de goudron, la poussière et la fatigue accumulées en plus. Levés à 5h du mat pour partir à 6h30, nous arrivons à Nouakchott vers 10h et nous nous ruons sous la douche dont nous rêvions depuis 3 jours. Sorti de Nouakchott, le climat se fait tout de suite plus chaud, plus sec et difficilement supportable, il n'y a pas l'air marin. Pourtant, tout le monde à Maata Moulana nous disait que nous avions de la chance et qu'il faisait frais en ce moment.

Samedi 26 mai, 21h40, Nouakchott, Auberge Sahara

De retour au QG après une nuit passée en plein désert. Les visites s'enchaînent … Après notre retour de Maata Moulana, nous avons enchaîné hier avec un déjeuner-réunion chez Aissata de l'APPDMF. Malgré sa grande hospitalité et son insistance pour nous faire rester, nous prenons congé en buvant le deuxième thé sur le pas de la porte pour être prêts à partir à 17h sur le terrain avec M. Boumouzouna de l'AFE qui passe nous prendre à 18h. L'objectif est de voir quelques unes de ses installations solaires au nord du pays et plus particulièrement un site reculé. En temps que bons occidentaux, nous sommes plutôt septiques (voir une ampoule s'éclairer dans la nuit ... rien d'exceptionnel!). Nous comprenons vite notre erreur lorsque nous nous approchons du premier village à la tombée de la nuit. Quelques lumières déssiminées dans la pénombre sont les seules signes de vie ici au milieu du désert. Les installations solaires ont amélioré considérablement le quotidien des populations. Nous réalisons à quel point il est important d'avoir de la lumière et comment une ampoule peut changer la vie (précédentes installations visitées de jour).

Ceci n'est rien comparé à ce qui nous attend. Nous quittons le goudron et partons à travers le désert de cailloux tout plat. La nuit est sombre, on distingue à peine la piste et nous nous demandons comment le pilote s'oriente. Au bout d'une bonne d'1/2 heure et après avoir vu une étoile tombée, nous distinguons un point lumineux au loin. Mr Boumouzouna nous explique que son ONG a mis cette lumière il y a quelques années pour se repérer car à cet endroit de la région, il n'y a aucun point de repère. Avant ça, beaucoup de gens se perdait et une quarantaine de personnes mourraient de soif chaque année. Ils ont donc installé une petite maison avec une installation solaire et une lampe allumée 24h/24 accompagnée d'une cuve enterrée de 200m3, le site est devenu le point de repère et le carrefour de tous les bergers ou voyageurs à la ronde. L'eau est interdite aux animaux et n'est là que pour les urgences. Nous passons la nuit là, dans la maison au milieu de nul par, il n'y a pas un bruit, seul le vent qui souffle.

Nous repartons après avoir visité les voisins (les bergers dans un rayons de 20kms). Trente familles vivent ici dans le dénuement le plus total.

Nous découvrons un jeu traditionnel sous une tente de bergers : le zig. Sorte de jeu de l'oie où les dés sont remplacés par de jolis bâtons. Puis retour à la « maison-phare » pour prendre un repas (au menu, un joli petit cabri encore vivant 2h plus tôt) avant de reprendre la route de Nouakchott accompagnés du soleil de 13h. Nous dormons quasiment sur tout le trajet. Arrivés en ville, nous empruntons le « périphérique » au milieu des dunes et peuplé de dromadaires.

Petit tour au cyber café pour faire nos impôts. Quelle galère !! Nous programmons une visite à Rosso pour le lendemain puis retour à l'auberge pour une bonne nuit de repos.

 

Lundi 28 mai, 00h01, Nouakchott, Auberge Sahara

Nous avons rejoint hier Mr Fadhel Ba de BTI sur la route en direction de Rosso. Nous avons pris un taxi-brousse, une mercedes à 6 dedans, les paysages changent et se font plus verts et avec plus d'arbres au fur et à mesure que nous nous approchons du fleuve (Sénégal). Une fois arrivé, c'est l'association Ganate qui nous accueille. Ils sont nombreux. Fadhel Ba nous a rejoins entre temps et sert de traducteur. C'est une petite association villageoise qui exploite la gomme arabique. Nous avions rencontré un des membres de l'assoc. au cyber forum de Nouakchott qui nous avait proposé de visiter leur plantation. Ganate agit dans le même village que BTI. Ils prennent le temps de nous faire visiter leur village, et la plantation n'est en fait qu'une succession d'arbres éparpillés dans le village. Ce n'est pas la saison de la récolte mais ils nous montrent comment ils procèdent.

Il faut pratiquement cueillir la gomme à l'unité à l'aide d'une perche munie d'un embout tranchant et en profitent pour nous exposer leurs problèmes : manque de systèmes d'exhaure de l'eau et de compétences de gestion d'un projet, manque de moyens ... La visite prend quelques heures au moment les plus chauds de la journée bien que comme la veille, il fait frais aujourd'hui (à peine 35°C). Nous comprenons mieux la difficulté qu'il peut y avoir à construire quoi que ce soit sous cette chaleur accablante. On part ensuite chez Fadhel Ba qui expérimente chez lui tout un tas de solutions alternatives (pompage solaire et éolien, huile de pourghère, foyers améliorés, autocuiseurs, système de goutte à goutte, ...). Nous sommes accueillis de manière très décontractée et passons le dimanche en sa compagnie, chez lui, avec sa petite fille, qui au début timide finit par oublier les « chrétiens » comme elle nous appelle, nous les blancs.

Il est à origine du solaire en Mauritanie et ses premières installations avec ses propres régulateurs ont déjà 20 ans. Nous passons une bonne partie de la soirée à parler du solaire. Nous dormons sur place pour reprendre la route le lendemain à 6h dans une R21. Arrivés à l'auberge, pas le temps de se poser, sauf pour prendre un café, 2 tartines de chocky et c'est reparti direction l'ambassade du Mali. Aucun soucis pour se faire délivrer les visas, obtenus en une matinée. Le personnel est sympa, Fab a fait un devis oral au secrétaire du consul (nous pensons!) pour une installation solaire destinée à une station essence puis rencontre entre 2 portes avec l'association Solafrika qui part pour 4 mois au Mali afin d'installer des fours solaires et foyers économes en bois. Nous espérons pouvoir les rejoindre et passer quelques jours avec eux. Il a recommencé à faire chaud. Nous avons passé l'aprem. à comater surtout Nat « ramollie » par la chaleur (quelle chance pour Fab!! un peu de tranquillité).

Mercredi 30 mai, 23h00, Nouakchott, Auberge Sahara

Petite journée à un bon rythme. Rencontre ce matin avec Abdoulaye Allassane, le technicien dont l'assoc. APPMF nous avait donné les coordonnées. Il tient un atelier de ferronnerie et a travaillé sur la construction de fours solaire et de foyers améliorés. Nous avons eu beaucoup de mal à se trouver. Fab n'avait pas du tout compris le lieu du rendez-vous du coup on se retrouve à 11h30 au lieu de 10h. On discute un peu et prenons rdv le lendemain pour voir son ateliers et des «prototypes». Puis direction le cyberforum, où Touhamy de l'AFDD nous attend (du coup on est bien en retard) avec des rapports sur le contexte énergétique (entre autres) en Mauritanie. On parle un long moment sur la nécessité de former les acteurs avant d'engager les actions. On passe ensuite à la banque, trop tard, il est 14h30 ! Puis retour à l'auberge vers 15h. A 18h, Mr Boumouzouna (de l'AFE) vient nous chercher pour nous faire visiter un centre artisanal. Il a promis à Nat un jeu, le zig, et espère le trouver là-bas. L'AFE a besoin de photos pour montrer le travail de broderie des coopératives de femmes. Nat joue le rôle de photographe et est la plus heureuse du monde. On part ensuite à son siège pour décharger les photos et où il nous dévoile toute une autre partie de son travail. Le militantisme …

Jeudi 31 mai, env. 19h – 20h, Nouakchott, Auberge Sahara

Nous voilà de retour à l'auberge après un tour épique de la ville avec Mr Bouzouzouna (et oui, encore lui !) à la recherche de voitures qui « n'exisent plus » mais qui roulent encore! Nous avons vraiment rigolé. Mr Boumouzouna heureux de nous faire plaisir s'arrêtait carrément au milieu de la circulation ou des carrefours pour que Nat puisse prendre 1 bonne photo. Rien de bien dangereux car tout le monde roule à 5 ou 10 km/h à ce moment de la journée. Mais nous repartons souvent sous les klaxons d'à peu près tout le monde « on s'en fiche, je fais ce que je veux » « c'est bon ? Tu as bien pris la photo? ». Pendant que Nat prenait des photos, Mr Boumouzouna la surveillait du coin de l'œil pour qu'il puisse s'arrêter à tout moment et se servait de l'autre oeil pour guetter les voitures méritant une pause, pendant que Fab regardait la route ponctuant le trajet de « attention » ou « là il faut y aller je crois » et Mr B. rigolait demandant à Nat « c'est bon, tu l'a eu celle là? », et si ce n'était pas le cas, qu'à cela ne tienne, on fait demi-tour. Nous avons même fait le tout d'une R12 pour l'avoir sous toutes les coutures. Nat était vraiment heureuse. Mr B. aussi. Et nous faisons ainsi un tour de ville, entre courses poursuite de R12, arrêts au milieu de la route créant embouteillages ou faisant des demi-tour pour mieux trouver LA voiture. Nous avons vraiment passé un bon moment et nous en rigolons encore.

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Sinon, journée plutôt tranquille, visite à l'aube (9h) de l'atelier de Allassane qui a travaillé sur différents équipement solaires dont une éolienne en bidon. Professeur de construction métallique, il est également entrepreneur, ce qui lui permet de compléter son « maigre » salaire de fonctionnaire et ses 12h d'enseignement / semaine mais aussi de faire valoir toutes ces idées qu'il a en tête.

Puis retour à l'auberge pour travailler sur la mise à jour du site ...nos fidèles lecteurs commencent sans doute à s'impatienter. Et puis, nous allons quitter Nouakchott dans 2 jours alors ... Fab a donné son interview Fréquence Terre de Mauritanie, Nat n'était même pas là !!.
 

Vendredi 1er Juin, 21h30, Pizza Monte Cristo, Nouakchott,
On quitte la capitale …

Notre dernière soirée à Nouakchott, on termine ça dans l'un de nos 3 restos du séjour avec une pizza à 1800 UM (5€, une folie). Les hollandais ont récupéré aujourd'hui leur voiture toute neuve et étaient fiers de nous la montrer. Ils vont sans doute rependre leur voyage autour de l'Afrique mardi prochain. Tout le monde quitte l'auberge un peu en même temps (un couple de hollandais là depuis plus d'une semaine est repartis hier). Nous sommes contents de ne pas partir de l'auberge en dernier, nous nous étions habitués aux allées et venues des 3 petites et surtout aux bavardages en monologues incessants de la petite dernière de 3-4 ans.

Nous devions prendre la route avec Balla pour visiter un village qui s'est construit autour du solaire, mais impossible pour cause d'incompatibilité de planning avec le propriétaire du lieu, finalement nous partons à 20h avec Balla pour caler notre départ en taxi-brousse pour demain et nous nous retrouvons a partager le thé chez un amis à lui. Dans une maison toute équipée (le quartier est récent), mais il n'y a pas encore d'électricité, c'est donc à la bougie que nous nous éclairons et que nous apprenons qu'il également une association qui travail dans le domaine de l'eau. Comme par hasard, la conversation tourne rapidement autour des problèmes de développement et de coopération en Afrique. On tombe tous d'accord sur le fait que les gros bailleurs de fond (ONG internationales, agences de coopération) absorbent trop d'argent dans leur fonctionnement comparé à l'argent qui arrive réellement sur le terrain et que les projets se résument trop souvent à des actions ponctuelles sans vision à long terme. On a vraiment l'impression que l'argent rate la bonne cible . Ils ont l'impression que l'on se sert d'eux pour que les bailleurs puissent justifier leurs budgets, mais surtout pour qu'ils puissent afficher des images de dispensaires et d'écoles construites alors qu'aucun salaire d'infirmier n'est financé, est ce ça le développement ?? C'est tellement frustrant et énervant de voir à quel point le matérialisme occidental passe encore à côté de l'essentiel, il y'a vraiment trop d'intermédiaire entre les donneurs d'argent et les bénéficiaires et chacun prend sa « commission » au passage. Il nous a fallu à peine 3 semaines pour trouver une dizaine d'associations ou d'individus avec des idées et des projets montés, prêts à l'action et en contact direct avec les populations.

Dimanche 3 juin, Siege AMAD, Boghé 23h01
Arrêts à Magta Lajhar et Boghé avant de prendre la route du Mali

On croyait avoir eu chaud à Nouakchott, en fait non, nous avons expérimenté de plus grosses chaleurs hier. Nous avons quittée la capitale de Mauritanie avec un détour par Magta Lajhar, trajet plutôt confortable à 10 dans une R21, le prix fixé initialement à 9000 UM puis surchargé à 15 000 UM s'est finalement soldé à 10 000 UM (30€) pour cause de bagages encombrants (ben quoi juste 2 sacs de 15kg, pour 1 maison c'est pas lourd même si cela remplissait le coffre !), on s'en sort pas mal étant donné qu'il est venu nous chercher au pied de l'auberge à 7h et que l'on a pu choisir les 2 meilleures places (celles de devant). Il avait dit 8h... donc pas le temps de prendre le petit dèj, on fini les sacs à l'arrache pour grimper dans le taxi, pas d'au revoir aux Hollandais qui dorment encore et un geste furtif de la main à Hermann le sympathique gérant de l’auberge. C'est peine perdue, on partira seulement 2h30 plus tard du garage de taxi de Nouakchott. On ne s'est quand même pas ennuyé, entre les rabatteurs qui se chamaillent le client, les vendeurs à la portière et le petit dèj pris sur un coin du capot (choco + yaourt) sous le regard ahuri des enfants. On est finalement parti et après 3h de route c'était déjà la pleine chaleur. Au bout de 4h30, Fab récupère le volant car le chauffeur comme tous les passagers s'endormait, mais pas de grosse frayeur, nous ne sommes pas sortis de la route. Du coup, impossible de fermer l’œil les 30 derniers kms.

Nous constatons les dégâts du trafic routier, combiné au non-gardiennage des troupeaux : des carcasses d'animaux, des animaux en décomposition (avec les odeurs), des carcasses de voitures. Après quelques mémorables pointes à 130 km/h, lorsqu'il ne dort pas ou ne nous demande pas de le prendre en photo avec la photo de sa fiancée colée sur la joue (si, si, si c'est lui qui conduit), nous arrivons tout transpirant et poussiéreux après 5h de route au lieu des 3h30 annoncées.

Nous voilà à Magta Lajhar. La 1ère chose que nous voyons (en attendant Mr Gourbhy, notre RV à la gare routière) se sont les chèvres qui s'installent comme nous sur les matelas à l'ombre des tentes des restos. Puis direction la maison de Mr Gourbhy qui nous accueille amicalement. Il nous propose de passer à table (toujours sur le tapis) puis de nous reposer avant de faire le planning de notre journée et demi ici. Nous comprenons vite la nécessité de nous reposer, de toute façon il fait tellement chaud qu'il n'est pas possible de faire autre chose, même les mots sont difficiles à faire sortir tant la chaleur est accablante. Le toit en tôle et les murs en béton (+ chaud au toucher que l'air ambiant) n'arrangent pas les choses et le bonheur de voir arriver un peu d'eau pour se laver les mains avant le repas est vite une déception... elle est brûlante. Stockée à l'extérieur dans une bâche en plastique, Mr Gourbhy nous explique qu'il est impossible de se laver à cette saison pendant la journée à cause de cette eau trop chaude. Ici pour des raison de manque d'eau, l'eau est distribuée, pour ceux qui ont la chance d'être raccordés au réseau, 1 jour sur 2 pendant quelques heures seulement et à faible débit. Ainsi dès 5h30 du mat, tous les robinets du quartier s'ouvrent pour remplir le stock des foyers. L'après midi passe entre transpiration (sans rien faire), désaltération et sieste sur fond télévisé indifféremment en arabe ou en français. Le choix c'est finalement porté sur la demi-finale du top 14 de rugby français opposant Clermont à Toulouse (spécial dédicace à Cyril et Geg), et nous sommes bien contents d’assister à la victoire de Clermont, ce qui nous a quand même bien tenu éveillé.
Étrange de se retrouver après seulement quelques brèves présentations couchés sur un tapis à même le sol auprès de personnes complètement inconnues il y a seulement quelques minutes. Une fois la chaleur « relativement » passée, on s'organise un peu pour faire la visite du siège du Club UNESCO et de leur projet.

La fin de journée est faite de visites et de rencontre avec la population bénéficiaire de foyers améliorés et de fours à méchoui améliorés. Les discussions avec la traduction de Mr Gourbhy furent instructives. Ils nous encourage à poser toutes les questions qui nous passent par la tête et les villageois, notamment les femmes, se font une joie de nous répondre et expriment leur regret de ne plus pouvoir trouver ce type de foyer. Elles sont passé de 5kg à 1,5kg de charbon par jour. A 100UM par kg de charbon, cela permet de mettre du beurre dans les épinards ou plutôt une carotte dans le riz-sauce.

foyer amélioré et foyer traditionnel

La température devient agréable avec la tombée de la nuit. Nous partageons la soirée avec la famille de Mr Gourbhy, les enfants jouent aux échecs, la télé est posée à même le sol sur la terrasse et tout le monde dehors sur des nattes. Nous « profitons » de l'absence de Mr Gourbhy pour échanger quelques mots de vocabulaire avec les enfants. Nous sortons notre ziq et seule la sœur de Mr Gourbhy se réjouit de cela. C'est un jeu traditionnel surtout joué par les femmes. Les enfants ne connaissent pas et disent en riant et en se moquant « c'est archive!! ». Nous passons la nuit dehors à la fraîche, les murs de béton rendant encore la chaleur de la journée. Nous nous sommes levés tôt ce matin, 6h, Mr Gourbhy étant arrivé tôt pour ouvrir les robinets d'eau, aujourd’hui c’est le jour où il y a de l’eau. Cela nous a permis de faire quelques visites (restaurateurs, bouchers, charbonnier au détail, four à méchoui traditionnel). Sur le même principe que la veille, Mr gourbhy comme interprète, nous recueillons des témoignages intéressants. 11h arrive avec la chaleur, nous rentrons pour une nouvelle séance de transpiration - sieste. Nat tente de se rafraîchir avec son gant. Nous apprenons dans l'après-midi que Mr Gourbhy a laissé partir sa femme enceinte à la capitale sans l'accompagner et a décalé son voyage avec elle pour pouvoir nous recevoir. Il fera la route seul le lendemain matin.
Nous devons reprendre la route. Nous prenons le taxi-brousse vers 16-17h direction Boghé pour 2h30 de route. Nous arrivons à la nuit tombée vers 21h au lieu de 19h prévu. Nous avons changé de chauffeur et de voiture à Aleg 2 fois en 2 minutes. Puis sur la route, arrêt au milieu du désert pour la prière. Nous descendons, profitons du paysage et assistons à un arrêt pittoresque d'un taxi-brousse qui fait demi tour à la Starsky et Hutch, pour faire la prière avec nos compagnons de taxi. Nat en arrivant à Boghé se sent déjà mieux, moins de chaleur, plus de vie ... Nous sommes accueillis par Aboubakri, 1 membre de l'AMAD et Ahmadou, le gardien, avec qui nous partageons un délicieux ragoût de mouton-pomme de terre au siège de l'AMAD où nous passerons notre séjour.

Mardi 5 juin, 23h19, Boghé, siège AMAD
Une belle rencontre

Nous sommes au siège de l'AMAD où nous squattons un peu. On fait comme chez nous, peut-être parce que l'on se sent bien ici. C'est une équipe jeune, dynamique et studieuse. Nous sommes là depuis 2 jours et nous avons appris plein de choses aussi bien sur l'ONG et ses projets que sur la culture ou la vie de ses membres.

Hier, visite d'une installation de biogaz (enfin!), cela marche bien, avec très peu de choses (pour nous). Nous avons eu le droit au témoignage d'une vieille qui utilise cette technique. C'était vraiment bien de pouvoir lui poser des questions « directement ». Touré faisait la traduction, et cela bien entendu, autour d'un verre de thé et … préparé au biogaz. C'est quand même hallucinant de voir fonctionner cela! Quelques kilos de bouses qui fermentent, du méthane récupéré dans une chambre à air, quelques longueurs de tuyaux, et .. du gaz pour 6 mois. Difficile à croire tant que l'on n'a pas vu!! Puis nous participons à une réunion avec les femmes bénéficiaires du programme d'alphabétisation. 3h de palabres pour déterminer les horaires et l'organisation des cours, le tout en poular (peul), difficile de comprendre quoique ce soit mais chacun pouvait s'exprimer. En fin de réunion, on nous donne la parole afin de présenter brièvement l'objet de notre visite, les femmes répondent à quelques unes de nos questions. Nous quittons le village dont les cases ressemblent de plus à plus à l'idée que l'on se fait de l'Afrique noire. Nous passons l'après midi avec les membres de l'AMAD, ponctuée par une réunion de travail pour RISEAL. Pour la mise en place du réseau est une bonne chose qui pourra les aider par la suite.

Nous passons pas mal de temps à parler avec Aboubakri et refaisons un peu le monde. Il nous invite à passer la soirée et la nuit avec Touré dans son village à une vingtaine de km de Boghé. Nous partons de nuit... des matelas nous attendent sur le sol à l'extérieur, nous sommes face à la mosquée et beaucoup de gens passent pour dire bonjour et échanger quelques mots, finalement nous sommes une bonne dizaine à partager le repas dans le noir sous le ciel étoilé, au menu couscous et semoule plus lait. Nous passons la nuit sur la terrasse à l'étage avec le vent un peu trop frais après la chaleur de la journée. Au réveil, nous profitons du point de vue qu'offre la maison sur le village et sur les plaines environnantes jusqu'au fleuve Sénégal.

Aboubakri nous rejoint en haut, nous décrivant la vie du village et la verdure abondante en saison des pluie et nous parle de la terrible épreuve qu'a traverser le pays à partir de 1989 et notamment son village : oppression sur les noirs, rafles violentes et expulsions. Il y a 2 grands groupes ethniques dans le pays : les maures blancs à la peau claire et les négros-africains. Ces deniers ont été discriminés pendant de nombreuses années car pour certains ce ne sont pas des Mauritaniens. En 1989 suite à un conflit ethnique au sein de pouvoir mal compris, ça dégénère en affrontements raciaux et certains extrémistes ont profité de l'opération pour pourchasser tous les noirs du pays, allant même jusqu'à exécuter les plus récalcitrants (la même chose se passait de l'autre côté du fleuve, au Sénégal, à l'égard des maures). La population négro-africaine (Peuls, Sonike, Wollof) se concentre autour du fleuve Sénégal, beaucoup d'entre eux ont été « poussé » de l'autre côté du fleuve, Aboubakri nous explique la résistance de son village, la pression d'un village voisin voulant récupérer leur terre et leur bien. Des évènements que personne n'avait trop abordé avec nous jusqu'à présent. Cela nous a un peu refroidi, même si pour lui « cela fait parti de l'Histoire maintenant ».

A notre retour ce matin vers 9h, au siège de l'AMAD, tout le monde est déjà au travail, on en a profité pour faire pareil.

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En fin d'après-midi, nous avons fait la visite d'une coopérative de femmes qui, avec l'aide de l’ONG BDM, débute un programme d'utilisation de séchoirs solaires pour la conservation des aliments et la valorisation des surplus en périsode d’abondance. On a passé la soirée avec Touré qui nous a parlé de son parcours atypique par les USA, la Tunisie et de son implication sociale pour la société civile. On a parlé de pleins d'autres trucs : « tourisme » culturel, d’immigration et de la vie de ses jumeaux....c'était bien...

Vendredi 8 juin, 20h26, Kayes, MALI, 38°C, Centre catholique
3 jours pour passer la frontière et parcourir 370kms

Nous sommes au Mali depuis à peine 24h. Il fait plus chaud qu'en Mauritanie. Nous avons attendu toute la journée et le soir que la t°C descende mais sans succès. Nous avons eu quelques gouttes de pluie mais aussi une tempête de sable.
Le trajet depuis Boghé fût un peu éprouvant. Nous avons alterné taxi-brousses plus ou moins confortables et plus ou moins remplis, et attentes de taxi-brousses (TB) plus ou moins au chaud et plus ou moins bien installés pendant 3 jours. Au final, 2 nuits passées dans les TB et 2 jours sous des tentes.

Petit résumé du trajet :
1er jour : mercredi : départ de Boghé dans notre dernière Mercedes 190D de Mauritanie, après avoir fait nos aux revoir aux sympathiques membres de l'AMAD et après un cours intensif et très accéléré d'alphabétisation en Poular avec Aminata. Parcours facile : 100 kms à faire sur du goudron, nous sommes devant et profitons du paysage. Arrivée à Kaédi vers 11h. Ici c'est la fin du goudron, nous devons attendre un TB 4x4 qui ne partira dans l'aprem pour arriver dans la nuit à Selibaby. On nous annonce un départ vers 15h, il ne reste plus que des places à l'arrière sur des petits strapontins dans le coffre. On a 235 kms à faire et uniquement de la piste assez difficile car entrecoupée de marigots. Le tracé est impraticable pendant l'hivernage (= saison des pluies) qui doit arriver bientôt d’ailleurs. En attendant le départ, nous nous réfugions sous une tente resto près du garage (gare routière). Nous passons quelques heures fortes sympathiques entre sieste, délicieux riz-poisson, cours de préparation de couscous avec la cuisinière qui aimait rire et se faire prendre en photo.

Le départ nous est annoncé, il y a un petit mètre de bagages sur le toit. Nous grimpons à bord. Finalement, cela semble assez confortable. Nous ne sommes que 5 à l'arrière, il fait encore un peu chaud bien qu'il soit 18h. On part … mais, 30 mètres plus loin on s'arrête, tout le monde descend, le chauffeur récupère quelques passagers in extremis. Ils ont plein de bagages et d'enfants. Il faut recharger la voiture. Nous repartons une bonne demi heure plus tard. Nous sommes 6 derrière + 2 gamins + 1 bébé et quelques bagages. Le trajet va être inconfortable, c'est sûr! Nat a une barre sous les fesses, Fab une barre dans le dos.

...

Après 2h30 de piste, on fait une pause d'une bonne heure (peut-être plus) pour échanger quelques passagers. Cela nous permet de nous allonger et nous ne mettons pas longtemps à nous endormir. On nous réveille pour repartir, la voiture est beaucoup plus chargée (des meubles, chaises et armoires ont rejoins nos sacs et les autres bagages sur le toit). On a maintenant plus de 2,50m de haut et 2 biquettes sont suspendues par les pattes le long des flancs de la voiture. Leurs bêlements ponctueront le franchissement des marigots ! Les enfants plus nombreux (ils sont maintenant 3) et sans sièges passent de mains en mains, s'étalent au fur et à mesure que leur sommeil devient plus profond. On s'arrête quelques heures plus tard près de quelques cases au milieu de nul part. Toute une famille descend. Elle va sans doute habiter ici car meubles , chèvres et matelas descendent également. C'est maintenant plus confortable et on arrive finalement à 3h du mat à Sélibaby. Nous sommes sur une place « vide » et poussiéreuse. La voiture déchargée repart. Tous les passagers finissent la nuit sur la place et prennent les sommiers (assemblage de bambous) sans doute prévus pour ça. Nous finirons notre nuit comme ça dans une odeur d'ordure de marché.

Réveil au lever du jour vers 6h du mat avec le galop et le braillement d'un âne. Nous ne sommes pas très propres et nous nous débarbouillons à l'aide de l'eau de nos compagnons de voyage (la notre est sucrée : nous avons retrouvé les joies du tang pour masquer le goût de terre ou chloré des pastilles purificatrices d'eau ou pour rendre de l’eau chaude plus facile à boire). Chaque passager prend son chemin. Un homme nous conduit à pied au garage de Kayes (notre destination au Mali, de l'autre côté de la frontière). Il est tôt, toute la ville est endormie, les étalages sont encore vides.

On nous indique la voiture qui doit partir au Mali aujourd'hui. Nous espérons pouvoir enchaîner ce matin pour arriver à Kayes ce soir et être assis devant avec le chauffeur. Le gamin assis au volant ne parle pas français. Nous comprenons qu'il faut attendre un peu. Un autre arrive, et nous annonce que le TB ne partira que cette aprem et que le responsable à qui on doit réserver les place va bientôt arriver (tant pis pour le départ ce matin, nous sommes les 1ers à la gare nous serons sans doute installés devant, c'est tant mieux c'est un pick-up!). En attendant, le jeune Selif nous propose un endroit pour s'asseoir et nous offre le petit dej'. Selif est Ivoirien, il doit avoir à peine 18ans, il a fui son pays, il est là depuis 2 ans et espère pouvoir rentrer chez lui bientôt. Nous passerons donc toute la journée sous une tente, un peu comme la veille, sauf que moins bien installé (même avec la couverture spéciale toubab (=blanc)), la tente est ouverte et chaleur et poussière viennent s'accumuler. La journée sera ponctuée par quelques fous rires et rencontres. Le fou rire communicatif d'un jeune se moquant d'un vieux réveillé en sursaut par le chatouillement d'une margouilla (=lézard), la rencontre avec Sissako – un chasseur malien avec qui nous faisons quelques parties de dés, la rencontre avec 3 refoulés d'Europe, d'Espagne plus précisément et en cours de rapatriement chez eux au Mali depuis plus d'un mois. Ils nous expliquent qu'ils sont trimbalés de commissariats en commissariats dans des conditions difficiles, ils n'ont pas d'argent, ils mangent ce que veulent bien leur donner les policiers. L'un des 3 parle bien français, on essaie de savoir pourquoi ils ont voulu partir. L'eldorado européen est encore bien présent dans les esprits. Il nous dit qu'il espère trouver une formation et s'adapter une fois en France pour gagner un peu d'argent. Et malgré quelques mots pour lui expliquer la difficulté de la vie qui peut l'attendre en France, il semble bien déterminé à repartir dès qu'il aura de l'argent. Ils étaient propres sur eux, comme si pour l'occasion, ils avaient sortis les affaires du dimanche et avaient pour bagage 1 seul petit sac en tissu et une bouteille d'eau (pour 3!!). Ils devaient prendre le taxi-brousse avec nous mais c'est avec les policiers qui les avaient laissé là quelques heures plus tôt qu'ils repartent. Ils vont sans doute passer 1 nuit de plus au commissariat !

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Pour nous, c'est l'heure du départ et c'est à l'arrière que nous ferons le trajet, les 2 places de devant étaient déjà réservées de la veille. Malgré tout, nous avons beaucoup de chance car très peu de personnes prennent le départ ce soir (14 sans les enfants pour au moins 25 places possibles). Le jeune Selif s'est bien occupé de nous et veut nous réserver de bonnes places à l’arrière (c'est lui qui gère le TB). Après le chargement des bagages, Selif et Sissako nous disent qu'il faut vite monter mais blablabla on discute trop. Lorsque nous grimpons, les meilleurs places, celles qui nous avait été réservées sont déjà prises par des femmes. Nat essaye bien de batailler un peu mais le combat est perdu d'avance, elle ne fait pas le poids ! Selif et Sissako ont tout fait pour que l'on soient bien installé mais on a mal géré notre montée dans le TB « c'est un combat » - nous dit Sissako. Et c’est parti …

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Nous sommes plutôt bien et les paysages qui s'offrent à nous sont magnifiques. Sans doute les plus beaux depuis le début du voyage! Le fait d'être à l'arrière nous offre une vision pratiquement panoramique où nous pouvons apprécier l'étendue du paysage. Et c'est avec le soleil couchant que nous suivons la piste. Les couleurs changent au fur et à mesure où nous avançons. La piste est difficile. Beaucoup de passage de marigots secs mais la couche de bagages sur laquelle nous sommes installé et la beauté du paysage rendent le trajet plutôt agréable. Nous traversons des villages aux cases bien typiques, nous assistons au retour des troupeaux de vaches et les baobabs viennent ponctuer l'horizon. Nous sommes au milieu de rien, du sable, des cailloux, et pas mal de verdure. Il y a pourtant beaucoup de vie : chants d'oiseaux, petits rongeurs courant d'arbre en arbre, des hommes, ...

 

On fait une halte à la tombée de la nuit pour la prière et c'est reparti en nocturne cette fois. Passage de frontière assez bizarre au milieu de la nuit, c'est tout juste si on nous demande nos passeports. Nous prenons des passagers. La route est encore longue. Il est près de 2h du mat lorsque nous approchons de Kayes et que nous nous faisons intercepter par 2 policiers en mob. pour contrôle d'identité. Certains passagers n'ont pas de papiers et ne veulent pas payer les 1000F CFA (= 10 FF) pour entrer sur le territoire malien. Du coup, après quelques palabres nous repartons escorté par les policiers, direction le commissariat. Sur le moment nous ne savons pas trop ce qui se passe, et pensons avoir embarqué dans un transport de clandestins. Pourtant les policiers étaient très détendus avec les personnes en règle. Nous voilà à 2h30 du mat, fatigués et pas très propres, au commissariat de Kayes. Une ambiance particulière, les policiers de garde cette nuit somnolent devant la télé posée devant le bâtiment, digne d'un film! Le chef réveillé pour l'occas. n'est pas très cotent et affligera une amende de 15 000 F CFA (150 FF) aux contre-revenants. On nous explique que nous sommes libres d'aller où l'on veut et l'on nous demande ce que l'on veut faire maintenant. Après être tentés de regarder la télé jusqu'au lendemain matin, l'appel de la douche est plus fort, on décide de tenter de trouver un hôtel. L'un des policiers nous propose de dormir sur sa terrasse, mais toujours pour cause de douche pressante, nous préférons aller à l'hôtel. Il nous propose alors de nous emmener. Et donc le 1er véhicule malien que nous prenons est un panier à salade, une estafette de gendarmerie française. Le comble est que c'est en fait son véhicule perso acheté à un français et destiné à être reloué à des chauffeurs de bus. Nous trouvons un hébergement au centre catholique, un peu à l'extérieur du centre ville. Il est plus de 3h du mat, on dit au revoir à notre policier « ange-gardien », Idrissa, qui propose de nous faire visiter la ville le lendemain. Nous voilà bon pour une bonne douche et une bonne nuit de repos malgré une chaleur bien présente.

Nous sommes au Mali.

La suite au Mali ...