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Le Bilan Carbone de notre action après 179 jours et 17615 kms parcourus (en kg éq C) :
 
             
   

 

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La première traversée de frontière en bus.

Contrôler 70 personnes 4 fois de suite, on s'attendait au pire, mais finalement c'est juste un peu long...

 
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Lundi 06 août, 20h, maquis 2005, Niamey
Arrivée à Niamey

Nous sommes à Niamey depuis hier et nos premières impressions sont plutôt bonnes malgré une drôle de rencontre ce matin. Un mendiant habillé bizarrement (avec une jupe à grelots, des froufrous au pied et surtout un grand couteau) s'est mis en travers de notre chemin, faisant des yeux tout rond, sans mots dire, tendant son écuelle vide en métal brillant devant nous. Le couteau avec sa lame de plus de 50cm est vraiment impressionnant et la situation déstabilisante, nous rappelle qu'il faut toujours être sur nos gardes. Nous passons rapidement notre chemin et c'est notre deuxième alerte en 2 jours. Avant de monter dans le bus pour Niamey, à la station de la STMB à Ouaga, Fab a été victime d'un pickpocket. On s'est fait délester d'un peu de monnaie et de quelques billets dans un portefeuille. Rien de bien grave mais juste assez pour que cela ne soit pas tout à fait rien. C'est rageant de « gâter » des économies en quelques secondes. Sans doute une manière du destin pour nous rappeler à l'ordre car nous sommes peut être trop en confiance pour des étrangers en pays inconnu.
Après notre retour de Bobo, nous avons passés 2 jours bien remplis à Ouaga. Ce n'est pas encore au Burkina que nous aurons gagné une grâce matinée. Envoi et réception de colis, revoir certaines personnes pour valider leur engagement, papier et dossiers à rendre, préparation du sac, ... Nous nous accordons quelques heures de détente fortes sympathiques dans la soirée du samedi, en allant chez Pascal, rencontré il y a 2 ans et sa nouvelle petite famille. Nous mangeons un délicieux tô à base de farine de maïs qui nous réconcilie définitivement avec le plat national. Un mauvais souvenir persistait depuis le tô mangé en brousse il y a 2 ans puis celui du Mali. Celui fait à base de sorgho rouge est réputé très dur et très granuleux, justement pour bien tenir au ventre des paysans de brousse.
Pascal en a marre des radineries de la librairie catholique dans laquelle il travaille « l'argent rentre et c'est tout pour l'église ». Il aspire à mieux pour assurer la vie de sa petite famille et celle de son garçon âgé de quelques mois seulement. Demain il passe un concours de fonctionnaire. Au menu, tests psychotechniques et culture générale. Nous sommes sidérés de voir qu'il révise avec des anciens sujets datant de 2000 et destinés au concours d'infirmières alors qu'il va passer le concours des finances ! Les livres sont trop chers ici !

C'est sous des K-way et une pluie battante que nous quittons l'auberge à 5h30 du mat. à la recherche d'un taxi qui doit nous emmener jusqu’à la gare de bus. Seuls quelques gardiens de nuit se réveillant sur le perron des boutiques animent un peu la rue. Ils nous regardent passer amusés par nos drôles de dégaine (2 nassaras capuches enfoncées et imperméables sur les sacs à dos, arpentant les rues sous la pluie à la recherche d'un taxi, ça a le mérite de changer des matins habituels). Les 8h de bus passent assez vite. La pluie nous suivra pendant les premières centaines de kms. Nous avons décidément du mal à nous habituer à cette Afrique verte les pieds dans l'eau. Nous passons les quatre barrages de contrôle au niveau de la frontière. Le plus épique sera de se retrouver en compagnie des 70 passagers du bus alignés en un seul rang face à la gendarmerie, devant nous, deux agents contrôlant une à une les identités. Aucune fouille à aucun des contrôles malgré le vidage complet des soutes à la frontière à l'entrée du Niger. Encore une fois, le paysage change après s'être éloigné de la frontière. Plus vallonné qu'au Burkina, la route monte et descend, offrant de larges panoramas sur la brousse, une étendue verte d'arbustes ponctuée par des collines de latérite. Les habitats sont différents aussi, maisons plus rondes et larges, souvent entièrement en paille. Les premiers arrêts vendeurs à la fenêtre changent également. Les gâteaux de sésame et autre beignets, fruits ou sucrerie, ont été remplacés par des gigots, des carcasses de mouton entières, et des abats (foie, intestins, reins) fraîchement découpés, présentés parfois cuits mais souvent crus. On ne peut que sourire en voyant ces plateaux remplis d'abats peu ragoûtant et la voisine de devant à deux doigts de se laisser tenter par un foie bien frais ou par un beau gigot. Nous arrivons à Niamey en fin d'aprem', et sommes accueillis tout sourire par quelques membres de l'ONG EPAD. Daouda (notre contact) très bavard et très énergique, enchaîne sujet de conversation et détails pratiques. Nous prenons le quartier dans l'une des chambres de l'ONG et nous ne tarderons pas à nous effondrer le soir venu las d'une journée de voyage bien remplie.

Lundi, une nouvelle semaine qui débute. Nous avons profiter de cette journée pour prendre nos marques dans le quartier et dans la ville. Le quartier où nous sommes, Arobanda, est en périphérie, séparé du centre par le fleuve Niger. Pour mieux nous imprégner, nous partons à pied à la découverte de la ville. Quelques kilomètres nous séparent du centre. Nouvelle capitale et nouvelles habitudes. Tous les taxis et presque toutes les voitures sont des toyota. Beaucoup de 2 roues (moins qu'à Ouaga), les femmes sont presque toute voilées, le pays est à 90% musulmans, et les hommes font la lessive sur les rives du fleuve resté à l'état sauvage. La verdure des berges, les quelques rizières au bord du Niger contrastent avec les immeubles de plusieurs dizaines d'étages et les grands hôtels qui s'élèvent au dessus des arbres de la ville de l’autre côté du pont. Niamey est posée au bord du fleuve sur des reliefs, les rues montent et descendent, il y a des corniches ombragées le long du fleuve, des pépinières, ça ressemble un peu à la côte d'Azur. Les gens sont plutôt sympas et assez calme et très actifs (surtout les membres de EPAD où nous sommes logés). La ville n'est pas très bruyante. Comme à chaque fois à l’arrivée dans un nouveau pays, nous nous enthousiasmons. Nous ne savons pourquoi, mais encore plus avec le Niger, comme si quelque chose de particulier s’y dégageait. De retour au siège de l’ONG, nous passons quelques heures à faire notre programme des jours à venir et sommes impatients de commencer les 1ères rencontres et surtout d’en savoir davantage sur ces gros camions pleins de bois que nous voyons rentrer par dizaines dans la ville depuis hier...
Depuis quelques temps nous avons plus envie de passer à l'action. Nat veut faire une véritable enquête d'investigation en suivant le trajet du bois qui alimente la ville de Niamey, remonter la filière et tracer le trajet d'un de ces camions. Voir réellement sur le terrain ce qui se passe. Nous aimerions également pouvoir tester ces foyers à charbon minéral dont l'état a fait la promotion mais que personne ne semble utiliser.

Jeudi 09 août, 23h30, Siège EPAD, Niamey
Moments de réflexion !

Les journées s'enchaînent à un bon rythme. Les pluies abondantes de la veille de notre arrivée, ont causées inondations et accidents de la route, faisant de nombreux dégâts et décès. Depuis, plus une goutte d'eau n'est tombée, c'est la chaleur qui s'abat sur la ville. On a quand même réussi à avoir très.......

------Coupure d'électricité---------- Lampe solaire à la main, nous subissons une nième coupure de courant, c'est à lampe solaire que Nat poursuit l'écriture, le ventilo ne tourne plus, les gouttes de sueur font de nouveau leur apparition sur nos fronts, bien qu'il soit presque minuit.

... froid, dans les bureaux climatisés des différents ministères visités ces derniers jours. Avoir la chair de poule alors qu'il fait pas loin de 40°C derrière les fenêtres et les portes, c'est toujours déstabilisant.

En ce moment, il y a une crise diplomatique entre le Niger et la France, une crise liée à l'énergie et à l'exploitation des mines d'uranium dans le nord du pays par Areva, qui à une bonne part de responsabilité, en payant à l'état Nigérien l'uranium 5 fois moins cher que les cours mondiaux. A cela s'ajoute dans le nord, l'arrivée des Chinois et des Américains, aussi attirés par les ressources souterraines de ce pays pauvre (pétrole, or, uranium, charbon, etc...). Bref les nomades du Nord ne sont pas contents et sont entrés en rébellion, ils en veulent beaucoup à l'état de brader leur ressource et aux « étrangers » d'exploiter une terre dont ils réclament la souveraineté depuis l'indépendance du pays. On peut comprendre leur révolte et l'agacement de la population qui compte parmi les plus pauvres de planète. Plus de 60% de ménages Nigériens (en moyenne 7 personne par famille) vivent avec moins de 1$ par jour (le seuil de pauvreté) soit un peu moins de 600 FCFA (soit 6FF soit 1 litre d'essence ou 2 assiettes de riz sauce), alors que le pays fourni de nombreuses richesses aux étrangers (surtout l'uranium français).

Cette crise ne nous a pas empêchée de rentrer comme dans un moulin au ministère des mines et de l'énergie (juste un gardien fort sympathique en bas de l'immeuble). Si au début nous étions déstabilisé de pouvoir entrer dans un ministère (chez Mrs les ministres quand même !!!!) avec notre statut de petite association, aujourd'hui c'est en toute simplicité, tatane aux pieds, que nous passons les portails grands ouverts et libres d'accès des bâtiments nationaux, puis les seuils des bureaux des hauts fonctionnaires. Des personnes comme vous et nous, et qui se fichent pas mal des apparences et qui nous reçoivent chaleureusement.

Nous avons passé une bonne partie de la matinée a échanger avec la directrice des EnR et de l'énergie domestique qui nous a appris de manière très décontractée mais sérieuse que le Niger qui fournit la fameuse indépendance énergétique à la France, a un taux d'électrification que de 7%, que les choses ne sont pas forcément prêtes de s'améliorer et que par dessus le marché, la production nationale d'électricité dépend à plus de 60% des pays voisin tels que le Nigeria ou le Bénin.

On a l'impression aujourd'hui que le Niger qui voit ses ressources d'uranium quitter le pays depuis 40 ans sans aucun investissement (ou si peu), commence à en avoir « raz le bol » et que la nouvelle génération de Nigériens, consciente de cela veut sortir de ce pillage permanent et construire son pays.

Dans les affaires courantes, Fab s'est tordu la cheville et à oublié la clé USB dans le Cyber. Et comme tous les Nigériens ne sont pas honnêtes, nous ne la retrouverons pas. Nat le pas déterminé (un peu énervée même !) à fait exploser un sachet d'eau en marchant dessus. Les nigériens sont vraiment accueillants, mais ils mangent vraiment vraiment trop épicé! Du piment, il y en a de partout !! Dans les sauces, dans les omelettes, dans les sirops de gingembre et citron, …de partout ! Et même quand on nous soutient qu'il n'y en a seulement qu'un peu, pour nous le un peu c'est beaucoup !

Ici (comme ailleurs en Afrique de l'Ouest), les conditionnements se font souvent en sachet plastique transparent : eau et boissons en général, que ce soit chaud ou froid, sucre et farine, concentré de tomate, huile, etc... Nous assistons pour la 1ère fois à la mise en sachet de Nescafé et de lait chaud à emporter... Les étalages des bouchers de rues proposent des portions de viandes emballées dans des bouts de sacs de ciment découpés et usagés, il suffit juste de secouer la poussière de ciment avant d'emballer la viande !. Ici tout est récupéré pour être revendu, tout a une valeur, les cartons usagés ou neufs coûtent chers et il est plus rentable d'aller les chercher au Nigeria, pays voisin. Rien ne se perd, les choses trouveront toujours une 2ème ou une nième vie... bidons plastiques, récipients en tout genre sont précieusement collectés. Nous nous rendons vraiment compte de notre gaspillage absurde en France et de notre oubli de la valeur simple des choses (une feuille de papier, un carton ou un stylo). Sans doute la faute à notre excessive et trop diversifiée consommation !. Dire que tout ce que nous jetons quotidiennement pourrait trouver une utilité ici et même générer des revenus !!! Sans parler de cette sur-consommation qui est à l'origine de toutes ces modifications de climat et dont les africains (et les pays pauvres en général) subissent déjà les premières conséquences. Nous trouvons parfois lourd de porter cette responsabilité, celle d'être en quelque sorte la cause du mal, celle d'être des occidentaux qui polluent, et d'être si impuissants face à la force des évènements qui ont été déclenchés.

Ici en Afrique (ou du moins dans les pays que nous avons traversés), nombreuses sont les ONG ou associations qui accompagnent à la mise en place des projets visant à préserver la forêt ou l'environnement. Des projets, pour qu'ils réussissent, doivent intégrer forcément un changement de comportement des populations et un changement d'habitude alimentaire. De notre côté, en France, il va bien falloir aussi que l'on comprenne un jour qu'il faut changer nos habitudes de consommation, comme certains africains comprennent déjà que si ils coupent tous les arbres, bientôt il n'y en aura plus !

Comme certains expliquent ici pourquoi il ne faut pas couper les arbres, il faudrait que l'on nous explique pourquoi il faut que nous arrêtions de tant consommer!

Même si les alternatives existent, nous n'avions pas vraiment compris la difficulté et le temps qu'il faut pour faire changer les habitudes, nous comprenons juste, au bout de 4 mois, que les habitudes ne se changent pas avec quelques conversations.

Imaginez une femme africaine qui chaque matin depuis des années, comme sa mère, sa grand-mère et ses aïeules, va chercher du bois, sait comment le placer sous sa marmite, sait qu'il faut 2 heures avant de mettre la farine de blé, sait qu'il lui faudra remuer cela pendant encore 1 heure avant de pouvoir retirer le plat du feu, sait comment préparer la sauce, sait qu'avec ce tas de bois elle pourra faire ses 3 repas quotidiens. Des gestes qui se répètent inlassablement et se font machinalement dans une routine implacable (un peu comme vous, lorsque, après avoir pris votre café quotidien devant la télé ou en lisant le journal, vous tournez votre clé de contact sans même y penser et prenez la route du travail sans réfléchir au trajet, comme si la voiture connaissait la route). Imaginez cette femme lorsqu'on lui explique qu'il existe un foyer amélioré, qui lui permettrait de lui faire gagner du temps et de l'argent par des économies de bois. C'est une erreur de croire qu'elle va préférer celui-la, même si elle comprend l'utilité et les avantages du système. Il lui faudra changer ses habitudes et réapprendre à cuisiner, elle ne saura plus combien de bois il lui faut, elle ne saura plus combien de temps attendre avant de mettre le farine de blé, elle ne saura plus combien de temps remuer avant de retirer la marmite,... elle ne saura plus cuisiner !

Changer de comportement implique donc de perdre ses repères et ses habitudes et de réapprendre. Difficile certes mais nous n'avons pas le choix !!

Si comme cette femme, les gens ne changent pas leurs habitudes de cuisson et continuent de couper le bois, le bois deviendra un produit de luxe réservé aux élites accroissant encore la pauvreté de ce continent et ne parlons pas de tous les effets liés à la déforestation.

Si nous ne changeons pas nous aussi notre comportement et nos habitudes de consommation (seul en voiture, produits importés de l'autre bout de la planète, gaspillage et suremballage, produits jetables, clim et chauffage les fenetres ouvertes, 3TV, 3DVD, 3PC par famille de 3,...) et continuons à gaspiller, beaucoup de choses deviendrons également du luxe sans parler de tous les effets liés à la pollution atmosphérique. Le plus désolant et le plus honteux , c'est de se dire que cette surconsommation n'est pas vitale pour nous alors qu'ici en Afrique si une femme n'a plus de bois elle ne peut plus nourrir sa famille. Les efforts et les habitudes que nous devons faire ne portent que sur des aspects "facultatifs" de la vie (bien sûr ça demande quelques efforts!) . Sans dire que c'est ici et dans les pays pauvres en général, que nos pollutions (celles liées à notre surconsommation) font déjà et feront le plus de dégats!

Nous voudrions ne pas être alarmistes (et espérons ne pas être trop moralistes), il est tellement plus facile de se voiler la face et de reporter le problème à plus tard ou dire que c'est la faute des autres, mais le changement doit se faire. Même s'il est difficile et s'il prendra du temps, il est possible!!

Les associations et les populations que nous rencontrons ici nous en donne la preuve ! Si seulement nous étions aussi efficaces qu'eux pour faire changer les mentalités des français qui consomment sans discernement et sans se soucier des conséquences de leurs actes. Pourtant, comme en Afrique, certains occidentaux réalisent ce changement. Mais notre richesse nous donne l'illusion que nous somme protégés de tout !

Nous, enfants de la consommation, sommes biens conscients que ça sera difficile mais si ici ils y arrivent pourquoi pas nous !!

Samedi 11 août, 22h36, Siège EPAD, Niamey
Première sortie en brousse

Rien de spécial aujourd'hui sinon une sortie en fin d'aprem. avec une partie de l'équipe de l'EPAD. On part visiter une pépinière et des projets de récupération des sols et de fixation de dunes. Nous quittons le siège vers 17h et à peine 10 minutes plus tard nous sommes en pleine brousse sur une piste de terre rouge. Difficile de décrire la beauté des paysages ! Nous longeons les rives du fleuve Niger qui s'étend en contre-bas. De l'autre côté de la route, quelques mètres plus haut, une dune de sable rouge cache l'horizon. Entre les deux, c'est de la verdure. Les villages se perdent au milieu des cultures de mil ou de sorgho et seules les pointes en paille noire des toits des habitats dépassent de ce rideau de verdure.

C'est tellement beau ! Même . est en admiration et regrette que ce paysage ne leur soit offert que 4 mois dans l'année. Nous sommes 6 à partir sur le terrain et avons donc pris deux voitures. Le petit convoi parcourt avec un rythme bien soutenu les 30 kms de piste qui nous séparent de la pépinière. Sur place, nous parcourons les jeunes pousses sous les commentaires du coordinateur qui traduit les propos du jeune chef de village, responsable de la pépinière.Puis nous partons sur le dune quelques certaines de mètres plus haut pour voir les techniques de fixation.

Le coordinateur passionné nous fait partagé son enthousiasme devant le travail accompli. Bien que nous ne soyons pas très loin de Niamey, on a l'impression d'être loin de tout. La montée en 4x4 vers la dune se fait par une petite piste à moitié cachée par les pieds de mil, les maisons typiques se cachent également. C'est vraiment magnifique et le paysage qui s'offre à nous du haut de la dune est vraiment grandiose. Il y a un tel contraste entre ce sable et cette verdure qui s'étale dans la vallée ! On aurait pu rester là des heures entières. Ils profitent de l'occasion pour organiser une petite séance photo de l'équipe sur le terrain. Nous reviendrons encore plus vite que nous sommes venu. La nuit tombe. Les gens revenant de leur journée de labeur sont très nombreux sur la piste et la route. C'est le début d'une mini course poursuite car celui qui est devant ne mange pas la poussière de l'autre. Notre chauffeur Mustapha est plutôt bon car malgré la voiture de ville il tient la route du 4x4 avec des pointes à 80 km/h sur une piste pas mal abîmée évitant ornières et trous habillement.

 
 

Mercredi 15 août, 22h32, Siège EPAD, Niamey
La vie à Niamey ...

Après avoir passé une bonne partie de notre premier dimanche au Niger à bosser, nous nous accordons quelques heures de détente et partons visiter le musée national. Rien d'exceptionnel, quelques infos. intéressantes. Le musée est un peu poussiéreux et vieillo même si les squelettes de dinosaure sont impressionnants. Le zoo fait peine à voir, les cages sont minuscules et les animaux ont le regard triste !

Nat trouve un vrai petit mari qui l'accompagnera et la guidera de partout en échange de quelques photos. Il sera vraiment heureux dans son rôle de photographe, il lui faudra à peine 2 minutes pour comprendre le fonctionnement de l'appareil, trop grand pour ses petites mains mais il se débrouille plutôt bien. Nat est tombée sous le charme (la preuve, elle lui laisse son appareil avec lequel il gambade de partout excité par son nouveau rôle de photographe). Elle se laisse prendre par la main, abandonnant celle de Fab, et c'est main dans la main, dans une course frénétique à la découverte des animaux du zoo, que son petit mari l'emmènera de partout à travers le parc, laissant Fab seul à l'arrière. Ses petits « camarades » ne comprendront pas pourquoi lui, et lui seul, pourra faire des photos. Nat non plus d'ailleurs ! Il nous raccompagnera jusqu'au taxi et c'est bien une des premières fois où nous tomberons autant sous le charme.

Nous rentrons à EPAD en fin de journée où une fête est organisée pour le départ de 2 volontaires de Planète Urgence, venus donnés 15 jours de leur temps libres pour former des nigériens aux outils informatiques Word et Excel. Les bénéficiaires de la formation sont invités également. Après quelques discours d'ouverture, les gens sont invités à se servir et ils ne se privent pas!. On se sert avec les mains. Le plus impressionnant reste le service où il y a à peu près une bonne vingtaine de mains dans le même plat. Chacun tirant son bout de viande. Azumi, le gardien, s'en donne à cour de joie. Il adore la viande (c'est un nigérien et un peul !!) et il le fait savoir.

Ainsi, moins d'une heure après de discours d'inauguration de la soirée, les 2 moutons fourrés au riz et au couscous sont dévorés. Les gens quittent progressivement la salle et nous profitons de la fraîcheur de la soirée pour nous installer dehors avec le coordinateur de l'ONG et quelques membres de EPAD. Nat fera une gaffe en confondant le garde des sceaux, ami d'enfance du coordinateur, avec le cuisinier de la soirée.

Le début de cette semaine est marqué par un bon nombre de rendez-vous et de rencontres fortes intéressantes.

Nous prenons un peu le temps pour discuter avec Azumi qui nous pose pleins de questions sur la vie en France et nous demande « si les chômeurs gagnent de l'argent ». On lui raconte un peu la vie en france, de ses absurdités et de "ses pauvres", puis nous dit que les gens en France sont très durs parce qu'ils laissent mourir des personnes dans la rue. Il nous demande "pourquoi les français sont comme ça et pourquoi les gens qui ont des restes les jètent plutôt que de les donner aux pauvres ! ". Difficile de répondre à ces questions car, même nous, n'avons pas les réponses. Cela nous déstabilise et nous renvoie encore en pleine figure des choses que nous ne cautionnont pas mais dont nous devons porter la responsabilité car nous sommes français et que les français sont comme ça, et oui, nous laissons mourir des gens dans la rue ! Ca c'est dur !! Azumi côtoie pas mal de « blancs » comme il dit, et pour lui, les français sont les plus durs. Il nous demande aussi "d'où viennent les noirs qui sont en France". On lui explique et il a du mal à comprendre que des noirs puissent être aussi français.

Nous enchaînons nos rencontres tout en organisant notre passage au Cameroun prévu pour dans une quinzaine de jours. C'est par le Nigeria finalement que nous passerons et espérons vraiment ne faire que y passer et faire le trajet en une journée pour être au Cameroun le soir même. Le passage par le Nigeria est un peu tendu, nous commençons à envisager toutes les possibilités ! Mais un contact qui est à N'janerma (la capitale du Tchad) nous a fortement déconseillé de passer par son pays, le Tchad. Nous serons quand même soulagés quand nous arriverons au Cameroun où devraient nous attendre le 2 septembre à 15h24 au "bar des amis", Cédric et Marina, des amis de France, heureux de nous voir pour pouvoir enfin se dégager des 5kg d'affaires que nous leur avons demandé d'apporter pour nous. Sympas les copains ! Mais tellement difficile de trouver des choses ici sur place !!

Aujourd'hui, le destin ou le hasard, nous a remis sur le même chemin que le p'tit mari de Nat. Un échange de regards malicieux et c'est naturellement et main dans la main que Nat part avec son p'tit mari laissant encore une fois celle de Fab. Et pour la première fois (avons-nous bien fait ? - nous questionnons-nous encore maintenant ?) donc pour la première fois nous dérogeons à une règle qui est de ne jamais donner pour donner, mais bon c'est le p'tit mari de Nat ... donc après le passage à la banque et à la commission européenne, nous prenons la direction d'une gargote sénégalaise, devenue un peu notre QG de ville. Nous nous installons tous les 3 à table, et offrons à notre « ami » un plat de riz-sauce qu'il dévore avec le sourire sous nos regards amusés. Il laissera de côté les légumes (chou, carottes, aubergines) ne mangeant que le riz et la viande. Ce qui nous surprend un peu au départ! C'est vrai qu'il est rare de trouver et de manger des légumes ici. Dans cette gargote, c'est de la cuisine sénégalaise et il y en a un peu plus qu'ailleurs. Nous nous étions dit en voyant ces légumes que ça sera bien pour lui qu'il diversifie son alimentation mais nous avions oublié . ces fameuses habitudes alimentaires. Difficile à faire changer ! Il fera quand même plaisir à Nat en goûtant un morceau de chou mais avalera aussitôt une grosse cuillérée de riz pour le faire passer. Quel plaisir de le voir heureux d'être là à nos côtés, de partager avec nous ce repas et de nous faire plaisir en servant le bissap à tout le monde et nous redistribuant avec le sourire ses légumes mais quelle déception pour lui quand nous le laissons au taxi en tentant de lui expliquer que l'on ne pas aller avec lui au musée car il faut que l'on rentre pour travailler!.

Demain, nous partons en visite de dernière minute sur 2 sites aurifères en activité et sur lesquels l'ONG EPAD intervient pour tenter de les humaniser un peu, de développer des conditions de vie meilleures et de sortir les enfants exploités de ce milieu. Nous reporterons donc notre RV avec Albert Wright, un des pionniers du solaire au Niger. Nous estimons que cette visite sur le terrain est une occasion qui ne se représentera pas et qu'il ne faut pas que l'on manque ! Le coordinateur nous explique que ça serait intéressant de visiter ces sites pour voir comment intégrer les énergies renouvelables ou le biocarburant dans un développement plus social dans ce milieu.

Jeudi 23 août, 19h, Chez Philippe, Tahoua
Au Rythme de l'Afrique au rythme de l'EPAD

La visite au site aurifère fût une visite express. 4h de route aller-retour pour à peine 1h sur place. Nous nous arrêtons à un premier village. Nous nous attendions à une expérience très difficile et même si les conditions de vie sont précaires, les choses sont cachées et en quelques minutes, nous n'avons pas le temps de nous imprégner de cette réalité de terrain. Ce que nous pouvons voir, ce sont des gens travaillant en musique, à l'abri du soleil, broyant puis passant la poudre de roche à l'eau pour extraire la poudre d'or.

Pourtant, les conditions sont misérables : en plus de répéter au quotidien ces gestes, la vie « sociale » à côté est inexistante : il n'y a pas d'écoles, pas d'eau, pas d'électricité, pas de dispensaires. Aux abords du village provisoire, il y a beaucoup de trous. Des trous inexploités en période d'hivernage, qui ne font rarement plus de 80 cm de diamètre et qui peuvent descendre jusqu'à 40m de profondeur se terminant par des galeries horizontales. Le plus souvent, ce sont les enfants qui descendent dans ces cavités au péril de leur vie. Il semblerait d'ailleurs que beaucoup se droguent pour chasser la peur.

Nous reprenons les voitures pour rejoindre le second site. Nous traversons les rues étroites et sableuses du premier village, zigzagant au milieu des maisons de paille qui abritent des familles entières venues exploitées le site. Nous sommes arrêtés par un véhicule qui bloque la route, chargé de nattes et de meubles. Les habitants déménagent. L'état a ordonné la fermeture du site, la plupart prennent donc la direction d'une nouvelle mine quelques kms plus haut. Nous avons profité du voyage d'entrepreneurs canadiens qui ont obtenus le droit d'exploration du site. Ils se sont tournés vers l'ONG pour encadrer leur installation et leur relation avec les villageois. EPAD connaît bien les sites car ils luttent contre le travail des enfants dans ces lieux là. Une animatrice d'EPAD est présente depuis une semaine dans le second village et les gens attendent la visite du petit convoi. Ce genre de visite engendre une vraie mobilisation de la population. C'est ainsi que nous sommes accueillis en musique par les groupements de femmes et le syndicat des orpailleurs. Mais les canadiens sont pressés. A peine le temps de dire bonjour qu'il faut partir visiter le site au pas de course. Nous sommes sidérés par cette attitude d'indifférence vis à vis de la population alors qu'ils vont sans doute expulser tout le monde sans tarder. Le village ressemble à peu de chose près au précédent. Nous allons voir un peu à l'extérieur du village, là où les galeries sont creusées pour remonter les roches. C'est un terrain labouré, ponctué de trous qui s'étale devant nos yeux, on pourrait presque parler d'un champ de bataille. En cette période d'hivernage, il n'y a pas d'activité. Puis, sur le chemin de retour au village, nous faisons une halte sous une tente où des ados, assis par terre, réduisent en poudre des blocs de roche à la main. Le mortier enfoncé dans la terre, le pilon, une longue barre de fer, est tenue et manipulée dans un va et vient incessant entre les mains des enfants.

Lors de la visite, seul le coordinateur d'EPAD semble de soucier de l'état de santé et d'esprit des travailleurs leur demandant si ça gagne un peu et si la santé va. Nous traînons en fin de cortège échangeant quelques bonjour avec les habitants très souriants et accompagnés par les enfants. Nous passons guère plus de 10 minutes sous la case à palabre. Les villageois exposent leur problème, le coordinateur parle en langue locale et explique l'objet de cette visite. On remonte dans le 4x4 et on repart dans l'autre sens sur la piste défoncée par les fortes pluies d'il y a quelques jours.

Encore une fois, la semaine est passée très vite et à un rythme très soutenu. Bien que nous soyons logés à EPAD et que les journées de travail de l'équipe soient bien souvent très longues, nous ne faisons souvent que croiser les membres en coup de vent dans les couloirs car eux aussi ont un rythme effréné. Les derniers jours, tout le monde a accumulé pas mal de fatigue et il nous est arrivé de finir la journée avachi dans le canapé du salon-secrétariat devant la télé, trop fatigués pour parler. D'ailleurs la fatigue n'a rien de bon ... on a cru un à moment que la poisse nous suivait et que la maison était maudite, mais avec le recul, on se rend compte que c'est la fatigue qui fait faire n'importe quoi. Vendredi soir, Fab a cassé la télé, quelques jours plus tôt, Fab et Azumi grillaient tour à tour des résistances pour faire chauffer de l'eau. Le samedi nous remplaçons la télé par une toute neuve (et une ligne budgétaire de plus dans la case imprévue!). C'est l'occasion de nous rendre compte de la difficulté de certaines choses en Afrique. Le coordinateur ne veut surtout pas d'un produit chinois mais impossible de connaître la provenance du produit, il n'y a rien de précisé ni sur la télé, ni sur la notice (pas de made in ...). Outre le fait qu'il n'y ait que peu de choix, il n'y a surtout aucune garantie de ce que vous achetez et quand on voit comment les produits chinois (pas cher mais qualité médiocre) envahissent et ont envahi l'Afrique, il faut vraiment se méfier. Faute de garantie, la seule chose que l'on nous propose, est d'allumer la télé pour voir si elle marche. Finalement après une bonne négociation menée par Sidikou (le coordinateur), on obtient 30% de remise et 3 mois de garantie technique. Il nous expliquera par la suite qu'il a prétexté que c'était juste pour rassurer les blancs. Sur le chemin du retour, nous rirons du responsable de magasin qui écrira « garantie technique de 3 mois » sur la facture sans avoir aucune idée de ce que ça veut dire. Puis, le dimanche, tôt dans la matinée, nous étions déjà en train de bosser dans le bureau, quand le coordinateur arrive dans la ford toute neuve et percute le mur devant la maison, un phare tout neuf cassé sur la voiture qui a moins d'une semaine (c'est la seule Ford de ce modèle en ville, le phare coûte 45 000 F.CFA (env. 70€), une fortune ici !). Avant hier, Mustapha casse le néman de l'ancienne voiture! Bref, tout ça pour dire que malgré la charge de travail respective et la fatigue générale, nous nous sommes vraiment senti bien au sein de cette équipe, un peu comme s'ils nous avaient adoptés.

Dimanche matin, alors que les autres membres ne sont pas encore arrivés et après la casse du phare, nous prenons un peu de temps pour discuter avec le coordinateur. Il nous explique les débuts de l'ONG, les risques qu'il a prit personnellement, poussé par la conviction qu'il a du bien fondé de son action. Nous nous retrouvons un peu dans son histoire. Il nous encourage à continuer dans cette « action noble ». On lui annonce que l'on aimerait installer notre première antenne nationale pilote chez lui, au siège de EPAD. Il accueille cette nouvelle avec enthousiasme et nous donne carte blanche.

A quelques jours du départ et pour les remercier, nous avions préparé un taboulé la veille (difficile de préparer un plat typique français sans crème, sans fromage et sans gazinière !). Il est englouti en quelques minutes sur les coups de 15h, car il faut aller chercher la nouvelle volontaire de planète urgence qui atterrit à 15h15. Nous sommes dimanche, les principaux membres de l'équipe sont là, ils trouvent ça bon mais ça manque un peu de piment !! Faute de, ils rajouteront quelques pincées de maggie!!

... plus tard - 22h26

Il ne nous reste que 3 jours à Niamey mais nous n'avons pas le temps d'y penser car trop de choses à faire. En remplissant bien les journées nous arriverons au bout de tout même si nous aurions aimé rencontré deux ou trois personnes de plus. On prendra quand même le temps d'aller voir le coucher de soleil sur le fleuve Niger dimanche soir avec Moustapha et Elodie (la volontaire de planète urgence).

Mardi, nous avons fait un tour au marché de katako à la recherche de foyers améliorés dont tout le monde nous parle mais que nous n'avons pas encore vu, accompagnés par Mme Yayé du ministère de l'énergie. Un endroit où rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Le moindre bout de tôle semble être récupéré, et chaque objet trouve une seconde ou nième vie. Nous hallucinons sur 2 gamins assis dans un débarras de 1m², triant scrupuleusement la petite montagne de lanières de tong sur laquelle ils sont assis. Nous n'avons pas vraiment compris pour quoi en faire !. Nous avions prévu de faire une grosse journée mardi pour être tranquille le mercredi, veille de départ de la capitale. Nous avons fait une très grosse journée mardi au pas de course (7h-20h et 21h-1h) mais également mercredi où il a fallu courir un peu de partout pour rendre différents dossiers, faire passer différents courriers, acheter la peinture pour le tableau d'affichage RISEAL et le peindre, aller à la banque, faire une présentation du projet auprès des élèves de Elodie, faire quelques impressions et rencontrer une dernière personne.

Finalement ils sont 2, et on restera 3h avec eux au lieu d'1h que nous avions prévue. Il est 20h quand ils nous déposent au siège de EPAD, le tableau est loin d'être prêt, nos sacs ne sont pas commencés et le coordinateur nous invite pour un dernier repas chez lui. Cela ne nous empêchera pas de prendre le temps chez lui. Nous ne nous lassons pas d'échanger avec lui et de l'écouter. Nous sommes tous les 3 (avec Elodie) attentifs et captivés par ses propos d'une grande sagesse, justes et pleins de compréhension. Tout le monde est fatigué, d'ailleurs Moustapha s'endort sur le canapé (il n'a pas beaucoup dormi la nuit précédente -obligé de passer la nuit dans la voiture de EPAD de peur que des « bandits » ne la vole à cause du néman cassé). Nous étions vraiment tous fatigués, Nat ne s'était pas endormie avant 3h30 du mat la nuit précédente à cause de la journée trop speed, du café du soir et de penser à la journée du lendemain. Nous savions qu'il aurait fallu rentrer pour faire tout ce qu'il nous restait à faire mais nous voulions profiter de ce moment rare de tranquillité que nous n'avions jamais pris le temps de prendre et réalisons seulement que dans quelques heures nous quitterons Niamey mais surtout cette équipe. Le moment est fort et « émouvant » surtout quand, sur le seuil de sa maison, le coordinateur nous annonce qu'il aurait voulu que l'on ait repoussé le départ. Puis une dernière fois, nous remercie pour notre action « noble ... une vraie action d'humanité ». Nous ne savons pas comment lui dire tout le respect et l'admiration que nous avons pour lui et ne savons pas comment le remercier pour ce qu'il a fait pour nous et pour nous avoir compris. Nous ne sommes pas très douer pour exprimer ce genre de choses !. Nous glisserons un mot à notre départ en pleine nuit, à 3h du mat', sous la porte du bureau du coordinateur pour remercier toute l'équipe pour leur accueil et leur dynamisme. Des aux revoirs un peu difficile même si nous sommes persuadés que nous les reverrons. Le coordinateur aura été la première personne rencontrée à Niamey, en costard cravate, en 4x4 avec chauffeur. Sa stature donne l'impression d'un grand chef d'entreprise bien loin de nos préoccupations. Nous le quittons 20 jours plus tard, sur le seuil de sa maison, en Tee-shirt et survêt. et nous réalisons à quel point les premières impressions peuvent être trompeuses. Nous avons rencontré quelqu'un de très humain qui justement à les même préoccupations que nous, travaillant tous les jours, donnant son énergie pour les autres. Nous nous coucherons à 1h du mat' après avoir bouclé les sacs un peu dans l'urgence et terminé le tableau. Nous devons partir à 3h du mat et nous avons du mal à trouver le sommeil tant l'effervescence de ces deniers jours et ces aux revoirs trop hâtifs nous envahissent l'esprit.

Nous réveillons Moustapha 2 heures plus tard pour qu'il nous conduise à la gare routière; le bus ne partira qu'à 4h20. Fab passera l'essentiel du trajet à dormir, profitant sur le début du parcours de la banquette du fond complètement libre pour s'allonger, Nat trouvera le courage de tirer quelques belles photos du trajet. La route est mauvaise et semée de nids d'éléphants qui vaudront quelques coups de tête à Nat dans la vitre (et boom!!) ou dans la tête du voisin (en l'occurrence celle de Fab). Et oui, fatigue et mauvaise piste ne font pas bon ménage ! Nous arrivons à Tahoua à 12h30 accueilli par un ami de Mr Acly, rencontré la veille, et après un repas de mouton grillé emballé dans du sac de ciment, et quelques échange avec Philippe (son nom d'adoption) ou Ataher (son vrai prénom) qui nous héberge, nous allons faire une bonne sieste d'une heure trente mais aurions pu faire notre nuit. Puis, en fin de journée, visite de la ville que les touristes ont déserté suite à la rébellion, 600 kms plus au Nord, à Agadez, région touristique du Niger. On se couche la tête enfarinée vers 23h30 comme si nous avions pris une grosse cuite la veille. Tahoua est la 4ème ville du Niger, c'est une petite bourgade bruyante et poussiéreuse. Nous avons fait escale ici avant de poursuivre un peu plus au nord à Abalak.

Dimanche 26 août, 14h39, Bus pour Zinder, Madoua
Une virée au pays touareg.

Notre séjour dans le « nord » du pays a été écourté après être arrivé sans encombre à Abalak, malgré de fortes appréhensions. Philippe nous a trouvé un véhicule le matin même qui part sur Abalak. En fait, concours de circonstances, son voisin prend également la route pour le nord et pour Abalak, il ne voit pas d'inconvénient à ce que l'on monte à l'arrière de son pick-up. Il doit partir vers midi, ce qui nous laissera le temps de faire notre rendez-vous à la GTZ (coopération allemande). Nous apprendrons lors de cet entretien qu'il n'y a apparemment aucune gestion rationnelle du bois et aucune alternative au bois de chauffe dans cette région désertique où le bois est déjà rare. De retour à notre case de passage chez Philippe (un peu comme une chambre d'hôte mais en plus spartiate, on loge chez l'habitant dans un confort sommaire et c'est payant!). Nous sommes prêts à partir et le voyage s'annonce très confortable (on nous a installé 2 sièges en cuir à l'arrière dans la caisse du pick-up) et sous de bons hospices car le ciel est bleu et dégagé. En attendant un autre passager, nous échangeons quelques mots avec le voisin qui nous emmènera à Ablak, un petit homme à l'allure un peu distance et fière, et apprenons qu'il travaille pour une société qui exploite l'uranium dans la région d'Agadez. C'est vraiment le sujet tendu en ce moment au Niger ! La rébellion armée dans le nord du pays, dans la région d'Agadez, revendique entre autre l'exploitation des sous-sols et nous ne sommes pas monté à Agadez à cause de cela (enlèvement, terrain miné, ...). Cette nouvelle nous refroidie un petit peu mais il tente de nous rassurer en nous disant que jusqu'à Abalak il n'y a pas de problème. C'est plus au nord de Agadez, là où il va lui pour « régler des affaires », que les déplacements sont difficiles et risqués. « .notre Sarkozy Nigérien ne veut pas reconnaître la rébellion » « .vous ne pouvez pas savoir comment c'est dur là-haut » - se confit-il, laissant alors apparaître un homme accablé et soudain fatigué. A peine rassurés, nous voyons une colonne de convoi militaire défilée sous nos yeux, sur la route qui va à Agadez, la même que nous allons emprunter dans quelques minutes. Le premier véhicule est un 4x4 équipé d'une grosse mitrailleuse sur tourelle suivi de 2 bus et d'une flopée de pick-up dans lesquels sont postés hommes en uniformes, armes à la main. Les casques et les lunettes noires rajoutent de l'inquiétude à la situation. L'atmosphère est étrange, le défilé dure. Nous avons le temps d'échanger des regards et pendant que nous nous demandons vers quoi ils vont, ils semblent se poser la même question à notre sujet. Ils ont un regard dur, sans doute le regard de ceux qui savent qu'ils partent en guerre. Nous regardons le convoi partir sur cette route du nord, la même que celle que nous devons prendre. Est-ce raisonnable de monter à l'arrière de ce 4x4 et d'être exposé en cette période tendue ?!

Puis quelques minutes après, nous montons à l'arrière du pick-up pas très rassurés même si tout le monde depuis notre départ de Niamey nous dit qu'il n'y a pas de risques. Nat est bien loin d'être rassurée et dans sa tête tout se bouscule. La situation est assez étrange surtout quand nous comprenons au bout de quelques minutes que le pick-up dans lequel nous sommes est escorté par deux touaregs en moto. La situation se prête à de nombreuses interrogations et inquiétudes : « pourquoi cette escorte s'il n'y a pas de problème ? » « 2 blancs à l'arrière d'un pick-up avec un responsable de société d'uranium c'est peut être des proies faciles à un enlèvement ?».. Pour nous confondre avec le paysage (mais aussi pour nous protéger du soleil), nous mettons nos chèches et nous préparons à un éventuel kidnapping en élaborant un plan de premier secours. Téléphone à la main, nous répétons les 3 personnes que nous appellerions prioritairement au cas où (au moment de retranscrire ces lignes, on se dit qu'on a bien psychotés). On s'est rendu compte après notre première escale que nos appréhensions n'étaient pas fondées. C'est sans doute le convoi armé qui nous a impressionné car les gens ici sont très détendus et plutôt agréablement surpris de nous voir. Ils n'ont pas vu de blancs touristes depuis un bon moment. On nous disait que depuis janvier 2007, les blancs ne viennent plus à cause des évènements dans le nord. Après l'escale, les paysages vraiment magnifiques que nous traversons dispersent vite nos inquiétudes.

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Nous n'en revenons toujours pas de voir comment c'est vert. Nous sommes en pays nomades, le territoire des pasteurs. Les maisons faites de paille sont provisoires et c'est la période d'abondance où les troupeaux pâturent du matin au soir. Moutons, chèvres, ânes, vaches, chameaux, perdus au milieu de ces immensités vertes semblent s'en donner à cour joie. Seul le sommet des dunes et des cases tranchent dans le vert paysage et nous rappellent qu'ici, 8 mois dans l'années, c'est l'aridité et le désert. Les premières silhouettes si particulières des touaregs apparaissent également. Nous arrivons à Abalak où nous devons programmer notre sortie en brousse avec l'ONG Adkoul. La sortie n'aura pas lieu, la pluie qui nous aura d'ailleurs surpris pendant notre nuit à la belle étoile, rend la voie impraticable (c'est la première fois que la météo nous empêche de faire quelque chose). Malgré l'optimisme du chauffeur et de certains membres de l'ONG, nous suivons l'intuition de Nat et la sécurité par rapport à notre emploi du temps et décidons d'annuler. Nous ne goûterons pas à la vie de ces nomades et n'irons pas plus au cour du pays touareg ni dans les vallées des pasteurs qui nous avaient été décrites. Ce n'est que partie remise mais le choix a été le bon. Nous apprendrons par la suite que les véhicules partis le matin n'ont pas pu accéder à Akarana, endroit que nous devions rejoindre. Cette escale nous aura cependant permis d'approcher la culture touareg. La silhouette si majestueuse de ces hommes est vraiment impressionnante. Difficile de se faire une idée en quelques heures mais le thé et le repos semblent vraiment leur être des valeurs fondamentales.

Après le rythme effréné de Niamey et de EPAD, nous avons du mal à nous acclimater à ce rythme. Après une nuit sur place, nous rejoignons donc à pied, sac à dos sur le dos, la gare routière d'Abalak où la chance nous sourit. Nous prenons les 2 dernières places (enfin la dernière place qu'on prend à 2 payant quand même 2 billets) dans un minibus qui charge ses derniers bagages. Arrivés à la gare à 15h05, assis dans le mini-bus 15h07, tentative de démarrage 15h08, de 15h08 à 15h17 12 personnes tentent de faire sortir le minibus du trou dans lequel il est afin de le pousser sur quelques mètre pour le faire démarrer, 15h19 le bus démarre et c'est parti. Notre programme est de rejoindre Zinder avant lundi soir. Le voyage s'annonce avec beaucoup d'escales mais ce bus va jusqu'à Konni, le carrefour de toutes les destinations. Nous avons vraiment de la chance nous gagnons une journée de voyage et dormirons à Konni samedi soir ce qui nous permettra de rejoindre Zinder dès dimanche. Si les premiers 80 kms sont un peu inconfortables, nous avons la chance d'être devant (bien que à 4 avec le chauffeur !). Cela devient vraiment confortable pour Nat après que quelques passagers soient descendus. Fab quant à lui passe derrière un peu à l'étroit alors que Nat se retrouve à l'avant, au milieu, tranquillement installée à discuter avec le voisin de droite qui lui offre du fromage local, tranché et séché sous le regard un peu « rancunier » de Fab.

On arrive à Konni un peu tard, il fait nuit, il n'est pas loin de 22h et le chauffeur à la sympathie de nous arrêter à quelques centaines de mètres de l'hôtel. Même si le sommier est en piteux état, tout comme la chambre, nous ne tarderons pas à nous endormir. Ce matin, après un tour dans la ville, trop bruyante et trop polluée, nous rejoignons en taxi-moto, la station de bus à 10h, heure du rendez-vous. Le bus n'entrera dans la gare que 2h30 plus tard. Nous arriverons sans doute tard à Zinder. Après 5 mois de voyage en Afrique de l'ouest, nous prenons la direction de l'Afrique centrale mais notre esprit est encore bel et bien au Niger. Pourtant dans une semaine tout rond, nous devrions être au Cameroun, et aurons passer notre première étape difficile du parcours avec la traversée du Nigeria.

Jeudi 30 août, 15h00, Bus à l'arrêt pour Diffa
Zinder-Diffa… plus de 24h pour faire 460 kms !

Le séjour de 3 jours à Zinder s'est bien passé. Le rythme était bien plus tranquille qu'à Niamey ce qui nous a permis de visiter un peu la ville et d'acheter un peu d'artisanat. Nat a de nouvelles tongs toutes jolies et de nouveaux sacs à main (la spécialité locale est le cuir de chèvre). Une petite crise d'achat compulsif nous a vite rattrapé à la vue des très beaux objets de cuir dans les boutiques. Les ballades dans les vieux quartiers en fin de journée nous ont permis en plus de voir la beauté des maisons haoussas et la particularités de ces quartiers en banco aux ruelles tortueuses et étroites de mesurer la gentillesse des gens. Difficile de prendre des photos sans enfants dessus. La vue d'un appareil photo les réjouis et ils prennent la pause dans la cohue et dans les éclats de rire. Les gros fous rires arrivant à la vue de leur tête sur l'écran de l'appareil. Pour selon que Zinder soit la deuxième ville du pays, elle nous a parue toute petite. On a assimilé le plan de la ville en à peine 3 jours.

Particularité de Zinder : la banque qui ouvre ses portes à 14h15 mais dont le personnel n'arrive qu'à 14h45 et qui ne pouvait nous proposer que 200€ de change. Il nous fallait plus, du coup nous avons été obligé de faire ça dans la rue. Un peu déroutant car on n'a pas l'habitude et Nat s'inquiétait beaucoup. Surtout que même avec une jolie lampe UV, difficile de savoir si nous détenions de véritables euros. Quel comble de réclamer à la banquière des conseils pour reconnaître des billets d'euros et ainsi pouvoir faire du change « sereinement » dans la rue.

Bref, tout allait bien jusqu'à ce que l'on monte dans ce bus !! Est-ce un signe du destin pour que nous n'allions pas en Afrique centrale ?

Ce trajet jusqu'à Diffa met les nerfs de Nathalie à rude épreuve. Levés à 4h15 ce matin pour être à la gare à 5h, il est maintenant 15h soit plus de 10h après le rendez-vous et nous sommes à l'arrêt quelque part entre Gouré et Diffa. Nous venons d'apprendre qu'en fait le bus est en panne (plus de boîte de vitesses). Nous devons attendre un bus de secours, nous ne savons pas à quelle heure il doit arriver et encore moins à quelle heure nous arriverons à Diffa !

Samedi 1 er septembre 2007, 20h40, Banki, ville frontière Nigéria-Cameroun
...suite

Au final, il nous aura fallu 27h pour arriver jusqu'à Diffa au lieu des 9h prévues. Un premier arrêt en pleine campagne immobilise le bus pendant au moins 1 heure. On ne sait pas trop ce qui se passe, les mécanos sont sous le bus. Le trafic n'est vraiment pas important ici. Une bonne quinzaine de passagers s'offre le luxe de payer un mini-bus pour continuer la route. Peut être aurions nous dû saisir cette chance ? De toute façon le mini-bus est plein et puis nous voulons nous mettre au rythme des africain et puis le bus à l'air de repartir. Tout le monde remonte, et c'est reparti. Ce qui est bizarre c'est qu'il roule très doucement. A ce rythme, nous ne sommes pas arrivés ! Puis un village. Nous nous arrêtons. Encore ! Personne ne sais trop pourquoi. Pour la prière nous dira la voisine de bus, pourtant il est à peine 13h et l'heure de la prière est à 14h. 15h arrive. Nous sommes toujours assis dans le bus où il ne reste que quelques vieilles femmes et des enfants qui jouent. Nat râle « c'est inadmissible de payer une prestation et de s'arrêter tout le temps ! . c'est quand même abusé ». En fait nous étions en panne. La boîte de vitesse. Le premier arrêt avait permis de réparer provisoirement la panne pour pouvoir rejoindre le village. Et puis comme la malchance était là, le réseau GSM était hors service depuis 2 jours au moment de notre panne. Il a donc fallu qu'un messager fasse 4h de route en chemin inverse pour solutionner le problème. Nous profitons de cette escale inattendue pour visiter les alentours dans l'après-midi. Nous sommes au milieu des dunes dans un petit hameau qui ne doit pas compter plus d'une quarantaine de « maisons » dont seulement 4 ou 5 sont montées en dures et abritent les commerces de bord de route. Quelques infos sur une éventuelle arrivée d'une nouvelle boîte de vitesse ou d'un bus de rechange circulent mais rien n'est sûr. La nuit finie par tomber et c'est à la lumière d'une lampe torche que nous prenons le repas du soir (le fond d'une marmite de maca.). La petite restauratrice du coin n'avait pas prévue de nourrir 70 personnes aujourd'hui. Un fois la nuit tombée il n'y a plus grand chose à faire (car bien sûr il n'y a pas d'électricité !) et chacun prend ses dispositions dans le noir pour passer la nuit comme il peut. Nous récupérons nos 2 sacs de couchage et nous nous apprêtons à passer la nuit dans le bus garé au bord de la route où le trafic se fait quand même très rare. Dans le bus, nous nous installons avec les vieilles femmes et les enfants. Il est pourtant très tôt mais une fois la nuit tombée (vers 18h30) sans lumière il n'y a vraiment rien à faire sinon dormir. A 20h nous sommes couchés et tentons de trouver le sommeil. A 21h le bus de rechange arrive. Il faut encore transférer tous les bagages, nous reprenons la route à 22h après avoir reçu de la compagnie des sachets de yaourts, de lait et d'eau distribués à tous les voyageurs. Il reste à peu près 3 ou 4h de route et nous nous demandons quelle sera la conduite à tenir à notre arrivée : dormir à la gare ou chercher un hôtel ?! Ce sont les policiers d'un barrage un peu plus loin qui déciderons pour nous. Interdit de circuler la nuit, il faut dormir sur place. Le bus repartira donc à l'aube.

Dimanche 2 septembre 2007, 14h30, Maroua, Hôtel Dabbah
Traversée du Nigeria

Chacun s’installe comme il peut. Les vieux, les enfants et nous dans le bus et les autres, ceux qui avaient des nattes, dehors. Nous sommes bien contents d’avoir pu et d’avoir pensé à sortir nos duvets car la nuit est fraîche ! Lorsque nous reprenons la route vers 5h du mat., beaucoup de nos compagnons éternuent. Ils n’avaient pas de couvertures et sur la première du voyage, le matin avec le premier bus, il a plu et le bus n’offrait qu’une fenêtre coulissante pour 2 personnes, exposant beaucoup de passagers aux courants d’air frais et humide. Nat râle encore « c’est quand même inadmissible de payer un bus qui n’a pas de fenêtres. Et s’il pleut ? ». Et bien s’il pleut, les gens sont mouillés et attrapent froid !
Nous arrivons à Diffa enfin, vers 8h du mat. Tout le monde est fatigué. Nous prenons une moto-taxi et prenons la direction du seul hôtel de la ville, bien contents d’être arrivés (il y a bien une auberge à Diffa mais elle est interdite aux femmes).
CDR, une ONG que nous avons rencontrée à Niamey nous avait donné le contact d’une personne à Diffa. Nous l’appelons avant même de prendre la chambre. Node nous prendra en charge toute la journée nous emmenant en moto à travers les rues pleines d’eau de la ville. Ca fait 4 jours qu’il pleut ici tous les jours. D’ailleurs, au passage, Nat perdra (lors d’un embourbement de moto suite à un entêtement du conducteur à ne pas vouloir suivre les conseils des gens du quartier !) une belle tong en cuir toute neuve achetée à Zinder deux jours auparavant ce qui nous vaudra 10 bonnes minutes de recherche les pieds et les mains enfoncés dans l’eau marron et boueuse sous le regard amusé de Node qui pense que Nat a laissé un souvenir à Diffa. Mais hors de question d’abandonner cette tong ici et nous finirons par la retrouver avec beaucoup d’acharnement.
La journée se passe bien. Node nous accompagne et nous met en contact avec les acteurs de la protection de l’environnement à Diffa. Il participe même aux entretiens. Nous sommes un peu fatigués et au fur et à mesure que la journée avance, avons de plus en plus la tête ailleurs avec l’étape du lendemain du Nigeria. Node nous aide à préparer ce trajet et pour plus de sûreté nous incite à nous faire accompagner jusqu’à Maiduguri (ville étape au Nigeria qui se trouve à mi-chemin sur notre trajet pour le Cameroun). Nous avons entendu beaucoup de choses sur la situation au Nigeria. D’une part sur les policiers corrompus qui réclament back-chichs et pourboires à tout va, d’autre part sur les coupeurs de route qui braquent les voyageurs et leur prennent tout. Reste quelques personnes pour nous dire que « y’a pas de problèmes !». Nous pensons qu’il est plus sage de partir avec un accompagnateur et prévoyons de partir avec Moussa à 6h du mat le lendemain matin. C’est un jeune membre de l’ONG de Node qui profitera du voyage (que l’on lui payera) pour aller voir sa famille à Maiduguri. Nous passons la fin de journée et la soirée à stresser sur ce passage, nous demandant quelle conduite à conduire devant les coupeurs de route, répartissant et planquant l’argent au mieux, réfléchissant ce que l’on était prêt à sacrifier. Nous prévoyons même des CD de sauvegarde des données du projet au cas où !
Au cours de la journée, les ONG nous parlent des projets qu’elles mènent autour du lac Tchad et nous réalisons seulement que nous ne sommes pas très loin de cet endroit « mythique » qui pourrait peut être bien disparaître un jour. Nous regrettons de ne pas avoir quelques jours de plus pour aller le voir de plus près.
On se couche en se demandant vraiment comment va se passer la journée du lendemain et puis, la fatigue finie par l’emporter. Après quelques heures de sommeil, nous rejoignons la gare routière en taxi-moto. Les chauffeurs sont habiles car traverser les ruelles boueuses parsemées de flaques et de détritus avec comme chargement nous plus nos gros sacs à dos, ce n’est vraiment pas chose facile. La gare routière est grande et remplie de Peugeot 504 (qui sera d’ailleurs notre véhicule pour aller au Nigeria) ou de vieux 4x4 présentant l’inscription –Good only- (marchandises seulement) que nous voyons cependant passés, remplis de marchandises mais également de gens !.

En attendant que le taxi se remplisse, nous allons prendre un p’tit dej’ : nescafé – brioche (la brioche constitue, depuis notre départ de Zinder, le plat principal de tous nos repas). La voiture est au complet, c’est l’heure du départ… Nous comprenons que personne ne veut prendre les places à l’arrière, les moins confortables. Nous ne sommes pas pénibles, nous nous y calons et sommes finalement presque les mieux installés (nous sommes 3 minces à l’arrière, ceux de devant sont 4 par banquette et ils sont 3 à l’avant avec le chauffeur). Et c’est parti pour une première étape jusqu’à Maiduguri. Fab est stressé par les passages avec les policiers, Nat est stressée par d’éventuels coupeurs de route. Mais dans la voiture, nous ne dirons pas grand chose essayant chacun de cacher ses peurs à l’autre (et aux autres !).
A peine 2 kms nous séparent de la frontière. Nous voilà au poste frontière du Nigeria. Nous entrons dans le bureau du douanier. La pièce est minuscule (juste de quoi accueillir 1 bureau, 1 armoire et 1 banc pour les « visiteurs » et le douanier un peu costaud. Ici, on ne parle plus français mais anglais. C’est assis autour d’un bureau d’écolier à l’ancienne (ceux dont les chaises et le bureau se retiennent par des barres de fer) que le douanier consulte longuement nos passeports et nos visas pendant que nous passons le temps à regarder un joli petit chiot qui joue à l’extérieur. Puis, il nous rend nos passeports avec le sourire nous disant « It’s finish » (c’est fini). Nous avons déjà mis un pied dehors quand nous entendons Moussa, qui nous a accompagné dans le bureau du douanier et qui est derrière nous, nous « chuchoter » : « Il faut peut-être lui donner quelque chose ! ». Nous feignons ne pas entendre. Le douanier n’ajoutera rien non plus. Nous comprendrons ça comme une habitude qui a la vie longue. Il est étrange de constater que l’initiative d’un éventuel back-chich est venue de Moussa, notre accompagnateur, plutôt que du douanier. On finit par penser que les gens ont tellement l’habitude de donner, qu’ils n’attendent même plus qu’on leur demande. A notre retour dans le taxi-brousse, les 7 autres passagers (Camerounais, Nigériens, Nigérians) sont unanimement étonnés que nous n’ayons rien eu à payer. Malgré une pression policière sur ce trajet (10 ou 12 barrages et 4 contrôles de papiers), aucun d’entre eux ne s’est soldé par un back-chich. Les « uniformes » étant même plutôt sympathiques et cordiaux. La seule angoisse aura été au 1er barrage, où des morceaux de bois placés sur la route empêchant le passage des véhicules, donnaient l’impression de loin, plus à une embuscade qu’à un contrôle de police.
Les 30 premiers kms au Nigeria ont été dignes d’un grand 8. Comme il pleut toutes les nuits depuis 4 jours ici, la piste argileuse est glissante et la voiture suit les ornières des précédents véhicules comme si c’était des rails. Ca monte et ça descend, ça tourne et ça cahotte, le chauffeur maîtrise bien la situation et rattrapera quelques jolis travers. Dire qu’en France il faut payer 7 ou 8 € pour faire un tour de grand 8 et qu’ici nous en ferons pendant 1h30 pour à peine 4 €. Ce moment nous évitera de trop penser que nous sommes au Nigeria même si cette piste, très étroite et bordée de mil et de sorgho dont les pieds peuvent atteindre 2 mètres de hauteur, peuvent être une cachette idéale aux coupeurs de route pour tendre une embuscade. La piste ne va pas jusqu’à Maidougouri, et nous finissons par rejoindre un goudron au bout d’1heure ce qui est plus rassurant. Le passage de Maidugouri a été très rapide et un peu oppressant. Le taxi-voiture qui nous emmène d’une gare routière à une autre roule très vite (comme tout le monde d’ailleurs !). La vile est grande, bruyante, très polluée et une forte odeur d’essence flotte dans l’air. Les montages de détritus dans la rue et ses abords, les flaques noires d’eau stagnante et cette odeur d’essence nous choquent. Notre chauffeur est énervé et trace sa route à grands coups de klaxon et d’insultes sur les autres conducteurs. Ce comportement semble général. Nous arrivons après une très longue traversée de la ville (peut être bien 10 kms) à la gare routière pour Banki qui est également remplie de Peugeot 504. Les voitures sont rangées parfaitement les unes à côté des autres attendant les clients. Le chemin de Moussa s’arrête là et nous nous séparons sur des échanges de numéros de téléphone et nous demande de l’informer de notre voyage dès notre arrivée au Cameroun. Il manque encore 2 personnes pour compléter le taxi. En attendant, pour ne pas changer nos habitudes et parce qu’il n’y a que ça, nous allons acheter une brioche (elle est tranchée ici) que nous mangeons au milieu des taxis et sous le regard des mendiants. Il est 13h lorsque nous quittons la gare. Et c’est reparti pour un 2ème tour de 504 (et toujours à l’arrière !) jusqu’à Banki, ville frontière du Cameroun. C’est goudronné et c’est censé aller plus vite. Nous mettrons quand même 3h pour faire les 180 kms. Mais les derniers kms, le goudron est tellement « gâté » par le passage des gros camions que nous ne dépasserons pas les 40 km/h. Les colonnes de camions à l’arrêt et à la queue leu-leu annoncent l’approche de la frontière. La file est longue de plusieurs kms et les camions sont pleins plus qu’à ras bord. Le Nigeria exporte beaucoup de denrées. Nous sommes aussi frappés, en traversant ces 300 kms, de voir le nombre considérable de stations essence et le nombre de personnes qui entrent au Nigeria pour venir se « ravitailler ».

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