Rencontre avec ENVIRO-PROTECT

Un maillon essentiel dans l’assainissement de la ville de Maroua...

C’est dans les bureaux, un peu à l’écart de l’animation du centre ville de Maroua, que Vincent GNYONKEU nous reçoit. Il est venu nous chercher en centre ville et, derrière ses pittoresques bretelles, se cache un homme sérieux et amoureux de l’environnement. Après quelques minutes d’entretien, il nous explique que suite à la lecture de notre article sur la plante Jatropha de la newsletter n°4, il a immédiatement mis dans sa pépinière cette plante afin d’essayer au plus vite ses applications biocarburant qu’il ne lui connaissait pas. Puis il finit par nous décrire ses actions.

Avec comme objectif la lutte contre la pauvreté et contre l’insalubrité, l’ONG a organisé une véritable filière de ramassage et de traitement des ordures de la ville. Des groupes de jeunes, organisés en association de quartier, se chargent de la collecte. Les déchets sont acheminés jusqu’à un centre de traitement : les plastiques sont stockés en vue d’une éventuelle et future transformation en pavés, les métaux sont revendus et les déchets organiques valorisés en compost. Tout ce travail de tri est réalisé par des gens formé par l’ONG qui ont ainsi trouvé une source de revenus supplémentaires. Le compost est destiné essentiellement aux périmètres maraîchers mis en place par l’ONG pour soutenir des femmes défavorisées en leur fournissant un engrais de bonne qualité et accessible financièrement.
Ainsi Enviro protect a mis en place une véritable filière des déchets urbains, allant du ramassage jusqu’au marché de vente. L’ONG tente ainsi de palier à l’inaction de la municipalité dans ce secteur et rend la ville plus propre. Entraînant par la même occasion dans son sillage, de nouveaux opérateurs économiques, et permettant aux plus défavorisés d’accéder à des nouveaux revenus ou à de nouveaux produits à faible coût (compost, recyclage). Des lieux de stockage ont également été mis en place à Maroua où les sacs de 50 kg de compost sont vendus à 2500F.CFA. Les principaux clients sont les maraîchers, les cultivateurs d'oignons ou de salades ou les particuliers ayant des espaces verts.

 

Un constat...

En 1992, suite à une étude sur le milieu, l'ONG constate la pression et disparition du couvert végétal entraînant une baisse de fertilité des sols. A côté de cela, l'ONG remarque que des groupements féminins font du maraîchage sur ces même terrains et utilisent un "compost" composé à 100% de bouses de vache sèches. Or ces mottes contenaient des champignons. Elles se sont réorientées vers des bouses fraîches mais celles-ci acidifiaient trop le sol causant la mort des plantes.

La producion du compost nécessite des déchets organiques (ménagers ou agricoles), des bouses de vache et de l'eau. L'ONG cherche à réduire la part de la biomasse (déchet agricole) dans la composition du compost, pour ne pas entrer en compétition avec l'alimentation des animaux. Des parcelles témoins et d'expérimentations sont mises en place en brousse pour comparer l'efficacité, la rentabilité et la qualité des produits obtenus avec ou sans le compost.

Il existe 6 sites de compostages dans la ville. Le choix n'a pas été fait au hasard... Il fallait trouver des zones à Maroua où les matières premières (bouses de vache et eau) soient disponibles assez facilement et à proximité..

Elevage rentrant à la ferme à Maroua

Fleuve à proximité des sites de compostage pouvant fournir de l'eau facilement

L’ONG est aussi moteur dans le reboisement et Vincent nous fera faire le tour des bosquets d’arbres qu’il a planté en ville. Certains d’entre eux ont plus de 10 ans et sont aujourd’hui des refuges pour les vendeurs de fruits et légumes. Les berges jadis inhospitalières du fleuve sont devenues aujourd’hui de véritables marchés très animés grâce à l’ombre des arbres. La plantation de neems principalement depuis plusieurs années contribue donc aujourd'hui à la verdure de la ville.
Toujours prêt à rendre service, Vincent nous emmènera à notre demande, à la rencontre des artisans du fer qui construisent les foyers améliorés. Touche à tout, il nous explique qu’il a formé la plupart d’entre eux afin qu’ils s’organisent en groupements dans un soucis de limiter les concurrences déloyales et d’améliorer la qualité des produits. Car une des missions de Enviro Protect est également de faire du renforcement de capacité.
L’ONG a su mettre l’Homme au centre de sa préoccupation de protection de l’environnent. Du coup, chacun de ces projets prend en compte le bien-être social en plus de celui de la planète.

Poubelles mises à disposition des différents groupes pour ramasser les déchets urbains

Déchets ramassés à travers la ville de Maroua

Production de compost

Utilisation du compost pour les périmètres maraîchers