Rencontre avec le CIPRE

L'art plastique...

A Yaoundé, comme dans de nombreuses villes, les déchets sont un réel problème autant pour l’environnement que pour la santé des riverains. L’ONG CIPRE en a fait son cheval de bataille et lutte depuis plus de 10 ans maintenant contre la prolifération de ces déchets de manière intelligente, originale et durable dans les quartiers défavorisés de Yaoundé et de Douala. Dans le cadre du projet "Cité PROPRE" (PROPRE = Promotion Recyclage des Objets Plastiques et Récupération des Emballages), le CIPRE s'est spécialisé dans la récupération et valorisation des déchets plastiques. Un projet toujours actif aujourd'hui qui aura vallu au CIPRE, une reconnaissance en 2000 de la part de la coopération française et une poignée de mains avec le 1er ministre français de l'époque, à savoir, Lionnel Jospin.

Après nous avoir reçu dans son bureau Mr TCHUENTE nous propose de visiter leur « centre » car une « démonstration vaut mieux qu’un long discours ». Ainsi, lorsque nous franchissons la porte du centre, après nous être enfoncé dans un quartier pauvre de la ville, c’est une montagne de vieux seaux, bassines, bidons de toutes les couleurs et de toutes les formes qui culminent dans la cour. Il nous faudra en faire le tour pour atteindre l’atelier de traitement. Dans cette petite cabane en bois, les plastiques sont triés, lavés, puis mis en sac avant d’être, en autre, envoyés vers des fonderies industrielles pour former de nouveaux emballages.

Pour pouvoir mettre en place le projet "Cité PROPRE", une analyse permettant de mieux comprendre la filière des déchets a déterminée les 4 cibles du projet :

* la femme car dans le ménage c'est la responsable de la cuisine et de la gestion des déchets
* les enfants qui sortent les poubelles
* les artisans récupérateurs qui pourront s'impliquer dedans
* les industriels qui font du recyclage

Le projet a commencé par de la sensibilisation au niveau des femmes et des enfants en faisant du porte à porte ou en mettant en place des club-écologie "Il faut impliquer les populations en les intéressant ... il faut qu'elle trouvent un petit plus"

C'est ainsi que l’ONG a multiplié les expériences de récupération et de transformation locale des déchets plastiques.

Chaque kilo de plastique est acheté de 50 à 250 F.CFA le kilo pour être revendu aux industriels. Ainsi, des collectes sont organisées tous les 15 jours dans les quartiers périphériques de la ville et à ce jour, une trentaine de points de collecte sont établis à Yaoundé. Les enfants sont nombreux à venir déposer leur récolte et à gagner ainsi quelques pièces.

Une partie des déchets restent au centre pour être valorisés.
- Une machine à fondre de petite taille a été élaborée afin de mouler des mannequins pour les couturiers. La matière première quasiment gratuite permet de diviser les coûts et d’embellir les échoppes les plus humbles.
- De façon plus artisanale, certaines bassines sont découpées pour former les visières de casquette de sport, remplaçant celles issues de l’industrie et également recherchéés par les couturiers.
- Et puis il y a les tongs (appelées babouche, tapettes ou claquettes) récupérées par centaine et qu’un patient et consciencieux technicien, reconstitue par paire, accordant semelle et lanière méthodiquement. La plupart de ces nouvelles chaussures sont vendues à très faible coût aux populations les plus pauvres. Le CIPRE assure également des formations sur la fabrication de sandalettes.

Broyeuse à sandales

Poufs remplis de sandales broyées

Reconstitution de paires

Magasin

 

Lorsque les chaussures sont trop usées, elles rejoignent le « musée de la chaussures » qui témoigne de l’extrême pauvreté qui sévit dans ces quartiers. Sont exposées dans ce musée (constitué par un tableau d’affichage), des chaussures rafistolées, refondues et trouées jusqu’à ce que le pied de son propriétaire touche réellement le sol. Celles qui ne finissent pas sur le tableau terminent broyées afin de confectionner des poufs dans lesquels elles font office de rembourrage.

Le tour de force du CIPRE est d’avoir su donner une valeur marchande aux déchets. Un travail de longue haleine mais qui porte aujourd’hui ses fruits. Dans les quartiers concernés par le projet, les bouts de plastiques ne traînent pas longtemps et il a fallu passer par l’économie pour amener la sensibilité écologique.

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Masque et tableau réalisés à partir de reste de sandales

L’ONG ne se contente pas de trier les déchets. Elle édite un magazine sur les bienfaits de l’écologie, travaille avec les écoles, sensibilise sur le changement climatique, les économies d’énergie, etc


Tableau d'affichage au centre de Yaoundé montrant des dessins d'écoliers suite à une visite au CIPRE